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Podcast / conversationFrance Culture — L'Esprit public (sur Site radio)· 29 septembre 2024 24 minContradictoireActualité / polémiqueInstitutions & électionsImmigration & asileEurope & internationalSolidarités & famille

Gouvernement Barnier : mais où est passé le front républicain ?

Source d'origine 2 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 20 %Attaque 60 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 92 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 3:29OuverteRéponse directe

    Jean Garrigue, sur l'épisode d'Antoine Armand : faute politique ou logique ?

  • 4:46RelanceRéponse directe

    Le front républicain est-il programmatique ou électoral ?

  • 5:43OuverteRéponse directe

    Ce coup de fil de Barnier à Le Pen signe-t-il une emprise du RN sur le gouvernement ?

  • 9:35OuverteRéponse directe

    Cette multicohabitation est-elle un facteur d'instabilité ou de neutralisation ?

  • 14:25OuverteRéponse partielle

    La gauche ne devrait-elle pas regretter sa stratégie face au RN ?

  • 21:12OuverteRéponse directe

    Le RN va proposer l'abrogation des retraites le 31 octobre : la gauche doit-elle voter ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:38InvitéFait
    « Il ne faut pas commencer par dire avec qui on ne va jamais travailler pour peu qu'il soit dans l'arc républicain. »
  • 1:55PrésentateurFait
    « Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne. »
  • 2:39PrésentateurFait
    « Pas question d'écarter qui que ce soit alors que se prépare le prochain budget. »
  • 3:36PrésentateurFait
    « « Je veux bien travailler avec tout le monde, à l'exception de ceux qui ne font pas partie de l'arc républicain. » »
  • 4:27InvitéFait
    « On a bien compris pourquoi le Front Républicain se mettait en marche, c'est une opération électorale, très clairement. »
  • 6:06InvitéFait
    « Ça n'est un secret pour personne que la survie du gouvernement Barnier, elle est suspendue aux décisions du RN. »
  • 8:32InvitéChiffre
    « Huit Français sur dix disent que ce qui se passe ne reflète pas les résultats de ces élections. »
  • 10:27InvitéFait
    « Ce front républicain c'était un acte défensif contre une offensive, une dynamique du rassemblement national. »
  • 13:26InvitéFait
    « Quand est-ce qu'elle décrochera ? Quand est-ce qu'elle décidera de tendre la corde qui soutient le pendu ? »

Temps de parole

  • Invité27 %
  • Présentateur25 %
  • Invité 224 %
  • Invité 314 %
  • Invité 48 %

0,8 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:09
Présentateur

Bonjour à toutes et tous, bienvenue dans l'esprit public. Aujourd'hui, mais où est passé le front républicain ? Mord de Nasrallah, le coup de grâce et procès des viols de Mazan, un impensé politique. Et nos débatteurs ce dimanche, Marc Lazard, bonjour. Bonjour. Professeur émérite d'histoire et de sociologie politique à Sciences Po et à l'université Luise de Rome. Ravi de vous retrouver dans cette émission. Magali Afourcade, bonjour. Magistrate, secrétaire générale de la Commission nationale consultative des droits de l'homme, la CNCDH. Anne-Lauren Bujon, bonjour. Directrice de la rédaction de la revue Esprit, le dernier numéro, La République en suspens. Et Jean Garrigue, bonjour. Bonjour.

Historien, président de la Commission internationale d'histoire des assemblées, votre dernier livre chez Payot. Jours heureux quand les français rêvaient ensemble. Nous serons rejoints d'ici une vingtaine de minutes par Bertrand Badi pour évoquer la mort hier suite à une frappe israélienne d'Assad Nasrallah, le leader du Hezbollah depuis une trentaine d'années. Mais je vous propose de commencer par une actualité politique franco-française avec ce qui ressemble à des premières fissures au sein du gouvernement Barnier sur fond d'arc républicain.

1:25
Invité

Il ne faut pas commencer par dire avec qui on ne va jamais travailler pour peu qu'il soit dans l'arc républicain. Il faut commencer par se poser les questions de l'agriculture, de l'industrie, de l'hôpital. Pour peu qu'il soit dans l'arc républicain, pardonnez-moi, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que le rassemblement national contre lequel nous avons été élus, avec lequel, face auquel nous avons fait un front républicain, n'y appartient pas. Il faut être très clair dessus.

