Libre-échange : le Mercosur contre les agriculteurs ?
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Questions et réponses
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Maxime Combe, pouvez-vous expliquer les fondements théoriques des accords de libre-échange ?
- 3:02OuverteRéponse directe
Aurélie Catalot, ces accords sont-ils au cœur des revendications des agriculteurs ?
- 5:16OuverteRéponse directe
Pourquoi existe-t-il des distorsions de concurrence avec ces accords ?
- 6:43RelanceRéponse partielle
Peut-on isoler l'effet des accords sur les chiffres d'import/export ?
- 7:32OuverteRéponse directe
Tous les secteurs agricoles sont-ils touchés de la même façon ?
- 10:41OuverteRéponse directe
Y a-t-il une partie de l'agriculture française qui bénéficie des accords ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Il a été décidé d'augmenter les échanges commerciaux internationaux au motif que cela bénéficierait aux deux entités. »
- 12:25InvitéChiffre
« La France importe l'équivalent de 2 milliards d'euros de pesticides par an. »
- 19:45InvitéFait
« La position de la France a été fluctuante puisque cet accord a été soutenu par Emmanuel Macron en 2019. »
- 30:16InvitéFait
« Nous vendons les bas morceaux de volaille que les consommateurs européens ne veulent pas consommer dans les pays africains. »
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Alors que la pression des syndicats agricoles sur le gouvernement s'accroît et que la crise agricole reprend de plus belle alors que la semaine est cruciale pour le gouvernement avant l'ouverture du salon de l'agriculture ce samedi, retour ce matin sur un point central de cette crise, un point cœur, les accords de libre-échange et leur impact sur l'activité agricole française. Pour en parler, je reçois ce matin dans une première partie deux invités, Aurélie Catalot, bonjour. Bonjour. Vous êtes directrice agriculture France pour l'Institut du développement durable et des relations internationales, l'IDRI, et à nos côtés, mais à distance, Maxime Combe, bonjour. Bonjour.
Vous êtes économiste en charge des politiques commerciales et de relocalisation à l'AITEC. L'AITEC c'est l'association internationale de techniciens, experts et chercheurs. Je précise que vous êtes également le co-animateur du collectif Stop CETA Mercosur. Et pour commencer, Maxime Combe, est-ce que vous pourriez nous expliquer peut-être les fondements théoriques de ces accords de libre-échange ? Qu'est-ce qui justifie historiquement
leur existence ? Il a été décidé d'augmenter les échanges commerciaux internationaux au motif que cela bénéficierait aux deux entités, aux deux pays, aux deux régions qui vont commercer l'une avec l'autre.
Et globalement, sans être trop long, l'Union Européenne, qui négocie donc au nom des 27 États membres de l'Union Européenne, puisqu'on leur a confié aux institutions européennes la charge de cette responsabilité, fait plus ou moins toujours la même chose, c'est-à-dire qu'elle est prête à ouvrir les marchés agricoles européens pour pouvoir vendre plus d'automobiles, plus de produits industriels, plus de machines outils, plus de produits chimiques et autres à des pays tiers, considérant que c'est par le fait d'exporter ces produits-là et de gagner des parts de marché en ouvrant la possibilité à des entreprises européennes, notamment les multinationales des services, des nouveaux marchés dans des pays du Sud ou des pays tiers, que la prospérité économique en Europe va être prolongée.
Ceci est discutable sur le plan économique, mais l'idée c'est qu'on va libéraliser les marchés, c'est-à-dire à la fois limiter, réduire, voire supprimer tout ce que sont les barrières à l'entrée, à la frontière européenne des produits venant des pays du Sud. Et en contrepartie, cela signifie que donc du coup on confie à ces marchés internationaux l'organisation de ces échanges-là au lieu de les confier à la puissance publique qui du coup se voit limitée dans ces possibilités d'action et d'intervention pour réguler les prix, réguler les quantités, limiter l'entrée de produits à la frontière. C'est ça les accords de libre-échange.
Les accords de libre-échange, c'est tout autre chose que simplement le commerce. Le commerce a toujours existé, il existera toujours. Les accords de libre-échange, c'est de confier au marché et aux entreprises qui vont avec la charge finalement de l'organisation de ces échanges.
Là encore du point de vue théorique, Maxime Combes, à qui sont censés servir ces accords ? Aux personnes qui
produisent ou personnes qui consomment ? Généralement, ces accords-là en sont plutôt pensés pour améliorer la situation, le bien-être des consommateurs et cela se fait pour partie au détriment de celles et ceux qui produisent. En tout cas, ils sont considérés bien souvent comme une variable d'ajustement. C'est le cas en Europe. La Commission européenne, les institutions européennes et même les États membres sont bien conscients que ces accords, notamment lorsque l'on ouvre des marchés agricoles, vont avoir des impacts sur certains secteurs les moins compétitifs de l'agriculture française et européenne.
