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interviewBLAST (sur YouTube)· 4 juillet 2025 13 min

TOGO : UNE RÉVOLTE POPULAIRE VEUT LA CHUTE DU RÉGIME

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Le mur de la peur est en train de tomber. Il chancelle sur ces illégitimes fondements. Et c'est vous, nos enfants, nos frères, nos sœurs, notre jeunesse debout qui brisait les fondations.

Lui, c'est Kofi Yaman, vous le connaissez peut-être parce qu'il a eu une carrière politique en France. Il a notamment été nommé secrétaire d'état de Edit Crresson en 1991. Les amis de Cofi, déjà dans la confidence, arrivent à son domicile.

Ils ont déjà vécu de grands moments ensemble. Ce soir, ils sont venus attendre l'annonce à la télévision que leur maire devient membre du gouvernement. Il a ensuite été député socialiste du Finistère entre 1997 et 2002.

Mais depuis, il est retourné vivre dans son pays natal, le Togo. Et c'est de ce pays dont il parle dans la vidéo que je vous ai montré. Rejoignez l'immense vague de la libération nationale.

Ce combat est le vôtre. Ce combat est le nôtre. Il appelait en fait les Togolais à rejoindre le mouvement de protestation qui s'est tenu les 26, 27 et 28 juin dernier.

On en entend assez peu parler, notamment parce qu'une chappe de plomb est tombée sur les médias au Togo. France 24 et RFI ont d'ailleurs été suspendus pendant 3 mois dans le pays à partir du 16 juin. Ces manifestations ont été très durement réprimées par le pouvoir togolais qui les a déclaré illégales.

Selon une conférence de presse des organisations de la société civile du pays, rapportée dans un article de 20 minutes du 29 juin dernier, dénonçant les exactions commises par des éléments des forces de l'ordre et des miliciens togolais, elles ont fait état de sept corps repêchés dans les cours d'eau de la capitale du Togo. Elles ont également relevé des dizaines de blessés et plus de 60 personnes interpellées lors de 3 jours de manifestation de jeudi à samedi. Notre frère a été tué hier dans la lagune et c'est en cherchant son corps aujourd'hui que nous avons retrouvé deux autres corps dans l'eau.

Mais alors, que se passe-t-il au Togo ? Pourquoi tout est mort ? Et pourquoi le peuple togolais continue-t-il à manifester malgré la répression ?

Et est-ce que pour une fois ça n'a pas de rapport avec la France ou la Russie ? La réponse à presque toutes ces questions, c'est tout de suite dans ces DDM. [Musique] Pour comprendre cette mobilisation, il faut faire un peu d'histoire et qui peut se permettre de faire un peu d'histoire sans faire un peu de géographie.

Sortons nos cartes. Le Togo est un pays d'Afrique de l'Ouest issu de la partie orientale du Togoland, colonie allemande partagée entre les Français et les Anglais suite à la Première Guerre mondiale. Comme le Cameroun, l'actuel Togo a été jusqu'à son indépendance un territoire sous mandat de l'ONU administré par les Français.

D'ailleurs, si l'histoire du Cameroun vous intéresse, je vous invite à regarder la vidéo sur Pierre Mesmer qu'on avait faite avec Maudi. Si la France-Afrique existe encore aujourd'hui, si des régimes autoritaires favorables aux intérêts français sont encore en place comme au Togo, par exemple, un pays qui a une histoire assez similaire au Cameroun, et bien c'est bien grâce à des hommes comme Pierre Mesmer. Le Togo fait à peu près la taille de la région grand est compte un peu plus de 9 millions d'habitants.

Il a pour capitale l'omé et politiquement le Togo, c'est compliqué. Enfin non, c'est simple en fait. La même famille est au pouvoir depuis un peu moins de 60 ans.

Entre 1967 et 2005, c'était lui le président Gassing B Yadema. Et depuis 2005, c'est son fils Fort Nassingb qui a pris le relais. Alors, la vie politique togolaise a été traversée par tout ce que vous pouvez imaginer dans un régime autoritaire entre emprisonnement ou assassinat des opposants et élections truquées.

Le tout avec l'indifférence bienveillante de la France qui reste assez proche de l'OM. [Musique] Le dernier coup en date de Forgingb, ça a été d'imposer un changement de constitution. Changement qui a été adopté en avril 2024 et qui a permis au pays de passer d'un régime présidentiel à un régime parlementaire.

Le président de la République qui sera proposé par l'Assemblée nationale et le Sénat aura un rôle représentatif. Quant au vrai tenant du pouvoir exécutif, le président du conseil, il sera le chef de la majorité à l'Assemblée nationale. Il n'aura pas de limitation de mandat mais pourra être démis de ses fonctions par l'Assemblée.

