Passoires thermiques : comment les éradiquer ? Entretien avec Benoit Bazin, DG de Saint-Gobain
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Pour lutter contre le réchauffement climatique et réussir notre transition énergétique, il faut rénover nos bâtiments. Il y a urgence. Bonneau Bazin, bonjour.
Bonjour. Directeur général de Saint-Gobain, c'est l'un de vos combats. Cette performance énergétique des bâtiments, c'est vraiment l'un des dossiers prioritaires pour sauver la planète.
Pardon de le dire comme ça. Les bâtiments représentent de par le monde plus de 40% des émissions de gaz à effet de serre. Donc c'est très important pour l'urgence climatique de rénover les bâtiments.
Mais c'est aussi important pour l'urgence énergétique à laquelle on fait face en Europe, en France, et aussi pour l'urgence sociale de pouvoir bien se loger, bien se chauffer dans son bâtiment. Donc c'est aussi bon pour le portefeuille des Français. Même si au départ il y a un coût, il y a un investissement, évidemment.
C'est très important pour le pouvoir d'achat. On voit les factures énergétiques monter. Une bonne rénovation d'une maison individuelle, on peut diviser par 5 ou 6 la facture énergétique de sa maison.
Enfin, ce qui plaide pour la rénovation énergétique, j'ai envie de dire maintenant, tout de suite, et pas demain ou dans 10 ans, il y a cette question de la souveraineté énergétique. C'est vrai que 44% de l'énergie dépensée en France, c'est de l'énergie dans les bâtiments publics ou privés. Si on la baisse de 10%, on économise 6 ou 7 tranches nucléaires et ce de l'énergie qu'on ne va pas acheter autrefois en Russie, aujourd'hui au Qatar ou aux États-Unis.
Donc il faut retrouver de la souveraineté en baissant la consommation énergétique des bâtiments. CQFD. Bon, maintenant, pour celles et ceux qui nous regardent, qui disent de quoi est-ce qu'ils parlent ces deux-là, cette rénovation thermique, à quoi ça ressemble ?
Parce que certains se disent, on fonctionne au coup par coup, certains vont changer une fenêtre, installer une pompe à chaleur pour vous. J'ai envie de dire, c'est tout ce qu'il ne faut pas faire, faire du coup par coup. Ça vous arrange aussi, vous me direz, en même temps.
La meilleure énergie, c'est celle qu'on ne dépense pas. Si vous pensez à votre maison comme un cube, il faut aller vers de la rénovation globale, plusieurs gestes, pas uniquement monogestes, plusieurs gestes. Une sorte de passeport du bâtiment comme un carnet de vaccination.
Alors, il faut isoler les murs, les fenêtres, le toit, les combles ou le toit, changer aussi le système de chauffage. Quand vous avez isolé les murs, les fenêtres, le toit, vous avez fait à peu près 60 ou 70% du chemin. Et ensuite, vous pouvez passer sur un système de chauffage moderne.
Donc, installer une pompe à chaleur sans avoir renforcé, encore une fois, ou isolé les fenêtres, les murs ? C'est de l'énergie, vous allez chauffer les oiseaux à l'extérieur ou sur le toit. C'est un peu comme rouler avec votre voiture, climatisation à fond, les fenêtres ouvertes.
Donc, il faut bien isoler le bâti et après, la pompe à chaleur sera efficace. Donc, il faut faire les choses dans le bon ordre, l'enveloppe, finalement, le bâti, la boîte. Et après, à l'intérieur, vous mettez un système moderne de chauffage.
Sauf que, pour celles et ceux qui se lancent dans cette rénovation globale, il y a un coût. Ça coûte cher et tout le monde n'a pas les moyens. Il y a un forfait global de ma prime rénov' qui existe.
Il a été d'ailleurs un petit peu rehaussé, mais il est largement insuffisant. D'accord ? Alors, il faut cibler les bâtiments qu'on appelle F ou G, c'est-à-dire vraiment les passoires énergétiques.
Moi, ce que j'appelle de mes voeux, c'est vraiment en 10 ans, éradiquer les 5 millions de passoires énergétiques. Et pour ça, effectivement, limiter le reste à charge des ménages à revenus modestes pour que le coût pour eux dans leur porte-monnaie soit plus faible et qu'ils puissent engager cette rénovation qui va apporter des économies de factures énergétiques. Donc, si on fait une rénovation intelligente, on va être sur 200, 300 euros du mètre carré.
On peut avoir beaucoup plus de soutien de la prime rénov' pour les passoires énergétiques ou les revenus modestes. C'est combien aujourd'hui ? Ça prend combien en charge, à peu près, ma prime rénov' ?
Ça va prendre 10 à 15 % sur une rénovation de maison individuelle ? Le compte n'y est pas. Le compte n'y est pas.
C'est ce pour quoi je plaide. Il faut faire x4 ou x5 sur l'investissement. C'est déjà 2,5 milliards.
C'est 2,5 milliards déjà chaque année dans les comptes de l'État. Mais alors, prenez la facture du bouclier énergétique, ça a été 50 milliards. Tout le monde n'a pas besoin d'un bouclier énergétique sur sa facture d'électricité ou de gaz.
Il y a des ménages qui en ont besoin encore plus que ce qu'ils ont reçu. Si on prenait 10 milliards des 50 milliards de la facture énergétique et qu'on les met sur la prime rénov', on fait x5 sur la prime rénov'. Et à ce moment-là, vous baissez le reste à charge des ménages qui ont vraiment besoin, parce qu'ils sont en précarité énergétique, de rénover leur bâtiment.