1:47
Présentateur

On s'entend, Jean-Pierre Chevènement avait théorisé un vadémécom à l'usage de tout membre d'un gouvernement ayant des velléités d'insubordination. Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne. Alors si on imagine mal le très courtois Michel Barnier tenir de tels propos, c'est bien un recadrage de cette nature qu'il a procédé cette semaine à l'égard du ministre de l'économie et des finances. La faute d'Antoine Armand, vous venez de l'entendre, sa volonté de travailler avec toutes les formations politiques, à la seule condition qu'elle fasse partie de l'arc républicain.

A l'exclusion donc du rassemblement national, principe somme toute logique pour celui qui, avant d'être nommé à Bercy, avait bénéficié du désistement de la gauche aux législatives pour être élu député face à un candidat RN. Mais cette ostracisation affichée par le nouveau patron de Bercy n'a pas plu à Marine Le Pen. Elle l'a fait savoir publiquement, obtenant en retour un coup de fil d'apaisement de Michel Barnier. Pas question d'écarter qui que ce soit alors que se prépare le prochain budget. Antoine Armand s'est fait taper sur les doigts. Un peu plus tard, il rétropédale, il recevra bien toutes les forces politiques représentées au Parlement.

S'agit-il d'une simple péripétie comme en connaissent tous les gouvernements, ou bien d'une première lézarde d'un édifice instable car incohérent ? Car si le vote des dernières législatives est toujours assez difficile à interpréter, il en ressort tout de même quelque chose d'assez clair. Les Français ont exprimé un rejet du RN via le Front Républicain. C'est pourtant une personnalité LR, rare formation, à ne pas s'être associée à ce Front du Refus qui a été choisi pour Matignon, avec comme assurance vie la garantie que le RN ne déclenchera pas immédiatement l'arme de la censure, au risque de s'aliéner le reste de l'Assemblée.

On peut donc se demander aujourd'hui où est passé le Front Républicain. Je commence avec vous Jean Garrick, je voudrais qu'on revienne sur cet épisode d'Antoine Armand, nouveau ministre de l'Économie et des Finances, qui dit « Je veux bien travailler avec tout le monde, à l'exception de ceux qui ne font pas partie de l'arc républicain. » Est-ce que ça ressemble à une faute politique, ou bien au contraire à une attitude assez logique, étant donné, comme je le rappelais, les conditions de son élection ?

3:50
Invité

Je pourrais faire une réponse de Normand en disant qu'à mes yeux, c'est un peu les deux, parce que c'est à la fois une faute politique par rapport, j'allais dire, au contrat de gouvernement qui a été pris par les macronistes avec Michel Barnier, et en même temps, il y a une certaine cohérence. On fait un Front Républicain pour empêcher le RN de gagner le maximum de sièges au second tour, donc il est assez logique de considérer que le RN est exclu de l'arc républicain. Ce qui pose d'ailleurs une véritable question, je ne suis pas sûr d'avoir la réponse, mais en tout cas, c'est une question qu'on a évacuée un peu trop rapidement, me semble-t-il.

On a bien compris pourquoi le Front Républicain se mettait en marche, c'est une opération électorale, très clairement, de la même manière que la création très rapide du nouveau Front Populaire l'était aussi.

4:46
Présentateur

Donc ça n'a rien de programmatique ?

4:47
Invité

Ça n'a rien de programmatique, même si, évidemment, ça s'adosse à une histoire, à un rejet, je dirais, récurrent du RN, à une exclusion du RN, qui, là encore, a trouvé des justifications pendant la campagne, avec un certain nombre de candidats dont on voyait bien, ou de petites phrases qui montraient bien qu'il y a encore au RN des éléments qui les éloignent de cet arc républicain. Maintenant, considérer aujourd'hui que le RN, à travers son programme, son discours, ses prises de position, sa normalisation, est hors de l'arc républicain, moi, je pense que ça pose une véritable question.

Alors, j'allais dire, pour quelqu'un comme Michel Barnier, la question, elle est tranchée, puisque les Républicains n'ont pas participé à ce front républicain, ce qui est, là encore, un paradoxe supplémentaire.

