Occasion à saisir
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
[Musique] Bienvenue au cœur du crime, un podcast issu des archives d'Europain. Savez-vous que plus d'un tiers des crimes et délits commis en France sont traités par la gendarmerie nationale ? Je m'appelle Yan Kermade, je suis commandant de gendarmerie.
Je dirige une section de recherche dont la mission essentielle est une mission de police judiciaire. [Musique] [Applaudissements] [Musique] L'histoire que je vais vous raconter est une histoire vraie. Tous les faits sont réels et se sont déroulés en France.
Seul les noms des personnes et des lieux ont été changés. [Musique] Les pratiques douteuses et peu scrupuleuse. Frank Colby y est habitué et il faut dire que la chance a toujours été de son côté.
Il faut dire aussi que jamais dans sa carrière d'avocat, il n'a rien fait de vraiment criminel. jusqu'à la semaine dernière jusqu'à ce qu'il se trouve impliqué dans une affaire de corruption de juré. Il croyait pourtant avoir agi comme toujours avec la plus grande discrétion.
Mais Dieu sait comment le conseil de l'ordre des avocats a eu vent de la chose et semble bien décider à faire ouvrir une enquête. Alors, depuis une semaine, c'est à peine si Frank Colby peut encore fermer l'œil la nuit et le jour la pensée qu'un témoin peut décider de sa ruine le rend moitié foudrage. En fait, ce qu'il met dans un tel état de fureur, c'est qu'il soit complètement impuissant face à la situation.
En désespoir de cause, il a bien songé à acheter le témoin quit à y laisser sa chemise, mais un quart d'heure lui a suffi pour s'apercevoir que le compte en banque du témoin en question, Harry Mansfield, un promoteur immobilier, était au bas mot 200 fois supérieur au sien. Alors, il attend, il se ronge les sang et il attend. À la maison, c'est à peine s'il desserre les lèvres.
D'un côté, ça n'est pas très gênant. Dorothy, sa femme, a toujours eu de la conversation pour deux. Mais dans l'état de tension où il se trouve, Franck a le plus grand mal à supporter ce perpétuel moulin à parole.
D'autant plus que la voix de Dorothy n'est pas précisément douce et musicale. Bien au contraire. Mais le caractère de Dorothy manquant autant de douceur que sa voix.
Franck n'ose pas lui demander de se taire un peu et endure son martyre en silence. Quand le réveil a sonné ce matin, un fort beau matin d'été pourtant, il s'est dit qu'il resterait bien au lit toute la journée et même plus longtemps. Mais inutile de rêver, ne le laisse même pas faire la grâce matinée le dimanche.
Il s'est donc résigné à se lever. En se rasant, il a sérieusement hésité entre fuir en Amérique du Sud, se tirer une balle dans la tête ou aller comme prévu à son rendez-vous avec le shériff Morgan pour une affaire qui n'a rien de passionnant mais qui aurait au moins le mérite de lui changer les idées. Et comme il reste un incorrigible optimiste, il a bien évidemment opté pour la dernière solution.
Une heure plus tard, il garde sa vieille forte près de la prison et se dirige vers le bureau du chérif. L'officier de police, un grand type maigre au regard derrière des lunettes à monture d'acier, examine avec desins le costume froissé et les chaussures fatiguées de l'avocat marrant. "Comment ça va, Colby ?" dit-il en se calant dans son fauteuil grinçant.
De sa main noueuse, il désigne une chaise de l'autre côté de son vieux bureau de chaîne. "Bonjour, Morgan", marmonne Franck en se laissant tomber sur la chaise. "Alors, comme ça, vous avez bouclé une fois de plus Jerry Dunkan ?
Qu'est-ce qu'il a encore fait ? Hein ? Il a volé des poules, il a chapardé dans une épicerie ?
Non, Colby, cette fois, c'est sérieux. Il est inculpé de meurtre. de meurtre.
Jerry Dunkan. Non mais vous plaisantez là. Est-ce que j'en ai l'air ?
Hein ? Bah non. Non.
Et est-ce qu'il a avoué ? Mon dieu ! Oui, en quelque sorte.
Non mais comment ça en quelque sorte ? Et ben, il a raconté les choses les plus folles que j'ai jamais entendu. Je me demande s'il n'a pas carrément perdu la boule.
Shérif, est-ce que je peux lui parler ? Oui, bien sûr, puisque vous êtes son avocat. Le chérif conduit Franck le long d'un morne couloir qui sent la crasse et le désinfectant jusqu'à une cellule située à l'arrière de la prison.
