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interviewLCI· 17 mai 2023 9 min

Discours d'Emmanuel Macron au Conseil de l'Europe - Replay

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Emmanuel Macron

Mesdames et Messieurs les chefs d'État et de gouvernement, Madame la Première Ministre, chère Catherine, Madame la Secrétaire Générale du Conseil de l'Europe, Monsieur le Président du Conseil Européen, Madame la Présidente de la Commission Européenne, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Mesdames et Messieurs en vos grades et qualités. La cadence des sommets du Conseil de l'Europe le montre, les quatre rencontres organisées en plus de 70 ans indiquent que notre rassemblement, aujourd'hui, intervient à un moment de bascule et d'inflexion pour notre continent. Aussi, je remercie la présidence islandaise d'avoir pris l'initiative de ce sommet.

Merci, Madame la Première Ministre, de nous accueillir à Reykjavik, dans ce moment crucial où nous devons en effet porter nos efforts pour conserver ce qui nous lie face aux bouleversements géopolitiques, mais aussi technologiques et anthropologiques qui secouent notre époque. Je suis venu ici exprimer la conviction partagée, je le sais, par chacun ici, que notre conception européenne de l'humanisme, fondée sur le droit et la liberté, est non seulement nécessaire, mais vivante et forte.

Nous disposons d'autres enceintes pour échanger sur les conflits armés, sur les grands équilibres stratégiques et la communauté politique européenne que nous avons fondée à Prague et qui nous réunira à nouveau à Kisnau est un lieu qui nous permet de vraie pleinement à tout cela. Mais un seul lieu nous permet d'agir pour la sécurité démocratique de notre continent, le Conseil de l'Europe. Il demeure la maison solide de la démocratie, de l'état de droit, des droits de l'homme pour les citoyens européens.

Et il doit continuer à les protéger face aux nouvelles menaces, celles que le changement climatique fait peser sur la protection des droits de l'homme, comme celles qui accompagnent l'émergence d'un monde entièrement repensé par le numérique et de plus en plus par l'intelligence artificielle. Et face à cette convergence des périls, je souhaite que notre Conseil continue de se concentrer sur sa mission de protection de la démocratie et des droits de l'homme. Cet espace de droit est aussi affermi parce que la Cour européenne des droits de l'homme, fermant d'une communauté juridique européenne, en constitue la clé de voûte.

Dès lors, il est indispensable que ces arrêts soient appliqués, sans exception, et nous en prendrons l'engagement grâce à une déclaration et une feuille de route commune. Cet espace de droit peut et doit aussi continuer à travailler en bonne intelligence avec d'autres, comme l'Union européenne, cette complémentarité est évidente. Dans toutes ses missions, le Conseil sait pouvoir compter sur l'engagement de la France pour demeurer un pilier de la défense des libertés fondamentales. La République, pour nos concitoyens, garantit les droits et libertés. Nous avons ainsi fait avancer la prévention et la lutte contre les violences faites aux femmes.

Nous continuerons d'oeuvrer pour l'égalité, quel que soit le genre ou l'orientation sexuelle. Et nous déclinerons et continuerons d'agir avec force contre le racisme, l'antisémitisme et les discriminations liées à l'horizement. La France est aussi déterminée à porter ce combat en dehors de nos frontières. Et il s'agit d'un axe majeur de notre politique de solidarité internationale.

Nous portons ce combat pour nos valeurs au sein des enceintes multilatérales, que ce soit contre la peine de mort, en relançant en 2021 une initiative pour l'abolition universelle de celle-ci, en faveur de l'égalité entre les femmes et les hommes, pour soutenir la ratification de la Convention d'Istanbul, ou encore pour les droits LGBT+, et en particulier la dépénalisation de l'homosexualité. Nous le redirons haut et fort demain, à l'occasion de la journée internationale de lutte contre l'homophobie, la lesbophobie, la transphobie et la biphobie. Notre communauté européenne de valeur est forte, enfin, de ce que 70 ans de dialogue et d'oeuvres juridiques ont accompli.

