"Être face à lui, ça ne vous laisse pas indemne": victime de Bétharram, Jean-Marie Delbos a rencontré Léon XIV à Lourdes
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Chapitres
Questions et réponses
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- 0:20OuverteRéponse directe
Merci de prendre quelques instants pour nous raconter cette rencontre.
- 0:29OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que vous avez dit au pape ?
- 1:14OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que vous lui avez dit ?
- 3:19ComplaisanteRéponse directe
Votre grand-mère, c'est ce que vous expliquez. Et elle veut dénoncer ça.
- 3:48OuverteRéponse directe
Et à ça, comment a réagi le pape ?
- 6:29OuverteRéponse directe
Est-ce que vous avez eu l'impression d'avoir été entendu pour la première fois en 65 ans ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:02Invité politiqueFait
« il a voulu savoir exactement ce qu'était le mot « saisie des biens ». »
- 3:25Invité politiqueFait
« si cette affaire a une suite, on vous fera saisir vos biens. »
- 4:35Invité politiqueFait
« on sanctionne des curés qui se marient, on les sanctionne sans aucun état d'esprit. Et les violeurs, ils sont promus. »
- 7:13PrésentateurFait
« Je crois que vous lui avez demandé aussi de dissoudre la congrégation des Pères de Vétarame. »
Temps de parole
- Invité politique74 %
- Présentateur14 %
- ?10 %
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Et à
8h moins le quart ce matin, on reçoit Jean-Marie Delbos qui est le premier à avoir dénoncé des violences sexuelles à Bétaram dans les années 60. Et hier soir, il a rencontré le papa Lourdes et il est votre invité, Shannon Marigny. Bonjour Jean-Marie Delbos.
Oui,
bonjour. Merci de prendre quelques instants pour nous raconter cette rencontre. Alors, il y a beaucoup de questions qui se bousculent. Mais tout simplement d'abord, comment ça s
'est
passé ? Qu
'est
-ce que vous avez dit au pape
? Bon,
vous ne pouvez pas imaginer.
Parce
que je me suis rendu compte qu'en face de moi, j'avais le pape.
Ça
ne vous avait pas percuté
avant hier, avant d'être face à lui
?
Face à lui, mais quand je l'ai vu,
je
n'avais pas l'impression d'être face au pape. Il a un tel charisme,
qu
'il a une telle écoute,
que
quand vous êtes un simple domestique comme moi, vous imaginez qu
'au
bout de 65 ans
de
galère, être face au pape, ça ne vous laisse pas indemne.
Oui,
parce que ça fait très très longtemps que vous dénoncez ces violences et que vous vous battez. Qu'est-ce que vous lui avez dit
?
Alors, je lui ai dit, tout simplement, mais on a parlé, mais on a parlé comme on parle avec vous.
On
a parlé, bon, mais en arrivant, déjà, on a un peu galégé, parce que
c
'était avec l'évêque Damien, qui est un copain maintenant, parce qu'on est tous copains dans ce truc.
Et
donc, j'ai résumé ma vie. J'avais amené mon livre, que je lui ai dédicacé et que je lui ai offert.
Je
lui ai amené
l
'hommage à ma grand-mère, qui a été réalisé par une dame de notre coin.
Et
c'est une athée. Donc, comme je lui ai dit, c'est un père, la personne qui a fait ce texte, c
'est
une athée. Et voyait la profondeur de son jugement. Et il m'a regardé. Et rien que dans son regard, on sentait que, ben, on était quelqu'un pour lui.
On
n'était pas un pauvre maillette, comme j'ai l'habitude de le dire. Mais je me suis senti d'égal à égal avec lui.
Et
d'être d'égal à égal avec un pape,
je
peux vous dire, ça vous remue les tripes. Et il m'a...
Donc,
je lui ai raconté en quelques mots ma vie. Et il a posé des questions, parce qu'il avait le traducteur. Donc, quand il butait sur un mot, le traducteur, lui, c'était l'évêque Damien, qui lui expliquait, en fait, ben, voilà, ça veut dire ceci, ça veut dire... Et il a eu un mot qui m'a absolument étonné.