5:43
Présentateur

Il y a eu quand même ce qui s'est passé ensuite, Jean Garrick, c'est-à-dire qu'il n'a pas été démenti, d'ailleurs, par Michel Barnier ni par son entourage, le fait que, donc, Marine Le Pen exprime sa désapprobation par rapport à ce que dit le ministre, et Michel Barnier appelle le ministre, après que Marine Le Pen a exprimé sa désapprobation, pour lui dire, voilà, il faut accueillir tout le monde. Est-ce que ce n'est pas, quand même, le signe d'une forme d'emprise du RN aujourd'hui sur le gouvernement ?

6:06
Invité

Ça n'est un secret pour personne que la survie du gouvernement Barnier, elle est suspendue aux décisions du RN, à une motion de censure qui serait votée par le RN. On sait que la gauche, le nouveau Front Populaire, de toute manière, sera dans l'opposition, ce qui, finalement, est assez cohérent par rapport à la politique que mènera Michel Barnier.

Mais on sait aussi que le RN, pour l'instant, n'a pas intérêt à cette motion de censure, pour des tas de raisons, y compris judiciaires, puisqu'il va y avoir la série de procès sur les assistants parlementaires, et peut-être même à plus long terme pour rester, justement, dans cette stratégie de dédiabolisation qui est entamée depuis quelques années. Mais il n'empêche que, de manière objective, oui, Michel Barnier ne peut pas se permettre politiquement de provoquer cette rupture du contrat de non-agression avec le RN. Magali Lafourcade, vous êtes d'accord avec ça ? Tout à fait. En fait, moi, j'ai l'impression qu'on est dans une anomalie profonde où on a un Canada Dry de cohabitation.

Alors, pour les plus jeunes, peut-être qu'ils ne voient pas ce que ça veut dire, mais donc...

7:21
Présentateur

Canada Dry, c'est une boisson qui est bel goût de l'alcool, mais sans alcool.

7:25
Invité

Voilà, mais ça fait vite dater de dire ça. Donc, on a une apparence de cohabitation, mais en fait, on a une coalition... Ah, c'est pas une cohabitation ? Non, voilà. Mais les couacs entretenus, il y a aussi les propos d'Agnès Pannier-Rudaché sur les opposants politiques condamnés à gouverner ensemble. On voit plein de choses apparaître comme ça, comme s'il y avait une cohabitation à l'intérieur de ce gouvernement. Alors qu'en fait, il y a déjà eu énormément de textes qui, depuis 2022, sont passés avec les voix des LR. Et les LR, finalement, c'est un parti qui est dans une résurrection totalement inédite.

Un parti qui a été assez dépecé par Emmanuel Macron, qui a fait moins de 5% aux présidentielles, ensuite 7% aux européennes, quelque chose comme 5% aux législatives, et qui a donc un Premier ministre aujourd'hui qui n'est pas du tout un chef de majorité, donc qui est dépossédé de cette légitimité politique. Et finalement, face à ça, on a, comme vous l'avez dit tout à fait, Jean Garrigue, l'assentiment de quelqu'un qui est dans l'opposition, c'est-à-dire Marine Le Pen, mais qui doit être consulté à tout bout de champ. Et dans cette dynamique-là, moi, ce que j'observe, c'est qu'on est à rebours du grand message.

On peut interpréter cette clarification par les urnes de différentes manières, puisque les trois blocs, on peut les ajuster comme des légaux, mais il y a quand même un message clair qui était on ne veut pas un gouvernement RN. Et face à ça, on est dans une situation où la réalité de la situation critique du pays fait qu'il est très probable que ce gouvernement résiste et tienne un certain temps, parce que personne n'a intérêt à ce que les choses s'effondrent brutalement. Et donc, on voit une sorte de défaçage entre une vitalité du tissu associatif, de la mobilisation dans les urnes.

Il y a eu 33 millions de personnes qui se sont déplacées pour aller voter, de cet élan qu'il y a eu tout cet été. D'ailleurs, vous avez écrit un texte sur les Jeux olympiques. Ils ont voté sur trois blocs très différents les uns des autres. Tout à fait. C'est-à-dire que la leçon des urnes n'est absolument pas claire. Donc, il ne faut pas s'étonner que le gouvernement qui en sorte soit de la même manière très ambigu.