Mais ils considèrent que globalement, l'effet sera positif parce que le consommateur va voir les prix d'un certain nombre de produits diminuer ou ne pas augmenter, avoir accès à des produits fabriqués ailleurs sur la planète. Et c'est cette idée-là qui consiste à dire que globalement, sur le plan économique, quand on agrège l'ensemble des données, on va être bénéficiaire. Mais ce « on » n'est pas défini alors qu'il y a des perdants réels. Par exemple, l'accord entre l'Union européenne et la Nouvelle-Zélande qui a été ratifié au mois de décembre, nous savons qu'il va avoir des impacts négatifs sur les producteurs d'agneaux en France et en Europe.
Mais globalement, la France et l'Union européenne considèrent que finalement ce n'est pas très grave. Et ça, il faudrait discuter avec eux pour voir si ça l'est vraiment. puisque l'on va vendre des voitures, des services, des produits industriels à la Nouvelle-Zélande et que globalement, on va être bénéficiaire.
Aurélie Catalot, ces accords de libre-échange, ils sont au cœur des discussions, des revendications des agriculteurs depuis ce qu'on appelle la crise agricole. Est-ce qu'on arrive aujourd'hui à mesurer concrètement, précisément, les effets de ces accords de libre-échange sur l'agriculture française et sur le travail des agriculteurs ?
Oui, tout à fait. Les accords de libre-échange font partie des revendications centrales des agriculteurs parce que là où il y a bien un dénominateur commun entre les États membres et les différents syndicats agricoles, c'est sur la nécessité d'avoir des réponses de long terme sur le revenu agricole. Et les distorsions de concurrence engendrées par les accords de libre-échange font partie de ces sources de distorsion de concurrence pour le revenu des agriculteurs français et européens.
Il faut expliquer, pardonnez-moi, d'un mot pourquoi, en quoi il existe des distorsions de concurrence ? Qu'est-ce qui les provoque ?
Eh bien, lorsque nous importons des produits issus d'un accord de libre-échange, nous n'avons pas la garantie que ces produits-là vont respecter les mêmes standards sociaux, sanitaires, environnementaux ou de bien-être animal que les normes ou les règles qui sont en vigueur chez nous dans l'Union européenne. Et cela peut donc engendrer l'arrivée sur le marché commun européen de denrées qui ont des coûts de production inférieurs à ce qui est en vigueur dans l'Union européenne. Et en cela, ça peut venir donc déstabiliser le revenu des agriculteurs européens. Et donc, arrive-t-on à mesurer les effets de ces accords de libre-échange ?
Ce qu'on peut facilement observer, c'est ce que ça a comme effet sur les volumes d'importation et les volumes d'exportation des produits agricoles et alimentaires entre l'Union européenne et les pays tiers avec lesquels nous avons des accords de libre-échange. Et globalement, ce qu'on peut observer, c'est que les accords de libre-échange, ils ont pour effet d'augmenter les flux importés et les flux exportés. Les deux. On augmente nos importations et on augmente nos exportations.
Typiquement, si on observe le commerce que la France a eu avec les pays tiers, c'est-à-dire les pays hors Union européenne entre 2000 et 2022, donc sur une période d'un peu plus de 20 ans, eh bien on voit qu'à la fois les importations et les exportations ont été multipliées par plus de 2,5. Donc ça, c'est vraiment un effet du libéralisme économique, de la libéralisation du commerce agricole. Et ça marche vraiment dans les deux sens. À la fois, j'exporte plus, mais aussi j'importe plus.
Et on arrive à établir un lien causal entre les chiffres que vous donnez et ces accords de libre-échange. On arrive à isoler l'effet de la signature de ces accords, concrètement ?
Alors non. En tout cas, les chiffres que je donne, ce sont des chiffres qui sont globaux, donc qui couvrent à la fois les échanges qui ont lieu sous effet d'accords de libre-échange et sous effet d'autres formes de commerce international, qui peuvent être des accords de partenariat, qui peuvent être sous les règles générales de l'Organisation mondiale du commerce. Mais il en demeure pas moins que de toute manière, depuis 1992 et la mise en place de l'Organisation mondiale du commerce, l'agriculture et l'alimentation font partie des secteurs qui sont inclus dans les règles internationales de libre-échange.
Et donc globalement, sur la période que je vous ai donnée, on a une poursuite de la libéralisation des échanges agricoles internationaux.
Maxime Combe, on parle depuis le début de cet échange du système agricole français comme s'il s'agissait d'une entité unique, d'un bloc monolithique. Est-ce que toutes les filières, tous les secteurs agricoles sont touchés de la même façon par ces accords de libre-échange ?
Une précision par rapport à ce que vient de dire Aurélie Catalio, c'est que cette mise en concurrence de systèmes productifs, aux structures de coûts, aux normes sociales, écologiques différentes, n'a pas simplement des impacts sur le monde agricole français européen. Il a des impacts sur le monde agricole, notamment dans les pays du Sud, c'est-à-dire que les exportations européennes, la compétitivité de certaines productions agricoles européennes ont des impacts massifs sur la destruction des filières, des productions vivrières de plein de pays du Sud. C'est le cas au Sénégal. Je pourrais vous dire en deux mots ce qui se passe en Colombie. La Colombie d'où est originaire la pompe de terre.
