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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 7 octobre 2025 23 min

Crise politique : LR prêt à cohabiter, le PS appelle aussi à entrer au gouvernement

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Et avec Benjamin Duhamel, nous vous proposons ce matin un grand entretien consacré à la crise politique que traverse donc la France. Deux partis détiennent la clé de l'équation, les socialistes et les républicains. On va donner la parole à deux figures de ces familles politiques. Dans quelques minutes, le président des députés socialistes, Boris Vallaud, sera avec nous. Mais d'abord, nous recevons un eurodéputé vice-président des Républicains, avec lequel vous pourrez d'ailleurs dialoguer au 01 45 24 7000. François-Xavier Bellamy, bonjour. Bonjour. Et merci d'être au micro d'Inter ce matin.

0:46
François-Xavier Bellamy

Merci à vous.

0:47
Présentateur

Le Premier ministre des missionnaires Sébastien Lecornu a jusqu'à demain soir pour tenter de dénouer la crise politique. Croyez-vous qu'il puisse y arriver ?

0:59
François-Xavier Bellamy

Est-ce que vous pouvez me permettre de dire simplement d'un mot, que nous sommes effectivement le 7 octobre, Pierre Aski le rappelait à l'instant, et je voudrais dire aujourd'hui parce que c'est une date qui marque d'abord mon soutien à toutes les familles des victimes, à toutes les familles des otages, mais aussi à toute la communauté juive de France qui vit depuis deux ans le retour d'un antisémitisme particulièrement décomplexé. C'est aussi le contexte de la crise politique que nous vivons aujourd'hui et qui dit l'urgence d'agir et l'urgence de trouver les moyens d'agir.

1:24
Présentateur

Alors est-ce que Sébastien Lecornu peut parvenir à dénouer cette crise politique dans un laps de temps si court, y croyez-vous ou non ?

1:36
François-Xavier Bellamy

En fait, pour le comprendre, il faut revenir sur l'origine de cette crise. Pourquoi est-ce que les Républicains, pourquoi est-ce que Bruno Retailleau ont fait le choix, finalement, de réinterroger leur participation à ce gouvernement ? Ce n'est pas pour la nomination de telle ou telle personne, ce n'est pas à cause de Sébastien Lecornu, c'est parce que ce dont nous avons compris l'enjeu il y a quelques heures, c'est le fait que le Président de la République voulait continuer de gouverner le pays comme si rien ne s'était passé. Après la dissolution, les élections législatives ont donné naissance à cette Assemblée où il n'y a pas de majorité.

Le Président de la République a perdu ses élections, et nous ne les avons pas gagnées, bien sûr. Mais puisque le Président n'a plus de majorité, il faut en tirer les conséquences. Et nous nous étions engagés autour de Michel Barnier parce qu'au lendemain de cette dissolution, Emmanuel Macron avait choisi de nommer un Premier ministre qui ne venait pas de son camp. C'était une manière de tirer les enseignements de cette crise politique. Aujourd'hui, malheureusement, ce que nous touchons du doigt avec la nomination de ce gouvernement, c'était le fait qu'Emmanuel Macron ait tenté de revenir en force et de reprendre...

2:40
Boris Vallaud

Quand François Bayrou était Premier ministre, ça ne vous dérangeait pas de faire partie d'un gouvernement dirigé par celui qui est détesté par la droite ?

2:47
François-Xavier Bellamy

Mais d'abord, pour nous, participer à ce gouvernement a toujours été un choix difficile. Nous avons été dans l'opposition à Emmanuel Macron pendant huit ans. Nous avons combattu le macronisme parce que nous pensions que les décisions qui se prenaient n'étaient pas bonnes pour le pays. Nous avons fait le choix de rentrer dans cette logique de compromis, non pas parce que nous avions changé d'avis, mais parce que, d'abord, nous voulions éviter que le nouveau Front Populaire ne soit le premier bloc parlementaire à l'Assemblée Nationale, et surtout parce que nous voulions faire en sorte que les deux ans qui viennent soient le plus utiles possible au pays. Notre intention n'a pas changé.

