Violences faites aux femmes : "Le combat n'est pas gagné", déplore Ghada Hatem, fondatrice de la Maison des femmes
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 85 %Attaque 5 %Défensif 10 %
Questions et réponses
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- 0:58OuverteRéponse directe
Ça fait quel effet, Radha Atem, de se voir incarnée à l'écran sous les traits d'une comédienne ?
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On va en parler de cette polyphonie. Karine Viard, est-ce que c'était une évidence pour vous de jouer ce rôle ?
- 3:19OuverteRéponse directe
Pourquoi Karine Viard n'a pas voulu rencontrer Radha Atem avant le tournage ?
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Ce qu'il faut dire, c'est que ce film, c'est la mission et le combat de votre équipe, Radha Atem. Ça, on va y revenir. Mais c'est surtout les femmes qui nous marquent dans ce film. Ça, c'était important de montrer cette diversité-là ?
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Qu'est-ce que vous avez appris sur la maison des femmes que peut-être vous ne saviez pas avant ?
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Karine Viard, vous interprétez donc un rôle de médecin. Il a fallu entrer dans cet univers parfois très cru, très intime. Comment on trouve la distance juste ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 4:28InvitéFait
« Oui, moi j'ai voulu un lieu pour que la violence qui n'est pas prise en considération en tant que telle à l'hôpital puisse s'exprimer. »
- 5:06InvitéFait
« Et la vie nous a donné raison, c'est-à-dire qu'on a été submergé très très rapidement de demandes de femmes qui avant n'allaient nulle part ailleurs parce qu'il n'y avait rien d'équivalent. »
- 8:29InvitéFait
« Toutes les femmes sont égales et elles sont égales devant cette violence. »
- 8:34InvitéFait
« C'est une violence faite aux femmes, mais aussi ce que j'ai, pas découvert, parce que je ne l'ai pas découvert, mais pour moi, c'est aussi une violence faite aux enfants. »
- 10:40InvitéFait
« Ce qu'un homme vous a fait n'est pas normal. Je prends la part de mon humanité, et je valide que ce que vous avez vécu n'est pas normal. »
- 19:49InvitéFait
« Non, ils ne sont pas à la hauteur et le gouvernement peine à donner leur sujet. »
- 20:00InvitéFait
« Le combat n'est pas gagné. »
- 20:36InvitéFait
« C'est ce qui nous rend le plus en colère, c'est cette inefficacité à les protéger. »
- 21:52InvitéFait
« J'ai toujours été féministe mais j'étais un peu rétrograde. »
Temps de parole
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- Invité 230 %
- Présentateur19 %
- Invité 315 %
- Invité 46 %
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France Inter, Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, la grande matinale. C'est une maison qui va fêter ses dix ans, la première à prendre en charge les victimes de violences, aussi bien du point de vue médical que psychologique et social. Cette maison, c'est la maison des femmes, créée à Saint-Denis et dupliquée à travers la France depuis. Un projet exceptionnel et une histoire singulière racontée dans un film au ton juste au cinéma la semaine prochaine.
Et ce film, c'est votre histoire, Radha Atem. Bonjour.
Bonjour.
Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter. Vous êtes gynécologue, obstétricienne et c'est donc vous qui avez créé en 2016 la maison des femmes qui est au cœur du film de Mélissa Godet et c'est une des actrices les plus populaires du cinéma français qui joue votre rôle. Bonjour Karine Viard.
Bonjour.
Merci d'être avec nous. Vous jouez une femme combative qui a donc fait vraiment avancer la prise en charge des victimes de violences.
Et rejoignez-nous, chers auditeurs. Vous connaissez le chemin 01 45 24 7000 et l'appli Radio France. Ça fait quel effet, Radha Atem, de se voir incarnée à l'écran sous les traits d'une comédienne, de voir son combat raconté dans un film ? Je crois savoir que vous étiez assez sceptique au départ.
Oui, forcément. Moi, je suis médecin et pour moi, c'était totalement surréaliste qu'on veuille raconter l'histoire d'un médecin qui fait son boulot et qui monte une structure de soins. Donc, j'avais très, très peur que ce soit pas juste, que ce soit mal raconté, enfin que l'intention ne soit pas bonne. C'est toujours quand même très angoissant. En revanche, être représentée par Karine Viard est juste un honneur. Ça, c'est évident. Et donc, une fois que le script a été quand même travaillé, j'ai pu le travailler avec Mélissa, j'étais rassurée. Mais je n'avais aucune idée du résultat final de la vision en 3D de cette polyphonie.