Et devinez qui a récupéré ce poste de président du conseil qui concentre les pouvoirs et qui lui permet de passer outre la limitation du nombre de mandats qu'avait le président de la République. Fort jurons solennellement de respecter et de défendre la Constitution. que la République togolaise s'est librement donné.

Oui, évidemment. Gassing B s'est fait nommer président du conseil et au poste de président désormais plus symbolique qu'autre chose, il a nommé Jean-Luccien Savi de Tomé un ancien opposant âgé de 86 ans. Je là, il est croulant, il est au bord de du précipice.

On va aller le sortir de quelque part pour devenir président du Togo. Vous ne trouvez pas que c'est ridicule ? s'amuse avec notre pays.

Paulassimé s'amuse avec le pays. On ne peut pas l'accepter. Comme le résument plusieurs collectifs de la diaspora togolaise dans un biais sur le club de médiiapart, ceci constitue une profonde régression.

Selon les informations qui parviennent aux citoyens togolais de manière parcellaire, la nouvelle constitution confirme bien l'exclusion du peuple togolais et la concentration des pouvoirs au sein d'un parlement savamment choisi par le pouvoir en place. Un bel exemple d'un pouvoir despotique sous le vernis d'un régime parlementaire au Togo. Ce coup de force a conduit à des manifestations à l'appel des partis d'opposition au début du mois de mai 2025.

Nous n'allons jamais baisser les bras en ce qui concerne la résistance face à ce coup de force. Et après, plus rien, mais plus rien pas très longtemps parce que les 5 et 6 juin dernier, de nouvelles manifestations ont eu lieu à l'omé et cette fois-ci elle n'émit pas des partis d'opposition mais de la société civile. Les manifestants protestaient contre des arrestations de voies dissidentees, la hausse du prix de l'électricité et la réforme constitutionnelle.

Il répondait notamment à un appel à manifesté le 6 juin lancé par un rappeur critique envers le pouvoir, Amron, pour célébrer de façon ironique l'anniversaire de Foressing B. D'ailleurs, ce rappeur Amron, il est devenu un symbole de la mobilisation. Il a été interpellé le 26 mai dernier puis interné en psychiatrie pour avoir lancé son appel à descendre dans les rues.

Il a réapparu quelques jours plus tard, tête et barbes rasées, visiblement forcé de réaliser une vidéo d'excuses vis-à-vis de Fort Gensing B. J'aimerais pouvoir saisir cette occasion pour demander pardon et présenter mes sincères excuses à monsieur Fort à son excellence Fortuna Nazumbe président du conseil des ministres par rapport à mon comportement désant discourtoi et outrageux à son endroit alors qu'il m'avait jamais rien fait personnellement. Il a finalement été libéré le 21 juin, mais plusieurs autres personnes ont été interpellées lors des manifestations suivantes.

Amnestie internationale fait même état d'accusation de torture. Nous étions couchés sur le sol. Ils étaient six ou sep agents autour de nous.

Ils versaient de l'eau sur nous et il nous frappaient les fesses avec des cordelettes. Ils ont frappé nos plantes de pied en nous demandant est-ce que vous allez encore sortir manifester ? Puis ils nous ont ordonné d'aller courir sur des gravillons.

Il nous menaçaient. À un moment, ils nous ont ordonné d'aller danser sous la pluie. Ils ont ordonné à un manifestant qui avait été arrêté avec un mégaphone de chanter dans l'appareil éteint à raconter l'un d'eux à Amnestie International.

Et tout ça c'est sans parler plus largement de la situation des prisons au Togo, notamment de celle de l'omé surpeuplée et sans climatisation malgré la chaleur comme le révélait une enquête de Caroline Chauvet à ballot publiée le 18 juin dernier sur Afrique 21. Ce n'est pas fait pour les humains. Quand j'y repense, ça me fait trop mal, déplore un autre ex-détenu qui a demandé l'anonymat, tout juste sorti de la prison de Dapaong dans le nord du Togo.

J'étais dans une cellule faite pour environ 45 personnes alors qu'on était 174. Toute la nuit, on était assis l'un en face de l'autre. Ceux qui n'avaient pas trouvé de place étaaiit debout.

À cause de cela, beaucoup avaient des membres de leur corps enflés, d'autres avaient des maladies dermatologiques et j'ai vu deux personnes mourir dans mon bâtiment, visiblement par suffocation. D'ailleurs, pour que vous ayez une idée de la situation, dans l'enquête d'Afrique 21, il y a aussi une vidéo d'une cellule d'isolement dans la prison de Lomé. Attention, les images sont choquantes. [Musique] Mais les Togolais ne manifestent pas que pour la libération des prisonniers.

Il y a évidemment plus largement la question du régime politique. Comme l'explique le penseur togolais Senam Kofi Agbjinu, ce système maintient la société dans l'inefficacité et l'arriération. Il s'appuie à la fois sur la peur utilisé de manière brutale pour dissuader toute contestation et sur un enchevêtrement opaque d'alliance international qui le protègent.

