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InterviewLe Figaro (sur YouTube)· 1 mars 2022 32 minComplaisantFond programmatiqueÉconomie & entreprisesDéfenseEurope & internationalInstitutions & élections

🔴Guerre en Ukraine: les sanctions contre la Russie sont-elles efficaces? [Interview en direct]

Source d'origine 2 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 80 %Attaque 10 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 94 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:33OuverteRéponse directe

    Je vais vous le montrer aussi sur ce live. Il est ici, guerre en Ukraine, les sanctions provoquent un choc financier majeur à Moscou.

  • 1:31OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'on peut rappeler ce que c'est cette fameuse mesure SWIFT, ce fameux réseau SWIFT ?

  • 5:36OuverteRéponse directe

    Est-ce que c'est la première fois que des mesures aussi fortes sont prises à l'encontre d'un pays comme ça, de façon coordonnée ?

  • 6:38OuverteRéponse directe

    Justement, qu'est-ce qui pouvait bloquer, parce qu'on parlait au début de l'Allemagne qui serait réticent à faire sortir la Russie du système SWIFT, pour quelles raisons ?

  • 9:44OuverteRéponse directe

    Cette crise, ça offre un nouveau paradigme, quelque part, que ça va tout changer de la façon dont l'Allemagne et même globalement l'Europe voyaient les choses ?

  • 11:12OuverteRéponse directe

    Pour les Russes, est-ce qu'on sait ce que ça peut produire pour l'instant ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:42InvitéPromesse
    « Le but de la France et de l'Europe, c'est d'asphyxier l'économie russe. »
  • 0:55InvitéFait
    « C'est la méthode la plus classique. »
  • 1:12InvitéFait
    « C'est les sanctions contre la banque centrale russe, contre les banques russes privées du système de paiement international SWIFT qui visent à assécher l'économie russe de toute rentrée financière de l'extérieur. »
  • 3:00InvitéChiffre
    « La Banque centrale russe a développé en prévision, notamment de ce type de conflit, un trésor de guerre de 630 milliards de dollars. »
  • 3:35InvitéChiffre
    « Il est privé de la moitié de ce trésor de guerre. »
  • 3:41InvitéChiffre
    « Le rouble a chuté de 30% à l'ouverture des marchés d'échange, des devises hier. »
  • 4:12InvitéChiffre
    « Donc elle a relevé son taux directeur qui était à 9,5% jusqu'à 20%. »
  • 4:48InvitéChiffre
    « Il faut plus de 100 roubles, pardon, pour un dollar. »
  • 5:13InvitéFait
    « On a vu l'effet immédiat des sanctions, en même pas 24 heures, sur les économies des Russes et aussi sur l'épargne des entreprises, sur l'ensemble de l'économie du pays. »
  • 8:51InvitéChiffre
    « L'Europe est dépendante à 40% du gaz russe. 25% du pétrole produit en Russie va en Europe. »
  • 15:16InvitéChiffre
    « On pense que la croissance en Europe, par exemple, pourrait être réduite de 0,5 point par rapport à ce qui était prévu cette année. »
  • 15:47InvitéChiffre
    « Le pétrole est à plus de 100 dollars déjà ce matin. »
  • 16:04InvitéChiffre
    « Plus de 5 % dans la zone euro en janvier. »
  • 18:33InvitéFait
    « Alors, peut-être pas en Russie, mais elle a des filiales en Europe qui, elle, la Banque centrale européenne a dit hier qu'elle était à fort risque de faire défaut, donc de faire faillite, parce qu'elle va être asséchée de transactions financières. »
  • 26:01InvitéChiffre
    « Alors le total des réserves de devises et d'or, c'est 630 milliards de dollars, et ça a beaucoup monté ces dernières années. »
  • 26:12InvitéChiffre
    « On estime que 40 à 50 % sont détenus dans les banques étrangères, donc sont aujourd'hui indisponibles pour la Russie, et gelés dans les coffres des banques centrales étrangères. »

Temps de parole

  • Invité80 %
  • Présentateur20 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistralai/mistral-small-3.2-24b-instruct:floor · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Figaro Live, bonjour à tous. On est en direct ce matin pour continuer de parler, bien évidemment, de ce qui se passe en Russie. On va parler aujourd'hui des sanctions économiques qui visent la Russie, donc on parle de ce qui se passe en Ukraine, excusez-moi. Je suis avec Florentin Collomb, grand reporter, journaliste spécialiste économie Europe. Bonjour. Avec vous, on va parler de toutes ces sanctions. Votre article est à retrouver dans le journal du jour. Je vais vous le montrer aussi sur ce live. Il est ici, guerre en Ukraine, les sanctions provoquent un choc financier majeur à Moscou. Florentin, on peut commencer par parler de ce qu'a déclaré Bruno Le Maire ce matin.

Le but de la France et de l'Europe, c'est d'asphyxier l'économie russe. C'est ce qu'il a dit.