Parce que c'est vraiment une polyphonie et que ce n'est pas facile à diriger. Et j'avoue que le résultat m'a bluffé.
Alors, on va en parler de cette polyphonie. Karine Viard a interprété une histoire d'engagement militant pour la cause des femmes. Ça a été une évidence ?
Une évidence, oui, absolument. Le scénario était très bien. Après, vous savez, quand on lit un scénario, on ne sait pas le rendu. C'est-à-dire que... Toi non plus ? Oui, moi non plus. On ne sait pas si ça va être subtil. On ne sait pas si ça va être subtil. On ne sait pas si ça va être une espèce de rassemblement de femmes un peu complaisant. Et en fait, quand je rencontre Mélissa, je vois que cette personnalité singulière, très timide, mais en même temps très, comment dire, très engagée, je me dis, ça va être intéressant. Et effectivement, ça l'est. C'est-à-dire qu'elle signe un film plein de vie, plein d'émotions, plein d'espoir, très digne, très droit.
Ça ne chouine pas, ce n'est pas complaisant. Il y a de la vie, il y a de la force, il y a de la puissance, il y a de l'espoir. On embarque les hommes avec nous dans ce combat. Et ça, j'adore. Donc, c'est un message militant, mais qui n'est pas indigeste, loin de là. C'est un message militant qui montre les faits tels qu'ils sont. Et en tant que femme, j'ai vraiment appris des choses en faisant ce film, ce qui est incroyable. C'est un film militant au bon sens du terme. C'est un film joyeux, qui dit les choses de façon directe. Mais effectivement, il y a des scènes où on rit. Juste, on a la chance de vous avoir ce matin toutes les deux dans le studio.
Je crois savoir, Karine Viard, que pour préparer ce film, vous n'aviez pas voulu rencontrer Radha Atem. C'était parce que quoi ? Parce que vous vouliez pouvoir travailler votre interprétation sans la rencontrer avant ? Mais en fait, je me suis dit, cette femme est très puissante. Ce qu'elle fait, elle a quand même réussi à déplacer des montagnes. Et si je la rencontre, j'ai peur d'être dans une forme de mimétisme. Et ce que je voulais, c'est traduire au mieux. En plus, on ne se ressemble pas du tout physiquement. Et je me suis dit, je voudrais traduire au mieux sa pensée.
Sa pensée politique, sa pensée engagée, comment elle se comporte avec les autres, comment elle envisage le collectif, etc. Donc j'ai puisé dans le scénario, je ne me suis basée que sur le scénario. Comme je savais que la réalisatrice avait travaillé avec Radha. Et je me suis dit, comme ça, je vais essayer de capter sa pensée de l'intérieur. Et je ne vais pas essayer de la mimer.
Ce qu'elle a voulu faire, Mélisa Godet, la réalisatrice, c'est raconter la mission de cette maison des femmes du point de vue des soignants. Donc une équipe pluridisciplinaire, hyper soudée. C'est un vrai collectif au service des femmes, aussi bien victimes de mutilations sexuelles. Dans leur pays d'origine que de violences conjugales, ici en France. C'était ça, la genèse de votre projet. Ce que vous avez voulu faire, Radha Athème ?
Oui, moi j'ai voulu un lieu pour que la violence qui n'est pas prise en considération en tant que telle à l'hôpital puisse s'exprimer. Que les femmes puissent se dire, je vis des choses difficiles. A qui je peux en parler ? Où est-ce que je peux aller ? Pas au commissariat, je n'ai pas envie. Pas forcément dans une association de militantes parce que j'ai besoin de plus. Et donc, pour moi l'hôpital, c'est là où je bosse, j'ai toujours bossé à l'hôpital, était le lieu parfait. Parce que parler à un soignant, c'est rassurant. C'est pas du tout se mettre en danger, a priori. Et donc, je me suis dit, ouvrir un lieu qui s'appelle la maison des femmes, peu importe.
