S'il est réélu, Macron promet du sang et des larmes aux Français
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Attaque 80 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 2:57OuverteRéponse directe
Peux-tu nous résumer rapidement la philosophie du programme de Macron pour ce deuxième quinquennat ?
- 5:01RelanceRéponse directe
En quoi cette mesure est inégalitaire, contrairement à ce que dit Emmanuel Macron ?
- 7:55OuverteRéponse directe
Macron veut conditionner le RSA à une activité de 15 à 20 heures hebdomadaires. Qu'en penses-tu ?
- 11:06OuverteRéponse directe
Tu te souviens du cabinet McKinsey qui a conseillé le gouvernement ?
- 11:47OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que cela révèle des liens entre l'État et McKinsey ?
- 14:25OuverteRéponse directe
Peux-tu nous expliquer comment McKinsey a fait pour ne pas payer d'impôts sur les sociétés en France ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:30InvitéFait
« Nous transformerons aussi Pôle emploi en le transformant en France Travail »
- 1:58PrésentateurFait
« Le président de la République compte aller plus loin et pas que sur le travail. »
- 2:02PrésentateurChiffre
« Investissement dans les armées à hauteur de 50 milliards »
- 2:23PrésentateurChiffre
« Coût du programme, 50 milliards d'euros par an, auxquels s'ajouteront 15 milliards par an de baisse d'impôt »
- 3:54InvitéFait
« Au début, c'était une réforme à points, une retraite à points. Là, c'est juste l'allongement de la durée du travail. »
- 4:02InvitéFait
« Le départ à la retraite à 65 ans. »
- 4:19InvitéChiffre
« Les minima sociaux, c'est 1% du PIB, 9 millions de personnes. »
- 4:22InvitéChiffre
« Il tape sur le RSA, qui concerne 2 millions de personnes »
- 11:35PrésentateurFait
« En 10 ans, l'un de ses dirigeants avait affirmé pourtant l'inverse en janvier devant la commission d'enquête du Sénat. »
- 11:41PrésentateurChiffre
« Les dépenses de conseil de l'ensemble des ministères se sont élevées à une moyenne annuelle de 140 millions d'euros sur la période 2018-2020. »
- 14:37InvitéFait
« L'optimisation fiscale, aujourd'hui, est légale. »
- 16:21PrésentateurChiffre
« En 2021, l'inflation s'établissait à 2,8% en moyenne en France. »
Temps de parole
- Invité71 %
- Présentateur22 %
- Invité 26 %
≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Bonjour tout le monde et bienvenue pour ce nouvel Instant Porcher. Je suis ravie de vous retrouver. Comme chaque semaine, on va avoir des choses à dire, analyser et décrypter, car nous sommes dans la ligne droite vers l'élection présidentielle et tant de discours gravitent autour de nous. Notre meilleure arme, c'est de les connaître et de les comprendre. Au programme aujourd'hui, le programme tout chaud d'Emmanuel Macron, le cabinet américain McKinsey qui conseille le gouvernement accusé d'évasion fiscale et enfin, doit-on augmenter les salaires en s'indexant sur l'inflation ? On répond à tout ça, c'est l'Instant Porcher.
Nous transformerons aussi Pôle emploi en le transformant en France Travail, ce qui est un changement profond et je veux saluer l'engagement vraiment de tous les salariés de Pôle emploi, mais l'idée est sur la base de ce que nous avons lancé ces dernières années avec le service public d'insertion à l'emploi, c'est de réussir à l'échelle d'un territoire de mettre en commun tous les savoir-faire et les compétences, celles de Pôle emploi, celles de nos régions, de nos départements, des communes, des missions locales, il y a une très grande segmentation de toutes celles et ceux qui accompagnent le retour à l'emploi et on les a segmentées par public, ce qui ne correspond plus à la réalité.
Et donc, la volonté avec France Travail, c'est d'avoir, j'aime pas tellement ce terme, c'est celui souvent qu'on emploie de guichet unique, mais un lieu où on accompagne toutes celles et ceux qui ont vocation à revenir à l'emploi de manière beaucoup plus simple et où on met toutes les compétences autour de la table, on les accompagne, bilan de compétences, formation, des formations en termes de savoir-être ou de savoir-faire ou des formations plus lourdes, et accompagnement vers le retour du travail avec de l'adaptation ou vers le travail totalement libre, si je puis dire, et dans des conditions normales.
Ça y est, on vient de l'entendre, Emmanuel Macron a dévoilé son programme à trois semaines du premier tour de l'élection présidentielle, jeudi 17 mars dernier. Le ton est donné, continuez ce qui a été mis en place, travaillez plus, plus longtemps, mais le président de la République compte aller plus loin et pas que sur le travail. Le meneur de En marche avec vous parle d'indépendance énergétique, d'investissement dans les armées à hauteur de 50 milliards, de renforcer l'autonomie des universités, durcir les conditions du droit d'asile. Le programme parle de valeurs et lois non négociables d'une république avec droit et devoir, avec, je cite, une citoyenneté active ou encore l'intégration.
On parle aussi d'une France productive et une meilleure vie pour, je cite, nos aînés et nos enfants. Coût du programme, 50 milliards d'euros par an, auxquels s'ajouteront 15 milliards par an de baisse d'impôt, pour moitié bénéficient aux ménages, pour l'autre aux entreprises. Ces dépenses, en particulier pour l'éducation, la santé et l'autonomie, seront financées notamment par des économies, par la réforme des retraites ou encore l'allocation chômage, à estimer Macron, rapporte le monde. Vous commencez à avoir l'habitude, on va décrypter tout ça avec Thomas. C'est compliqué de tout citer et de comprendre pour la population.
Dans le programme, il y a des principes très durs, très républicains et des promesses de meilleure vie, de vivre ensemble. On l'a vu sur le programme. Est-ce que tu peux nous résumer rapidement la philosophie du programme de Macron pour ce deuxième quinquennat ?
La philosophie ressemble étrangement à un prolongement de son premier quinquennat. Alors la communication est différente, il n'ira pas sur des thèmes comme la start-up nation ou l'ubérisation de l'économie, qu'il avait théorisé. Mais les réformes continuent. C'est-à-dire qu'il ne faut jamais oublier que Macron, ça a été quand même un président extrêmement libéral. On essaie de nous faire oublier cette partie de son ancien quinquennat sur la première année et de nous dire qu'il y a la musique du quoi qu'il en coûte, il y a les chèques inflation, il y a les 15 centimes en moins sur les carburants, qui sont des choses, oui, des bonnes choses. Mais au début, Macron, c'était un libéral.
Et c'est quelqu'un qui a fait des réformes très fortes sur le marché du travail pour faciliter les licenciements, qui avaient déjà été fait sous Hollande. Il a poursuivi ces réformes-là. C'est quelqu'un qui a fait des cadeaux aux très riches, c'est quelqu'un qui a baissé la fiscalité sur les entreprises. Donc c'est un libéral. Et là, on continue. On s'attaque à des pans qu'on n'avait pas touchés, c'est-à-dire les vieux, les retraites. Alors ils voulaient faire soi-disant une réforme, mais là, la réforme n'a rien à voir avec celle qu'ils voulaient faire au début. Au début, c'était une réforme à points, une retraite à points. Là, c'est juste l'allongement de la durée du travail.
Le départ à la retraite à 65 ans. Et puis, il y a aussi l'attaque sur les pauvres, avec les minima sociaux. Et ça, on l'avait dit dans une ancienne émission. Je me souviens qu'on l'avait dit à la première émission de janvier, où on a dit que les efforts, l'austérité, portera aujourd'hui sur les vieux et sur les pauvres. Et donc, il attaque les minima sociaux. Les minima sociaux, c'est 1% du PIB, 9 millions de personnes. Et là, il tape sur le RSA, qui concerne 2 millions de personnes, en faisant des économies là-dessus. Donc, on est sur le même programme.
C'est-à-dire qu'on frappe sur les plus pauvres, et puis on baisse la fiscalité de l'autre sur les entreprises, avec une baisse supplémentaire sur les impôts de production qui avaient déjà été faites, sans faire de bilan sur cette aventure. Parce que, rappelons-le quand même, la réforme de l'ISF n'a rien rapporté en termes d'investissement, contrairement à ce qui nous avait été promis. Les baisses successives d'impôts n'ont pas relancé l'emploi, comme on nous l'explique et comme ça avait été promis. Et là, on continue quand même à faire ces cadeaux-là, alors que l'efficacité fait l'objet de débats. C'est le moins qu'on puisse dire.
Justement, tu l'as dit, il y a Macron qui propose d'allonger le départ à la retraite jusqu'à 65 ans. En quoi cette mesure est inégalitaire, contrairement à ce que dit Emmanuel Macron ?
Parce qu'il faut aller sur le terrain un petit peu. Quand vous interrogez les employés et les ouvriers, ils vous disent tous que pour eux, l'emploi délabre. Donc l'emploi délabre, ça veut dire quelque chose. Ça veut dire que si on les fait bosser plus longtemps, je ne sais pas ce que ça va leur apporter à eux. On sait que ça va leur faire du mal, mais je ne sais même pas à l'économie. Si on fait un débat pur, à ce que ça apporterait à l'économie, parce qu'ils seront tellement cassés que ça ne servirait à rien. Et puis même quand vous regardez les études de l'Adares, la plupart des gens vous disent plus de 50% qu'ils ne pourront pas faire le même emploi à 60 ans.
Alors pourquoi vous voulez les faire travailler plus longtemps ? Je veux dire, tout le monde n'est pas cadre, tout le monde n'est pas professeur d'université, tout le monde n'est pas écrivain. Et dans ce cas-là, si vous voulez travailler plus longtemps, c'est un choix. Mais pourquoi faire travailler les gens plus longtemps ? C'est juste une mesure pour faire des économies. Et pourquoi on veut faire des économies ? Parce qu'on continue à baisser la fiscalité sur les entreprises, mais aussi parce qu'à un moment, il va falloir donner des gages à l'Europe parce qu'on a fait le quoi qu'il en coûte. Et ces gages-là, ils portent, notamment sur cette question-là, sur les vieux.
Donc c'est inadmissible. Non, non. Et puis l'aspect de dire que, oui, mais on n'a plus de moyens, qui est-ce qui finance aujourd'hui les retraités ? C'est les gens qui travaillent. Il y a 5 millions de chômeurs. Donc trouvons plutôt des emplois aux 5 millions de chômeurs. Vous voyez ? Et après, l'aspect de dire, mais il y a une transition démographique. Il y a de plus en plus de vieux. Oui, c'est vrai. Mais s'il y a de plus de vieux, il faut consacrer une plus grosse part du PIB aux vieux. Parce que qu'est-ce qui se passe demain ? Si on fait des économies comme ça, qu'est-ce qui se passe ? Si ce n'est pas les salariés qui financent, les actifs qui financent les retraités ?
Alors quand vous avez de l'argent, vous donnez de l'argent de poche à vos parents. Vous n'allez pas les faire travailler avec un... Ils doivent travailler. Quel que soit leur état de santé, etc., ils doivent travailler. Sachant qu'on sait qu'aujourd'hui, il y a une espérance de vie de 7 ans entre un cadre et un ouvrier. Donc il y a quelque chose que je trouve assez injuste. C'est un petit coup de baguette magique pour faire des économies, pour récupérer de l'argent, parce qu'on ne veut pas en récupérer ailleurs, pour financer d'autres dépenses. Et c'est inadmissible. Et je veux dire, je rappelle un dernier chiffre qui est très important.
C'est quand on nous dit, oui, mais il va y avoir de plus en plus de vieux, il va y avoir de moins en moins d'actifs. Mais c'est déjà le cas depuis longtemps. Je veux dire, la transition démographique, elle a été faite ces 30 dernières années. Dans les années 70, on avait 3 retraités pour 10 emplois. En 2017, il y en avait 6 pour 10 emplois. Selon les prévisions, en 2040, il y en aura 7 pour 10 emplois. Donc la transition majeure a été faite ces 30 dernières années. Et comment on a fait pour que les gens puissent aller à la retraite quasiment toujours au même âge ? Eh bien, on a consacré une plus grosse part de nos richesses à la retraite.
On a accompagné le vieillissement de la population en y consacrant plus de richesses. Mais aujourd'hui, on ne veut pas faire ça. Donc à un moment, quelqu'un d'autre paiera de toute façon. Soit vous faites travailler vos parents dans l'indifférence totale, et c'est l'individualisme au plus haut point. Soit, si vous avez les moyens, vous payez finalement une pension, vous donnez de l'argent de poche à vos parents. Mais les pauvres ne pourront pas le faire. Donc on sait très bien ce qui se passera. Les pauvres continueront à bosser et les riches seront à la retraite à 60 ans.
Justement, on parle des pauvres, des plus pauvres. Macron, il veut conditionner le RSA à une activité de 15 à 20 heures hebdomadaires. Qu'est-ce que tu penses de cette mesure ? Elle a beaucoup fait parler.
– Je pense que c'est l'aboutissement du projet de Macron. Alors on peut plus facilement licencier les gens maintenant, c'est ça. C'est les lois de travail, 1 et 2. On peut se séparer des salariés plus facilement. Et puis une fois qu'ils touchent le chômage ou qu'ils touchent des minimas sociaux, on fait en sorte qu'on leur donne moins pour qu'ils soient employables à merci et dans des conditions les plus défavorables. Donc je veux dire, Macron s'est attaqué au tronçon le plus protégé, le CDI, avec les lois de travail. Maintenant, il s'attaque à l'aspect assurance. Donc on peut être viré facilement, on a moins de chômage, on a moins de RSA. Voilà, donc le RSA, c'est quoi ?
C'est un peu plus de 500, 560 euros par mois. Si vous devez travailler 15, 20 heures, vous travaillez en dessous du SMIG en RER, financé par l'État. Donc c'est un espèce de travail déguisé qui profite aux entreprises, financé par l'État à un coût en dessous. C'est scandaleux. Et on tape qui ? On tape 2 millions de personnes. Alors là, on dit les chiffres comme ça, c'est très bien. Il y a plein d'enquêtes qui ont été faites sur qui sont ces 2 millions de personnes. Il faut voir qui sont. Ce sont des gens qui sortent des études. Alors des gens qui sortent des études, moi, je n'ai jamais vu quelqu'un qui a fait Bac plus 5 ou Bac plus 2 qui a envie d'être au chômage. Je ne connais pas ça.
Enfin, on va me dire que ça existe, mais on va toujours m'en trouver un, mais ça n'existe pas. Quand on a fait 2 ans d'études, quand on a fait 5 ans d'études, la première chose qu'on veut, c'est trouver un emploi. Il y a des gens qui ne trouvent pas tout de suite un emploi, c'est du chômage frictionnel. Et donc là, ils ont le RSA, ils y ont droit. Et bien, ça peut être un coup de pouce. Voilà. Ça, c'est la première des choses. Ça, c'est vraiment la partie de la population des bénéficiaires du RSA qui est la moins grave. Après, il vient les plus compliqués. Ceux qui sont en fin de droit du chômage.
C'est-à-dire des gens qui ont touché le chômage pendant un an, un an et demi, qui sont en fin de droit et qui passent au RSA. Et ceux-là, vous partez du principe qui n'ont pas voulu rechercher un emploi. Quelqu'un qui est mis au chômage, qui voit ses droits s'arrêter, il recherche un emploi. Mais là, toutes les associations sur le terrain vous le disent. Voilà. Et là, vous allez le passer au RSA et vous allez l'obliger à travailler comme s'il fallait le punir. Et enfin, il y a la dernière partie qui est, je trouve, la plus compliquée et qui représente presque un tiers. Ce sont des femmes seules avec des enfants.
Soit après un divorce, qui ne travaillait pas et puis il y a une séparation, elles se retrouvent seules. Voilà. Et là, elles touchent le RSA ou des femmes qui ont été licenciées et qui ont un enfant et dans beaucoup de cas qui ne peuvent pas aussi aller travailler parce qu'elles ont cet enfant en bas âge, parfois à charge. Et celles-là, vous allez les obliger à aller faire 15-20 heures. Il y a un truc que je trouve, moi, extrêmement humiliant. Ces 2 millions, vraiment, on parle de 2 millions de personnes en termes d'économie. Ce ne sera pas grand-chose, mais ça fera quand même des économies qui permettront ailleurs de faire d'autres cadeaux.
Mais il y a une volonté quand même de s'attaquer après avoir cassé le code du travail, après avoir cassé les assurances chômage. Maintenant, on s'attaque à ce qui reste, aux minima sociaux qui représentent un seul pourcent du PIB et qui profitent quand même à 9 millions de personnes. Sachant que cet argent qui est donné, encore une fois, qu'est-ce qu'en font les gens ? Ils le dépensent dans l'activité. Ils ne le placent pas sur un compte en Suisse. Ils ne le font pas dormir sur des comptes en banque. Ils le dépensent, ils le consomment. Donc c'est de l'argent qui est directement réinjecté dans l'économie. Donc économiquement parlant, il n'y a aucun impact.
C'est même plutôt positif tout en permettant à des gens de survivre, parce que ce n'est pas un autre terme de survivre, jusqu'à ce qu'ils aient un emploi. Donc le problème, ce n'est pas la personne qu'il faut inciter. Le problème, c'est de faire en sorte que la conjoncture reparte pour que ces gens-là puissent trouver un emploi.
Vous rappelez-vous du cabinet américain McKinsey qui a conseillé le gouvernement, notamment pour la logistique, durant la pandémie ? On en avait pas mal parlé dans l'instant porché quand les directeurs ont été auditionnés au Sénat sur la nature des missions, quand on sait que les dépenses de conseil de l'ensemble des ministères se sont élevées à une moyenne annuelle de 140 millions d'euros sur la période 2018-2020. Cette fois-ci, McKinsey est de retour dans les unes après être accusé d'évasion fiscale. Le géant américain n'a payé aucun impôt sur les sociétés. En 10 ans, l'un de ses dirigeants avait affirmé pourtant l'inverse en janvier devant la commission d'enquête du Sénat.
Dans leur rapport, publié jeudi, les sénateurs évoquent un exemple caricatural d'optimisation fiscale, écrit Le Monde. D'abord, Thomas, qu'est-ce que cela révèle des liens entre l'État et McKinsey ?
On nous présente souvent des oppositions entre le service public et le service privé, ce qui est vrai. Il y a beaucoup de gens qui instrumentalisent une espèce de lutte entre le privé et le public avec cette idée que le privé doit remplacer le public qui est moins efficace. C'est un peu près ça dans la tête des gens. Mais c'est un peu plus compliqué. Vous avez aujourd'hui, dans l'État, une partie de hauts fonctionnaires qui sont en adéquation parfaite avec des dirigeants du secteur privé. Pourquoi ?
Parce qu'ils ont fait les mêmes écoles, parce qu'on peut passer aujourd'hui facilement du public au privé ou d'un cabinet ministériel où on est censé représenter les intérêts de l'État et de la France au secteur privé. Donc il y a une forme, on va dire, de lutte verticale, j'irais même de lutte des classes entre des très hauts fonctionnaires, des très hauts dirigeants et le reste de la population qu'ils soient fonctionnaires ou pas. Et on en est là. Et aujourd'hui, Macron est l'incarnation de ça.
Macron, c'est quelqu'un qui fait l'ENA, une école d'administration, une autre école d'administration pour être haut fonctionnaire, qui travaille aux finances, puis va chez Rothschild, puis devient ministre, et puis président. Donc voilà, là on a typiquement un mélange des genres qui doit faire débat aujourd'hui dans la société. Parce que ça nous amène à quoi ? On peut être aujourd'hui conseiller d'État, finir chez Google. On peut bosser à la sécurité sociale et finir chez AXA. Vous voyez ? Il y a un véritable mélange des genres. Et aujourd'hui, cette affaire McKinsey, elle montre ça. C'est-à-dire qu'on a des gens qui ont fait les mêmes écoles parce qu'ils ont fait les mêmes écoles.
HEC, les NAI, ils ont fait les mêmes écoles. Et on se dit, l'important c'est quand même de laisser McKinsey faire des brainstorming, des PowerPoints, des solutions toutes faites qui soient appliquées à tous les pays parce que c'est comme ça que ça se passe. Voilà. Et c'est une espèce de connivence. On les paie chers, c'est pas avec notre argent, c'est avec l'argent de l'État. Et puis une fois qu'on aura fini d'être dans tel cabinet ministériel, on ira peut-être bosser chez eux, comme on a vu pour un tas de ministres aujourd'hui du gouvernement de Macron qui ont été bossés dans le privé après. Comme ça, c'est très facile. Et donc c'est problématique.
Je pense que ça révèle en fait qu'il y a en haut toutes les passerelles possibles sans foi ni loi. Vous voyez ? Et puis en bas, les mêmes mesures sont appliquées que l'on soit de la fonction publique aux fonctionnaires ou que l'on soit du privé. Donc c'est cette espèce de connivence aujourd'hui qu'il faut dénoncer. C'est plus un public privé en fait parce que finalement, il y a des gens du public qui pensent, qui sont des vrais lobbyistes du privé au cœur des institutions françaises. Donc c'est plutôt cette espèce de connivence d'en haut qu'il faut largement dénoncer.
Justement, ce cabinet, il était payé par l'argent de l'État. Là, on le voit, ils sont accusés d'évasion fiscale. Les sénateurs, je le disais, parlent d'un exemple caricatural d'optimisation fiscale. Est-ce que tu peux nous expliquer comment McKinsey a fait pour ne pas payer d'impôts sur les sociétés en France ?
C'est aussi ça qui est problématique. C'est qu'on découvre des choses et on fait comme si ça n'existait pas ou c'est scandaleux alors que c'est parfaitement légal. C'est ça qui est grave. L'optimisation fiscale, aujourd'hui, est légale. Vous pratiquez des prix de transfert qui consistent à appauvrir votre filial là où il y a de la fiscalité et à l'enrichir là où il n'y a pas de fiscalité. C'est possible en Europe parce qu'au cœur de l'Europe, nous avons des paradis fiscaux mais on n'a pas le droit de le dire.
Nous en avons plusieurs, le Luxembourg, l'Irlande qui jouent la concurrence fiscale et qui font que des sièges sociaux ou des filiales se placent dans ces paradis fiscaux et qu'on va enrichir ces filiales et appauvrir les autres. Aujourd'hui, dans le CAC 40, 40 entreprises, il y a plus de 1000 filiales dans des paradis fiscaux. Tout le monde le sait. Qu'est-ce qu'elles vont faire dans les paradis fiscaux ? Il faut poser les questions. On le sait, on découvre. Ah ben oui, en fait, elle ne paye pas d'IS, d'impôt sur les sociétés, parce qu'elle fait de l'optimisation fiscale, ce qui est parfaitement légal.
Mais bon, elle paye quand même la TVA quand elle achète des biens et puis elle paye quand même des cotisations sociales parce qu'elle emploie des gens. Donc ça va, tout va bien. Ils payent quand même des impôts. Mais Total, pendant certaines années, elle avait un IS à zéro. Vous voyez ? Et même dans des pays où elle exploite du pétrole, elle a des IS à zéro. Pendant très longtemps, au Congo, il y avait des IS à zéro pour Total et IS à zéro dans le pays où elle distribue les carburants, en France. Donc pourquoi ? Parce que les impôts sont payés ailleurs dans des montages financiers via des prix de transfert. Donc c'est une escroquerie légale.
Et c'est à ce système qui est désormais légal qu'il faut mettre fin. Voilà, il ne faut pas faire comme si « Ah oui, on ne savait pas… » Ben si on sait, si on le sait. Il y a plein de recettes fiscales qui sont siphonnées par ces mécanismes d'optimisation. Et après, on les rattrape sur qui ? On le voit bien avec le truc précédent. Sur les minima sociaux, c'est-à-dire sur les pauvres et sur les vieux. Donc il faut arrêter ce système-là. Il faut arrêter de faire la blanche colombe. On est naïf comme ça, on découvre que « Ah ben en fait, ils ont le droit de le faire, c'est l'optimisation fiscale, c'est l'Europe, c'est super, c'est génial. » Ben non, il faut arrêter ça tout de suite.
Tout augmente sauf les salaires. Cette phrase bien souvent entendue dans les syndicats et les manifestations de travailleurs résonne fortement en ces temps-ci. En 2021, l'inflation s'établissait à 2,8% en moyenne en France. Un chiffre jamais atteint depuis 2008. Un effet secondaire de la pandémie. Puis en 2022, s'ajoute la guerre en Ukraine où bien sûr, la première conséquence dramatique, ce sont les victimes directes de ce conflit. Difficile pour les Français d'être sereins dans tout ça. L'inflation fait que les prix augmentent. On l'a bien vu avec l'essence, mais aussi avec les biens de consommation. Et bien souvent, les salaires ne suivent pas.
Un combat que les syndicats et travailleurs mènent d'ailleurs pour que leur salaire soit indexé à l'inflation. Thomas, est-ce qu'on doit augmenter les salaires avec l'inflation ? Sachant que cette hausse des salaires peut entraîner une perte de compétitivité ou une hyperinflation. Est-ce que tu peux nous expliquer un peu tous ces mécanismes ?
Alors, bien sûr qu'il faut augmenter les salaires. Parce que là, de quels salaires on parle ? On parle des bas salaires. Je veux dire, quand les salaires explosent en hauteur, qu'on voit les salaires de joueurs de foot ou que les salaires de grands chefs d'entreprise ou de super cadres, là, on trouve que c'est mérité. Ça dépend de leurs compétences. Par contre, quand il s'agit d'augmenter un salaire en dessous du salaire médian, je rappelle quand même que 55% des Français, 55% gagnent moins de 1,5 fois le SMIC. On parle de ces gens-là. C'est eux qu'il faut augmenter.
Alors là, on ne peut plus parce que c'est très dangereux pour l'inflation avec cette boucle inflation-salaire qui va faire qu'on va arriver à l'hyperinflation de la Hongrie d'après-guerre où les prix étaient multipliés par deux. Enfin, on agite plein de peurs comme ça. Alors qu'il faut les augmenter. Il faut les augmenter, ces salaires-là, parce que les gens n'arrivent plus à payer leurs factures. Ils sont en découvert. Les fins de mois difficiles sont en découvert parce qu'ils sont tapés avec le gaz, avec l'électricité qui est reliée au gaz, avec l'essence et ainsi de suite. Et avec le coût de plein d'autres biens, notamment liés aux matières premières avec le conflit, qui vont augmenter.
Donc il faut augmenter les salaires, notamment les bas salaires qui n'ont pas augmenté, qui ont une modération salariale ces 30 dernières années, alors que les hauts salaires s'envoilaient et là, on n'entendait jamais parler. La deuxième chose, c'est qu'on dit « Mais si on augmente les salaires, on perd la compétitivité vis-à-vis de l'étranger ». Oui, mais c'est faux aussi. La plupart des secteurs d'activité où il y a beaucoup de SMICAR sont des secteurs d'activité qui ne sont pas exposés à la concurrence internationale. C'est l'hôtellerie, la restauration, c'est le service à la personne. Ces gens-là ne sont pas en concurrence avec l'extérieur.
Et c'est ces gens-là qui sont les plus mal payés. Donc l'argument de la compétitivité, c'est un faux argument. Déjà, un, c'est un faux argument parce que la compétitivité d'un pays comme nous ne doit pas être que sur les coûts. Sinon, on va perdre face au Bangladesh, c'est sûr. Ça doit être plutôt sur le produit innovant, l'innovation, d'accord ? Faire des choses qui, voilà. Alors là, on a des problèmes parce qu'on se base tout le temps sur le coût. Nous, on va être plus compétitifs que l'Allemagne, plus compétitifs que les pays de l'Est. Non, il faudrait déjà qu'on soit compétitifs en ayant des produits de qualité.
Parce que vous savez, des Renault, il y a des gens qui n'en veulent pas parce qu'ils préfèrent Mercedes. Mercedes étant quand même plus cher ou BMW ou d'autres plus chers, mais parce que c'est de meilleure qualité. Donc, le produit est aussi intéressant. Et puis après, il y a tout un tas de secteurs qui ne sont pas en concurrence avec l'étranger. Et donc, l'aspect compétitivité ne joue pas. Et pourtant, on ne veut pas augmenter les salaires. Donc, oui, il va falloir les augmenter. Ça devrait être un vrai débat. On en parle très peu.
C'est Macron, Zemmour, qui ont des programmes économiques qui se ressemblent, qui sont sur des micmacs de cotisations sociales, mais jamais sur une augmentation des salaires. Par exemple, une augmentation franche du SMIC qui pourrait entraîner un effet d'entraînement sur les autres salaires ou des négociations un peu franches avec les entreprises du CAC 40 qui ont été aidées, qui ont des paradis fiscaux et qui ne jouent pas tout le temps le jeu. Là, il faudrait faire ça. Ce n'est pas du tout ce qui est fait. Donc, on agite ce problème de l'inflation, de la compétitivité parce qu'on ne veut pas augmenter les bas salaires. Les autres, ils peuvent augmenter, mais les bas salaires.
Donc, c'est toujours la même chose. C'est toujours les bas salaires qui trinquent et c'est toujours les plus pauvres qui trinquent pour des questions idéologiques quand les autres se gavent. Je ne pense pas que McKinsey, on lui a dit, il y a la dette, on ne va pas te payer. On l'a payé rubis sur longue. Par contre, quand il faut payer quelqu'un un peu plus cher, il y a la dette, on ne peut pas. Donc, il y a une asymétrie comme ça qui devient insupportable et qu'il faut que les candidats à l'élection présidentielle prennent ce débat à bras-le-corps parce que c'est un vrai débat qui concerne la majorité des Français.
Merci beaucoup d'avoir suivi cet instant porché. Et si le Média tient, c'est grâce à vous qui avez choisi de soutenir un média indépendant et une information différente. Rendez-vous sur lemediatv.fr slash soutien. Nous sommes ravis de écripter l'actualité avec Thomas. Et vous, chaque semaine, car l'élection présidentielle approche à grands pas et c'est difficile de faire le tri avec tout ce qu'on entend autour de nous. Merci de nous avoir suivis comme chaque semaine. Merci pour tous vos commentaires et pouces en l'air sous la vidéo. Spectateurs, abonnés, donateurs et sociaux, je vous dis à la semaine prochaine.