On a signé un accord avec la Colombie, enfin l'Union Européenne a signé un accord avec la Colombie il y a une dizaine d'années maintenant, qui a vu déferler des frites allemandes, hollandaises, belges sur le territoire colombien. La Colombie a voulu protéger son secteur de production de la pompe de terre et a mis un petit droit de douane en place. Ceci a été attaqué par l'Union Européenne devant l'organisation de l'Ucommerce. L'Union Européenne a gagné et donc du coup globalement la Colombie ne peut pas protéger son secteur de la production de la pompe de terre.
Donc le libre-échange c'est ce dispositif qui finalement préfère de la frite importée venant de 10 000 kilomètres plutôt que la pompe de terre produite localement. Et donc ce qui est aujourd'hui exigé par le monde agricole européen de plus de protection et de moins mise en concurrence sur les marchés internationaux devrait être également accepté pour les pays du Sud. Donc c'est finalement l'ensemble de la politique de libre-échange, de la politique commerciale et pas simplement des protections aux frontières de l'européenne qu'il faudrait mettre en oeuvre.
Par ailleurs effectivement vous avez raison de poser la question, le monde agricole européen n'est pas touché de manière uniforme et toute une partie du monde agricole européen, du monde agricole français et c'est d'ailleurs une des contradictions au sein de la FNSEA, profitent très largement de ces accords de libre-échange et on se vante bien souvent de vendre du cognac au Japon et que ceci vaudrait donc du coup le fait de signer ces accords-là. Et donc du coup vous avez une agriculture extrêmement compétitive, notamment les grandes plaines céréalières monocultures qui également les productions de vins et spiritueux qui eux sont très gagnants en général avec ces accords de libre-échange.
Les perdants ce sont généralement des productions en Europe et en France, des productions d'élevage, des productions de polyculture qui eux sont fortement soumis à cette concurrence internationale et à qui on demande effectivement un peu la quadrature du cercle, c'est à la fois d'être compétitif sur les marchés internationaux et de réaliser une montée en gamme sur leur production.
Et ce qu'il faut bien comprendre c'est que cette réalité-là, elle est le fait des accords déjà passés, c'est-à-dire que l'accord UEMERCOSUR ça serait une nouvelle pierre à l'édifice, mais l'essentiel ce sont l'ensemble des accords qui sont passés depuis 20 ou 30 ans qui contribuent aujourd'hui et qui constituent aujourd'hui cette concurrence éloyale.
Aurélie Cadallo, c'est bien cela ce qu'on observe, il y a une partie de l'agriculture française, notamment l'agriculture à forte valeur ajoutée, qui bénéficie de ces accords de libre-échange alors que l'autre a tendance à en pâtir ?
Oui, il y a bien des disparités de situations entre les différentes filières agricoles françaises et donc entre les différents types de production. Les filières sur lesquelles la France est la plus exportatrice notamment vis-à-vis des pays tiers, ce sont les vins et spiritueux, les céréales et produits issus des céréales et le lait et les produits laitiers. Donc ça c'est vraiment un peu les trois fleurons, si on peut dire ça comme ça, de l'agroalimentaire français. C'est les trois filières qui ont un solde commercial positif, donc on en exporte plus qu'on en importe.
Par contre, il y a bien d'autres filières sur lesquelles on est déficitaire et du coup la France va importer plus que ce qu'elle n'exporte. Et c'est le cas principalement des protéagineux, notamment le soja qui est utilisé pour nourrir nos animaux d'élevage, mais également sur certains types de viande. Maxime Combes citait l'exemple de la viande de mouton et d'agneau, c'est tout à fait le cas. Et même pour les trois produits que j'ai cités comme étant les trois produits sur lesquels nous exportons plus que ce que nous importons, il faut bien avoir en tête que derrière il y a en fait un besoin croissant d'importation pour réaliser ces exportations. Je vous parlais des produits laitiers.
Le cheptel laitier français, c'est le premier cheptel nourri à base de soja en France. Or ce soja, il est très majoritairement importé. Autre exemple, pour faire beaucoup de céréales, on a besoin d'utiliser des engrais chimiques de synthèse. Et ces engrais chimiques de synthèse représentent des importations équivalentes à 4 milliards d'euros par an pour la France. Donc ça n'est pas anecdotique. Idem pour faire des vins espiritueux, ça fait partie des types de cultures pour lesquelles on a besoin de recourir à des pesticides. Et là aussi, la France importe l'équivalent de 2 milliards d'euros de pesticides par an.
Donc en fait, derrière même nos filières en apparence bénéficiaires des accords de libre-échange se cachent des besoins croissants d'importation.
Merci beaucoup Aurélie Catalot et Maxime Kong. On va poursuivre cette discussion à 8h20. On sera rejoint par Yannick Fialib qui est président de la Chambre d'agriculture de Haute-Loire et représentant de la FNSEA. Ce sera à partir de 8h20. En attendant, il est 7h55. Suite de notre discussion sur les accords de libre-échange et leur impact sur l'agriculture française alors que les syndicats agricoles accroissent la pression sur le gouvernement et que la crise agricole reprend de plus belle, nous poursuivons cette discussion ce matin avec trois invités.