Mais ce qui a changé, c'est que, encore une fois, je le redis, François Bayrou était sans doute plus indépendant à l'égard d'Emmanuel Macron que ne l'était Sébastien Lecornu, et tout le monde le sait. Vous le savez très bien, Benjamin Duhamel. Ce gouvernement, et c'est là qu'était le problème, il a été composé à l'Élysée.

3:31
Boris Vallaud

Je n'ai rarement entendu dire du bien de François Bayrou, mais comme quoi tout arrive.

3:34
François-Xavier Bellamy

Mais encore une fois, le but n'est pas de parler de personne. Les Français sont désespérés par les petites histoires politiciennes. La seule chose qui compte, c'est de garantir le respect de nos institutions et le respect de notre démocratie. Et c'est cela, et cela seulement, que Bruno Retailleau et notre famille politique a en tête, et c'est cela que nous avons eu à cœur lorsque nous avons pris cette décision.

3:53
Boris Vallaud

François-Xavier Bellamy, plusieurs déclarations ce matin, puisque l'actualité politique se joue minute par minute. Il y a quelques instants, l'ancien Premier ministre, Édouard Philippe, demande une présidentielle anticipée au Président de la République. Dans un premier temps, un budget qui permettrait d'expédier en quelque sorte les affaires courantes, et un Président de la République qui donc quitterait le pouvoir de façon ordonnée, et une élection présidentielle anticipée. Est-ce que vous vous joignez à cette demande de l'ancien Premier ministre ?

4:22
François-Xavier Bellamy

Il est clair que, d'ailleurs Emmanuel Macron l'avait dit lui-même quand il était, je crois, candidat, lorsqu'un Président de la République a perdu la majorité des suffrages des électeurs, une des conséquences possibles, c'est celle qu'avait tiré Charles de Gaulle, est de démissionner. Mais ce n'est pas non plus une conséquence nécessaire. Plusieurs Présidents de la République ont déjà perdu les élections législatives et sont restés en fonction. Jacques Chirac, François Mitterrand. Alors c'est ouvert une période de cohabitation. Et nous, c'est cela que nous disons.

4:48
Présentateur

C'est ce que vous demandez ce matin. Bruno Retailleau ne ferme pas la porte à un gouvernement de cohabitation avec la Macronie.

4:56
François-Xavier Bellamy

Le Président de la République, la question de la démission, elle lui appartient. Mais en revanche, ce que nous avons le devoir de dire, c'est qu'il doit cesser de gouverner le pays. Et c'est pour cela que nous ne participerons plus à un gouvernement qui serait dirigé par un macroniste historique. Parce que le grand problème se trouve là, dans une forme de malaise démocratique profond que cette situation engendre.

5:18
Boris Vallaud

Pour être très précis, si je vous suis là, vous dites une démission du Président de la République, même si elle est ordonnée, ce ne serait pas souhaitable ?

5:26
François-Xavier Bellamy

Je dis seulement que c'est une décision qui lui appartient. Voilà, cette décision, personne ne peut, et c'est le moins qu'on puisse dire, personne ne peut le contraindre à la prendre. Dans les institutions de la Ve République, personne ne peut contraindre le Président à démissionner. En revanche, nous avons le devoir de faire en sorte que le Président ne gouverne plus. Et finalement, je crois que pour les Français, c'est un peu indifférent. La seule chose qui compte pour eux, c'est que leur vote soit respecté. Les Français ont dit à Emmanuel Macron qu'ils ne voulaient plus qu'il ait une majorité.

Il faut que cela se traduise désormais dans l'indépendance du gouvernement à l'égard du Président.

5:57
Boris Vallaud

Il y a quelques instants, vous disiez, on ne gouvernera plus avec un Premier ministre macroniste. Mais on est prêt à un gouvernement de cohabitation avec la Macronie. Alors là...

6:08
François-Xavier Bellamy

De cohabitation avec Emmanuel Macron ?

6:09
Boris Vallaud

Qu'est-ce que ça veut dire de la cohabitation ? Il faut nous expliquer. Et deux, pardon, mais je crue comprendre qu'on avait déjà essayé avec... Vous aviez déjà essayé avec Michel Barnier à Matigny. On ne peut pas dire que ça ait été couronné de succès. Ça veut dire quoi, un gouvernement de cohabitation avec Emmanuel Macron ?

