Marine Le Pen : "Le pays est dirigé par un mouvement politique qui réunit 3 % des inscrits"
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Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin la présidente du Rassemblement National, députée, également députée, bien entendu. Question réaction 01 45 24 7000, réseaux sociaux et applications mobiles de France Inter. Bonjour Marine Le Pen. Bonjour, bonjour. Avant de parler en détail du résultat du Rassemblement National au premier tour des élections régionales, rappelons les chiffres de l'abstention. Deux tiers des Français ne sont pas allés voter dimanche. L'abstention qui monte à près de 9 jeunes sur 10 dans la classe d'âge 18-24 ans. Votre parti, le RN, a particulièrement sous-mobilisé. 73% des électeurs qui ont voté pour vous en 2017 ne sont pas allés voter dimanche dernier.
Alors comment expliquez-vous ces chiffres massifs, au RN notamment ? Est-ce du désintérêt, de la fatigue démocratique, de la paresse civique ? Quelle est votre analyse ?
Je pense qu'il y a en effet une confluence de raisons. Il n'y a jamais une raison qui justifie une abstention aussi massive. Il y a une confluence de raisons dont vous avez raison, nous sommes la principale victime, pour une raison d'ailleurs structurelle. C'est que lorsqu'il y a une abstention, il y a des catégories qui s'abstiennent plus que d'autres. C'est-à-dire essentiellement les jeunes et les classes populaires. Il se trouve que l'électorat du RN, ce sont les jeunes et les classes populaires. Donc quand il y a une abstention massive, le RN en est tout particulièrement victime.
Alors, un enjeu éloigné de leurs préoccupations principales, le sentiment que la vie politique en réalité n'est plus claire. Puisqu'on a vu des manœuvres électorales avec les uns et les autres qui faisaient des listes communes, etc. Un défaut total d'informations, d'ailleurs, sur la tenue même de ces élections. Des erreurs logistiques majeures qui font que des millions d'électeurs n'ont pas reçu leur profession de foi. Vous savez, souvent les gens, ils prennent conscience qu'il y a des élections en recevant la profession de foi. En disant, tiens, on a reçu la profession de foi, c'est vrai qu'il y a un vote dimanche.
Là, il y a eu un changement de date des élections, aucune information de la part du gouvernement. Comme si, en quelque sorte, le gouvernement organisait cette abstention plutôt que de souhaiter lutter contre elle.
Alors ça, c'est l'explication endogène, si j'ose dire. Mais tout de même, quand on regarde les chiffres, avez-vous une part aussi, vous, dans le fait que vos électeurs ne sont pas déplacés ? Vous étiez donné en tête dans six régions dans les sondages, vous ne l'êtes plus que dans une, la région PACA. Et quand on regarde vos résultats de prêts, vous aviez fait 6 millions de voix le Front National il y a six ans, 6 millions de voix au niveau national il y a six ans pour les précédentes régionales. Dimanche, vous avez fait 2,7 millions de voix. Où sont passés ces électeurs ? Ils sont restés à la maison ? Ils n'avaient pas envie de voter pour vous ?
Est-ce que vous prenez une part de responsabilité dans le fait qu'il y ait plus de 3 millions d'électeurs qui n'ont pas voté cette fois-ci pour vous alors qu'ils y étaient allés il y a six ans ?
Ils sont restés à la maison, c'est incontestable. J'allais dire, c'est une très mauvaise nouvelle pour la démocratie, une mauvaise nouvelle pour le Rassemblement National. C'est atténué par le fait qu'il ne s'agit pas, je le crois, d'une désaffection politique. C'est-à-dire que nos électeurs, et d'ailleurs on le voyait dans les sondages, disaient oui, moi je partage les idées du Rassemblement National, mais ils ne sont pas allés exprimer ces idées. Alors, permettez-moi de vous dire que l'élection n'est pas terminée. Je tiens quand même à le rappeler, car il y a un second tour. Or, le Rassemblement National est présent dans toutes les régions métropolitaines dans ce second tour.