9:35
Présentateur

Marc Lazare, est-ce qu'il n'y a quand même pas une forme d'incongruité par rapport au fait de... Donc, même si on le dit tous, c'est compliqué d'interpréter le résultat. Mais enfin, il y avait quand même ce rejet du RN. Il y avait ce front républicain qui s'est constitué, même si c'est seulement pour des élections. Et de retrouver à la tête du gouvernement un LR qui n'appelait pas à ce front républicain avec dix ministres sur une petite quarantaine qui sont LR et un gouvernement qui dépend finalement aussi du bon vouloir du rassemblement national.

10:06
Invité

Oui, certainement. Et d'ailleurs, c'est partagé par ce sentiment. Cette analyse est partagée par les Français. Je regardais un sondage qui a été fait par Elab au 25 septembre. Huit Français sur dix disent que ce qui se passe ne reflète pas les résultats de ces élections. Sachant que six Français sur dix sont mécontents de la composition de ce gouvernement. Donc, vous avez raison. En même temps, c'est vrai ce qu'a rappelé Jean Garry. C'est-à-dire que ce front républicain c'était un acte défensif contre une offensive, une dynamique du rassemblement national. Mais ce n'était pas un programme de gouvernement.

Alors, on peut revenir qu'est-ce qui s'est passé, pourquoi Emmanuel Macron a fait ça, les responsabilités du président de la République, les responsabilités aussi de la gauche qui sont considérables dans cette affaire. Mais ce à quoi on assiste, je crois, c'est une situation et ça a été très bien résumé par Laurent Fabius dans une interview au Parisien, une situation de multi-cohabitation. parce qu'on a effectivement un gouvernement qui dépend du chantage du rassemblement national. Entre parenthèses, c'est le seul groupe, il y a 11 groupes au Parlement, c'est le seul groupe qui me paraît le plus uni actuellement. Il y a une situation de guérilla avec...

Le groupe, vous voulez dire le rassemblement national ? Le rassemblement national. Il faut dire qu'il n'y a qu'un seul parti dans leur groupe. C'est plus facile. C'est important dans ce qui va se passer au Parlement. C'est le seul parti qui est uni derrière sa leader ou son... Enfin, sa leader au Parlement, Marine Le Pen et accessoirement Jordan Bardella au Parlement européen et le président du parti. On a une situation de guérilla avec la gauche qui va être permanente et une gauche elle-même divisée. Très divisée, on le sait. On a une situation de tension permanente avec...

Entre les républicains et les centristes et au sein même des centristes puisque ce matin dans la tribune dimanche, il y a un certain nombre de députés macronistes qui disent pas question de toucher aux impôts et quand on regarde la composition de ces 27 qui ont signé ce texte, c'est tous la composante droite tandis que la composante gauche des macroniens elle est arc-boutée sur la question de l'immigration par rapport aux déclarations de M. Retailleau. Et puis on a une situation de tension, on l'oublie trop avec le président de la République parce qu'on n'arrête pas de dire que le président de la République est affaibli.

Certes, il est affaibli mais c'est lui qui a imposé le corps nu à la défense, c'est lui qui a imposé Rachida Dati à la culture et c'est lui qui va progressivement essayer de regagner du terrain. Certes, il est en bout de mandat mais il y a une question clé par exemple, c'est la question européenne et les questions de politique internationale. Mais sur les questions de politique européenne, on l'a vu à peine Thierry Breton a annoncé sa démission. Aussitôt, Matignon a dit on va s'occuper de cette affaire et quelques minutes plus tard, il y avait un communiqué de l'Elysée en disant non, ça sera Stéphane Séjourné.

Donc voilà, on est dans cette situation et le tout et là je rejoins ce qu'a dit Magali, le tout dans une situation de défiance profonde des Français. Et ça, c'est gravissime.