6:22
François-Xavier Bellamy

Aucun Premier ministre qui arrivera dans les circonstances que nous connaissons n'aura la tâche facile étant donné l'absence de majorité à l'Assemblée nationale. Mais la condition, encore une fois, je le redis, c'est que le Président ne gouverne plus. Un gouvernement de cohabitation, ça veut dire que, comme Jacques Chirac avec Lionel Jospin Premier ministre, comme François Mitterrand avec la droite à Matignon, eh bien qu'Emmanuel Macron puisse présider le pays, le représenter sur la scène internationale, mais qu'il ne dirige plus le gouvernement de la France. Or c'est cela qui s'est passé ces derniers jours.

6:49
Boris Vallaud

Et alors qui le dirige, François-Xavier Bellamy ? Parce que quand Bruno Retailleau ne ferme pas la porte à ce gouvernement de cohabitation, ce qu'on comprend entre les lignes, c'est qu'il souhaite que de nouveau un membre des Républicains soit appelé à Matignon pour gouverner ?

7:02
François-Xavier Bellamy

Non, nous ne revendiquons pas Matignon. Nous n'avons pas gagné l'élection législative, donc nous ne prétendons pas pouvoir revendiquer Matignon. Mais on pourrait imaginer qu'un Premier ministre indépendant soit nommé à Matignon, issu de la société civile, quelqu'un qui, en tous les cas, ne soit pas issu du parti macroniste. Parce que, je le redis, le problème n'était même pas Sébastien Lecornu lui-même. Le problème, c'est que tout le monde le voit, tout le monde le sait, tous les observateurs le comprennent. Avec la nomination de Sébastien Lecornu, Emmanuel Macron reprenait le pouvoir. Et c'est cela qui a donné aux Français dans la nomination de ce gouvernement.

Et c'est cela qui a fait que nous avons ressenti, comme des millions de Français, que la composition de ce gouvernement était en fait une manière d'effacer la dissolution et de revenir à la situation qui la précédait, une situation dans laquelle Emmanuel Macron n'aurait jamais perdu les élections. Un Premier ministre de gauche, François-Xavier Bellamy, vous dites Banco ? Mais je crois que la gauche n'a pas non plus gagné les élections et il faudrait qu'elle le réalise. Et le problème, c'est le programme que porte cette gauche qui a été élue derrière Jean-Luc Mélenchon.

Quand j'entends la gauche, au cours des dernières semaines, rappeler son obsession pour la création de nouvelles taxes, de nouveaux impôts, de nouvelles charges dans le pays qui est déjà le plus fiscalisé de l'OCDE, je crois que cette gauche-là serait dangereuse.

8:12
Boris Vallaud

Donc, ça veut dire que vous le censureriez si Emmanuel Macron appelait un socialiste à Matignon, comme le demande par exemple le Premier secrétaire du Parti Socialiste Olivier Faure, ça voudrait dire censure des députés les Républicains ?

8:23
François-Xavier Bellamy

Sur la base de ce programme-là, oui. C'est ce que Bruno Retailleau a rappelé. Et je crois qu'un programme comme celui-là serait trop dangereux pour le pays. Nous sommes rentrés à Matignon, encore une fois, je le redis, non pas de quêté de cœur ou pour des postes ou des places. Nous n'avons pas préféré notre parti à notre pays. Parce que si c'était le cas, d'ailleurs, on aurait sans doute accepté n'importe quoi pour rester au pouvoir aujourd'hui. Ce qui nous a fait accepter cette logique de participation, c'était d'éviter que le nouveau Front Populaire ne rentre au gouvernement.

8:51
Boris Vallaud

L'impression que vous donnez ce matin, François-Xavier Bellamy, c'est une forme de rétro-pédalage par rapport à ce qui a été fait par Bruno Retailleau. C'est-à-dire que vous quittez le gouvernement, vous expliquez « Oui, Bruno Le Maire, Sébastien Lecornu ne nous a pas prévenus, donc on considère que c'est une rupture de confiance. » Et là, ça devient, finalement, une cohabitation avec les macronistes, pourquoi pas ?