Ici, on s'occupe de la violence, ferait la différence. Et la vie nous a donné raison, c'est-à-dire qu'on a été submergé très très rapidement de demandes de femmes qui avant n'allaient nulle part ailleurs parce qu'il n'y avait rien d'équivalent. Karine Vierre, vous disiez il y a quelques instants, en lisant ce scénario, en jouant dans ce film, j'ai appris beaucoup de choses. Qu'est-ce que vous avez appris sur la maison des femmes que peut-être vous ne saviez pas avant ? Vous savez, par exemple, cette idée qu'une femme victime de violence, on la met à l'écart, on la protège de son bourreau et puis trois semaines après, elle y retourne. Bon, cette idée que... Bah oui, mais elle y est retournée.
Cette idée-là, en fait... L'emprise. L'emprise. Tout le phénomène psychique, le délabrement psychique qui fait qu'au fond, tu ne sais plus ce que tu vaux en dehors de ses coûts. Quand tu comprends, en fait, tout le parcours psychique, émotionnel qui fait que tu ne peux pas te retirer de cette violence, ça te fend le cœur, en fait. Et moi, de l'extérieur, je pouvais me dire, je ne comprends pas, on la protège et puis en même temps, elle y retourne. Et bien voilà, ce film aide à comprendre pourquoi. Ou, voilà, des femmes excisées qui n'ont même pas forcément conscience de l'être. C'est incroyable. Les violences sont multiples, elles sont variées.
Et moi, je pensais, en tant que femme, connaître les violences. Mais non, les violences, elles sont... Les diables, le diable se cache aussi parfois dans les détails.
Ce qu'il faut dire, c'est que c'est un film très réaliste, même si on n'y voit pas de violences. Ça, c'est un parti pris de la réalisatrice. Elle n'a pas voulu montrer ses violences. Vous, vous interprétez donc un rôle de médecin. Il a fallu entrer dans cet univers parfois très cru, très intime. Il y a les femmes, il y a leur histoire, il y a ce que vous, vous avez à leur dire. Moi, je suis très bonne soignante. Moi, j'ai fait gynéco.
Je suis une très bonne médecin.
Donc, vous aviez le ton.
Comment on trouve la distance juste ? Le ton juste ? Je ne sais pas. Mais en tout cas, à chaque fois que j'ai joué des médecins, des sages-femmes, je m'y crois. Ça marche très bien. Je ne sais pas. C'est vrai, elle fait bien la gynécologue, Karine Viard ? Je n'ai pas vu comment elle opérait le fameux clito de compétition. Non, non, elle fait bien. Donc, c'est juste qu'il faut expliquer à nos auditeurs qu'à un moment donné, il y a une scène dans le film où juste avant de rentrer au bloc, Karine Viard, vous prononcez cette phrase. Je vais lui faire un clito de compétition. Qui est ma phrase. Qui est votre phrase. Elle s'est appropriée pas mal de mes...
Parce que Mélisa a beaucoup travaillé, en fait, à partir d'audio, d'articles, etc. Donc, il y a des répliques très justes. Et tout le monde me dit, c'est incroyable, comme par moment. Certes, elle ne te ressemble pas, elle est beaucoup plus jolie, tout ça. Mais, on dirait toi.
Ce qu'il faut dire, c'est que ce film, c'est la mission et le combat de votre équipe, Rada Atem, pour que la maison des femmes continue d'exister. Ça, on va y revenir. Mais c'est surtout les femmes qui nous marquent dans ce film, avec chacune leur histoire, leur origine, leur culture. On découvre aussi bien des femmes migrantes, sans papier, mutilées, violentées, que Catherine, 65 ans, d'un milieu favorisé, qui est battu par son mari. Ça, c'était important de montrer cette diversité-là ?
Ah oui, très important. Très important parce que ça touche toutes les femmes et tous les milieux. Et oui, c'est très important parce que sinon, si on relègue ça à des femmes sans papier qui sont arrivées chez nous, le débat n'est pas le même, en fait. Toutes les femmes sont égales et elles sont égales devant cette violence. Et moi, ce que je voudrais dire, c'est que c'est une violence faite aux femmes, mais aussi ce que j'ai, pas découvert, parce que je ne l'ai pas découvert, mais pour moi, c'est aussi une violence faite aux enfants. C'est-à-dire que si tu ne te sens pas concernée plus que ça par la violence faite aux femmes, tu peux te dire, mais cette violence s'exerce devant des enfants.
Quid de ces garçons qui ont assisté toute leur vie à la violence de leur père ? Quels hommes ils deviennent ? Pareil pour ces petites filles, quelles femmes elles deviennent ? C'est-à-dire que s'attaquer aux violences faites aux femmes, c'est s'attaquer à notre société dans ce qu'elle a de plus important. C'est notre avenir, c'est notre avenir qu'on ampute en laissant ces violences faites aux femmes sans réponse, en fait. Radha Atem, vous acquiescez en écoutant Karine Viard. C'est vrai, sur cette diversité de femmes que vous avez pu soigner, de la grande bourgeoise à la femme arrivée en France qui a été excisée dans son pays d'origine.
Ça, c'est quelque chose que vous avez constaté au quotidien à travers les milliers de femmes que vous avez soignées ? Et bien sûr, et même avant la maison des femmes, parce que j'ai exercé dans des quartiers plutôt bourgeois. Et ces femmes-là, l'assistante sociale, la femme du patron, je ne sais pas quoi, ce sont mes patientes depuis toujours aussi. Et je trouve très bien que Mélissa ait montré ça, parce que ça interpelle les hommes, en fait. Les hommes, eux, en général, ont tendance à se réfugier dans « Non, ce n'est pas nous, pas tous les hommes. Moi, je suis sympa, je ne suis pas concernée.
» Et là, de voir cette diversité de femmes, donc, en face de bourreaux, de milieux sociaux très très différents, ils sont très souvent, à la sortie de la projection, ils disent « Ah non, mais j'ai reçu un choc, je ne m'y attendais pas. »
Les hommes, il faut qu'on en parle. Il y a un homme dans cette équipe de soignants qui est montré dans le film. Je ne sais pas si ça correspond à la réalité de ce qu'était votre équipe, Radha Atem. Il y a une scène qui fait réfléchir, puisque devant lui, il y a une femme qui est déconcertée par l'idée de raconter son histoire à un homme, et lui, il lui répond « Mais il faut bien qu'il y ait des hommes pour vous dire que ce que vous vivez n'est pas normal. »
Ce qu'un homme vous a fait n'est pas normal. Je prends la part de mon humanité, et je valide que ce que vous avez vécu n'est pas normal. Vous l'avez conceptualisé, ça, Radha Atem ? Alors, on ne le fait pas comme ça. Déjà, l'hôpital, c'est un lieu ultra féminin. 99% des infirmières, des sages-femmes, etc. Donc, il y a forcément beaucoup de femmes. Mais il y a aussi des soignants, et je n'ai jamais voulu refuser, bien au contraire, à un soignant homme la possibilité d'exercer l'un, parce que c'est ce qu'on disait aux femmes, « Vous allez voir un homme, et il est bienveillant. » Et parfois, elle rechignait à y aller. Donc, elle disait « Est-ce que l'élève sage-femme peut m'accompagner ?
» Et en sortant, elle disait « C'est bon, j'ai plus besoin d'élève sage-femme, je me sens bien. » Et ça, c'est une victoire. Karine Vier, sur cette scène et sur ce besoin de montrer qu'il y a effectivement aussi des hommes dans ces structures ? Heureusement, et moi, c'est vrai que mon vœu, c'est que ce soit beaucoup plus paritaire au fur et à mesure. Pourquoi est-ce que soigner, c'est réservé aux femmes ? Pourquoi est-ce que moi, je fais si bien les médecins ? Je pense que je fais si bien les médecins, déjà parce que je suis une femme. Je suis une femme que je suis habituée à soigner, à prendre soin. C'est un peu mon karma, moi.
Donc, c'est vrai que je rentre dans les médecins avec beaucoup de facilité, parce qu'il faut avoir de l'empathie. Et je ne dis pas que les hommes en sont privés, mais les femmes, on est marquées par ça. Donc, oui, bien sûr qu'il faut des hommes. Et il y a des hommes qui sont merveilleux. Moi, j'ai rencontré des hommes, des psys exceptionnels, des soignants, des gynéco-hommes. Merveilleux, heureusement. Radatame, il y a quelque chose qu'on voit bien dans le film, c'est à quel point vous réussissez à rendre leur dignité. Non pas qu'elle l'ait perdue, mais que parfois, certaines femmes, notamment des femmes exisées, croient l'avoir perdue.
Et ça, ça revient beaucoup dans la reconstruction que vous leur offrez. Aussi, dans des ateliers qu'on voit, il y a une scène absolument magnifique dans le film, sur un atelier qui s'appelle Réparer l'intime, où on voit que vous prenez des photos de ces femmes qui ont été violentées. Pas moi, la photographe. Merveilleuse. La photographe, en tout cas, vous organisez cela. C'est quoi l'objectif de ces ateliers photos, de ces moments avec ces femmes qui ont été violentées ? Mais en fait, d'abord, ce n'est pas que les femmes exisées qui ont perdu leur dignité.
Une femme qui a été massacrée, même psychiquement, mais pendant 20 ans, pense qu'elle ne vaut rien, pense que son agresseur a raison, et endosse sa pensée. Donc, l'idée, c'est de leur redonner des compétences, de leur montrer qu'elles en ont, de leur montrer qu'elles sont capables de produire du beau, ou bien du karaté, par exemple, où elles disent, mais moi, je ne sais pas, je suis nulle, etc. Et ça, on voit vraiment, au fil du temps, on le voit sur leur visage, on le voit dans leur posture, que ça change tout pour elles. Et il y a aussi des ateliers de socio-esthétique. Ça paraît comme ça, un peu superflu.
Et non, pour ces femmes-là, que quelqu'un s'intéresse à elles, leur redonne de la beauté, elles ne se regardent pas de la même façon. Et ça, c'est magique.
Radha Athème, vous avez fait corps avec ce projet pendant 10 ans. Vous avez soigné des milliers de femmes. Est-ce qu'il y a une histoire particulière qui vous a marquée, plus que les autres, que vous auriez envie de raconter ce matin ?
Il y en a plein, mais je vais parler de cette jeune femme qu'on voit dans le film. Alors, l'histoire est très transposée, et on ne reconnaîtra pas, heureusement, la personne. Mais d'une jeune femme qui était venue me voir après un avortement, sur un rapport pas très consenti, mais ça, je ne le savais pas. Ce n'est pas moi qui m'étais occupée de l'avortement. Elle voulait que je lui refasse son hymène. Parce que dans sa culture, ce n'était pas possible de ne pas être vierge. Et ça m'agacait beaucoup, parce que c'est une intervention qui m'énerve, même si je la fais parfois. Et je lui ai dit, tu passes ton bac, et tu reviens me voir après. Eh bien, elle est revenue me voir.
Et elle n'avait plus besoin de se faire réparer l'hymène. Et je lui dis, maintenant, qu'est-ce que tu veux faire ? Elle me dit, je veux être infirmière. Eh bien, depuis quelques mois, cette jeune femme est infirmière,
et ça, c'est une histoire. Ça, c'est un parcours magnifique. Figurez-vous qu'on a en ligne une femme qui s'appelle Mabou. Bonjour, bienvenue Mabou.
Bonjour, Mabou. Donc, je corrige, bien évidemment, j'ai été suivie par Dr Athème. Et ce que je disais, en fait, c'est que grâce à Mme Athème, moi, j'ai retrouvé non seulement une dignité physique avec la réparation que j'ai eue, mais j'ai également retrouvé confiance en moi et une dignité en tant que femme et en tant que maman d'une jeune fille aujourd'hui qui a 16 ans. Et à l'époque, quand j'avais été suivie par Mme Athème, c'était en 2018, j'ai après été sollicitée pour témoigner sur le journal Fresh. Et mon témoignage avait fait effectivement le tour des réseaux.
Donc, aujourd'hui, c'était juste pour dire que je continue à sensibiliser mon entourage, à sensibiliser les personnes que je croise dans la rue. Et je voulais remercier Dr Athème pour son engagement et d'avoir pris, en tout cas, ma souffrance et de m'avoir accompagnée. Et à toute l'équipe accompagnante de la Maison des femmes, avec tous les ateliers qui ont été mis en place. Et moi, aujourd'hui, j'en suis très reconnaissante et je voulais la remercier pour ça.
Merci, Labou. Merci beaucoup. Vous avez changé, vous sentez que vous avez changé depuis votre passage à la Maison des femmes ?
Oui, j'ai retrouvé de la dignité. Je me sentais moins femme. Je me sentais inférieure aux autres femmes. Et aujourd'hui, même dans ma vie au quotidien, même dans mon travail, j'ai retrouvé une assurance et j'ai retrouvé cette âme de petite fille que j'avais perdue, en fait, avec cette intervention. Radha Thème, sur ce témoignage. Merci beaucoup pour votre témoignage. Magnifique. On voudrait que toutes les femmes qui puissent passer par une structure comme ça en ressortent, en disant j'ai retrouvé ma dignité. Parce que c'est ce que fait la violence, c'est qu'elle vous ôte toute dignité. Karine Viard, je dis que vous êtes très émue en entendant ce témoignage.
Oui, forcément, parce que c'est très émouvant. Moi, par exemple, vous me demandiez ce que j'avais appris. J'ai appris ce que c'est que la roue de la violence. La roue de la violence, c'est un camembert qui est séparé en quatre. Il y a la tension, c'est-à-dire le moment où la tension est forte, où les enfants, la femme, sent qu'il y a un état de tension et qu'il ne faut pas faire tomber une petite cuillère. Et ça monte, ça monte, ça monte. Il y a le deuxième quart, il y a l'explosion de la violence. Donc là, c'est les coups, les insultes, bref, peu importe. Le troisième quart, c'est le déni, c'est de ta faute. Tu sais qu'à chaque fois que tu fais ça, ça me rend dingue, donc c'est de ta faute.
Donc ça, c'est vraiment le quart où ça ampute sur ton estime de toi-même. C'est-à-dire que tu penses qu'effectivement, c'est toi qui as mal fait et que d'une certaine façon, les coups qui pleuvent sur toi, tu les as mérités parce que tu as encore fait cette réflexion que tu n'aurais pas dû faire. Et puis le quatrième quart, c'est la lune de miel. Comment j'ai pu te faire ça ? Je t'adore, j'aimerais jamais être quelqu'un comme toi. Et ça recommence indéfiniment. Cette roue de la violence, je trouve qu'elle est extrêmement claire. Elle est très pédagogique. Et elle est tellement réelle.
Et pour comprendre ça, et je trouve que moi, je me suis toujours dit, mais le troisième quart, c'est là où en fait, on te massacre totalement, pas physiquement, mais psychiquement. On t'enlève complètement toute capacité de réaction. On te dit, tu ne vaux pas mieux que les coûts que je te donne.
Et qu'est-ce qu'on fait Radatem ? Parce qu'évidemment qu'il y a des parcours des femmes qui sont sorties d'affaires et j'imagine que ça, c'est une grande fierté quand vos équipes ont contribué à ça. Mais il y a aussi parfois une impuissance à sauver des femmes. Souvent. On le voit dans le film d'ailleurs.
On est souvent confronté à cette impuissance. D'abord parce que ce qu'explique Karine, c'est que cette roue-là fait qu'au moment où ça va très mal, les femmes demandent de l'aide. Et ensuite, lorsque le conjoint revient tout doux, tout charmant, elles se disent « Ah mais non, je suis débile. Qu'est-ce que j'allais envoyer cet homme, le père de mes enfants, en prison ? Personne ne va m'aimer comme lui. Je reviens. » Et donc, il faut que nous acceptions que notre rythme n'est pas celui de la victime et que c'est elle qui décide. Et ce sera le moment quand ce sera son moment. Il faut dire que ce film raconte un moment particulier de l'histoire de la maison des femmes.
Un moment où il a fallu se battre pour avoir des financements, pour pouvoir continuer à fonctionner. D'ailleurs, vous dites, Karine Viard dans le film et peut-être Radha Athème dans la réalité, il va falloir que je mette ma cape de communicante. Il va falloir qu'on fasse comme les Pandarous. C'est ce que vous dites. Les pandas du WWF. Les pandas du WWF. Et c'est vrai que dix ans après, Radha Athème, on a du mal à simplement imaginer la possibilité que la maison des femmes ait été fermée. Il y a vraiment eu un moment où ça a été une question de vie ou de mort pour la maison des femmes ? Il y a eu un moment où elle n'aurait même pas existé.
parce que le combat que raconte Mélisa en réalité se situe avant l'ouverture, avant la construction. Cette difficulté à trouver de l'argent pour construire, à convaincre les politiques, elle était très importante à ce moment-là. Une fois qu'on a ouvert, il y a eu plein de moments où on se disait oh là là, on ne va pas y arriver. Et il a fallu doubler de surface. Je vous ai dit que les patientes étaient arrivées en flux massif. Et là, ça a été plus facile parce qu'on ne donne qu'aux riches. Et là, on avait quelque chose à montrer. On disait, regardez, on a fait ça. donc il nous faut deux fois plus de place. Et l'argent, là, est arrivé beaucoup, beaucoup plus.
