Allocution d’Emmanuel Macron : "Les cent jours se terminent à Waterloo"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
– Bonjour Clémentine Autain, merci d'être notre invitée ce matin, députée la France insoumise de la Seine-Saint-Denis. On est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale, représentée par Stéphane Vernet de Ouest de France. Bonjour Stéphane.
– Bonjour, bonjour.
– On va évidemment parler longuement de l'allocution d'Emmanuel Macron, vous allez nous dire ce que vous en avez pensé, Clémentine Autain, le chef de l'État qui a reconnu qu'à l'évidence la réforme des retraites n'a pas été acceptée par les Français, il a admis la colère. Ça va dans le bon sens pour vous.
– Vous plaisantez, franchement. D'ailleurs, depuis hier, je suis admirative de voir le temps passer sur toutes les antennes à commenter le vide. C'est un exercice qui n'est pas forcément évident, même si c'est un vide signifiant. Et vous aurez remarqué que sur les 13 minutes d'allocution du président de la République, seules deux minutes ont été consacrées aux retraites, où il a commencé par nous réexpliquer ce qu'ils expliquent depuis maintenant deux mois et demi, voire trois mois, que la crise sur les retraites est enclenchée. Et vous imaginez bien que ce n'est pas avec ces mêmes arguments qu'il va convaincre les Français qui sont vent debout.
Et il le sait, il n'a pas de légitimité, il n'a pas d'autorité sur ce sujet, puisque les Français ont dit non par tous les biais où c'était possible de s'exprimer démocratiquement. Il a commencé par les syndicats. Les syndicats ont dit non. Il y a eu des millions de gens dans la rue et des enquêtes d'opinion qui les unes après les autres ont montré que 7 Français sur 10 n'en voulaient pas et même 9 actifs sur 10. Et enfin, à l'Assemblée nationale, comme il n'y avait pas de majorité, qu'elle était introuvable, il a décidé de ne pas faire le vote du Parlement. Le Sénat a voté. Le Sénat a voté. Le Sénat, mais pas l'Assemblée nationale, c'est quand même pas rien.
Pas l'Assemblée nationale qui ne vote pas. Donc il ne tire aucune légitimité d'aucun des biais démocratiques de ce pays. Il avance avec la brutalité, avec l'autorité que lui permet la Ve République. Parce que c'est ça le problème. Dans les commentaires, j'entends beaucoup sa psychologie. Et c'est vrai qu'elle est quand même assez incroyable. Il n'y a qu'à voir cette phrase sur les 100 jours. On se dit avec tous les communicants qu'il a autour de lui, toutes les équipes de gens qui ont fait l'ENA et qu'il n'y en ait pas un qui lui dit écoute, les 100 jours c'est grave, ça se termine à Waterloo, à Sainte-Hélène.
Comment est-il possible qu'il ait mis son allocution sous le signe de ces 100 jours ? C'est délirant. Bon, il le fait. Mais je pense qu'au-delà de la psychanalyse qu'on peut faire éventuellement du président de la République ou l'analyse sociologique...
Oui, il y a une psychanalyse à faire.
Je l'entends beaucoup. Et c'est vrai qu'à un moment donné, on se demande, parce qu'il est tellement hors-sol, tellement déconnecté, tellement dans un délire de toute puissance, qu'il y a forcément une dimension psychanalytique. Mais ce qui nous intéresse, nous, c'est comment des institutions permettent cette situation. Normalement, nous devrions avoir un système institutionnel qui empêche un homme seul de décider contre son peuple. Et c'est pourquoi nous sommes dans une crise de régime. Et je pèse mes mots.
C'est un des problèmes. C'est-à-dire que notre constitution est trop robuste. Elle permet à un président de la République de gouverner alors qu'il n'a plus la majorité.
Mais vous le savez, elle a été construite par un général. Mais dans un autre contexte. Oui, précisément. Mais ça fait 60 ans qu'elle est là. Et au démarrage, on était en temps de guerre. C'était la guerre d'Algérie. Et il s'agissait pour le général de Gaulle, justement, de créer, soi-disant, la stabilité et de lui permettre d'avancer loin de la quatrième, où il y avait un pouvoir législatif.
Y compris tous les outils, type 49-3, 47-1. Exactement.
Donc ça a été totalement construit pour donner tout pouvoir. C'est un régime hyper présidentiel qui est une anomalie. Une anomalie en Europe, mais même à travers le monde, aucun régime démocratique ne confère un tel pouvoir à un seul homme. Et quand il n'y a pas de majorité, ça n'est pas la minorité qui gouverne. On cherche des coalitions partout, dans toutes les démocraties.
Clémentine Autain