9:08
François-Xavier Bellamy

Non, non. Encore une fois, je le redis, qu'est-ce que ça veut dire « cohabitation » ? Ce n'est pas avec les macronistes, ça veut dire simplement que le président ne doit plus gouverner. Ce n'est pas très compliqué, c'est assez simple. On a déjà connu ça dans notre histoire. Et les institutions ont déjà montré qu'elles fonctionnaient dans cette configuration. Quand il y a une majorité alternative. C'est d'ailleurs ce qui s'était quand Michel Barnier a été nommé Premier ministre, c'était le sens de ce choix. Le Président de la République reconnaissait qu'il n'avait plus de majorité, que le Premier ministre ne pouvait pas être issu de son camp.

La nomination de Sébastien Lecornu et le scénario qui s'est suivi n'étaient pas le fait de continuer sur cette lancée. C'était un retour en arrière, un retour avant la dissolution, comme si on effaçait le vote des Français. Et c'est cela qui, pour nous, n'est pas possible.

9:44
Présentateur

François-Xavier Bellamy, vous êtes entouré de partis qui demandent pour les uns une dissolution. C'est le cas du Rassemblement national. Pour les autres, la démission du Président. Ça, c'est la France insoumise. Pourquoi ne pas vouloir un retour devant les Français, une dissolution, on revient aux urnes, on redonne la parole aux Français ? Vous avez peur d'être sanctionné ?

10:08
François-Xavier Bellamy

Non, on n'a aucune raison d'avoir peur. La vérité, c'est qu'encore une fois, je le redis, moi, je respecte nos institutions. Et la question de la dissolution, le choix de dissoudre, le choix de démissionner, ces choix appartiennent au Président de la République. Je ne peux que constater qu'il a créé lui-même une situation... Vous ne demandez pas une dissolution. Mais pardon, simplement un mot pour dire que nous n'avons aucune raison d'en avoir peur. La force politique qui, depuis un an, relève la tête dans ce pays, la force politique qui, d'ailleurs, a gagné l'immense majorité des élections législatives partielles qui ont eu lieu dans ce pays depuis un an, c'est les Républicains.

Ce ne sont pas les Macronistes, ce ne sont pas les socialistes, ce n'est pas le Rassemblement National. Ce sont les Républicains qui ont augmenté significativement leurs résultats partout en France et qui ont regagné plusieurs sièges de députés, dimanche dernier encore à Paris, avec l'élection de Michel Barnier. Donc nous n'avons aucune raison d'avoir peur. Simplement, nous, ce que nous voulons pour le pays, c'est de la stabilité. Les Français veulent y voir clair, ils veulent pouvoir prédire et prévoir, ils veulent pouvoir investir et s'engager. Ils ont besoin qu'on leur apporte des certitudes plutôt que de créer de l'incertitude.

11:08
Présentateur

Merci François-Xavier Bellamy d'avoir été au micro d'Inter ce matin. Il est 8h35 et ce grand entretien spécial se poursuit dans un instant. France Inter, Nicolas Demorand, Benjamin Duhamel, la grande matinale. Il se poursuit avec vous, Boris Vallaud, bonjour. Bonjour. Président du groupe socialiste à l'Assemblée Nationale, député des Landes. Merci d'être au micro d'Inter aujourd'hui. Même question qu'à François-Xavier Bellamy pour commencer. Est-ce que vous croyez à la possibilité que Sébastien Lecornu trouve une solution à la crise d'ici demain soir ?

11:47
François-Xavier Bellamy

Écoutez, j'ai du mal à comprendre avec quelle légitimité supplémentaire il revient, j'allais dire, dans cette discussion. Porteur de quelles propositions nouvelles, je ne le sais pas non plus. Pourquoi réussirait-il en 48 heures ce qu'il n'a pas réussi à faire en 27 jours ? Je me suis demandé, alors que nous y étions disposés, pourquoi il ne nous avait jamais proposé de compromis ? Aucun accord, mais parce qu'il était incapable de le faire avec son propre bloc central.

12:11
Boris Vallaud

Il y a des gestes qui ont été faits, Boris Vallaud, sur la fiscalité, sur la pénibilité concernant la réforme Bertret. Il y a quand même des choses qui vous ont été proposées.