Il ouvre la porte puis s'éloigne en faisant teinter sonceau de clé. Guerz un bon coup quand vous aurez fini avec lui. Franck s'assit sur la couchette qui fait face à celle de Dan et le regarde d'un air songeur.
Il ne l'a pas vu depuis deux ans. Jerry a toujours ses cheveux jaunes qui ressemblent à de la paille en mêlée, son visage maigre à la paleur maladive et ses grands yeux tristes. Allez, raconte-moi tout, Jéry. dit Franck en allumant une cigarette.
Jerry Dunken se tort les doigts. Vous ne croirez jamais, monsieur Colby ? Personne me croira jamais.
Essaie quand même avec moi, Jerry. Vous avez déjà entendu parler de soucoupe volante ? Demande Dunkan.
Frank Colby tire une langue bouffée de sa cigarette. Alors là, tu as raison Jerry. Là, je te crois pas.
Mais il faut me croire, monsieur Colby et de toute façon, vous devez m'écouter. Bon, très bien, mon gars. Alors, vas-y.
Voilà, monsieur Colby. C'était la nuit d'avant-hih. Avec ma femme, on avait eu du grabuge.
Elle venait de me dire quelque chose d'horrible et je suis sortie histoire de me calmer les ners. Vous savez, je l'ai jamais frappé de ma vie, mais j'avoue que j'ai souvent eu envie de le faire. Franck répit un sourire.
Il a vu une fois la femme de Jerry. Bâti comme un torpilleur, Betty Dunka n'aurait pu ne faire qu'une bouchée de son mari. Et Frankck n'a aucun mal à croire que Jerry n'aurait jamais osé lever la main sur elle.
Continue Jerry. Alors voilà monsieur. Voilà.
Le le soleil venait de se coucher quand j'ai vu cette chose bizarre dans le ciel. Ça planait très haut, voyez, comme un oiseau et sans faire de bruit. Alors, j'ai cru que ça atterrissait derrière le vieux chauve.
Vous savez la colline à côté de chez nous. Je vous jure que je l'ai vu aussi nettement que je vous vois. Franck a un petit grognement incrédule.
Ouais. Et alors, qu'est-ce que tu as fait, hein ? Un voyage à l'œil ?
Les frèles épaules de Jerry se tassent sous le poids du découragement. Je savais bien que vous me croiriez pas, mais moi, monsieur, je sais bien ce que j'ai vu. J'ai escaladé la colline et juste comme j'arrivais au sommet, j'ai vu la chose s'envoler au loin.
Mais j'ai bien repéré l'endroit où elle était posée dans la boue et il y avait là quelque chose qui luisait dans les derniers rayons du soleil couchant. Franck secou la cendre de sa cigarette à petit coup nerveux. Et alors, je suppose que tu allais le ramasser cet objet.
Mais qu'est-ce que cette histoire à dormir debout à avoir avec ton inculpation de meurtre ? J'y arrive, monsieur Colby, j'y arrive. Si vous voulez bien m'écouter jusqu'au bout.
Très bien, Jerry, très bien. Je ne t'interrom plus, c'est promis. Bon, alors je suis descendu dans le trou et j'ai pris la chose dans ma main.
Voyez, d'abord, j'ai cru que c'était un jouet. Vous savez, comme ce qu'on donne au gosses à Noël. Ça ressemblait à à un de ces fusils à rayon de la mort, comme ils disent.
Vous savez le le genre de fusil avec lesquels s'amusent les momes quand il joue au martien. Oui. Et c'était un truc comme ça ?
Ben, c'est ce que j'ai cru au début mais maintenant je crois que c'est tombé de la soucoupe volante. Ah ! Et comment le sais-tu ?
Et ben, je l'ai ramené à la maison, voyez, je pensais l'offrir à mes neveux. Vous savez, Béti et moi, on n' pas eu d'enfant, hein. Donc, j'ai ramené la chose à la maison et j'avais même pas refermé la porte que Betti s'est remise à masticoter, à faire un tas d'histoires parce que j'avais été me balader dans les collines au lieu de faire la vaisselle.
Elle m'a traité tous les noms et elle s'est mise à hurler si fort que je me suis énervé. Ah ! Et que'est-il arrivé ?
Et ben, j'ai commencé à brailler moi aussi et puis je l'ai visé avec cette chose là en lui disant "Ah, si c'était un vrai fusé, je te tuai tout net." Et j'ai appuyé sur la détente. Franck se lève et se penche vers Jerry Dunkan.
Dis donc, mon petit vieux, tu es vraiment cinglé. Où tu te pais ma tête ? Le regard de Jerry se fait suppliant.