C
'est qu'il a voulu savoir exactement ce qu'était le mot « saisie des biens ». C'est-à-dire, quand les curés de vétérans sont venus pour dire à ma grand-mère, on va vous saisir vos biens.
Bon,
vous connaissez l'histoire si vous avez lu le livre. C
'est la
menace qui
est faite quand elle veut, en fait, qu'elle vous croit. Votre grand-mère, c'est ce que vous expliquez. Et elle veut dénoncer ça. Et en fait, on lui répond ce que vous venez de dire, c'est ça
?
Ben voilà, donc, si cette affaire a une suite, on vous fera saisir vos biens. Alors, quand vous êtes des miséreux, qu'il ne
vous
reste qu'un toit pour vous protéger, vous vous dites « mais qu'est-ce qui va m'arriver ?
»
Donc, on voit la maligneté de ces gens de Bétarame,
qui
n'en ont rien à faire à des pauvres gens.
Ils
sont là pour vous faire du tour, ils ne
sont
pas là pour vous aider.
Et à ça, comment a réagi le pape
?
Et le pape, il a réagi, il m'a écouté, et il a demandé, donc, moi c'est ce qui m'a le plus étonné,
il
a demandé au traducteur
de
lui expliquer ce qu'était le mot « saisie de biens
».
Et donc, le traducteur lui a expliqué, et il opinait de la tête en disant « maintenant je comprends
». Et
après, on a été sur la discussion de
ce
que je lui demandais. Je lui ai dit, aussi simplement que je vous le dis,
je
lui ai dit « bon, moi j'ai employé le mot « Saint-Père », d'autres ont appelé « Léon », d'autres ont appelé « bon, moi j'ai pris ce que tout le monde dit ». Au pape, on lui dit
«
Saint-Pierre », donc je lui ai dit
«
Saint-Pierre ».
Et
je lui ai dit, je lui ai dit « voilà, on sanctionne des curés qui se marient,
on
les sanctionne
sans
aucun état d'esprit. Et les violeurs, ils sont promus
». Je
lui ai dit « qu'est-ce que vous en pensez
?
»
Vous
imaginez
des
gens qui ont fait des actes incompréhensibles,
et
bien ils sont promus. Et il a opiné, parce que
dans
tout ce qu'on disait, on voyait son visage, on voyait la façon dont il parlait, dont il bougeait la tête. Et moi il m'a estomaqué.
Je
suis ressorti de là, avec le sentiment d'avoir vu quelqu'un d'important, c'est sûr,
mais
quelqu'un d'important qui, contrairement à cette dernière journée,
m
'a écouté,
m
'a posé des questions. Et
quand
à la fin,
je
lui ai demandé de bénir la photo de ma grand-mère,
puisque
cette pauvre femme, c'était l'héroïne, quand il l'a bénie, j'ai eu
le
sentiment que je n'étais plus là.
Les
pleurs ont
jailli.
Beaucoup d'émotions.
Et
il m'a pris par les mains,
il m
'a pris par les avant-bras, et l'évêque qui était avec lui m'a pris par l'épaule.
Ils
ont eu un geste, lui et l'évêque,
un
geste que je n'oublierai jamais.
Il y
a
eu beaucoup d'émotions dans cette rencontre. Est-ce que vous avez eu l'impression, c'est un peu ce que vous venez de dire, il me semble, d'avoir été entendu pour la première fois en 65 ans
? Oui.
Réellement
?
C'est-à-dire, vous savez, jusqu'à présent, on m
'a
dit oui, on t'entend, mais personne n'en a. Et puis après, vous savez, dans ces échanges avec un personnage de ce niveau,
vous
savez, c'était le pape. Quand je suis arrivé, il avait sa bouteille d'eau,
et
je lui
ai
dit, mais merde, il est comme moi, celui-ci, il boit l'eau tranquille comme
moi.