12:19
François-Xavier Bellamy

C'était moins que ce que nous avait proposé François Bayrou neuf mois avant. Et puis par ailleurs, le budget qui a été déposé devant le Haut Conseil aux finances publiques était celui présenté par François Bayrou le 15 juillet dernier. Je dois dire que je ne sais pas si M. Lecornu sait lui-même quelles sont ses latitudes et où il va. Le Président de la République le sait-il lui-même ? Je n'en suis pas certain, parce qu'on a du mal à comprendre les décisions successives qu'il a pu prendre.

12:45
Boris Vallaud

On va parler dans un instant de ce que vous demandez, puisque vous appelez, vous, les socialistes, à être appelés à Matignon. Mais juste avant, même question qu'à François-Xavier Bellamy, sur cette déclaration, il y a quelques instants, de l'ancien Premier ministre Edouard Philippe, qui appelle, singulier pour un ancien proche du Président, à une présidentielle anticipée, un budget pour expédier les affaires courantes, un Président de la République qui organiserait son départ et une élection présidentielle anticipée. Est-ce que vous considérez que c'est une bonne façon de tenter de dénouer la crise politique ?

13:15
François-Xavier Bellamy

Ce que je comprends, c'est qu'il y a, parmi les anciens macronistes, une sorte de course à qui se défera le plus rapidement possible de cet héritage. Mais ils ont gouverné avec lui pendant huit ans. Ça n'est pas notre option, ça n'est pas l'option des socialistes au moment où nous parlons. Est-ce que c'est une option ? Sans doute, elle appartient à qui ? Au Président de la République lui-même.

13:41
Boris Vallaud

Sur la demande qui est celle des socialistes d'être appelés à Matignon, je voudrais qu'on fasse, Boris Vallaud, un tout petit peu d'arithmétique. Quand on compte les parlementaires de gauche, je mets la France insoumise, et on reviendra sur les relations pas forcément évidentes que vous avez, c'est un euphémisme, ça fait un peu plus de 190 députés, ce qu'on appelle le socle commun, c'est 210. Est-ce que vous pouvez nous expliquer par quel miracle vous réussiriez à tenir au gouvernement avec moins de députés que ceux qui sont aujourd'hui et qui de fait ne réussissent pas à rester au pouvoir et à trouver des compromis pour que la France soit dotée d'un budget ?

14:15
François-Xavier Bellamy

D'abord, vous me parlez d'un bloc central qui n'existe plus. Il a explosé avec la déclaration de M. Retailleau quelques heures après la nomination du gouvernement. Par ailleurs, moi je fais la chronique...

14:28
Boris Vallaud

Qui visiblement... Qui ne ferme pas la porte à retour à gouvernement et qui parle d'une possible cohabitation avec la Macronie, donc visiblement Bruno Retailleau n'est pas tout à fait en phase de Bruno Retailleau du mardi avec le Bruno Retailleau du dimanche.

14:38
François-Xavier Bellamy

Ça c'est possible, chacun règle ses contradictions avec lui-même comme il le peut. Et puis c'est vrai que j'entendais votre invité précédent oublier qu'il avait gouverné avec et pour Emmanuel Macron depuis plus d'un an. Moi je regarde la chronique de ces derniers mois. Je vois un Premier ministre républicain qui a échoué. Je vois un Premier ministre centriste auquel nous avions accordé la possibilité de donner au pays un budget et quelle opposition a été capable de cela dans la Ve République ? Qui a échoué. Je vois un Lecornu qui lui aussi a échoué, pris en étau entre l'intransigeance du président de la République et l'intransigeance de son bloc central et singulièrement des Républicains.

Et bien je dis aujourd'hui que les socialistes peuvent être l'une des solutions pour sortir le pays de l'ornière. Et nous avons la parfaite conscience qu'il n'y a pas de majorité absolue dans cet hémicycle. Si ce n'est une, la majorité absolue des députés qui ont été élus dans le cadre du Front Républicain. Et qui pour beaucoup d'entre eux l'ont oublié.

15:41
Boris Vallaud

Mais cela ne nous dit pas comment est-ce que vous pourriez tenir sans être renversé ?

15:45
François-Xavier Bellamy

Eh bien en dialoguant, en acceptant le principe des compromis sur la base de ce que nous portons et avec l'idée que les Français doivent être entendus dans les revendications de rupture qui ont été les leurs. Vous savez, moi je n'ai pas obligé M. Lecornu à parler de rupture de forme et de fond. Je ne l'ai pas obligé à faire la promesse de renverser la table. Mais je crois aussi que ce ne sont pas avec les mêmes que l'on peut accomplir ces changeants de cap. Moi la seule chose qui me préoccupe, c'est la stabilité du pays compte tenu du grand désordre international, de l'impatience des Français, des incertitudes du monde économique. Mais pourquoi faire cette stabilité ?