12:52
Présentateur

Mais Marc Lazare, cette situation de multicohabitation, est-ce que ça, c'est un facteur d'instabilité pour le gouvernement ou bien est-ce que ça peut être aussi il peut y avoir une forme de neutralisation justement de toutes ces forces contraires qui peut permettre peut-être justement au gouvernement Barnier d'espérer avoir quelques semaines, mois

13:09
Invité

et d'espérance de... J'allais dire comme Jean Garry, réponse de Normand. C'est les deux à la fois. Je crois qu'effectivement ça peut être, comme vous l'avez dit Magali, une pérennité pendant quelques temps si j'ose dire, une pérennité relative, c'est un oxymore. Et en même temps, tout sera décidé par une personne, en l'occurrence Marine Le Pen. Quand est-ce qu'elle décrochera ? Quand est-ce qu'elle décidera de tendre la corde qui soutient le pendu ? Et ce sera en fonction d'une seule préoccupation parce qu'on oublie de le dire. Tout ça est avec l'obsession des principaux leaders politiques qui soient dans le gouvernement ou hors du gouvernement de la présidentielle.

Et donc quand Marine Le Pen pensera que c'est le bon moment en fonction des sondages, en fonction de ce qu'a fait ou n'a pas fait le gouvernement, elle décrochera, si j'ose dire, le tube pour essayer d'organiser deux nouvelles élections législatives, c'est-à-dire mettre Emmanuel Macron face à une décision très importante. Est-ce qu'il peut dissoudre ? Est-ce qu'il est contraint de dissoudre ? Ou est-ce qu'il est contraint de démissionner ? Il ne faut pas l'exclure. Et on voit bien qu'un certain nombre de personnes qui se projettent sur une élection présidentielle anticipée, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Édouard Philippe et bien d'autres, Gabriel Attal, etc.

14:12
Présentateur

C'est quand même assez démentiel ce pouvoir pour un bloc, alors celui du RN qui est un bloc uni, certes et homogène, arriver troisième aux législatives que d'avoir ce pouvoir-là aujourd'hui, à Lorraine Bujon, est-ce que la gauche ne devrait pas quand même s'en mordre les doigts et s'interroger sur sa stratégie ? On a beaucoup alors évoqué, mais on peut le faire encore avec un peu de recul, c'est-à-dire ce refus de permettre à Bernard Cazeneuve d'arriver à Matignon. Est-ce que c'était vraiment dans l'intention d'Emmanuel Macron de le nommer ? On le saura peut-être un jour. À ce jour, on ne le sait pas vraiment. Même si ce n'était pas

14:47
Invité

dans son intention finale, il aurait été obligé de le faire à un moment donné s'il y avait eu des messages forts de la part du Parti Socialiste et du Parti Communiste. Mais je ne veux pas...

14:58
Présentateur

Et ce n'était pas à Lorraine Bujon ? Vous avez reconnu Jean Garrigue. À Lorraine Bujon. Pardon, pardon, excusez-moi.

15:03
Invité

Non, mais en fait, vous parlez de responsabilité de la gauche dans cette situation d'arbitre dans laquelle le Rassemblement National se trouve. Mais il me semble qu'il faut remonter beaucoup plus loin. Enfin, si vous voulez, le fait que le Rassemblement National est en pleine ascension et qu'il se retrouve aujourd'hui comme le premier parti de France, ça s'explique par ce qu'a été notre situation politique depuis 5, 10, 15 ans. Et là, je crois que c'est très important de revenir effectivement sur les vices constitutifs dans la formation de ce gouvernement. là, on est peut-être soulagé d'avoir un gouvernement.

Donc, on l'analyse, on regarde ce qui se passe, quel ministre a été recadré par quel ministre. Mais il ne faut pas oublier, je crois, la période de deux mois et demi dont on sort qui a été quand même une période où Emmanuel Macron, en refusant de nommer rapidement un premier ministre d'abord, et ça, c'est une question institutionnelle, puis en laissant planer comme ça tel nom, tel autre nom, pour qu'il soit discuté, mais d'abord dans l'arène médiatique, en fait, avant d'être discuté même par les partis, pour finir par nommer un premier ministre de droite, ceux auxquels on pouvait s'attendre à ça, en fait, il y a deux mois et demi.