Maxime Kong, il est économiste en charge des politiques commerciales et de relocalisation à l'AITEC, l'association internationale des techniciens, experts et chercheurs, avec Aurélie Catalot. Elle est directrice agriculture France pour l'Institut de développement durable et des relations internationales, l'IDRI. Et ils sont rejoints tous les deux par Yannick Fialib. Bonjour. Bonjour. Vous êtes président de la Chambre d'agriculture de Haute-Loire et représentant de la FNSEA, la Fédération Nationale des Syndicats d'Exploitants Agricoles.
Et je voulais vous faire réagir à cette annonce, cette décision d'Emmanuel Macron qui date du jeudi 1er février 2024 alors que la mobilisation du monde agricole battait son plein. Emmanuel Macron a réaffirmé depuis Bruxelles l'opposition de la France à l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Mercosur. Le Mercosur, c'est un accord qui réunit le Brésil, l'Argentine, le Paraguay et l'Uruguay. Un refus de poursuivre la discussion, je le cite, dans l'état des textes. Quelle est la position de la FNSEA sur ce sujet ?
C'est clair, c'est qu'on n'est pas contre les accords de libre-échange pour l'Union européenne, mais on voudrait qu'il y ait de l'équité. On ne peut pas mettre en compétition nos agricultures avec des agricultures qui ne répondent pas aux mêmes besoins sociaux, environnementaux et sanitaires. Et là, on a un vrai sujet de fond.
Depuis des années, la Commission européenne veut signer des accords avec un certain nombre de pays sur le plan mondial, sans prendre en compte qu'elle a plutôt fait monter en gamme l'agriculture européenne, parce qu'il est normal qu'une population qui a un peu plus de pouvoir d'achat veuille une agriculture peut-être un peu plus vertueuse, mais en même temps la mettant en compétition avec de l'importation de viande bovine, de sucre, de miel, qui viennent de pays qui ne respectent pas les mêmes réglementations.
Et c'est là qu'on a un vrai sujet de distorsion de concurrence qui nous met à mal et qui conduit globalement à avoir des produits qui rentrent sur notre sol à un prix bien moindre et qui met en compétition notre agriculture et qui incite les consommateurs à plutôt acheter toujours moins cher à leur alimentation sans prendre en compte ces considérations qui sont de sauvegarder notre agriculture et nos productions. Et on le voit depuis des années, notre production baisse en Europe et notamment en France parce qu'elle est en compétition avec ces produits-là. L'exemple de la viande bovine est assez parlant. On nous répète à longueur de journée qu'il faut modérer notre consommation de viande.
Les consommateurs français consomment toujours autant de viande. Mais comme la production baisse, c'est l'importation qui vient remplacer cela. Sans prendre en considération notamment aussi tous les effets qu'on peut avoir sur le bilan carbone. Je crois que l'accord de Paris a été assez mal établi sur ce plan-là. On a parlé d'émission de gaz à effet de serre, on n'a pas parlé d'empreinte carbone. Et les produits qui sont en importation, on ne prend pas cette empreinte carbone en considération. Donc ce qui nous met aussi doublement en compétition.
Pour bien comprendre Yannick Filiali, votre position, la position officielle de la FNSA, est-ce que vous demandez sur cet accord un moratoire ou vous demandez simplement qu'il puisse évoluer ?
Alors on demande des clauses miroirs. C'est-à-dire qu'on considère que les produits qui vont rentrer en France devront être contrôlés pour savoir s'ils répondent aux mêmes normes que l'on impose aux agriculteurs français. Un certain nombre de produits de traitement des plantes sont utilisés dans ces pays-là qui sont déjà interdits depuis plus de 20 ans en France. Un certain nombre de normes sanitaires ne sont pas respectées comme se l'est fait en France et en Europe. Et puis sur la partie sociale, on peut dire qu'un certain nombre de ces pays-là ont une réglementation sociale qui est bien en deçà des standards européens et des standards que l'on a en France.
Et donc c'est ce qu'on demande, des clauses miroirs qui permettent de comparer ces produits-là. Et s'ils ne répondent pas aux standards qu'on s'est fixés en Europe, ces produits ne peuvent pas rentrer en France et donc on ne peut pas signer l'accord. C'est tout le deal qui est aujourd'hui au niveau de Bruxelles et on espère que le gouvernement français va tenir parole pour éviter qu'on fasse rentrer encore des produits qui ne sont pas dans la même gamme que ce qu'on est capable de produire en France.
Aurélie Catalot, comment est-ce que vous analysez la position de la FNSEA quant aux accords de libre-échange et peut-être même d'une manière plus générale, le consensus apparent des syndicats agricoles dans ce domaine ?
J'évoquais en première partie d'émission le basculement qu'il y a eu en 1992 lorsqu'on a fait rentrer l'agriculture dans les règles internationales de libre-échange. À ce moment-là, globalement, la France s'est dit, il s'avère qu'on a des filières qui produisent des excédents, notamment sur les céréales, notamment sur le lait. Peut-être que le libre-échange peut être une manière pour nous de tirer parti de l'écoulement de nos excédents sur ces filières-là et il s'est avéré que pendant un certain temps ensuite, il est vrai que l'agriculture française a plutôt tiré profit du libre-échange.