Aujourd'hui, le combat, il est gagné ou pas ? Est-ce que la maison des femmes est... Voilà, les maisons des femmes puisque vous en avez ouvert une trentaine dans tout le pays. Est-ce que le combat est gagné ? Est-ce que les financements sont pérennisés ? Non, ils ne sont pas à la hauteur et le gouvernement peine à donner leur sujet. C'est, je préfère en ouvrir plus en donnant moins d'argent, ce qui n'est pas forcément une bonne idée. Mais non, le combat n'est pas gagné. Et puis, il suffirait qu'on dise non, non, là, il faut faire des économies, on doit investir dans l'armement parce que la guerre est à nos portes. Qu'est-ce qu'on va couper ? Probablement, ce genre de choses.
Ce qu'on voit dans le film, c'est cette collaboration logique entre soignants, assistantes sociales, etc., mais aussi étonnante avec des policiers qui sont en lien avec les équipes et qui peuvent intervenir. Qu'est-ce que vous vous dites quand vous voyez aujourd'hui ces femmes qui meurent sous les coups de leurs conjoints alors qu'elles ont porté plainte une fois, deux fois, cinq fois ?
C'est ce qui nous rend le plus en colère, c'est cette inefficacité à les protéger. Et évidemment, c'est toute la chaîne qui défaille. C'est-à-dire que les soignants font leur boulot, c'est leur boulot. Et ensuite, on est confronté à des retards de prise en charge parce que les policiers nous disent moi, on devrait être 16 dans ce commissariat, on est 8, donc évidemment, madame, on ne va pas y arriver. Les magistrats vous disent la même chose. Les procédures durent tellement longtemps qu'évidemment, on peut mourir 20 fois avant.
Donc ça, pour nous, c'est vraiment un enjeu là maintenant de mettre un gros coup d'accélérateur pour que très rapidement les femmes, les enfants soient protégés même quand on n'est pas sûr le principe de précaution qui consisterait à protéger un enfant qui a dénoncé des choses alors que la personne qui l'a dénoncée est encore innocente, n'a pas été jugée. Il faut protéger cet enfant. On ne peut pas se permettre de jouer avec le feu. Karine Viard, tout au long de cet entretien, vous nous avez raconté comment le film vous avait changé, comment vous aviez appris aussi sur la lutte contre les violences sexistes et sexuelles.
Vous aviez raconté il y a quelques années avoir croisé la route de prédateurs sexuels. Vous disiez j'ai préféré passer à la casserole plutôt que de me rebeller parce que ça me paraissait plus simple. C'était l'expression que vous aviez eue. Et vous dites aussi, ça c'est dans le dossier de presse du film, j'ai toujours été féministe mais j'étais un peu rétrograde. C'est le mot que vous utilisiez. Est-ce que, voilà, aujourd'hui vous ne vous comporteriez pas de la même manière qu'il y a dix ans où vous pensiez qu'il y avait des comportements normaux alors qu'à l'évidence ils ne l'étaient pas ?
Oui, c'est-à-dire que les femmes de ma génération, on a non seulement on a trouvé normal un certain nombre de comportements qui finalement ne le sont pas mais on les a même cautionnés. Et aujourd'hui, vraiment, grâce à cette jeune génération, grâce à mes filles, grâce à des films comme ça, en fait, je reconsidère tout ça et je ne suis plus d'accord. Je ne suis profondément plus d'accord avec des comportements que j'avais totalement internalisés. Et la violence, elle est là, c'est-à-dire vous dites est-ce qu'aujourd'hui ça va, ça roule la maison des femmes ? Il faut savoir que le droit des femmes est sans arrêt rediscuté.
Sans arrêt, c'est-à-dire que imaginez qu'en Pologne, bon, c'est un pays très catho, mais que le droit à l'avortement disparaisse. Enfin, ça semble inimaginable. La liberté des femmes et le droit des femmes est sans arrêt rediscuté. C'est incroyable, en fait.
Merci. Je signale qu'on a un auditeur au Standard qui demande pourquoi il n'y a pas des maisons des femmes partout sur tout le territoire. Ça, j'imagine que vous posez la même question. On peut faire des dons. Voilà. Elle est sur le site.
On peut faire des dons. Merci,
en tout cas, Radha Athem, infiniment d'être venue ce matin. Et merci, Karine Viard, La maison des femmes, ça sort la semaine prochaine au cinéma. C'est un film juste et c'est un film utile. La revue de presse à suivre.