Mais le fait d'avoir attendu deux mois et demi pour le faire, ça change tout, en fait, en termes institutionnels, démocratiques, politiques. Et moi, ce qui me met très mal à l'aise, c'est qu'on est quand même dans une situation de refus de l'alternance. Enfin, je veux dire, Emmanuel Macron est beaucoup plus polissé que Donald Trump, mais toute proportion gardée, il a échoué dans des élections à plusieurs reprises. Il a échoué aux législatives en 2022. Il a échoué et de belle manière aux européennes. Il a échoué de nouveau ensuite aux législatives et il refuse de, c'est ce que nous disait Marc Lazare à l'instant, institutionnellement, il devrait être en retrait.

Ça ne devrait plus être lui qui décide de la ligne de ce gouvernement. Et on voit très bien qu'il y a des espèces de totems ne pas revenir sur la réforme des retraites et donc ne pas toucher à ce qu'a été sa ligne politique. Donc c'est vouloir continuer de gouverner et vouloir continuer d'imposer une ligne politique qui a été rejetée, il me semble, par un certain nombre de Français du côté du RN et du côté du nouveau Front populaire. Maintenant, vous m'interrogez sur les responsabilités de la gauche. Moi, je ne pense pas que c'était le rôle du nouveau Front populaire de présenter le nom d'un candidat. Je pense qu'il faut sortir de cette politique des noms.

Alors ça fait vraiment très wishful thinking mais il faut sortir de cette politique des personnalités. C'était le rôle du président de nommer un Premier ministre issu des rangs de la formation qui était arrivée en tête aux élections. Bon, ils ont voulu s'accorder sur le fait de... Ah !

17:53
Présentateur

On laisse terminer à Lorraine Bujon et après Jean Garrig et Marc Lazard vont intervenir.

17:57
Invité

Ils ont voulu s'accorder sur un nom. Je pense que c'était un exploit vu les divisions internes. Moi, je ne l'aurais pas fait si j'étais à leur place. J'aurais mieux aimé qu'ils parlent de quoi plutôt que de qui si vous voulez. Et là, on a parlé Front républicain. Moi, j'aurais bien aimé qu'on actionne, qu'on passe du Front républicain à la Défense républicaine. C'est-à-dire maintenant, il y a deux tiers des Français qui ont signifié qu'ils ne voulaient pas d'un gouvernement RN. Comment est-ce qu'on s'attaque aux causes du vote RN ? Comment est-ce qu'on s'attaque aux causes socio-économiques du vote RN ?

Comment est-ce qu'on s'attaque aux représentations Il y a un vrai débat à gauche aujourd'hui entre d'un côté Jean-Luc Mélenchon et de l'autre François Ruffin.

18:32
Présentateur

Il y a un vrai débat aujourd'hui.

18:33
Invité

Ils sont celles du Rassemblement national. Et il aurait fallu passer à la Défense républicaine. Ce n'est pas ça qui s'est produit jusqu'ici.

18:40
Présentateur

Et vous, Jean-Garry, vous auriez fait quoi à leur place ?

18:42
Invité

Peut-être ce qu'avait fait Pierre Valdeck-Rousseau en 1899 qui avait justement fait un gouvernement de défense républicaine mais dans lequel il avait inclus d'ailleurs un homme qui était un représentant de l'extrême droite de l'époque sans faire d'un anachroniste qui s'appelle Marquis de Galifée et qui était réputé pour arrêter le massacreur de la commune de Paris et qui avait réussi à inclure dans ce gouvernement le premier ministre socialiste de l'histoire qui s'appelle Alexandre Milrand.

Pour en revenir à cette idée si vous me laissez quelques minutes de petite cohabitation parce que Laurent Fabius m'a un peu piqué ce thème que je défends depuis plusieurs semaines dans les médias c'est-à-dire autour de cette pluricohabitation et surtout mais ça n'a rien d'original chaque observateur peut le constater qui effectivement comme vous le disiez peut être une forme de neutralisation qui peut profiter à Michel Barnier pour alors dans ce contexte-là effectivement ce qu'on attend c'est très clairement de la part du président de la République une rétractation de son périmètre d'influence je pense que la crise qu'on est en train de connaître entre autres elle doit avoir comme conséquence de repenser le rôle du président de la République dans nos institutions et mon souhait ce serait de revenir à l'esprit et à la lettre même de nos institutions qui donne au premier ministre le pouvoir de gouverner de définir et de mettre en pratique la politique du gouvernement est-ce que comment dire est-ce que cette polycohabitation va le permettre j'en suis pas sûr parce que précisément elle est de manière paradoxale par rapport à une cohabitation normale où vous avez pour le premier ministre une majorité absolue très claire ça a été chaque fois dans les trois cohabitations qu'on a connues là au contraire vous avez un premier ministre qui doit se compromettre avec la majorité macroniste de son gouvernement qui doit gérer avec les républicains la ligne présidentialiste de Laurent Wauquiez donc vous avez tout cet ensemble de problèmes et avec sur fond et c'est ce que disait Marc Lazard tout à l'heure cette désaffection cette coupure avec les citoyens qui s'approfondit et donc moi je pense que cette crise j'allais dire comme toujours d'un mal peut surgir un bien doit nous conduire à repenser nos pratiques institutionnelles c'est pour moi quelque chose d'essentiel