Et ce, principalement parce que pendant les 20 premières années, on a signé des accords de libre-échange ou des accords facilitant le libre-échange de manière générale avec des pays qui avaient une puissance agricole plutôt moindre que celle de la France. Typiquement, quand il s'agit de faciliter le commerce, par exemple avec des pays d'Afrique subsaharienne dans lesquels l'industrie laitière n'a strictement rien à voir avec l'industrie laitière française, eh bien là, on y a vu une opportunité pour nous et puis on se disait aussi que ce serait l'occasion de contribuer à nourrir ces pays-là.
Désormais, lorsqu'on envisage de signer de nouveaux accords de libre-échange, il s'agit de puissances agricoles qui sont au moins équivalentes à celles de la France et parfois même plutôt plus importantes que celles de la France. On a cité tout à l'heure le cas de l'accord avec la Nouvelle-Zélande qui est effectivement une filière ovine extrêmement développée et puis lorsqu'on regarde les pays du Mercosur, notamment le Brésil, c'est des pays qui ont des capacités de production de viande ou d'oléagineux, de protéagineux qui sont très importantes. Et donc là, tout d'un coup, on a une position qui est un peu plus inquiète pour l'avantage que ça pourrait représenter pour les filières françaises.
Et peut-être que ce qui a manqué historiquement, c'est la reconnaissance de l'évolution de notre appréciation des accords de libre-échange. C'est vrai qu'on a peu entendu les représentants de la profession agricole majoritaire comme les décideurs politiques se dire, jusqu'à présent, on a réussi à tirer plutôt pas mal notre épingle du jeu lors de la signature d'accords de libre-échange. Mais désormais, on remet en question la pertinence de ces nouveaux accords de libre-échange parce que la France ne viendrait plus s'en sortir gagnante en ce qui concerne ces filières agricoles.
Maxime Combe, lorsque le président de la République, lorsque l'exécutif français marque son opposition à cet accord Union européenne-Mercosur, marque son opposition en tout cas au texte en l'État, est-ce que la France a les moyens simplement d'entraver les négociations ou d'empêcher que cet accord soit ratifié ?
D'abord, il faut noter que la position de la France a été fluctuante puisque cet accord a été soutenu par Emmanuel Macron en 2019 et par la France lorsqu'il a été finalisé sur son contenu et que sans ce soutien de la France, on ne serait pas aujourd'hui en train de parler de l'accord Union-Mercosur. La deuxième chose, c'est que la position de la France est effectivement peu compréhensible. On dit qu'Emmanuel Macron a répété plusieurs fois qu'il était en désaccord avec le texte en l'État. Donc si le contenu du texte ne convient pas, il faut modifier ce contenu du texte. Mais la France ne propose pas de modification du contenu du texte à la Commission européenne.
Il faut savoir que la Commission européenne qui négocie, sans faire de coup de force, la Commission européenne négocie avec un mandat qui lui a été donné en 1999, qui a été validé tacitement et explicitement de nombreuses fois dans des retours qu'elle a pu faire auprès du Conseil, auprès des 27 États européens. Donc en fait, la France accepte que la Commission européenne est un mandat de négociation « Notre nom à tous ». Et donc du coup, la question qu'il faudrait poser à Emmanuel Macron, c'est de savoir s'il y a une véritable opposition sur l'économie générale du texte telle qu'il existe aujourd'hui.
Eh bien, il faut réexaminer le mandat dont la Commission européenne dispose pour négocier ou éventuellement, y compris, lui retirer ce mandat-là. Et ça, c'est une demande, c'est une position qui n'est pas celle de la France aujourd'hui. Donc il y a un peu le sentiment que la France dit qu'elle est contre l'accord à Paris, mais qu'elle laisse finalement les négociations se poursuivre à Bruxelles. Et d'ailleurs, les négociations se poursuivent actuellement.
La deuxième petite chose que je voudrais apporter, c'est qu'il y a une contradiction effectivement dans la position française, mais qui est une contradiction qui s'exprime également dans la position de la FNSEA, qui est de dire finalement que le monde agricole français souhaiterait bénéficier des accords de libre-échange quand ces produits compétitifs peuvent aller gagner des marchés à l'export, mais souhaiteraient être protégés quand ces marchés ou ces produits les mains compétitifs sont concurrencés par des productions venant de l'étranger. Là, il y a un petit souci.
Et sur la question des clauses miroir ou des mesures miroir ou de ce qui serait nécessaire pour protéger le monde agricole, la question qu'il faut poser, c'est est-ce que la FNSEA, est-ce que le monde agricole français serait d'accord du coup pour que des pays du Sud qui sont fortement déstabilisés par les exportations européennes, par les accords de libre-échange, puissent eux aussi mettre en place des mesures de protection de leurs marchés agricoles. Et en général, la position est totalement négative sur ce point-là. Donc là, il y a une contradiction fondamentale qui s'exprime, qui n'est pas de nature à expliciter et à rendre plus claire la discussion.
