REPLAY - Discours d'Anne Hidalgo, maire de Paris, devant Emmanuel Macron à l'Hôtel de Ville
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Et vous pouvez donc assister à nos côtés à cette cérémonie qui va débuter dans un instant, puisque Anne Hidalgo, aux côtés d'Emmanuel Macron, va prendre la parole, suivie par le président de la République. Madame la maire de Paris. Et tout de suite, Anne Hidalgo, la maire de Paris, va s'exprimer.
Président de la République, cher Emmanuel Macron, mesdames et messieurs les ambassadeurs, mesdames et messieurs les parlementaires, mesdames et messieurs les ministres, monsieur le président de la métropole du Grand Paris, mesdames et messieurs les élus de Paris, messieurs les préfets, mesdames et messieurs, madame, ...d'inquiétude sur l'avenir de notre pays, je suis heureuse d'accueillir, au nom du peuple de Paris, le président de la République pour lequel il s'est prononcé. Avec votre élection, la France s'éloigne du pire dont elle s'était dangereusement approchée. Elle revient à elle-même, elle reprend sa respiration et elle se tourne vers l'avenir qu'elle s'est choisie.
Le peuple de Paris aime trop passionnément la liberté pour ne pas la célébrer. C'est ce que je fais en son nom, ici, en saluant votre élection comme une victoire de la République. C'est la lettre du protocole républicain qui conduit chaque président à inaugurer son mandat à l'hôtel de ville de Paris. Mais aujourd'hui, c'est l'esprit de la République qui nous importe et qui nous inspire. En leur consacrant votre première visite, vous scellez aujourd'hui, avec les Parisiens, une alliance contre tout ce qui défigure la démocratie. Cette alliance nous transcende, elle dépasse les clivages politiques traditionnels.
Monsieur le Président de la République, l'émergence des villes-monde à laquelle Paris participe s'inscrit dans les grandes mutations du siècle. Et nous le savons, malgré ces évolutions, ou avec ces évolutions, l'histoire de Paris est indissociable de celle de l'État et de la République. L'histoire nous enseigne que cette relation entre l'État et la ville capitale a toujours été complexe. Mais ce qu'elle nous enseigne surtout, c'est la part qu'on prie, le souci d'équilibre et de respect réciproque dans la construction d'une alliance. L'élection en 1977 du premier maire de Paris, Jacques Chirac, auquel je veux rendre hommage ici, a renforcé ce besoin d'alliance.
Et ce que l'histoire nous enseigne finalement comme une grande constante des relations entre Paris et l'État, c'est qu'au final, chacun avance et tout le monde gagne. Monsieur le Président de la République, vous aurez bien sûr besoin de la passion exigeante des Parisiens pour relever les défis qui attendent la France, comme Paris aura besoin de vous pour continuer à grandir et à rayonner. C'est dans la conscience de cette réciprocité que nous devons écrire la nouvelle page qui s'ouvre avec votre élection. Comptez sur Paris pour faire réussir la France. Les défis que nous avons à relever ensemble sont les défis de l'Europe et du monde.
Le premier, celui qui, à mes yeux, conditionne tous les autres, c'est le changement climatique. Nous savons que la planète est directement menacée, nous savons que la pollution tue, nous savons que c'est ici et maintenant qu'il nous faut agir. L'accord historique de Paris sur le climat nous y autorise et même nous y oblige. Ici même, dans cette salle, en 2015, les maires du monde entier se sont engagés pour que l'accord de Paris puisse être adopté. Au sein du C40 que je préside, les plus grandes métropoles mondiales se mobilisent pour que les émissions de gaz à effet de serre baissent.
Il ne s'agit pas, nous le savons, tout simplement de résoudre une équation scientifique, mais vraiment de relever un défi politique, social, culturel. Ce défi, il revient à chacun de le relever depuis la position où il est le plus capable d'agir. C'est ce que je fais ici comme maire avec mon équipe, ce que font les Parisiens. Nous sommes habités par ce sentiment d'une urgence qui n'est pas simplement l'urgence des problèmes, mais surtout l'urgence des solutions. Et c'est à cette urgence des solutions que je consacre l'ensemble de mes décisions et de mes choix de maire. C'est à elle également que les Parisiens consacrent leur créativité, leur engagement, leur générosité.
Pour adapter la ville au changement climatique, nous avons transformé les berges de Seine en un gigantesque parc qui constitue une des réponses aux défis environnementaux. L'écologie est pour nous à la fois une nécessité et une opportunité. Nous avons besoin de vous, Monsieur le Président, pour être à ce rendez-vous. A l'heure où le diesel tue, il est de notre responsabilité de tourner la page. Nous comptons sur vous pour saisir avec nous les formidables opportunités ouvertes par la transition écologique et énergétique. Ces opportunités font du bien. Elles font du bien à tout le monde, comme la création des gros quartiers.