Peu à peu, cette emprise a étouffé chez les Togolais jusqu'à l'idée même qu'un autre avenir est possible. Effectivement, on voit que le régime fait tout pour survivre. Le Togo reste proche économiquement de l'ancienne puissance coloniale, hein.

La France, c'est le second importateur au Togo après la Chine et une quarantaine d'entreprises françaises, y sont implantées. Mais le pouvoir, il essaie aussi de se rapprocher de l'AES, l'association des jees saéliennes plus proches de la Russie. Je vais vous surprendre.

Demandez aux populations togolaises, les togolaises et les togolaises lambda si le Togo veut rentrer dans la vous allez voir leur réponse. Je vous dirai qu'ils vous diront oui. C'est un bel exercice.

Je vous je vais vous prendre. Plus de 70 % vous dirai. Au final, le pouvoir joue un jeu d'équilibre diplomatique assez impressionnant comme le relate Thomas Ditriche sur sa chaîne chronique de France-afrique.

Macron a même eu besoin des services de Forniassimé récemment parce que le président togolais a joué les médiateurs pour le compte de l'Élysée lorsque quatre agents de la DGSE ont été arrêtés au Burkina Faso fin 2023. Forniassimbe avait alors intercédé auprès d'Ibrahim Traoré pour essayer de les faire libérer. Force s'est rapproché de l'AOS qui utilise le port de l'omé comme porte d'entrée.

Il y a des mercenaires turcs qui combattent les djihadistes au nord du Togo. Mais après une petite brouille au début de l'année 2024, Fort Macron se sont rabibochés et fait des mamours à plusieurs reprises comme en commémoration du débarquement en Provence en août 2024. Ce flou diplomatique, il nourrit l'impression que le gouvernement est prêt à tout pour rester au pouvoir.

Mais ce n'est toujours pas la seule cause des manifestations. Comme dans beaucoup de mobilisations à travers le monde, les Togolais sont aussi dans la rue à cause de l'inflation et de l'augmentation du coût de la vie puisque le gouvernement a eu l'excellente idée d'augmenter le prix de l'électricité de 12,5 %. La Ligue des Consommateurs du Togo tire la sonnette d'alarme aux médias ici l'omé.

Selon des analyses économiques, une augmentation des frais d'électricité pourrait entraîner une inflation de 10 à 15 % dans les mois à venir. Cette situation pourrait rendre la vie encore plus difficile pour les familles qui voient leurs salaires stagnants face à des coûts de vie en constante augmentation. C'est donc tout ça, les arrestations, le régime répressif, la hausse du coût de la vie qui ont conduit à cet appel à manifester de la fin du mois de juin les dernières manifestation au moment où on tourne cette vidéo.

Il y a eu de nombreuses mobilisations populaires dans l'histoire récente du Togo. La dernière qui remonte à 2017 portait déjà sur une modification de la Constitution. La question est toujours la même.

Est-ce que celle de 2025 sera celle qui fera tomber le régime ? Du côté du pouvoir, on veut se montrer inflexible. Le ministre de la fonction publique togolaise, Gilbert Bawara, menace celles et ceux qui voudraient descendre dans la rue.

Il vaut mieux s'abstenir parce que vous trouverez face à vous l'État qui n'est pas dans une volonté de répression ou d'oppression de quelque nature que ce soit, mais qui est dans sa responsabilité de faire respecter la loi. C'est un comble de dire ça alors qu'il y a eu des morts, des blessés, des arrestations et même des enlèvements à domicile. La violence est telle qu'elle a même fait réagir le 30 juin la conférence des évêques du Togo qui se veut être un genre de médiateur entre le pouvoir et le peuple.

Après avoir suivi avec une profonde préoccupation, affliction et tristesse les événements douloureux qui ont marqué les journées du 26, 27 et 28 juin 2025, suite au fait d'une gravité inouie, nous condamnons vigoureusement à nouveau ces violences inacceptables et insoutenables, queles qu'en soient leurs origines, leurs auteurs ou leurs justifications. Un usage aussi disproportionné de la force pour réprimer une manifestation fut-elle illégale et simplement inadmissible. Le rappeur Amron, hein, dont je vous parlais tout à l'heure, lui en tout cas, il reste optimiste.

Après sa vidéo d'excuses imposées, il est revenu le 27 juin sur son arrestation dans un long texte publié sur TikTok. Il y écrit notamment s'adressant au peuple togolais "Votre détermination à exigé ma libération et ma réintégration ont brisé des forces et des volontés dressées pour ne jamais replier ni rompre. Vous avez par votre unique volonté brisé définitivement dans l'invisible les chaînes qui nous gardaient tous togolaises et togolais que nous sommes en captivité." Voilà, si l'actualité nationale c'est déprimant, n'oubliez pas que l'international sera le genre humain. [Musique] [Musique]