21:12
Présentateur

Marc Lazard pour terminer sur ce sujet il y a un rendez-vous qui s'annonce assez important ça va être le 31 octobre une niche parlementaire celle du Rassemblement National dans laquelle cette niche le RN a prévu de proposer l'abrogation de la réforme des retraites est-ce que la logique du Front Républicain voudrait que tous les partis qui en ont fait partie s'y opposent ou bien est-ce qu'il y aurait une logique politique et presque d'efficacité de dire ceux qui étaient pour l'abrogation de la réforme des retraites votent peu importe que ça vienne du RN

21:48
Invité

ou d'ailleurs permette-moi de dire qu'avant il y a une échéance c'est la présentation par Barnier du programme du gouvernement parce que finalement on ne sait pas quel est le programme du gouvernement

21:57
Présentateur

alors c'est mardi après-midi exactement

21:59
Invité

ça c'est vraiment très important y compris du côté du rassemblement national puisque le rassemblement national est sans arrêt c'est ce santage c'est l'épée de Damoclès on va voir le discours de politique générale du gouvernement on sait que la gauche va déposer une motion de censure la deuxième échéance ça va être la semaine suivante c'est la présentation du budget et là aussi ça va être un élément très important que la gauche évidemment s'y opposera mais au sein même de la majorité enfin de la majorité de ce qui soutient Barnier il va y avoir des tensions entre les différentes composantes des centristes et des républicains et puis on va voir quelle est l'attitude des LR mais j'en viens à votre question c'est un piège terrible pour la gauche ça c'est clair le rassemblement national va déposer effectivement cette possibilité d'abroger la réforme des retraites et la gauche qu'est-ce qu'elle va faire alors d'un côté elle peut dire on va la voter puisqu'on est d'accord pour la réforme pour l'abrogation puisque ça a été un des points clés de la gauche et celui au nom duquel d'ailleurs une partie de la gauche a refusé la possibilité à Bernard Cazeneuve d'explorer d'avoir la possibilité d'accéder à Matignon mais en même temps la gauche dit pour le moment c'est pas possible de voter un texte du rassemblement national parce que on sait très bien que le rassemblement national ne fait pas de politique sociale et c'est un vrai problème à expliquer aux électeurs donc je pense que c'est un dilemme très très très très fort pour la gauche à l'occasion du 31 octobre je voudrais faire une dernière réflexion parce qu'on a beaucoup insisté sur le fait qu'il y a une forme d'exception française en termes de cohabitation parlementaire par rapport aux autres pays européens et moi ce qui me frappe beaucoup bien sûr c'est vrai ce qui me frappe beaucoup aussi et notamment dans cette alliance qui est en train de se mettre en place entre LR une partie des centristes et de facto le rassemblement national c'est le fait que c'est un processus européen qui est en cours c'est à dire dans toute l'Europe la droite classique la droite modérée aux Pays-Bas en Suède dans beaucoup d'autres pays au sein du parlement européen avec le parti populaire européen et de plus en plus tenter de faire des alliances avec les formations pour aller vite d'extrême droite moi je vous savais je les appelle les nationaux populistes notamment sur les questions d'immigration sur les questions de sécurité et sur les questions de lutte contre le réchauffement climatique et du coup de ce point là ce qui se passe en France est aussi très emblématique de ce qui se passe en Europe à la fois la France est une exception en termes de cohabitation et révélatrice de cette tendance de fond qui existe actuellement dans les droites en Europe et des droites en Europe

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