Pour changer concrètement la vie des gens. Voilà pourquoi nous avons proposé des mesures de justice fiscale, pas de façon cosmétique comme ça nous avait été proposé dans les récentes discussions. Mais en disant, il est normal que celles et ceux qui ne participent pas suffisamment à la solidarité nationale le fassent désormais au nom de la justice fiscale et du patriotisme économique. C'est la raison pour laquelle nous avons proposé des mesures pour le pouvoir d'achère. Moi je vois trop de gens dans ma circonscription qui ne vivent plus de leur travail.

On a besoin de remplir les réfrigérateurs, de remplir les réservoirs d'essence, de faire en sorte que les services publics, l'école, l'hôpital, soient à la hauteur de ce que les Français en attendent, parce qu'ils payent des impôts, parce qu'ils cotisent.

16:59
Présentateur

Boris Vallaud, pour convaincre de votre volonté de compromis, pour convaincre Emmanuel Macron de vous appeler à Matignon, est-ce que vous les socialistes, vous seriez prêts à discuter, par exemple, de la suspension de la réforme des retraites ? Dire on n'est pas que bouté sur ce point-là, discuter de la taxe Zuckman pour dire c'est pas une ligne rouge, on peut voir les choses autrement. Ou non, il n'y a pas de discussion sur ces points-là qui sont des points durs.

17:31
François-Xavier Bellamy

Non, je vais reprendre chacun des deux sujets. Nous avons dit, y compris à M. Lecornu, écoutez, si c'est pas la taxe Zuckman, qu'il faut trouver un autre mécanisme pour rétablir la justice fiscale, pour faire en sorte que les milliardaires soient taxés de la même manière que chacune et chacun des Français. Si nous devons travailler à trouver une solution pour que ce ne soit pas les PME qui payent 50% d'impôts sur les sociétés, de plus que les multinationales. Je suis désolé, mon boulanger, il paye proportionnellement plus d'impôts que des grandes entreprises du CAC 40. Ça n'est pas normal. Eh bien, nous y sommes disposés.

Quand on parle de la réforme des retraites, vous savez qu'on est pour l'abrogation et le retour à 62 ans. Et que c'est nous qui avons évoqué la question de la suspension, qui est déjà, vous avez compris, pas le programme, rien que le programme. Mais ça n'est pas un caprice. Il y a dans les conditions dans lesquelles ont été adoptées cette réforme des retraites, dans la brutalité démocratique, la nécessité d'une réparation.

18:20
Boris Vallaud

Ce n'est pas une question de caprice ou pas. C'est que vous ne cessez d'appeler les uns et les autres à des compromis, à comprendre qu'ils ne sont pas majoritaires, à comprendre qu'ils n'ont pas gagné les élections. Force est de constater que vous ne les avez pas gagnés non plus. Sauf que quand on vous entend ce matin, sur la question de la fiscalité, sur la question des retraites, vous dites, là-dessus, on ne bougera pas. Est-ce qu'à un moment donné, vous aussi, il n'y a pas un certain nombre d'évolutions à faire ?

18:41
François-Xavier Bellamy

Je viens vous dire qu'on était ouverts, par exemple, s'agissant de la taxation des très grandes fortunes, dont je comprends que certains patrons d'entreprises, de PME, du commerce et de l'artisanat, pensent qu'il faut le faire. J'ai entendu les patrons de grandes entreprises dire qu'il fallait le faire. Nous, nous sommes ouverts à la discussion. Et je vous demande, qui, dans l'histoire de la Ve République, toute opposition qu'il est, a été capable de nouer un compromis, qui a donné, par la négociation, par le compromis, un budget très imparfait au pays qui n'est pas le nôtre.

Eh bien, nous sommes dans ces dispositions d'esprit, dans un esprit de responsabilité, mais il faut que gouverner soit utile à la vie des Français. C'est la seule façon de faire reculer le Front National.