De notre point de vue, les marchés agricoles, l'alimentation, l'agriculture est un bien trop précieux pour être confiés aux forces du marché, pour être confiés à l'agribusiness international et que nous avons besoin de régulations publiques sur ces marchés-là. Nous avons besoin de la possibilité que les pouvoirs publics puissent agir à la fois sur les quantités importées et exportées, agir sur les prix, agir sur les régulations qui sont nécessaires parfois pour effectivement protéger des filières.
Et cela nécessite en fait un réexamen complet de l'ensemble des accords de libre-échange, et pas simplement le fait de s'opposer à un accord supplémentaire qui est celui avec le Mercosur, qui n'est pas en vigueur aujourd'hui et qui donc n'explicite pas, n'est pas la raison des distorsions de concurrence qui sont observées aujourd'hui.
Yannick Philippe, je voudrais vous faire réagir à cette contradiction, ce paradoxe qui vient d'être pointé en apparence dans la position de la FNSEA, le libre-échange quand cela servirait certaines filières agricoles, le protectionnisme quand les filières seraient plus fragiles.
Je ne crois pas que dans mes propos, j'ai parlé de dire qu'il y avait des problèmes de protection du marché européen par rapport à l'exportation ou l'importation. J'ai dit que les normes que l'on s'est fixées en Europe et notamment en France, c'est plutôt une agriculture plutôt vertueuse avec des normes sociales, environnementales et sanitaires qui sont quand même dans le haut de gamme de l'agriculture mondiale. Et c'est cela qui pose question. C'est-à-dire, si les pays sont capables de faire la même agriculture que nous, effectivement, on est ouvert à la compétition. Et quand on exporte, on exporte plutôt des produits de qualité.
On exporte du Comté, par exemple, qui est un produit de qualité en Chine, il n'y a pas de problème parce qu'on répond à un certain nombre de normes. Et ce que je voudrais rajouter, c'est que bien souvent l'agriculture sert de monter d'échange pour d'autres accords sur d'autres secteurs. On sait que l'automobile, notamment le secteur automobile allemand, met une forte pression pour conclure cet accord avec le Mercosur, que des produits pharmaceutiques aussi.
Et que, enfin, je dirais qu'avec une crise Covid qui nous a appris que, sanitairement, on pouvait bloquer l'économie mondiale, avec le retour de la guerre aux portes de l'Europe, mais aussi, je dirais, une situation géopolitique instable au plan mondial, est-ce qu'il ne faut pas un peu sécuriser notre alimentation sur les continents ? Et je dirais que l'Europe, aujourd'hui, ouvre à tous les vents son agriculture, sans prendre en considération que ces 600 millions de consommateurs qui ont plutôt du pouvoir d'achat ont plutôt besoin de sécuriser leur alimentation avec une production locale.
Et c'est là qu'on interroge un peu ces accords de libre-échange en disant qu'il faut qu'on revienne à quelque chose de plus pragmatique, qu'on sécurise nos agriculteurs, qu'on les protège aussi, parce qu'il en va de l'avenir des filières. Une fois que l'agriculture aura disparu dans certains territoires et dans certaines filières, c'est un laps de temps de 10, 20, 30 ans pour recréer ces filières-là. Et donc, vous comprenez bien que si on a une crise sanitaire ou un mouvement géopolitique avec ces pays-là, ça sera très difficile du jour au lendemain de dire qu'on peut se passer de leur alimentation.
Aurélie Cadallo, quand on regarde les études d'impact de ces accords de libre-échange, j'ai une étude en particulier qui met la lumière sur l'impact sur l'agriculture française entre le CETA et l'Union Européenne, c'est-à-dire l'accord qui régit maintenant les relations commerciales, notamment dans le domaine agricole, entre l'Union Européenne et le Canada, on réalise qu'en réalité, beaucoup de pays européens ont bénéficié du point de vue commercial de ces accords de libre-échange et que le pays qui en a le moins profité, si je puis dire, notamment dans le domaine agricole, c'est la France.
Est-ce que ces accords de libre-échange ne viennent pas en fait révéler une fragilité relative de l'agriculture française ?
Oui, tout à fait. En fait, il y a un peu un paradoxe à réfléchir ou à discuter des effets d'un accord de libre-échange entre la France et un pays tiers, alors même que ces accords de libre-échange, en fait, ils organisent des échanges entre l'Union Européenne et un pays tiers, un ou plusieurs pays tiers. Et c'est l'exemple de l'accord avec le Canada, c'est ce qu'il révèle. C'est qu'en fait, au global, l'agriculture européenne a effectivement plutôt bénéficié de cet accord de libre-échange-là, mais ça ne veut pas dire qu'au sein du marché commun européen, il n'y a pas des gagnants et des perdants.