Je
crois que vous lui
avez
demandé aussi de dissoudre la congrégation des Pères
de Vétarame. Est-ce que vous l'avez fait ?
La grande histoire de dissoudre les Pères de Vétarame, elle vient que, quand il était au Pérou, ils ont dissous une congrégation. Alors, je lui dis, c'est un père, au Pérou, vous avez dissous une congrégation. Alors, il m'a dit le nom.
Il
m'a dit le nom, oui, c'était l'association. Il m'a dit le nom, je ne me souviens pas.
Il
m'a dit le nom, oui, c'est vrai. Je lui dis, mais puisque vous avez dissous cette association au Pérou, pourquoi pas dissoudre les Pères de Vétarame qui ont fait des actions néfastes dans des pays étrangers, notamment en Côte d'Ivoire,
et
maintenant,
l
'Amérique du Sud et compagnie, Asie,
ils
sont en Asie. Moi, j'espère qu'ils vont être virés de partout.
Qu'est-ce qu'il a répondu
?
Non.
Mais
il a répondu par un gros chemin de tête.
Par
un gros chemin de tête qui voulait dire, le travail n'est pas encore fini. Oui, mais j'ai senti dans son comportement
quelque
chose d'étonnant. C'est un pape, mais pour moi, c'est un gars qui m'a écouté.
Mais
qui m'a écouté, il fallait voir.
C
'était de façon tout à fait naturelle. Il n
'y
avait pas de truc où on pouvait penser
que...
Non, c'était tout à fait naturel. Et il a posé des questions quand il avait... Parce qu'il y avait le traducteur. Et il posait des questions au traducteur. Il lui parlait en italien ou en anglais, ça dépendait.
Et il
posait des questions quand il voyait que ce que je lui disais, il ne le comprenait pas bien. Donc le traducteur lui a bien expliqué ce que j'avais dit. Ce ne
sont
pas des paroles en l'air. Parce que quand il disait au traducteur, oui,
mais...
En italien, je ne comprenais pas ce qu'il lui disait, mais j'avais bien compris ce qu'il voulait savoir. Et le traducteur lui expliquait ce que j'avais dit.
Oui, pour être bien sûr de tout comprendre au-delà de la barrière
de la langue. Non, non,
ça a été... Sa discussion avec moi, je ne parle pas pour les autres, avec moi, elle a été très profonde. Parce que quand j'ai vu qu'il demandait au traducteur
de
lui expliquer certains mots,
c
'est qu'il avait envie de savoir la vérité.
Et il vous a demandé aussi à vous, victime au pluriel, de l'aide pour changer le système ?
Oui, oui, mais c'est-à-dire que, bon, ça peut paraître un peu utopique. Le pape qui dit, mais vous allez m'aider. En fait, il a pris conscience
qu
'il y avait des gens, qu'il y avait des choses à dire. Mais
de
là, comment
vous pouvez aider à changer le système
?
C'est-à
-dire
qu'il faut être sérieux dans la discussion avec ces gens-là, avec des gens de ce niveau, avec le pape, vous imaginez. Il faut être sérieux. Il ne faut pas aller raconter des trucs irréalisables.
Il
faut faire confiance quand même à tous ces gens du Vatican
qui
ont des visions des choses et des visions du monde qui sont autres que les nôtres. Alors dire qu'il va changer dans les jours qui viennent, je serai content de vous annoncer que la semaine prochaine, ça y est, tout est clair, fait, net et précis, c'est fait. Non, il faut imaginer que ça sera sur des décennies.
Oui,
ce
n
'est
pas aussi simple que ça, évidemment. Et puis, il y a une autre rencontre aussi qui est prévue, un point d'étape, avec la conférence des évêques de France à la mi-décembre. On va suivre bien sûr tout ça. Merci beaucoup, Jean-Marie Zellbos, d'avoir été notre invité ce matin, victime de Bétharame et donc qui a rencontré, vous avez rencontré le pape à Lourdes hier.
Et j'en suis très fier.
Merci beaucoup. Bonne journée, au revoir.
Merci.