Défense : le fabricant de missiles, MBDA, travaille avec le ministère des Armées "pour accélérer et augmenter les cadences"
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Bonsoir à toutes et à tous et bonsoir à vous, Éric Béranger.
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Vous êtes le PDG de MBDA, Entreprise Européenne de la Défense.
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Vous êtes spécialisé dans la fabrication de missiles.
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Le président français de la République, Emmanuel Macron, va aller à la télévision ce soir défendre l'action de la France en Ukraine.
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Vous venez de publier vos résultats financiers, ils sont très bons, et vous avez 10 milliards d'euros de commandes en 2023.
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Alors, où les retrouve-t-on, vos missiles ? Est-ce qu'on les voit notamment dans le système de défense anti-aérien ukrainien ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« C'est deux fois plus qu'en 2021, avant le déclenchement de l'offensive russe en Ukraine. »
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« 50% de nos commandes, c'est de l'export. »
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« Et dans cet export, les trois quarts, 76% de ces commandes, c'est des pays européens qui sont en dehors de nos pays européens dans lesquels nous sommes implantés. »
- 2:18InvitéChiffre
« MBDA, au total, c'est 15 000 personnes. »
- 2:21InvitéChiffre
« C'est à peu près 4,5 milliards de chiffres d'affaires. »
- 3:22InvitéChiffre
« On est passé de début 2022 de 10 missiles par mois à aujourd'hui 20 missiles par mois. »
- 3:31InvitéPromesse
« Et on a l'intention de quadrupler notre cadence de production en Mistral. »
- 3:48InvitéFait
« Un missile, ça peut faire jusqu'à 10 000 composants. »
- 4:45InvitéFait
« On a fait des stocks et on continue à faire des stocks à la fois de composants électroniques et de matières premières. »
- 5:02InvitéChiffre
« aujourd'hui, on a déjà fait un stock de 80 tonnes, alors que chaque année, on en utilise à peu près 4 ou 5. »
- 5:10InvitéChiffre
« L'année dernière, nous avons recruté 2600 personnes. Et cette année, nous allons encore recruter 2600 personnes. »
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France Info.
Bonsoir à toutes et à tous et bonsoir à vous, Éric Béranger.
Bonsoir.
Vous êtes le PDG de MBDA, Entreprise Européenne de la Défense. Vous êtes spécialisé dans la fabrication de missiles. Le président français de la République, Emmanuel Macron, va aller à la télévision ce soir défendre l'action de la France en Ukraine. Vous venez de publier vos résultats financiers, ils sont très bons, et vous avez 10 milliards d'euros de commandes en 2023. C'est deux fois plus qu'en 2021, avant le déclenchement de l'offensive russe en Ukraine. Alors, où les retrouve-t-on, vos missiles ? Est-ce qu'on les voit notamment dans le système de défense anti-aérien ukrainien ?
Alors, on en voit dans le système de défense anti-aérien ukrainien, mais pas que. Je pense que vos auditeurs ont entendu parler effectivement des missiles Aster, qui sont aussi utilisés en mer Rouge pour défendre nos frégates. Je pense qu'ils ont également entendu parler des Scalp Stamp Shadow, qui sont là des missiles d'attaque dans la profondeur. Et en fait, comme vous le dites, MBDA fournit à nos forces armées tout type de missiles, défense anti-aérienne, frappe dans la profondeur, mais également combat terrestre, combat naval, combat aérien, et même pour la France, les missiles nucléaires pour la dissuasion, qui sont tirés d'avions.
Sauf qu'on voit quand même que votre carnet de commandes, c'est énormément rempli avec le début de la guerre en Ukraine.
Absolument. On a complètement changé de monde au 24 février 2022. Tout à coup, beaucoup de nations, et en particulier des nations européennes, ont pris en compte le fait que tout à coup, la force challenge de plus en plus le droit international. Et donc, ça conduit les nations à se réarmer. Beaucoup de nations européennes, dans le carnet de commandes que vous mentionnez, 50% de nos commandes, c'est de l'export. Et dans cet export, les trois quarts, 76% de ces commandes, c'est des pays européens qui sont en dehors de nos pays européens dans lesquels nous sommes implantés.
Oui, parce que vous, vous êtes implanté en France, en Italie.
Alors, nous sommes en France, en Italie, en Allemagne, au Royaume-Uni et en Espagne. MBDA, au total, c'est 15 000 personnes. C'est à peu près 4,5 milliards de chiffres d'affaires. Et dans tous ces pays, on a vu effectivement une grosse montée en puissance et des demandes de nos clients pour aller plus vite, pour produire plus, parce que, finalement, le temps est devenu une contrainte très, très importante.