Ils auraient un reste à charge très faible et ils passeraient d'une passoire G à un bâtiment C. Et donc, c'est moins de facture énergétique et une revalorisation patrimoniale de leurs biens. Reste à charge qui serait de combien si on quadruple la prime rénov'.
Au lieu d'avoir 10 à 20% de soutien, on aurait 80, 70, 80% de soutien et donc un reste à charge de 20, 30%. Et donc, ce serait tout à fait accessible. J'ai oublié de vous parler des matériaux innovants.
C'est un sujet, j'imagine, aussi performant, innovant pour rénover de façon optimale, tout en étant évidemment éco-responsable et durable. C'est aussi un grand défi pour l'industrie aujourd'hui, pour vous aussi. La bonne nouvelle dans le bâtiment, c'est que les solutions techniques existent.
Faire une maison passive à Angers, à Grenoble, on sait faire. Une maison passive, c'est-à-dire une maison qui consommerait moins d'énergie qu'elle n'en produit. Avec des cellules photovoltaïques sur le toit, avec tout un tas de systèmes de très bonne isolation.
Donc, faire un bâtiment très, très performant, on sait faire avec toutes les solutions techniques qui, aujourd'hui, existent. À prix accessible ? À prix accessible.
La question, c'est de s'engager à grande échelle pour, à la fois, créer tous les emplois qu'on évoque tout à l'heure, et deuxièmement, que les industriels fournissent leurs capacités. Donc, il y a des isolants de très bonne qualité. Nous, on vient de lancer, par exemple, un nouveau double vitrage, qui allie une transmission lumineuse accrue, du confort d'été, confort solaire, parce qu'il y a une question maintenant des pics de température l'été, et du confort thermique l'hiver.
Donc, il y a tout un tas de solutions. Avançons, avec plus d'incitation publique, et aussi du travail sur les bâtiments publics. Et avec aussi, bon abazin, des financements.
Et c'est le rôle des banques, qui, selon vous, ont un rôle clé à jouer pour réussir ce défi. Et selon vous, elles ne prennent pas assez de risques. Elles doivent plus s'impliquer aux côtés des ménages ?
C'est une question qu'on doit se poser en France, quand vous empruntez...
Les banques, elles prêtent, les banques, aujourd'hui. Les banques prêtent, mais elles s'occupent de votre âge, de votre profession, et de votre état de santé. Elles ne se préoccupent pas du bâti.
Est-ce que c'est un bâti qui, thermiquement, n'est pas bon ? Est-ce qu'il faut le rénover ? Est-ce qu'il est A, B ou G dans le diagnostic de performance énergétique ?
Moi, je pense que c'est important d'intéresser le monde bancaire, qui est un élément essentiel de notre économie, à l'efficacité énergétique du bâtiment, public ou privé. Vous avez aujourd'hui, et les banquiers vous disent, que la limite, c'est la capacité d'endettement. Il ne faut pas que ça dépasse 30% des revenus du ménage.
On pourrait dire, 30% c'est bien, mais rajouter, et ça c'est l'État qui le décide, rajouter 3, 4 ou 5% pour l'efficacité énergétique du bâtiment. Parce que ça améliorera la capacité de remboursement de l'emprunteur, du ménage dans sa maison qui paiera moins de factures, et donc qui aura plus de pouvoir d'achat. Donc on pourrait très bien dire, voilà la règle stricto sensu classique sur l'emprunt, et voilà le surcroît que vous pouvez financer pour la rénovation énergétique, ce qui améliorera le bâtiment, et donc l'hypothèque, si vous preniez une hypothèque sur le bâtiment, mais surtout la capacité de remboursement du ménage, ça améliorera son confort de vie, il sera moins absent au travail, et tout le monde sera plus heureux.
C'est vertueux. C'est tout à fait vertueux. S'agissant de la rénovation, on finit là-dessus, des bâtiments publics, vous plaidez pour s'attaquer d'abord, en premier lieu, aux écoles, ça en a entendu, et aux hôpitaux.
Pourquoi cela en premier, en termes de bâtiments publics ? Quand on regarde les bâtiments publics, en fait 70% d'entre eux, ce sont les établissements de santé au sens large, et les établissements d'éducation. Donc, traitez ces deux domaines-là, vous traitez 70% des bâtiments publics, et de surcroît, ce sont quand même des univers exigeants en termes de profession, quand vous êtes infirmier, quand vous êtes médecin, aide-soignant, brancardier dans un hôpital sur des services de réanimation, on l'a vu pendant le Covid, quand vous êtes enseignant dans une salle de classe, ce sont des professions exigeantes.
Donc, apporter un bien-être au travail, ça peut être la qualité acoustique d'une salle de classe, qui fait que l'enseignant n'aura pas à s'égosiller, monter sa voix, que l'enfant, au quatrième rang, entendra mieux. Donc, tout ça, ça participe d'une meilleure éducation. Aujourd'hui, rénover une école, vous avez un retour sur investissement en 4 ou 5 ans, parce que votre facture énergétique, ça n'est plus l'argent perdu, et au bout de 4 ou 5 ans, vous rentrez dans votre argent, dans votre investissement.
Mais il faut, et c'est pour ça que la logique du tiers-financement est intéressante, c'est raisonner pluriannuel, sortir de la logique annuelle de la comptabilité publique, et se dire qu'au bout de 4 ou 5 ans, vous avez réduit vos frais de fonctionnement, vous avez investi, et vous transmettez ça aux nouvelles générations. Ce chantier de la rénovation énergétique, c'est un chantier titanesque. Il faut accélérer ses prioritaires.
Et nous sommes prêts. Bon, merci en tout cas, merci à vous. Bono Bazin, directeur général de Saint-Groën.
Merci. Merci. Merci.
Arnaud Bazin