Une institution incarnant la réconciliation, à laquelle fait écho la ville symbole de Strasbourg où siège le Conseil, incarnant la conversation perpétuelle des pensées et du multilinguisme, avec entre autres la langue française au cœur de son système, incarnant l'union des peuples européens au-delà des blessures de nos guerres. Et c'est sans doute parce qu'il a été pensé comme le remède à la guerre et aux périls autoritaires, sans doute aussi parce qu'il est fort de cet héritage que le Conseil de l'Europe s'est montré à la hauteur du moment et de l'histoire. En effet, le Conseil de l'Europe a réagi rapidement et fermement à l'agression de l'Ukraine.

La Russie avait choisi souverainement de rejoindre notre institution, au même titre que l'Ukraine. Le Conseil a ainsi incarné la possibilité d'une autre voie, celle du dialogue entre ces deux pays. Et si la Russie a pris de son seul fait la décision d'agresser l'Ukraine, dès lors le Conseil a mis la Russie face à ses responsabilités, en l'excluant dès le 16 mars 2022 à Raison. Dès le début de la guerre aussi, le Conseil s'est mobilisé pour soutenir l'Ukraine et l'aider à documenter les exactions commises par la Russie. Je pense au bombardement d'infrastructures civiles, aux viols utilisés comme armes de guerre, aux meurtres, à la torture généralisée, aux déportations d'enfants ukrainiens.

A l'occasion de ce sommet, le Conseil montre de nouveau la voie aux côtés des victimes de l'agression en créant aujourd'hui un registre international des dommages causés par l'agression de la Russie contre l'Ukraine. J'appelle tous les États à y adhérer et à contribuer activement à son élaboration. Notre Conseil s'est aussi mobilisé en faveur des enfants ukrainiens. Ceux qui ont cherché la sécurité sur nos territoires, à qui nous devons protection et assistance. Ceux qui ont été déportés, enlevés, arrachés à leur foyer, à leurs proches, livrés à des inconnus. Les transferts forcés d'enfants sont des crimes de guerre, et généralisés peuvent constituer des crimes contre l'humanité.

La Russie doit rendre ses enfants à l'Ukraine, et elle doit le faire immédiatement. C'est pourquoi je le redis devant vous, et je sais que vous partagez cet engagement, nous continuerons à apporter notre soutien indéfectible à l'Ukraine, membres de notre famille démocratique européenne, autant qu'il le faudra. L'expertise technique reconnue du Conseil en matière juridique et institutionnelle soutiendra ainsi la résilience de l'Ukraine. Nous le savons, l'Ukraine a également besoin d'un appui financier. La Banque de développement du Conseil de l'Europe dispose d'un positionnement unique pour aider le pays et pour financer la reconstruction d'écoles, d'hôpitaux, de maternités en Ukraine.

Je propose que nous puissions lancer un grand projet pour qu'elle puisse au plus vite intervenir et appuyer l'installation d'une centaine de centres de santé mentale en Ukraine, pour venir en aide à tous ceux qui subissent au quotidien les lourds traumatismes que cause ce violent conflit, et comme l'ont demandé les Ukrainiennes et Ukrainiens eux-mêmes. La Banque pourra ainsi se porter également auprès des autres États de la région qui doivent faire face aux pressions déstabilisatrices de la Russie et ont accueilli des milliers de réfugiés. Le Conseil de l'Europe, nous le voyons, a devant lui les périls du siècle.

Rien ne doit entamer notre optimisme lucide, ni notre détermination, nous, grande famille démocratique européenne. C'est ici et ensemble que nous continuerons à défendre la liberté d'expression, les élections libres, les médias libres, l'indépendance de la justice, la lutte contre la corruption, que nous continuerons à soutenir sans relâche les Ukrainiennes et les Ukrainiens et que nous ferons grandir la dignité humaine en éradiquant la torture ou les traitements dégradants, que nous combattrons dans le monde entier la peine de mort. En un mot, nous serons toujours ensemble et résolus. Je vous remercie.