Et il s'avère qu'il y a des États membres qui ont plus tiré leur épingle du jeu à ce jeu-là que l'agriculture française. Et ce que ça révèle, ça révèle que l'agriculture française n'est pas forcément la mieux positionnée pour gagner au jeu de la compétitivité prix, c'est-à-dire au jeu de la capacité à produire beaucoup de certains produits à un coût mondial attractif. Est-ce que de ça, il faut forcément s'en flageller ? Pas nécessairement, parce qu'en fait, l'agriculture française, elle a plein d'autres atouts que celui-ci. Elle a l'atout d'une agriculture qui reste encore relativement diversifiée à l'échelle de son territoire.
Donc certes, on ne va pas faire énormément, énormément de, par exemple, de production de porc sur tout le territoire, mais ailleurs dans notre territoire, on va faire des grandes cultures, ailleurs dans notre territoire, on va faire du lait ou de la viande bovine, etc. Et ça, c'est une force, c'est un atout majeur pour que la France puisse avancer dans la transition agroécologique, par exemple.
Donc, là où il y a plus un problème, c'est de vouloir dire que d'un côté, on veut faire la transition agroécologique qui est nécessaire pour assurer la capacité de production de l'agriculture française à moyen-long terme, et d'un autre côté, se dire qu'on va aussi essayer de jouer le jeu de la compétitivité prix sur les marchés internationaux. C'est là où il y a un paradoxe.
Mais donc, vous avez bien raison de pointer le fait que la France, toute seule, elle ne peut pas complètement changer le paradigme agricole de l'Union Européenne, et que la France, elle a par contre un rôle de mettre en discussion au niveau européen la pertinence de l'inclusion de l'agriculture dans les accords de libre-échange, et éventuellement la réorientation de notre modèle agricole plus globalement.
Maxime Combe, l'expression a été prononcée plusieurs fois déjà depuis le début de cette discussion, la transition agroalimentaire. Est-ce qu'elle est prise en compte de plus en plus notamment par la Commission Européenne dans l'élaboration de ces accords de libre-échange ?
Pour l'instant, c'est de façon édulcorée, c'est-à-dire qu'effectivement, dans les nouveaux accords qui sont en cours de négociation, on fait mention de l'accord de Paris sur le climat, on fait mention d'un certain nombre d'engagements qui ont pu être pris dans des sphères internationales autres que celles de l'Organisation mondiale du commerce, mais généralement, ces mentions-là, ces clauses-là, éventuellement, ne sont jamais réellement contraignantes. Un seul exemple, on a fait de l'accord entre l'Union Européenne et la Nouvelle-Zélande, un accord extrêmement présenté comme le plus moderne, le plus avancé, avec mention de l'accord de Paris.
La Nouvelle-Zélande vient de changer de gouvernement et vient de décider de réengager l'exploration d'hydrocarbures sur l'ensemble de son territoire, y compris les eaux maritimes. Eh bien, l'accord entre l'Union Européenne, ce qui est manifestement contraire à l'objectif de lutte contre le réchauffement climatique prévu par l'accord de Paris, l'accord entre l'UE et la Nouvelle-Zélande, qui va rentrer en vigueur, ne sera pas suspendu à l'aune de cette décision de la Nouvelle-Zélande.
Plus généralement, on a effectivement une contradiction fondamentale qui consiste à laisser penser qu'il va être possible de mettre en œuvre des politiques extrêmement volontaristes en matière de transition écologique, y compris en tenant compte des enjeux sociaux, tout en étant soumis à une concurrence internationale et en voulant bénéficier de cette concurrence internationale pour exporter un maximum de produits.
Et ce que les accords de libre-échange instituent de manière structurelle et qui ne pourra pas être contrebalancé par des politiques publiques de régulation, parce que c'est une contradiction dans les termes, c'est que ça construit des allongements de filières d'approvisionnement et donc de l'insécurité en matière agricole du point de vue alimentaire et la destruction des marchés locaux. Car monsieur de la FNSE a dit que nous ne vendons que des produits de qualité à l'international, ce n'est pas vrai.
Nous vendons les bas morceaux de volaille que les consommateurs européens ne veulent pas consommer, dans les pays africains notamment, mais également les sous-produits du lait, notamment de la poudre de lait qu'on ré-engraisse avec de l'huile de palme, et tout cela destructurent des marchés locaux dans les pays du Sud. Et ce qu'il faut savoir, c'est que par exemple, de nombreux pays du Sud souhaiteraient que l'Union Européenne arrête de subventionner de façon aussi importante l'agriculture européenne qui de ce fait obtient un avantage compétitif sur les marchés internationaux.
Et donc du coup, ce qu'on souhaiterait mettre en œuvre à l'échelle européenne, c'est-à-dire de la protection de la concurrence internationale quand il s'agit de filières qui ne sont pas suffisamment compétitives, si ceci doit avoir le jour, il faut que ce ne soit pas simplement possible en Europe, mais il faut que ce soit également possible dans tous les pays tiers avec lesquels l'Union Européenne négocie et commerce. Et ça, pour l'instant, ce n'est pas à l'ordre du jour.