Ça veut dire que les électeurs avec lesquels nous avons eu ce rendez-vous manqué peuvent parfaitement corriger cette situation en se mobilisant pour le second tour et en allant voter. Vous savez, peut-être que les sondages flatteurs d'ailleurs ont eu un effet rassurant. Anesthésiant ? Non, un effet rassurant. Les gens ont dû se dire, après tout, le Rassemblement National est en pleine dynamique. En quelque sorte, ils n'ont peut-être pas besoin de ma voix. Et ils viennent de prendre conscience qu'en réalité, bien sûr, dans une démocratie, nous avons besoin d'eux. Nous avons besoin que chacun aille défendre ses idées pour nous permettre, nous, de les défendre.
Et vous avez tansé vos électeurs, ou les électeurs, Marine Le Pen dimanche soir. On peut même dire que vous les avez presque engueulés. Vous devez voter. Si vous ne votez pas pour vos idées, votre voix ne compte plus. Prendre cinq minutes de votre temps n'est pas seulement un droit, c'est un devoir pour tous les citoyens. Fin de citation. Votre ton a pu surprendre.
Vous étiez excédé dimanche soir ? Mais absolument pas. Je n'ai absolument pas engueulé les électeurs. Mais vous voyez, moi, je ne suis pas Emmanuel Macron. C'est-à-dire que je ne considère pas les Français comme des enfants de quatre ans. Je leur parle parce que ce sont des majeurs responsables. Et je leur parle comme des électeurs responsables. Et je leur dis la vérité. Je leur dis un comportement individuel d'abstention. Vous pensez qu'il n'a aucune influence. La réalité, c'est que l'addition des comportements individuels, eh bien, il entraîne la victoire de vos idées ou la défaite de vos idées.
Et moi, je crois qu'il faut parler, encore une fois, au peuple français parce que c'est un peuple majeur. Ils leur dirent les choses et je ne vois absolument pas en quoi je les ai tensés. Je leur ai rappelé une réalité. Et d'ailleurs, je leur ai rappelé également qu'en réalité, les anciens partis se satisfont assez bien de l'abstention. Parce que ça les maintient en place. À la limite, regardez d'ailleurs les réjouissances de LR. Être élu avec 15% des électeurs, ça leur va très bien. Ça ne leur pose aucun problème. En tout cas, je viens de dire à mes électeurs... Eux, ils ont fait beaucoup mieux que les sondages. Seule une participation massive peut me permettre d'être élu.
Je le sais et ils doivent le savoir. Et ce que vous dites n'est pas tout à fait juge. Car en réalité, l'abstention a touché tout le monde. Les LR également en ont été beaucoup victimes. Y compris les sortants qui pourtant ont bénéficié d'une super prime. Ils ont fait des points de plus.
Non, Marine Le Pen. Valérie Pécresse fait 5 points de plus qu'il y a 6 ans. Elisabeth Bertrand fait plus qu'il y a 6 ans.
Et elle perd 170 000 électeurs par rapport à il y a 6 ans. Donc tout le monde souffre de l'abstention. C'est vrai qu'incontestablement, il y a eu une super prime aux sortants. Quelle que soit d'ailleurs l'étiquette des sortants. Qu'ils soient de droite ou qu'ils soient de gauche, il y a eu une super prime aux sortants.
Et si on réfléchit aux raisons aussi de ce vote et de cette défaite du premier tour, même s'il y en a un second. Vous dites qu'il n'y a pas de désaffection politique. Je me rassure comme ça en disant cela. C'est ce que vous dites. Pourtant, il y a un débat idéologique qui secoue votre famille politique. Certains, dans la mouvance, comme Robert Ménard, estiment que la dédiabolisation n'est pas allée assez loin. Et qu'il faut aller plus loin dans la normalisation de votre parti. D'autres, comme Éric Zemmour, que je vais citer, disent l'inverse. Marine Le Pen a décidé de se recentrer alors qu'il y a une radicalisation, un durcissement de tous ses électeurs.
Les gens se disent qu'elle abandonne tout. Elle trahit tout. Elle se chiracise.
D'abord, permettez-moi de vous dire que je trouve particulièrement désobligeants les commentaires d'Éric Zemmour, ce qui démontre qu'il est devenu un candidat et qu'il n'est plus un éditorialiste. Ça, c'est la première chose. Je les trouve désobligeants et injustes. Et je pense que si, justement, il y a des gens qui considèrent qu'on en fait trop ou pas assez, ça veut dire qu'on est précisément, et je suis précisément, sur la bonne ligne. Je n'ai absolument rien abandonné des idées qui sont les miennes. Rien. La sortie de l'euro, la sortie de l'Union Européenne. Est-ce qu'il vous reproche ?
Il dit en vérité, pardon de le reciter, il n'y a plus de différence entre le discours de Marine Le Pen et celui d'Emmanuel Macron, de Xavier Bertrand. Elle a renoncé à tout.
Est-ce que vous vous rendez compte de l'outrance du propos ? Je vous demande de répondre. Je pense que l'outrance du propos décrédibilise celui-ci. Voilà, je vous le dis. Je rappelle que la décision sur l'euro date de 2017. Entre-temps, Mme Salamé, il y a eu des élections européennes. Et il se trouve que ce choix a été validé par les électeurs puisqu'ils nous ont mis en tête des élections européennes.
Au municipal, c'était décevant. Et là, au premier temps, des régionales, c'est décevant.
Est-ce que vous croyez qu'il y a un rapport quelconque entre l'euro et les municipales ?
Non, mais je pose la question. C'est une question de ligne, en fait. La question est de savoir si vous incarnez toujours la colère, si vous êtes toujours le vote de colère, le vote de transgression.
Non ou plus. Mais madame, je ne souhaite pas être un vote de colère. Je souhaite être un vote d'adhésion. Et je me réjouis de toutes les études d'opinion qui indiquent que le vote Rassemblement National est de plus en plus un vote d'adhésion et pas seulement un vote, en quelque sorte, irruptif. Voilà, je me réjouis de cela. Donc, vous ne changez pas de ligne, vous restez sur votre ligne. Nous assistons à un rendez-vous électoral manqué. Le deuxième tour va intervenir. Les électeurs du Rassemblement National ont la possibilité de corriger ce second tour.
Je vous rappelle tout de même qu'à Perpignan, nous étions exactement au municipal dans la même situation, avec les mêmes scores et avec un candidat RN en tête et un candidat LR en deuxième position, soutenu par l'ensemble de la classe politique. Eh bien, Louis Allieu a gagné avec 53%. Donc, c'est possible. C'est possible également en Bourgogne-Franche-Comté. Le tout, encore une fois, c'est que chacun prenne conscience qu'en allant voter, eh bien, ils peuvent offrir une victoire à leurs idées.
Donc, vous pensez encore que vous pouvez avoir une région dimanche ?
Bien sûr, je le pense parce que je crois qu'avec 66% d'abstention, tout est possible lors de ce second tour, pour peu, que nos électeurs se mobilisent.
Il n'est plus éditorialiste, disiez-vous. Est-ce qu'une candidature Éric Zemmour vous inquiète, Marine Le Pen ?
Non, mais elle ne m'inquiète pas. Mais je ne fais pas de politique fiction. Si Éric Zemmour veut être candidat, qu'il le soit, mais que les choses soient loyalement dites. Parce qu'être éditorialiste et se comporter comme un candidat à la présidentielle, ça n'est pas extrêmement loyal.
Il faut comptabiliser son temps de parole, comme l'avait proposé Stéphane Séjourné ?
Il faudrait surtout qu'il dise ce qu'il souhaite faire, qu'il le dise.
Vous trouvez qu'il manque de clarté ? Pour vous, il est candidat sans le dire ?
Jusqu'à aujourd'hui, il est éditorialiste, point. Oui, clairement, oui. Oui, il est candidat sans le dire. La violence et l'outrance de ses propos à l'égard du Rassemblement National démontrent qu'il considère le Rassemblement National non plus comme un élément de la vie politique française, mais comme un concurrent politique. Ça change les choses quand même.
Encore un élément dans le contexte de cet entre-deux-tours. Brice Tinturier, directeur général délégué d'Ipsos en France, disait à ce micro lundi qu'il y a beaucoup moins de colère dans le pays qu'on pourrait l'imaginer. Je le cite, je reste persuadé que c'est une élection sans enjeu majeur dans un pays qui n'est pas en colère. Ça surprend un peu, mais s'il avait été en colère, il se serait mobilisé pour manifester cette colère à travers un vote en faveur du RN. Nous avons beaucoup d'indicateurs qui nous montrent que le moment n'est pas un moment de colère, fin de citation. La colère, ce serait tari, Marine Le Pen. Partagez-vous cette analyse ou la récusez-vous ?
D'abord, je pense qu'on a tout fait pour détourner en réalité les Français de cette élection. On a parlé de l'absence de profession de foi, on a parlé de l'absence totale d'informations avec des clips gouvernementaux. C'est toujours comme ça. D'ailleurs, ils viennent de les mettre en œuvre.
Comment ça, ils viennent de les mettre en œuvre ? Vous parlez de la campagne ?
Oui, entre les deux tours, ils viennent de mettre en œuvre des clips gouvernementaux pour dire qu'il y a des élections, etc. Ce qu'ils n'avaient pas fait. Pourtant, ils l'avaient promis. Ce qu'ils n'avaient pas fait lors du premier tour. Et puis, on a opportunément, trois jours avant l'élection, supprimé le couvre-feu, supprimé le port du masque, donnant un sentiment de liberté et une envie, si vous voulez, pour des Français qui ont été enfermés pendant des mois et des mois, une envie de penser peut-être à autre chose. Donc, on a vraiment organisé cela. Mais sur l'humeur du pays ?
Permettez-moi de vous dire tout de même que sur l'humeur du pays, moi, je ne me réjouis pas de la colère des gens, mais je note leurs difficultés. Plus les Français vivent dans des conditions difficiles, et ils vivent dans des conditions terriblement difficiles, plus ils pensent qu'en a été la seule élection qui est susceptible de changer cela, c'est la présidentielle. Je viens leur dire, vous vous trompez. Car en réalité, bien sûr, la présidentielle est essentielle, mais chaque élection est essentielle. Mais il y a quand même un élément majeur dans cette élection dont j'aimerais qu'on parle. C'est qu'aujourd'hui, le pays est dirigé par un mouvement politique qui réunit 3% des inscrits.
Voilà. 3% des inscrits. La République en marche, qui est majoritaire à l'Assemblée nationale, qui dirige le pays, qui vote les lois, qui veut mettre en place des réformes, comme la future réforme des retraites, qui va à nouveau, évidemment, frapper les travailleurs français, eh bien, ce mouvement-là a fait 11% à peine dans les urnes, moins de 3% des inscrits.
Il a la légitimité démocratique, il a été élu avec une majorité il y a 4 ans, les députés ont été élus, aux européennes, ce même parti dont vous parlez a fait un bon score, il se plante au régional, vous vous êtes planté aussi d'une certaine manière.
Mais moi, je ne suis pas au pouvoir, Madame Salamé, eux sont au pouvoir. Je vous rappelle que la pire élection pour un exécutif, pour un parti au pouvoir, c'était en 2015, François Hollande, 23%. Ils ne font même pas la moitié de ce que François Hollande a fait en 2015. C'est un élément absolument majeur, c'est un élément massif. Et quand on me dit, il n'y a pas de colère, il y en a une en tout cas, à l'égard du gouvernement et de la manière dont il dirige le pays.
Vous expliquez alors les sondages de popularité, vous me direz, ce ne sont que des sondages d'Emmanuel Macron qui sont entre 40 et 50% d'opinion positive.
Vous avez raison, mais je pense qu'on ne peut que découpler la présidentielle et les élections régionales. Il a incontestablement un socle, nous verrons dans quelle proportion d'ailleurs ce socle s'exprime lors des élections présidentielles. Pour peu, que les conditions de l'élection présidentielle soient également optimales. C'est-à-dire ? C'est-à-dire que le gouvernement a décidé d'avancer de 15 jours l'élection présidentielle.
C'est vrai, je vais préciser pour les auditeurs s'ils n'ont pas entendu cette information hier. Les dates de la présidentielle ont été annoncées. Le premier tour de la présidentielle aura lieu le 10 avril prochain. Le second tour, le 24 avril. Et c'est vrai, vous le dites, ils sont avancés de 15 jours par rapport à il y a 4 ans parce que c'était le 23 avril pour le premier tour et le 7 mai pour le second.
Oui, mais la justification apportée par l'exécutif est invalide. Ils disent, oui, mais le dimanche qui suit, c'est le dimanche 1er mai. Et alors, au contraire, merveilleux. Le dimanche 1er mai, les gens ne travaillent pas, ils vont pouvoir aller voter. Non, là on met le premier tour, le jour où la région PACA et la région Hauts-de-France sont en vacances. Et le deuxième dimanche, tout le monde sera en vacances. Est-ce que vous croyez, très honnêtement, que c'est susceptible de mobiliser les électeurs que de positionner un second tour de l'élection présidentielle au moment où la France en tirait en vacances ?
Donc vous demandez quoi ? Changer ces dates ?
Oui, je pense qu'il faut changer ces dates. Je pense que ces dates ont été choisies, comme encore une fois toute une série de choses au régional, pour détourner les Français d'une élection qui est une élection essentielle.
Sur France Info, le 27 avril, vous avez été clair, Marine Le Pen, de la dynamique des régionales découlera celle de la présidentielle. Alors, il y a évidemment, on le redit, un second tour dimanche pour ces régionales. Mais maintenez-vous cette phrase ? Si vous n'obtenez aucune région, est-ce que vous vous êtes lié par ce que vous dites là ?
Mais je ne suis pas lié, mais je vais très certainement devoir reconstruire une dynamique, je le dis très simplement, très honnêtement, reconstruire une dynamique qui aurait été en quelque sorte naturelle avec ces élections régionales. C'est la raison pour laquelle, encore une fois, j'appelle les Français, j'appelle les électeurs du Rassemblement National à se déplacer dimanche et à corriger les résultats du premier tour.
Et vous êtes toujours la bonne personne pour incarner cette dynamique ?
Et ça, madame, ce sont les intentions de vote qui le disent. Voilà, ce sont les intentions de vote qui me placent au second tour, systématiquement, depuis 5 ans, enfin 4 ans, au second tour de cette élection présidentielle. J'en veux, donc j'en tire la conclusion que les Français considèrent que je suis celle qui suis capable de rassembler le plus largement, puisque les sondages donnent 47, 48% au second tour, le plus largement pour pouvoir battre Emmanuel Macron.
Les électeurs montrent aussi, si on regarde les sondages, qu'ils ne veulent pas d'un second tour Marine Le Pen, Emmanuel Macron.
Oui, mais ça, c'est... La manière dont ce sondage est effectué est assez drôle. Moi, mes électeurs, ils ne veulent pas qu'il y ait Emmanuel Macron. Vous voyez, ceux d'Emmanuel Macron, à mon avis, ne veulent pas que j'y sois. Et tous les autres aimeraient que ce soit plutôt leur candidat. Donc, c'est vraiment le type de question des sondeurs dont il devrait se passer, parce qu'il ne veut pas dire grand-chose.
On file au standard, on nous appelle Michel, ou nous attend, pardon, Michel. Bonjour.
Oui, bonjour. Bonjour, Marine Le Pen. Bonjour, monsieur. Vous avez rappelé à l'antenne que le vote RN est de plus en plus un vote d'adhésion. Comment expliquer alors le reflux de dimanche dernier ? Se pourrait-il que ceux qui, traditionnellement, votent RN, estiment que vous êtes en train de vous attiédir, comme dirait Darmanin ? Qu'est-ce que vous pouvez répondre à ça, madame ?
Merci, merci pour cette question. Marine Le Pen vous répond.
Trop molle, avait dit Gérald Darmanin face à vous.
Oui, mais... D'accord, mais donc, en réalité, Gérald Darmanin me reproche de ne pas m'attaquer aux religions. Je suis désolé, je ne ferai pas de guerre de religion. Voilà. Je ne ferai pas de guerre de religion. C'est aussi simple que ça. Je continuerai à lutter contre l'idéologie islamiste, qui est l'islam politique, mais je ne ferai pas de guerre de religion. J'en suis navré. Si c'est ça, ça te fait dire, eh bien, j'accepte cette augure. Quant au reste, est-ce que vous vous rendez compte que 15% des 18-35 ans seulement sont allés voter ? 15%. Ce sont des gens qui travaillent, ce sont des gens qui élèvent leurs enfants, ce sont des gens qui ont des difficultés majeures.
Alors, c'est vrai que face à leurs difficultés, l'élection régionale leur est apparue lointaine. Ces grandes régions dont ils perçoivent que peut-être elles ne peuvent pas répondre à leurs préoccupations majeures. C'est quoi leurs préoccupations majeures ? C'est le chômage, c'est la santé, c'est l'immigration, c'est l'insécurité. Oui, c'est ce dont on parle tous les jours dans les médias. Oui, on en parle tous les jours, parce que, oui, bien sûr, la région peut faire quelque chose, à la marge, évidemment, mais quand même, dans les transports, dans les lycées, il est possible de faire quelque chose. Mais est-ce que ça correspond véritablement aux changements majeurs qu'ils attendent ?
Évidemment, dans les régions, moins qu'à la présidentielle.
Sur l'application France Inter, deux questions. La première de Caroline. Est-ce qu'on peut arrêter d'accuser les électeurs ? Les politiques peuvent-ils assumer, enfin, que leur responsabilité dans l'abstention, c'est usant cette mauvaise foi ? Julien, Mme Le Pen utilise les mêmes arguments que les autres partis lorsqu'ils perdaient les élections. Est-ce l'étape ultime de la dédiabolisation ?
Mais, enfin, pardon, personne n'accuse les électeurs. Personne n'accuse les électeurs. Il y a une chose qui est sûre, c'est qu'en démocratie, la démocratie, elle ne peut fonctionner qu'avec les électeurs. S'il n'y a plus d'électeurs, alors il n'y a plus de démocratie. Alors, il ne faudra pas se plaindre que des gens puissent diriger le pays, prendre des décisions qui ont des conséquences sur leur vie quotidienne, alors qu'ils ne représentent que quelques pourcents, 5%, 6%, 7% de l'ensemble du peuple français. Ce n'est pas les engueuler que de leur dire ça.
C'est de leur rappeler une réalité essentielle, qui est que la démocratie ne fonctionne que grâce aux électeurs, que grâce au peuple français. Et que, s'ils souhaitent le changement, c'est eux qui peuvent le provoquer. Nous seuls, nous ne pouvons pas le faire.
Alors, parole aux Français, justement.
Hervé, Hervé, au standard. Bonjour et bienvenue.
Oui, bonjour. Bonjour, Madame Le Pen. Bonjour à tous. Bonjour. Je vous rappelle qu'il y a eu aussi des élections départementales. Oui, oui. On ne parle jamais. Oui. Je dis juste comme ça au passage. Mais mon observation est la suivante et appellera sans doute une réponse de Madame Le Pen. Je suis étonné qu'on minimise à ce point l'histoire des professions de foi qui ne sont pas arrivées dans les boîtes aux lettres. C'est une erreur fondamentale de l'État, du ministère, de l'Intérieur.
Donc, personnellement, je pense, moi, qu'il faut annuler ces élections et les refaire en septembre partant du principe que la formation des différents candidats n'est jamais arrivée dans les boîtes aux lettres des électeurs, y compris la mienne. Merci de votre réponse. Qu'en pensez-vous, Madame Le Pen ?
Merci beaucoup, Hervé. Carrément, donc, aller à l'annulation de ces régionales. Marine Le Pen.
Il est sûr que ce monsieur, cet auditeur, a parfaitement raison. On minimise ce qui est une déroute sur le plan de l'organisation des élections. Monsieur Darmanin a traité ça d'un revers de la main en nous expliquant qu'il avait convoqué la société chargée de cela le lundi matin. Mais dans n'importe quelle démocratie mature du monde, le ministre chargé des élections qui est confronté à un désastre pareil, démissionne. La première des choses qu'il fait, c'est qu'il démissionne.
Vous demandez la démission de Gérald Darmanin parce que les professions de foi qui ont été envoyées par un prestateur privé ne sont pas arrivées ? Non, je vous pose la question.
Vous vous rendez compte de la gravité de la situation ? Des millions de Français ? Moi, j'attends de savoir... Je ne suis pas d'ailleurs opposé à la demande de commission d'enquête qui a été proposée par Jean-Luc Mélenchon. Je pense qu'il faut faire toute la lumière sur cette situation et savoir combien effectivement de millions d'électeurs n'ont pas été destinataires de ces professions de foi. Et en fonction, si vous voulez, de ces résultats, c'est vrai qu'on peut considérer que c'est un des éléments qui a participé à l'abstention massive.
Et êtes-vous favorable, comme le maire RN de Perpignan, Louis Alliot, favorable à rendre le vote obligatoire ?