Elles créent de l'emploi et de la richesse, comme les réseaux d'économie circulaire. Elles font rêver comme l'arrivée de ces premiers taxis volants sur la Seine. Ces opportunités, il est fondamental qu'elles soient partagées par tous. Et c'est là le second défi que nous aurons à relever ensemble. Comme toutes les grandes métropoles, Paris voit coexister les gagnants et les perdants de la mondialisation. Les premiers sont sans doute les principaux artisans de leur réussite. Et Paris sait leur ouvrir le champ des possibles.
Mais en ce qui concerne les délaissés et les exclus, il nous rappelle chaque jour, pour reprendre les paroles du professeur Younous, prix Nobel de la paix, que ce ne sont pas les pauvres qui ont inventé la pauvreté. Faire de Paris une ville inclusive pour tous est notre projet. Pour les Parisiens, Paris ne serait pas Paris si la vie se résumait à une confrontation entre les plus heureux et les plus malheureux. Il y a donc une forme de consensus ici à Paris autour de l'effort social de plus de 10 milliards d'euros que nous consacrons chaque année pour soutenir les plus fragiles.
Je pense bien sûr aux réfugiés qui arrivent à Paris dénués de tout, mais je pense aussi aux sans-domicile fixes que notre système a fini par exclure. Paris ne se résout pas à abandonner ses femmes, ses hommes, ses enfants à leur sort. Et je pense aussi, bien sûr, aux classes moyennes qui se battent pour rester à Paris. Ce qui réunit l'ensemble des Parisiens, c'est de voir leur ville être une terre d'opportunités. Ce qui nous rassemble, c'est l'avenir que cette ville promet à nos enfants. L'horizon de Paris et de beaucoup de Parisiens, je pense bien sûr aux jeunes talents, aux entrepreneurs, aux chercheurs. Leur horizon, c'est le monde.
Nous croyons aussi que la justice et la cohésion sociale sont tout autant des horizons incontournables pour notre société. Et nous assumons le coût de ce qui, à nos yeux, n'a pas de prix. Nous assumons les 16 000 places d'hébergement ouvertes à Paris en permanence, les 10 000 réfugiés accueillis dans les deux centres humanitaires que nous avons ouverts il y a six mois. Nous croyons, M. le Président, qu'il est possible de résoudre cette question sociale avec l'État, évidemment, mais aussi avec le monde associatif très présent dans cette salle, qui est en première ligne face aux chocs et aux fractures du monde.
C'est de cette manière que Paris entend être une ville refuge, une ville cosmopolite, une ville partageuse, et pour cela, bien sûr, une ville créative. J'ai été très fière de constater que les scores obtenus par le Front National, et par vous-même, à l'inverse, bien sûr, avaient été, pour le Front National, particulièrement bas dans les quartiers populaires, où les motifs de colère pourraient être nombreux, mais où, justement, nous nous évertuons à faire vivre, très concrètement, les promesses de la République. Ces quartiers, nous avons décidé, ici, à Paris, de leur consacrer 25% de notre investissement global. Notre souci de cohésion sociale va bien au-delà de Paris.
Il nous conduit, bien sûr, à travailler avec les territoires ruraux, en particulier dans le domaine de l'agriculture ou de l'alimentation. Il est, à nos yeux, fondamental de pouvoir partager les succès de Paris avec l'ensemble de la métropole, de la région, et bien sûr, de la France. Pour tout cela, M. le Président de la République, nous comptons sur votre soutien. Parce que ce qu'il s'agit de partager, ce ne sont pas simplement les richesses du présent, ce sont aussi celles de l'avenir. C'est la raison pour laquelle nous misons à Paris. L'innovation est technologique, mais également écologique, sociale, solidaire, culturelle, démocratique.
Elle est cette énergie inépuisable qui fait du Grand Paris, cher Patrick Collier, un écosystème mondialement reconnu pour sa capacité à innover et à évoluer. Et en ce sens, bien sûr, la révolution numérique dans laquelle nous sommes engagés nous conduit à réinventer notre ville, avec des appels à projets innovants qui mobilisent les talents du monde entier. Avec ses incubateurs, ses espaces de co-working, les ateliers de fabrication numérique, nous réussissons ensemble l'excellence scientifique et la dynamique économique.
Cette attractivité, elle est enracinée dans le quotidien, parce que pour nous, il n'y a pas d'un côté les start-up et de l'autre côté les petits commerces, le numérique d'un côté et l'artisanat de l'autre, mais bel et bien des gens qui se côtoient, qui dialoguent, qui partagent à l'échelle de la rue, à l'échelle du quartier. Nous savons à Paris conjuguer nos différences et nous rassembler quand les circonstances l'exigent et quand elles exigent que nous disions ce que nous sommes ensemble et nous le faisons à l'unition. L'extraordinaire réaction des Parisiens, après les attentats qui nous ont meurtris, nous confirme qu'il y a à Paris un seul et même amour de la liberté.
La réponse de Paris et des Parisiens a été belle et puissante. Elle a consisté à dire aux terroristes avec Antoine Léris, vous n'aurez pas notre haine. Paris ne choisira jamais de sacrifier sa liberté à sa sécurité, mais nous savons aussi ce que notre liberté doit à notre sécurité. Cet équilibre, nous l'obtenons en travaillant de concert avec la préfecture de police de Paris. Je veux saluer ici le préfet de police, l'ensemble des forces qui nous protègent. Je veux dire aux policiers, aux gendarmes, aux militaires, aux pompiers, aux associations, la reconnaissance et la confiance des Parisiens.