19:19
Boris Vallaud

Un point important, Boris Vallaud, puisque demeure évidemment la possibilité que vous ne soyez pas appelé à Matignon. Tout à l'heure, à votre place, Gabriel Attal, quand je l'interrogeais sur la possibilité que les macronistes décident d'une suspension de la réforme des retraites, si c'était un tabou, il ne répondait pas. Et son silence, d'une certaine manière, était éloquent. Si, dans les 48 heures, pour dénouer la crise, Sébastien Lecornu vous dit « On est OK, on suspend la réforme des retraites », est-ce que vous pourriez vous contenter de cela pour dire « Bon bah, effectivement, ça commence à ressembler à un compromis ».

19:48
François-Xavier Bellamy

Mais si, on n'a jamais refusé de rentrer en discussion, d'être utile à la vie des Françaises et des Français, tout de suite. Mais nous avons aussi eu l'habitude d'être régulièrement trompés, y compris par M. Bayrou, avec lequel nous avions conclu un accord. Je vous donne juste un exemple. Nous avions demandé dans la discussion avec François Bayrou d'augmenter la prime d'activité. Il ne l'avait pas accepté, dont acte. En réalité, dans l'exercice de ses fonctions, il l'a baissé de 600 millions d'euros en avril dernier.

20:16
Boris Vallaud

Non mais vous répondez pas à ma question. Si demain, on vous dit « suspension de la réforme des retraites », est-ce que ça ressemble à un compromis ?

20:22
François-Xavier Bellamy

Eh bien, nous regarderons les choses et nous demandons « Et quelles sont vos intentions, par ailleurs, sur le reste du budget ? » Il y a 2,3 milliards d'économies sur les franchises médicales. Il y a 2,5 milliards d'euros sur les pensions de retraite, sur les minima sociaux. Vous comprenez que ce n'est pas acceptable. Il y a 400 000 Français qui vont rentrer dans l'impôt sur le revenu du fait du gel du barème. On a besoin de parler de tout cela. Moi, je veux de la justice pour que les Français vivent mieux.

Quand ils vont au boulot, qu'ils se disent « Quand je rentre le chauffeur chez moi, je peux remplir mon frigo, je peux élever mes enfants correctement, je peux aller à l'hôpital et être correctement soigné. » Franchement, c'est quand même un pari que nous devons collectivement faire et auquel je crois que les Français peuvent mieux vivre avec un peu plus de justice.

21:07
Présentateur

Si tout cela échoue, Emmanuel Macron a dit qu'il prendrait ses responsabilités, ce qui peut vouloir dire une nouvelle dissolution de l'Assemblée nationale dont tous les sondages, vous le savez, Boris Vallaud, c'est le Rassemblement National qui est en tête. Et très largement, vous êtes prêt à prendre le risque d'un RN gagnant les élections parce que vous n'aurez pas été capable de trouver des compromis ?

21:35
François-Xavier Bellamy

Je le répète, les seuls qui ont su nouer des compromis alors qu'ils étaient en opposition avec un gouvernement qu'ils ont combattu depuis du temps, c'est nous. Ceux qui avons fait des contre-propositions budgétaires fin août pour donner un terrain de discussion, c'est nous. Ceux qui avons accepté de ne pas censurer a priori et d'aller à la discussion avec M. Lecornu, c'est nous. Ne vous trompez pas. Vous êtes d'une souplesse quand il n'y a plus de Premier ministre, Boris Vallaud,

21:59
Boris Vallaud

alors qu'il est inversement proportionnel à la vôtre quand il y a un Premier ministre.

22:03
François-Xavier Bellamy

Oui, sauf que la démonstration qu'on a faite, c'est oui, nous sommes exigeants, mais oui, nous arrivons à des choses quand nous rentrons dans une discussion. Là, aujourd'hui, M. Lecornu ne nous a pas proposé d'accord parce qu'il n'avait pas été capable d'en faire avec son socle commun. N'inversez pas l'ordre des responsabilités. Celle du Président de la République est éminente et celle de ceux qui l'ont soutenu depuis huit ans aussi.

22:22
Présentateur

Boris Vallaud, merci d'avoir été ce matin au micro de France Inter. Je rappelle que vous êtes président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale et député des Landes. Merci d'avoir regardé cette vidéo !