Je suis réservée, si vous voulez, sur ce vote obligatoire. c'est obligatoire. Maintenant, il est sûr que chacun, si vous voulez, doit considérer, moi je considère, que lorsque l'on est citoyen d'un pays, eh bien, voter est un devoir, je l'ai dit. Voilà, c'est mon opinion. Mais je préférerais, si vous voulez, que ce soit spontané de la part des électeurs, leur participation, plutôt que contraint.
Je précise, parce que Gabriel Attal vient de le dire, les dates d'élection pour la présidentielle de 2022 seront annoncées la semaine prochaine. Eh bien,
il est encore temps de changer.
Voilà, c'est ce que j'allais vous dire, vous pouvez lui envoyer le message. On verra quelles seront les dates officielles qui sont annoncées. Pour l'instant, c'était des dates annoncées selon plusieurs sources d'entourage présidentielle et gouvernementale. Quelques questions d'actualité, Marine Le Pen, le Conseil d'État a suspendu mardi, hier, la réforme controversée de l'assurance chômage qui devait entrer en vigueur le 1er juillet. Les syndicats saluent une victoire. La ministre du Travail, Elisabeth Borne, pointe une simple question de temporalité, mais pas une remise en cause sur le fond.
Saluez-vous la décision du Conseil d'État ou pensez-vous que cette réforme de l'assurance chômage, il faut la faire ?
Non, je pense qu'il ne faut pas la repousser, je pense qu'il faut annuler cette réforme, qui est une réforme qui va avoir des conséquences très lourdes et notamment pour les chômeurs dont les salaires sont les plus modestes. Ça va toucher une majorité, d'ailleurs, de gens qui sont indemnisés au moment où la crise sociale pointe son nez et où on sait qu'on va avoir un nombre de chômeurs très important. Je trouve que cette réforme est absolument cynique.
Autre question d'actualité et puis on n'oublie pas qu'il y a un match de l'équipe de France ce soir. Le secrétaire d'État français aux Affaires européennes, Clément Beaune, a dit à ce micro tout à l'heure regretter le refus de l'UEFA de permettre l'illumination du stade de Munich aux couleurs arc-en-ciel de la communauté LGBT pour le match Allemagne-Hongrie tout à l'heure. Il a fait part de la très forte préoccupation française à propos de la loi votée récemment en Hongrie interdisant la promotion entre guillemets de l'homosexualité auprès des mineurs. Qu'en pensez-vous Marine Le Pen ?
Moi je pense qu'il faut laisser le sport en dehors de la politique. C'est un des espaces précisément où la politique ne doit pas entrer. C'est une dérive auquel on a assisté depuis un certain nombre d'années. le sport s'a uni. Donc n'insérons pas des divisions dans ce qui unit le peuple autour d'événements
qui sont joyeux.
C'est de la politique. Voilà. Ce n'est pas d'ailleurs le salier que de le dire. C'est de la politique et la politique est noble et vous savez comme je la porte en haute estime. Et sur le concept de loi ? Je pense que M. Beaune devrait d'abord s'interroger de savoir si dans tous les quartiers de France les homosexuels peuvent marcher dans la rue en se tenant la main. Parce que c'est bien d'aller regarder les voisins mais c'est bien aussi de se regarder soi-même. Et en l'occurrence ils sont responsables de la lutte contre les discriminations dans notre propre pays.
Il s'avère qu'en l'occurrence les droits des homosexuels ne sont pas respectés dans toute une série de zones de non-droit en France. Ça c'est la deuxième réflexion. La troisième réflexion c'est que moi en ce qui me concerne je suis tout à fait opposé à quelque discrimination que ce soit et je pense qu'il ne faut faire la promotion d'aucune sexualité auprès des mineurs. Et cette loi d'Orban qui interdit la promotion de la pornographie et de l'homosexualité ça vous choque ou pas ? Non mais je pense que laissons les mineurs tranquilles. Il n'y a pas à faire auprès des mineurs la promotion de quelque sexualité que ce soit. Laissons les mineurs tranquilles. Voilà.
C'est ça à mon avis la ligne à tenir.
Marine Le Pen était notre invitée. Merci à vous.
Merci beaucoup. Merci à vous. Merci beaucoup.
Marine Le Pen