Monsieur Colby, on m'a souvent traité de bon à rien, de menteur, de voleurs, d'ivrogne et on avait peut-être raison. Mais jamais, vous m'entendez bien ? Jamais.
Personne ne m'a traité de cingler. Alors si vous croyez vous aussi que je suis fou, ça sert même à rien que je vous raconte jusqu'au bout. Bon, excuse-moi, Jerry, excuse-moi.
Je suis un peu nerveux en ce moment. Bon, vas-y, continue bien. Alors, quand j'ai appuyé sur la détente de ce de cette chose là et et n'oubliez pas que je croyais que c'était un jouet.
Une lueur a jailli comme un éclair de canon et Betty est devenue un nuage de fumée. Vous savez comme ces brumes qu'on voit sur les collines à l'automne. Et elle a disparu.
Oui, disparu. Je vous dis, il est plus rien resté d'elle. Sans doute, pensez-vous, comme Frank Colby que c'est une histoire à dormir debout ?
Mais est-ce bien sûr ? que vous serez dans quelques instants. [Musique] Franck Colby, avocat peu scrupuleux, a bien des problèmes.
Il est impliqué dans une affaire de corruption de juré qui risque de sonner le glas de sa carrière. Sa femme, Dorothy, lui mène la vie dure et un de ses clients, inculpé de meurtre, prétend avoir assassiné sa femme à l'aide d'un fusil. tombé d'une soucoupe volante.
Un fusil bien étrange puisque la victime a aussitôt disparu en fumée. Franck a beau s'exhorter à la patience, il commence à s'énerver sérieusement. Il saisit Jerry Dunken par les épaules et le secoue sans douceur.
Tu ne t'attends tout de même pas à ce que j'avale des salades pareilles, hein ? Dunken se recroqueville sur sa couchette. Je jure devant Dieu que c'est exactement ce qui est arrivé, monsieur.
Que je devienne souris aveugle si je mens. Là, Franck se rend compte que Jerry croit vraiment que tout s'est passé ainsi, car superstitieux comme il l''est, il n'aurait jamais proféré de telles paroles en l'air. Donc Betty a disparu et le shérif est manifestement convaincu que Donan lui a fait son affaire.
Mais si elle s'était enfuie et cachée pour faire enrager son mari ? Oui, possible mais peu vraisemblable. Et si l'avait vraiment tué et tiré toute cette histoire de son subconscient pour soulager sa conscience, les fous le font parfois.
Franck n'en est pas absolument sûr, mais il lui semble que la meilleure défense serait tout de même plaider la folie. Pour plus de sûreté, il consulterait un psychiatre avant. Au même moment et de façon tout à fait inattendue, Frank Colby sent la sueur lui ruisselée dans le dos, une sueur glaciale. "Il y a aussi une autre hypothèse, se dit-il sombrement, c'est que je ne puisse rien plaider du tout si je n'arrive pas à me débarrasser d'abord de cette histoire de corruption de jurée." L'espace d'un instant, il a une vision de cauchemar.
Il se voit assis là sur cette couchette crasseuse à la place de Jerry avec son avocat qui striture les ménages pour trouver un système de défense plausible. Oh, il sait bien qu'il ne risque pas une peine de prison très lourde, mais à la sortie, il ne pourra sans doute pas espérer beaucoup mieux qu'un avenir de clochard. Il se passe la main sur le front comme pour chasser le cauchemar.
Dis-moi, Jerry, demande-t-il doucement. Tu es sûr que Betty ne te joue pas un tour ? Peut-être qu'elle se cache quelque part.
Non, monsieur Colby, je l'ai cherché partout, même en sachant que ça servirait à rien. Non, comme je vous l'ai dit, elle était là une minute plus tôt en chair et en os et à la minute d'après, elle s'était évaporée dans l'air volatilisée. Quoi ?
Il faut que vous me tiriez de là, monsieur Colby. Bety est une Greenfield et les Greenfield sont une drôle de tribu. Quand ils apprendront ce qui s'est passé, ils viendront sûrement me lycher.
Franck hoche la tête puis demande : "Et dis-moi, qu'est-ce que tu as fait de de l'arme du crime ?" Je l'ai caché au cru d'un arbre derrière le poulailler. Oh, monsieur, si vous la trouvez, vous croyez que vous pourrez expliquer les choses au juges et me sortir de là ?
Ce serait peut-être une bonne idée. Non, peut-être, Jerry, peut-être. En tout cas, je vais commencer par aller là-bas, tenter de voir ce qui est réellement arrivé.