Et justement, on dit que vous ne produisez pas assez vite. À plusieurs reprises, le ministre de la Défense, Sébastien Lecornu, vous a qualifié de mauvais élève. Est-ce que vous avez accéléré la cadence ?
Alors, nous sommes, en fait, en train d'accélérer depuis les événements ukrainiens. MBDA est vraiment en train de se mettre en ordre de bataille. Et je comprends tout à fait l'impatience de nos clients, parce que je comprends tout à fait le besoin. Et alors, il y a des sujets sur lesquels on a déjà réussi à avoir des résultats très positifs, comme par exemple le Mistral, que le ministre a cité, où nous avons déjà doublé nos cadences. On est passé de début 2022 de 10 missiles par mois à aujourd'hui 20 missiles par mois. Et on a l'intention de quadrupler notre cadence de production en Mistral.
Par contre, un missile Aster, qui sont des missiles dont ils ont vraiment besoin en ce moment, c'est un missile qui est beaucoup... Pour l'Ukraine ? En Ukraine, mais pas seulement en Ukraine. C'est un missile qui est beaucoup plus compliqué. Un missile, ça peut faire jusqu'à 10 000 composants. et où là, nous sommes justement en train de travailler avec le ministère des Armées et avec nos différents clients pour accélérer et pour augmenter nos cadences.
Puisqu'on le rappelle, ce sont les États qui achètent vos missiles. Alors, qu'est-ce que vous devez mettre en œuvre ? Est-ce qu'il faut acheter plus de composants ? Est-ce qu'il faut former des gens, les recruter ? Est-ce qu'il faut faire des stocks ?
Oui, alors il y a tout un tas de choses que nous sommes en train de faire aujourd'hui. Effectivement, nous sommes en train de développer notre outil industriel. Donc, si je regarde la France, par exemple, le site sur lequel nous assemblons nos missiles est en train de doubler de superficie.
Un site qui est classé secret défense.
Qui se trouve dans le centre de la France. Et on fait la même chose dans tous les pays, pour être absolument clair. On est en train de... Enfin, ce n'est pas qu'on est en train. On a fait des stocks et on continue à faire des stocks à la fois de composants électroniques et de matières premières.
De l'acier, beaucoup d'acier.
Beaucoup d'acier, effectivement. Donc, nous, nous utilisons des aciers très spéciaux. On appelle ça des nuances d'acier. Et donc, par exemple, sur ces nuances d'acier, aujourd'hui, on a déjà fait un stock de 80 tonnes, alors que chaque année, on en utilise à peu près 4 ou 5. C'est pour vous donner une idée de l'anticipation que nous faisons. Nous recrutons beaucoup. L'année dernière, nous avons recruté 2600 personnes. Et cette année, nous allons encore recruter 2600 personnes. Mais nous ne faisons pas que ça. Il y a également beaucoup d'innovation. De l'innovation dans les façons de travailler. Façon de travailler en interne MBDA. Façon de travailler avec la chaîne d'approvisionnement.
Parce que ce n'est pas juste MBDA qu'il faut emmener. C'est toute la chaîne d'approvisionnement derrière.
Et c'est une filière composée d'énormément de PME. La Commission européenne souhaite que d'ici 2030, 50% des équipements militaires commandés par les États membres soient fournis par l'industrie européenne. Aujourd'hui, à près de 70%, ce sont des achats américains. Est-ce qu'il faut soutenir de façon plus active cette filière ?
Je pense que c'est vraiment très très important que la Commission européenne ait affiché cette ambition. Et pourquoi c'est important, cette production sur le sol européen, en tout cas cette maîtrise sur le sol européen, cette souveraineté ? Je vais vous donner un exemple tout simple. Je vous parlais des Scalstorm Shadow tout à l'heure. Les Scalstorm Shadow sont des missiles qui ont été faits pour les Rafales, pour les Eurofighters, donc les avions anglais, italiens, allemands, qui ont été faits pour des Gripen également. Et ces missiles, si vous voulez les mettre sous un avion pour lesquels ils n'ont pas été prévus, eh bien ça demande beaucoup d'adaptation.
Et dans un monde classique, quand on était en temps de paix, c'est quelque chose qui pouvait prendre facilement deux ans. Là, on a été capable de le faire en quelques semaines. Et pourquoi on a été capable de le faire en quelques semaines ? Tout simplement parce que non seulement MBDA connaissait ces missiles, mais en plus MBDA avait toute légitimité, et surtout toute autorité, pour décider comment les adapter, pour les faire rentrer sous ces avions.
Et donc c'est une question d'affichage, et une question de souveraineté. Merci beaucoup Eric Béranger, vous êtes le patron d'MBDA, invité éco de France Info ce soir. Merci à tous.