0:42
Invité

Oui, il a même dit que l'objectif était l'effondrement de l'économie russe. C'est des mots très forts d'un ministre de l'économie et des finances. Et asphyxier, c'est le bon terme parce que c'est exactement la méthode choisie. C'est-à-dire que par rapport à d'autres types de sanctions économiques dans des conflits précédents, en Iran ou par rapport à la Corée du Nord, par exemple, on ne vise pas un embargo commercial. C'est la méthode la plus classique. Là, on utilise le nerf de la guerre qui est l'argent, donc la finance.

Et c'est les sanctions contre la banque centrale russe, contre les banques russes privées du système de paiement international SWIFT qui visent à assécher l'économie russe de toute rentrée financière de l'extérieur. Donc d'isoler la Russie complètement en la privant de moyens financiers.

1:31
Présentateur

Est-ce qu'on peut rappeler ce que c'est cette fameuse mesure SWIFT, ce fameux réseau SWIFT ? Ça a été présenté comme le dernier recours. Finalement, il a été activé très vite. À quoi ça sert et qu'est-ce que c'est ?

1:44
Invité

C'est remarquable la façon dont les choses sont allées vite, puisque vendredi encore à Paris, les ministres des Finances européens étaient réunis. Et SWIFT était évoqué par Bruno Le Maire comme l'arme nucléaire. Aujourd'hui, cette arme de dissuasion massive, elle est utilisée, elle est mise en œuvre. Alors le réseau SWIFT, c'est un réseau de paiement. C'est une sorte de messagerie sécurisée pour les banques. Ça existe depuis 50 ans. C'est une société belge, en fait, qui permet de simplifier les transactions internationales entre les banques.

C'est-à-dire, si je veux virer, moi, de l'argent à Moscou, je le dis à ma banque, qui, elle, envoie un message à la Banque de France, qui envoie à son tour un message à la Banque centrale de Russie, qui va le répercuter à la banque de la personne à qui j'ai envie d'envoyer de l'argent. Donc on coupe complètement ce système de paiement. Ça ne veut pas dire qu'on ne peut plus faire de transactions. On pourra toujours. Mais il n'y aura plus le système immédiat, enfin relativement rapide, SWIFT, puisque ce n'est pas tout à fait immédiat, mais c'est rapide. Et donc il faudra passer par des envois de lettres, d'emails, de fax, de documents, etc., pour faire ces transactions.

De plus, il y a un embargo total sur les transactions avec la Banque centrale russe. Ça veut dire que la Banque centrale russe a développé en prévision, notamment de ce type de conflit, un trésor de guerre de 630 milliards de dollars. Donc ce sont des réserves en or et en devises étrangères qui sont à la fois détenues en partie dans des coffres à Moscou, mais aussi dans les banques centrales des autres pays. Et ces réserves-là sont gelées. Donc la Banque centrale russe en est privée. C'est à peu près la moitié de ces réserves. Donc c'est un trésor de guerre qui a été accumulé ces dernières années. Il l'a vraiment fait croître de façon très préméditée, Vladimir Poutine.

Et du coup, il est privé de la moitié de ce trésor de guerre. C'est ce qui a provoqué l'effondrement du rouble hier. Donc le rouble a chuté de 30% à l'ouverture des marchés d'échange, des devises hier. Ça s'est redressé un petit peu entre-temps. Mais cet effet symbolise l'isolement, enfin la dévaluation totale de cette monnaie russe. Donc les Russes ont d'autres moyens pour essayer de défendre leur monnaie. Mais ce sont des démarches de manœuvre très limitées, comme la hausse des taux d'intérêt qui a été décidée hier par la Banque centrale. Donc elle a relevé son taux directeur qui était à 9,5% jusqu'à 20%. Donc le taux du loyer de l'argent en Russie est de 20% aujourd'hui.

C'est une façon de compenser la baisse du rouble. Mais ça ne suffit pas à restaurer la stabilité monétaire et financière.

4:27
Présentateur

Je voulais montrer justement, alors ça c'est sur Google, c'est la chute du rouble dont tu parlais justement. C'est vraiment une chute massive tout d'un coup en fait.

4:36
Invité

Oui, très brutale hier, 30% à l'ouverture. Bon après ça a remonté un petit peu. Mais c'est une dévaluation très forte de la monnaie russe. Il faut plus de 100$ pour avoir un rouble aujourd'hui. Il faut plus de 100 roubles, pardon, pour un dollar. Et du coup, ça affecte les économies des Russes.

4:55
Présentateur

Surtout que le rouble, alors là je tiens de montrer sur une période de temps plus longue, tombe depuis, alors je ne sais plus, je crois que c'est 2005 tout en bas ici. Oui, c'est 2005. Cette monnaie est en chute quand même depuis un moment.

5:09
Invité

Oui, oui, la monnaie chute, mais là c'est les sanctions financières. On a vu l'effet immédiat des sanctions, en même pas 24 heures, sur les économies des Russes et aussi sur l'épargne des entreprises, sur l'ensemble de l'économie du pays.

5:30
Présentateur

Est-ce que c'est la première fois que des mesures aussi fortes sont prises à l'encontre d'un pays comme ça, de façon coordonnée ?

5:36
Invité

Oui, voilà. On est en territoire inconnu parce que des mesures isolées de ce type ont déjà été prises, mais pas avec une coordination telle, internationale, aussi rapide et mise en œuvre avec autant d'efficacité. