Jérôme Guedj - L'interview politique du 24/03/26
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Jérôme Gage, vous êtes député de l'Essonne et candidat à la présidentielle, on va en reparler bien sûr, mais avant de parler des résultats du second tour des municipales, un mot sur un décès, celui de Lionel Jospin, figure socialiste, ancien Premier ministre de 1997 à 2002, deux fois candidat à la présidentielle, qu'est-ce que ça vous inspire, est-ce que vous êtes nostalgique de cette époque-là, de cette gauche-là ?
Il y a évidemment un peu de nostalgie, il y a d'abord une grande tristesse parce que c'était une figure à la fois humainement parlant et politiquement très inspirante, il était impressionnant physiquement, on le surnommait le grand, évidemment, et il était d'abord très attaché au pays, c'est une évidence, il était un homme d'État, il aurait été un fantastique président de la République, attaché à sa formation politique, à ce que ça demeure un espace de confrontation à l'intérieur du parti socialiste.
Le drame depuis, c'est que les débats se sont externalisés, on a vu se multiplier des petites formations politiques, là où on parvenait à voir les débats à l'intérieur du parti socialiste, rappelez-vous, à l'époque, dans son gouvernement, dans sa Dream Team, il pouvait y avoir à la fois Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn, et donc on marchait sur les deux jambes, le sérieux économique et budgétaire, et puis l'attention aux vulnérabilités, la politique sociale, les 35 heures, la CMU, l'allocation personnalisée autonomie. C'était l'âge d'or de PS ? Est-ce que c'était l'âge d'or ? Probablement.
En tous les cas, c'était celui qui était capable de construire la gauche plurielle, c'est-à-dire pas une juxtaposition de chacun sa boutique, et puis on voit ce que ça donne, mais une orientation politique, un cap clair, dirait Raphaël Glucksmann aujourd'hui, et puis des gens qui viennent partager cette orientation en étant respectés. C'était pas une hégémonie, comme par exemple aujourd'hui la France insoumise essaye de l'exercer sur le reste de la gauche.
C'était une époque où Jean-Luc Mélenchon était ministre de l'Union de la France, mais c'était pas le même Jean-Luc Mélenchon.
Il était un ministre très heureux, moi je le connaissais bien à ce moment-là, il était très heureux d'être dans ce gouvernement, qu'il qualifiait lui-même de plus à gauche, le gouvernement le plus à gauche de toute l'Europe, et pour cause, parce que c'était cette gauche qui marchait sur ses deux jambes, je le dis souvent, qui était claire sur les principes, sur les valeurs, y compris à l'international, on se rappelle cette image de Lionel Jospin caillassé, parce qu'il avait eu le malheur de dire la vérité, à savoir que le Hezbollah était un mouvement terroriste à l'époque, c'était audacieux de dire ça, et il a eu le courage de le dire. Et aujourd'hui ça ne fait plus doute.
Sur les questions de transformation dans le pays, c'est aussi une période bénie, on est entre la chute du mur de Berlin et le 11 septembre 2001, on est dans un moment où non seulement la France va gagner la coupe du monde de foot, mais il y a de la croissance économique, on crée des emplois, on fait les 35 heures, on modernise le pays, on fait des grandes réformes sociales, il y a la parité, il y a le Pax, il a changé la vie avec son style rigoureux, il avait cette jolie formule, je suis un rigide qui évolue, un nostère qui se marre, un protestant athée, avec son sourire en coin, il va nous manquer.
C'est une nostalgie qui nous invite justement à cette rigueur morale pour l'avenir, parce qu'il était recta. Vous savez, moi une des dernières fois où j'ai eu un contact avec lui, il m'avait passé un coup de fil, c'était au moment où j'avais justement essuyé des attaques très virulentes de la part de Jean-Luc Mélenchon et de la France insoumise, c'était en avril-mai 2024 pendant la campagne des Européennes, avec un texte très dur de Jean-Luc Mélenchon sur son blog.
À propos de l'Est de vos adhésions, en parlant bien sûr de votre judaïté.
Oui, et Lionel m'avait appelé, parce que j'avais fait une longue interview dans Le Monde en disant je ne suis pas un juif de gauche, je suis un universaliste républicain, parce que je refuse d'être essentialisé et ramené à ce qui est du ressort de mon engagement et de ma vie personnelle. Et il m'avait appelé, je peux vous dire, quand vous avez Lionel Jospin qui décroche le téléphone, pour vous dire des mots de soutien longuement d'ailleurs, et une analyse politique très très très fine, ça va nous manquer.
Et on va le regretter évidemment. Alors, les municipales, d'abord des victoires conséquentes du PS, à Paris, Lyon, Marseille, Lille, Montpellier, Rennes et bien d'autres, mais presque partout où les socialistes ont passé des alliances avec LFI, Limoges, Brest, Toulouse, Clermont, Poitiers, Avignon, Tulle, le fief de François Hollande, ils perdent, à part Nantes, seule exception, ces alliances, PS et LFI, est-ce qu'elles ont agi comme un repoussoir sur l'électeur de gauche et au-delà ?
Moi j'en ai de cette lecture-là incontestablement, et la liste que vous venez d'égrainer le confirme, parce que c'était une erreur de penser que l'électeur allait se séparer en deux, ne pas avoir la perception nationale de la France insoumise d'un côté et avoir un vote strictement local. Aujourd'hui, c'est un fait. Tous les sondages le confirment. Jean-Luc Mélenchon, qui n'était pas très aimable, est devenu détestable et détesté. Il est une figure repoussoir. Et donc, tous ceux qui s'en approchent, c'est toxique pour eux. Ils sont pris dans le toboggan, si j'ose dire. Et donc oui, ça a joué un rôle de repoussoir, et surtout ça a joué un rôle de surmobilisation de l'électorat de droite.
Et on l'a vu à plusieurs endroits, de passerelles entre l'électorat d'extrême droite et l'électorat de droite, qui se dit, puisqu'il y a des proches de Mélenchon, ou des gens qui se revendiquent de la France insoumise, puisque certains ont voulu nous imposer cette alliance-là, alors on va les sanctionner. Et donc oui, c'est repoussoir.
C'est la raison pour laquelle, si j'extrapole par rapport à l'élection municipale, et que je me projette dans l'élection présidentielle, on le fera immanquablement, puisque c'est le dernier scrutin avant le rendez-vous présidentiel, eh bien il faut tout faire pour éviter que Jean-Luc Mélenchon soit en capacité d'être au deuxième tour de l'élection présidentielle.
Sur ces alliances de la gauche qui n'ont pas marché, il n'a pas cette lecture Jean-Luc Mélenchon, il dit, je le cite, le PS nous a entraînés dans sa chute, mais nous n'avons pas de regrets.
Non mais vous voyez bien que c'est là qu'il y a une contradiction. Moi je ne supporte pas le masochisme du parti socialiste. Je ne ferai pas de blague sur le côté maso qu'il peut y avoir à aller chercher à se prendre des beignes. On a un Mélenchon qui démarre la campagne des municipales en disant, il faut punir les socialistes. Et dont l'objectif est assez clair, c'est éradiquer les socialistes de la carte. Plumer la volaille socialiste.
Et en même temps, à un moment donné, de dire, si ça me permet d'avoir des élus dans les conseils municipaux, voire de gagner des villes, mais aussi de pouvoir m'ancrer sur certains territoires, d'avoir des élus municipaux qui voteront au sénatorial dans quelques semaines, c'est au mois de septembre, les sénatoriales, avec les grands électeurs issus des conseils municipaux qui seront candidats contre des sénateurs socialistes. Enfin, il faut être maso pour aller faire des papouilles à quelqu'un qui, en réalité, veut vous rayer de la carte.
Et moi, c'est ça qui m'a heurté, qui m'a meurtri, qui m'a dégoûté, d'avoir une position très claire du Parti socialiste le 3 mars, dans un bureau national du Parti socialiste. Mais pour ça, il aura fallu l'essai hallucinante de Jean-Luc Mélenchon sur Epstein, sur Raphaël Glucksmann, tout ça après des mois et des mois. Moi, ça fait des mois que je dis ça. Moi, je parlais de la laisse des adhésions, mais dès mai 2024, je dis mais c'est plus possible. Et d'ailleurs, je prends ce risque. Il y a de la dissolution qui intervient juste après. Je refuse l'alliance avec la France insoumise. Vous avez été un très rare socialiste. Je suis quasiment le seul.
Et en plus, avoir une candidature de la France insoumise, j'ai pris mon risque. J'ai pris mon risque. Et je pense que c'est couronné de succès, à un moment donné, d'être cohérent avec ces principes. Et là, le PS, il fait le grand écart. Et le grand écart, ça fait mal aux adducteurs. C'est-à-dire qu'on ne peut pas avoir cette position qui a été entendue comme telle, pas d'accord avec la France insoumise. Et après, le murmure, comme ça a été dit dans la chronique de manière très drôle, qui est dédiée à dire, oui, mais localement, on peut faire ce qu'on veut. Et comme en plus, localement, il y a plein d'endroits où c'est nécessaire, alors ça devient ce qui était l'exception, devient la règle.
Et ça valide la stratégie de Jean-Luc Mélenchon. Et surtout, parce que je tiens à le dire quand même, pourquoi le PS, il a pris cette décision ? S'il a écrit noir sur blanc pour la première fois, que ce n'était pas possible avec quelqu'un qui a tenu des propos antisémites insupportables et qui donne lieu à des dérives complotistes. La politique, ça commence par des valeurs, mon sang. Il ne faut pas faire de la politique si on s'assied sur les valeurs. On ne peut pas écrire ça dans un texte et après se dire, oui, mais il y a des insoumis à visage humain, etc. Et de demander à ceux-là de critiquer l'exposition de Jean-Luc Mélenchon.
Je n'ai pas vu une seule des déclarations de ceux avec qui les accords ont été faits dans l'entre-deux-tours qui ont dit, et je condamne les propos de Jean-Luc Mélenchon. Pas un seul. C'était censément être la condition pour faire des accords avec eux. Je crois que c'était le cas à Toulouse, mais bien avant l'accord. Assez hypocrite. Donc, je vais vous dire, c'est une faute. C'est une faute. C'est une faute d'Olivier Faure ? C'est une faute de la direction du Parti Socialiste que, de s'être fourvoyé dans cette hypocrisie-là, on a besoin de clarté dans la période. On a besoin de courage. Moi, j'assume. Je revendique ce courage-là, cette ténacité-là, cette nuance nécessaire à certains moments.
Et il va falloir qu'on change totalement de braquet dans la préparation de l'élection présidentielle parce que sinon, les mêmes causes produiront les mêmes effets. L'effacement du Parti Socialiste. Il y a un problème de confiance, de crédibilité. Et là, on était dans la remontada, si j'ose dire. On avait, après les élections européennes, pour la première fois, on était repassés devant la France insoumise avec la candidature de Raphaël Glucksmann. On avait diplôme d'accord, etc. Et là, trois marches en arrière. C'est la rechute. C'est la rechute. Et vous savez, les électeurs, ils ne sont pas stupides. Ils ont cette mémoire.
Alors, comment faire à partir de là ? Puisque certains socialistes contestent de plus en plus ouvertement depuis dimanche soir la position, la stratégie d'Olivier Faure et disent qu'il faut en finir. Alors, le problème, c'est que c'est compliqué d'organiser un congrès. Je crois qu'il y a ce matin une réunion de groupe à l'Assemblée Nationale, groupe socialiste, ce soir un bureau national. Qu'est-ce qui va se passer au PS ? Est-ce qu'il est possible d'organiser un congrès, de changer de premier secrétaire ? Comment vous voyez les choses ?
Je ne sais pas ce qu'on peut changer, mais il faut changer. On ne peut pas avoir cette fameuse gaudie et cette impression de dire tout et son contraire parce que ça abîme la crédibilité. Et puis surtout, il faut assumer ce qu'on est. Ce n'est pas que de la tambouille politicienne.
Si on a une offre, moi je veux incarner, c'est pour ça que je suis candidat à l'élection présidentielle, une gauche républicaine, universaliste, laïque, mais authentiquement de gauche qui s'attaque au sujet qui préoccupe ceux qui vont voter pour la France insoumise comme ceux qui parfois ont voté pour le Rassemblement National et qui ont le sentiment qu'on ne parle pas de pouvoir d'achat, de la disparition des services publics dans les villes et dans les sous-préfectures qui ont un sentiment de relégation, qui se disent que l'écologie c'est absolument nécessaire mais que ça ne peut pas être punitif et qu'on fait comment quand le litre de gazole est à 2 euros en ce moment et qu'on nous dit qu'il faut préserver la planète mais qu'il n'y a pas de transports en commun qui sont offerts sur ces territoires.
Il y a des préoccupations. On doit avoir un discours de gauche sur la sécurité qui est la première des libertés qui ne cède pas à la surenchère mais qui ne doit pas être dans le déni de ces sujets de préoccupation. Or cette gauche républicaine, elle a de la matière qui la différencie du yaka-faucon, de l'incantation, de la liste de courses pas financée, pas crédible budgétairement et pas sérieuse fiscalement proposée par la France insoumise et qui nous a d'une certaine manière éclaboussée depuis des mois et des années.
Donc ça suppose, et moi je souhaite que le PS reprenne le leadership, qui dise nous devons organiser le travail, moi j'appelle à une maison commune de la gauche républicaine et des écologistes, de gens de bonne volonté avec un postulat de départ, aucune alliance électorale ou stratégique à la présidentielle évidemment mais aussi aux législatives qui suivent avec la France insoumise. Une fois qu'on est d'accord sur ce postulat parce que pour les raisons de repoussoir qu'on avait écouté tout à l'heure, on se met autour de la table, on élabore 10, 15, 20 propositions et de l'intérieur de ce périmètre, on fait se dégager un candidat à l'élection présidentielle et surtout une équipe.
S'il y a un enseignement qu'on doit retenir de Lionel Jospin, c'est la Dream Team. Personne n'aura raison tout seul d'une certaine manière.
La fameuse Dream Team. Alors candidat à la présidentielle, vous l'êtes, comment vous allez faire pour vous imposer face aux nombreux compétiteurs, au PS et à l'extérieur ? Je pense à Olivier Faure bien sûr, Boris Vallaud, François Hollande qui reviendrait volontiers, Raphaël Glucksmann à l'extérieur qui lui, vous l'avez dit, est sur une ligne très claire face par rapport à l'EFI et quelques autres. Comment on procède ?
En étant soi-même, moi, pourquoi je suis candidat ? Parce que j'ai le sentiment, la conviction que j'incarne justement ce point d'équilibre. J'ai été le premier à être dans la confrontation avec Jean-Luc Mélenchon. Mais je suis, dans mon parcours et dans mon histoire politique, attaché à cette gauche de transformation. Je ne suis pas pour une gauche molle, pour une gauche modérée. j'ai l'expérience d'élu local, j'ai l'expérience de négociation à l'Assemblée nationale et j'ai cette volonté de rassembler la gauche républicaine, donc au travail. Merci Jérôme Guelch d'avoir répondu aux questions de Radio-J. A très bientôt.
Générique Générique ... ... ...
Jérôme Guedj