C'est grâce à eux que notre société parisienne peut vivre cette belle révolution démocratique qui vient et qui conduit aussi à d'immenses transferts de pouvoir en direction des citoyens. C'est le sens du budget participatif qui permet à chacun de décider directement. Ce sont donc les Parisiens eux-mêmes, avec leurs élus, qui s'engagent dans cette direction.
En refusant de se soumettre à « ce n'est pas possible », en convertissant du « jamais » en « pourquoi pas », du « pourquoi pas » en « comment » ou du « comment » en « quand », je sais que vous êtes sensibles à cette méthode qui, à Paris, nous a conduits à transformer profondément notre organisation en réformant dans le dialogue jusqu'au cœur de l'administration parisienne. La réponse des élus locaux à la crise que nous traversons, c'est de faire confiance aux citoyens en leur donnant plus d'espace pour s'exprimer, plus d'outils pour s'informer, plus de pouvoir pour peser et décider.
La nouvelle loi sur le statut de Paris reconnaît et sanctuarise ce modèle particulier de respect et d'alliance entre l'État et Paris. Avec la loi sur la métropole du Grand Paris, elle pose aussi les bases d'une autonomie qui va dans le sens de l'histoire. Monsieur le Président de la République, vous l'avez compris, je suis une décentralisatrice. Je considère que la République ne s'affaiblit pas en donnant aux collectivités la liberté et les moyens d'agir, bien au contraire. Paris sera libre et attaché à avoir les moyens qui lui permettent de tenir démocratiquement les engagements pris face aux Parisiens.
Il m'apparaît comme une évidence que la République, dans la crise qu'elle traverse, a besoin de ses élus locaux. À l'heure où les Français doutent tant de la parole politique et de l'efficacité de l'action publique, les maires continuent d'assumer les promesses de la République. En France, comme partout dans le monde, l'échelle locale s'impose comme un centre de gravité des politiques publiques. Je pense ici aux places de crèche que nous créons, aux ateliers périscolaires que nous ouvrons partout gratuitement, aux logements sociaux que nous construisons. Nous rendons, chaque fois que nous posons ces actes concrets, nous rendons concrètes aussi les valeurs de la République.
Cette faculté de rassembler au-delà des parties et des frontières, Paris la possède et la met au service d'un grand projet qui nous mobilise. D'ailleurs, j'ai quitté à l'instant le comité d'évaluation de la candidature. Et donc, je veux bien sûr parler de l'organisation des Jeux olympiques et paralympiques à Paris en 2024. Depuis deux ans, nous avons œuvré sans relâche pour bâtir une candidature porteuse d'espoir et de progrès pour Paris, pour la métropole du Grand Paris, la région et la France tout entière. Il s'agit bien sûr de permettre au sport et à ses valeurs de transformer toujours davantage notre société.
Nous avons plus que jamais besoin de retrouver ces fondamentaux de l'olympisme et de l'humanisme qui ont animé Pierre de Coubertin il y a plus d'un siècle. Mais il s'agit également, là, maintenant, de transformer notre territoire, par exemple en abolissant les frontières entre Paris et la Seine-Saint-Denis, qui ont tant en partage. Monsieur le Président de la République, vous avez exprimé votre enthousiasme pour la candidature de Paris 2024, dont l'ambition est d'accueillir le monde en organisant les Jeux. Je vous remercie pour cette prise de parole forte et appréciée et nécessaire.
Depuis deux ans, nous parcourons le monde avec Tony Estanguet, Bernard Lapassé, Guy Druth, pour convaincre, pour créer le désir de voir célébrer l'olympisme à Paris en 2024. Et je veux saluer la présence parmi nous de Thierry Rey, qui n'est pas devenu un de mes adjoints, mais qui partage avec nous cet engagement au sein du GIP Paris 2024. Paris 2024 sera le point de rencontre de toutes les énergies métropolitaines et internationales qu'abrite et recèle Paris, pour fédérer la société, pour ouvrir des perspectives à la jeunesse, pour faire rayonner Paris et la France.
Monsieur le Président de la République, vous inaugurez votre mandat dans une ville qui n'a peur de rien, qui s'intéresse à tout. Cette ville, les Parisiens l'aiment passionnément. En leur nom, je souhaite que Paris vous inspire, par sa devise, « Fluctuate net mergitur », qui lui correspond si bien, qui saura vous accompagner au cours des années qui viennent, par sa force aussi, qui a toujours su grandir dans l'épreuve, par sa générosité, enfin, qui l'a conduit à donner le meilleur d'elle-même à ceux qui l'aiment et la respectent. Je sais que vous partagez cet état d'esprit, et vous pouvez compter également sur mon engagement. Faire gagner Paris, c'est faire gagner la France.
Vive Paris, vive la République, vive la France. Merci.
Merci. Merci. Merci.
Anne Hidalgo