Donc du coup, il ne faudrait pas que, parce que l'Union Européenne est un marché de 450 millions de consommateurs et une puissance économique importante, elle impose finalement une relation encore plus asymétrique dans les échanges internationaux en protégeant son agriculture et en considérant la moins compétitive et que son agriculture la plus compétitive continue à déstructurer des marchés locaux dans les pays du Sud. Ça, ce n'est pas acceptable d'un point de vue simplement logique, de point de vue simplement de la cohérence intellectuelle de ce qui est mené à l'échelle européenne.
Je voudrais vous faire réagir, Yannick, Fialip, vous qui représentez la FNSVA dans cette discussion, à ce que vient de dire Maxime Combe. Au fond, nous ne vendrions pas, grâce au libre-échange, uniquement les produits agricoles à forte valeur ajoutée, mais également les bas morceaux de volaille et les sous-produits du lait.
Alors, je ne sais pas où M. Combe retrouve ces chiffres, mais moi, je sais que sur notamment la viande de volaille, l'Europe importe beaucoup de viande de volaille aujourd'hui. En France, c'est pratiquement un poulet sur deux sur la consommation, restauration hors foyer qui est d'importation. Donc, voilà, je suis un peu surpris par ces chiffres-là, parce que nous, on n'a pas du tout les mêmes.
Mais au-delà de ce débat un peu stérile sur les chiffres, c'est de dire, à un moment où on voit quand même une géopolitique se dessiner qui est quand même assez fragile, est-ce que ce continent européen, j'y rappelle, ne subventionne pas plus son agriculteur que les autres continents et ne protège pas plus, même moindre ? Et est-ce qu'on continue dans cette logique-là d'ouvrir notre système alimentaire à tous les vents du libéralisme et à de l'importation ou est-ce qu'on le protège un peu ? Un certain nombre de continents sont en train de réarmer leur production agricole.
Les Etats-Unis, on voit ce qui se passe avec la Russie, on voit la Chine qui redessine un certain nombre de profils sur son agriculture. Et nous, l'Europe, on serait en train de libéraliser notre système. Et en plus, en mettant sous pression, sous une injonction plutôt de Green Deal, notamment européen, nos agriculteurs, en leur demandant de faire encore plus en termes de montée en gamme, notamment environnementale. C'est là qu'on a un paradoxe. Nous, on est prêts à faire des efforts sur la transition agroécologique. Mais on veut qu'il y ait une réciprocicité par rapport aux produits qu'on va importer. Et là, je dirais qu'on n'a pas le même rapport avec ces accords.
On a signé avec le CETA, et je peux en vous en parler notamment sur une production que je connais très bien en Haute-Loire, qui est la lentille. On produit la lentille en Haute-Loire, mais on est en compétition avec une lentille qui vient du Canada, qui n'a pas du tout les mêmes normes sanitaires, environnementales que l'on se produit en France. Et donc, on est moins compétitifs. Et donc, on se retrouve avec la lentille qui vient aujourd'hui dans les repas des cantines, notamment, du Canada, qui n'a pas du tout les mêmes vertus que la lentille qu'on produit notamment en Haute-Loire et en France.
Et on a ces productions qui se cassent la figure en France, parce qu'on n'arrive pas à être compétitifs avec ces produits d'importation. Donc, c'est là qu'on pose le débat en disant qu'est-ce qu'on veut demain pour notre agriculture européenne. Est-ce qu'on veut que ce soit un continent qui continue à développer sa production, donc qui continue à avoir des producteurs et des consommateurs, ou est-ce qu'on veut seulement que ce soit un continent de consommateurs qui sera soumis aux aléas des pays pour importer son alimentation ?
Aurélie Catalot, on a parlé d'à peu près tout le monde dans ces discussions, sauf sans doute des consommateurs. Ces accords de libre-échange sont censés apporter des produits agricoles moins chers à celles et ceux qui les consomment. Est-ce que là encore, ça se vérifie dans les études ?
Ça dépend de quelle denrée on parle, parce qu'en fait, une bonne partie des denrées qu'on importe en France sont des denrées qu'on emporte du marché commun, donc des États membres de l'Union européenne et non pas de pays tiers. Typiquement, nos importations de fruits et légumes, hors fruits tropicaux, proviennent largement en premier lieu de nos voisins européens. Donc, cette question du bas prix pour le consommateur, c'est souvent celle qui a été utilisée pour justifier un modèle économique libéral pour l'agriculture, dans lequel s'insèrent les accords de libre-échange, mais on en voit aujourd'hui les limites.
La première des limites, c'est que le nombre de Français qui doivent avoir recours à l'aide alimentaire est en explosion, et ce même alors que la majorité des agriculteurs français et européens, eux, ne gagnent pas non plus un revenu décent. Donc, en fait, la question des accords de libre-échange, elle est plutôt intéressante parce qu'elle soulève les limites de la course à la production abondante sur des marchés internationaux, alors qu'en fait, elle nous invite à définir une nouvelle orientation pour le système agricole européen.
Merci beaucoup à tous les trois, Maxime Combe, Aurélie Catalot et Yannick Fialip, d'être venus ce matin au micro de France Culture évoquer l'impact sur l'agriculture française des accords de libre-échange. Il est 8h44.