Une demi-heure plus tard, la vieille forte de Franck s'engage sur la route sinueuse et défoncée qui coupe à travers les montagnes. La misérable ferme des Dunken est située au flanc de la colline Pelée qui lui a valu son nom de vieux chauve. À l'approche de la voiture, une dizaine de poules et flanquées s'éparpillent dans tous les sens.
L'avocat garde sa voiture dans la cour près du Porsche vermoulu. Il y a quelqu'un ? sans beaucoup de conviction, pas de réponse, ce qui ne le surprend pas vraiment.
Il pénètre dans la misérable demeure et hair d'une pièce à l'autre. Il fouille la grange des labrés, mais à part un mulet attaché à un poteau et qu'il regarde d'un air malheureux, il n'y a personne. En tout cas, aucune trace de bêtis.
Comme l'animal n'a rien à manger, Franck a pitié de lui et le fait sortir pour qu'il puisse trouver de quoi pêtre et boire. Il contourne ensuite le poulailler et une centaine de mètres plus loin, il atteint le grand chîn au tron creux. Avec beaucoup de précaution, il glisse la main dans la cavité et en ressort un objet étrange.
C'est bien ce que je pensais, se dit-il. Un jouet. Un gosse a dû le perdre et Jerry l'aura a trouvé.
Puis après le choc que lui a causé le meurtre de sa femme, il a imaginé ce compte de fait pour donner une explication rationnelle à son acte. Ouais, il va décidément falloir que je consulte un psychiatre à ce sujet. Franck est encore plongé dans ses réflexions quand il voit une forme sombre, grise et blanche avec d'énormes oreilles sortirent des fourées à quelques mètres de là, avec un grognement effrayant d'écros menaçant.
La forme s'approche de l'avocat qui tremble comme une feuille. S'il est une chose que Franck redoute par-dessus tout, c'est bien un chien méchant. Mais s'il avait su que Jerry en avait un, il ne se serait jamais aventuré jusque-là.
Comme sa corpulence l'empêche de s'enfuir en courant, Franck s'adre en proie à une folle terreur et le chien avance menaçant. Les babines retroussées en un rictus sauvage. Franck essaie désespérément de dominer sa frayeur et d'avoir un comportement courageux.
Il a lu quelque part que rien n'excitait davantage un chien enragé que de sentir la peur chez l'homme. Il sait que sa voix sera chevrante mais il se lance bravement. Gentil, gentil le chien.
Gentil toutou. Le résultat est décevant pour ne pas dire catastrophique. Le chien commence par ignorer superbement les avances de Franck puis paraît plus féroce encore.
Sentant qu'il n'arriverait à rien par la douceur, Franck essaie d'effrayer l'animal. Braquant l'arme en direction du chien, il se met à hurler. Danse Albert où te tue ?
Le chien n'est pas intimidé le moin du monde. Il approche encore toujours plus près, Franck se plaque contre le chaîne et son doigt tremblant appui involontairement sur la détente. Alors, à sa grande surprise, un éclair aveuglant jaillit du canon.
Comme s'il s'était soudain figé, le chien se rédit puis se transforme en un nuage de fumée qui se dissipe très vite. Pensant, s'exclame Franck. Jerry a dit la vérité.
C'est incroyable mais il a dit la vérité. Pendant un long moment, il reste là, contemplant l'arme dans sa main. La terreur et la stupéfaction s'effacent peu à peu de son visage pour faire place à l'incrédulité.
Puis son incrédulité se transforme en une certitude et un lent sourire rusé se dessine sur ses lèvres. Il se laisse tomber au pied du chaîne avec un soupir de délicieux bien-être. Quand je pense que ce matin, j'envisageais de me faire sauter la cervelle.
Ah, la vie vous réserve parfois ces surprises. Dès cette nuit, dès cette nuit, je m'occupe de ce Harry Mansfield qui a eu le toupet de m'accuser d'avoir corrompu un juré et demain, je me débarrasse de Dorothy. Dans son euphorie, il a aussi une pensée pour le shériff Morgan qu'il prend pour un raté et qui ne se prive pas de le montrer, pour l'épiser de son quartier qui a encore refusé de lui faire crédit, pour sa concierge. cette vieille fouine et pour quelques autres tant d'autres.
Mais il conclut avec philosophie qu'il ne faut jamais abuser des bonnes choses de la vie. [Musique] Vous venez d'écouter Au cœur du crime, un podcast issu des archives d'Europin. Réalisation Julien Tarot.
Production Romy Azouet. Patrimoine sonore, Sylven Denis, Latitia Casanova et Antoine Reclu. Promotion Marie Corp.
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Dominique Theophile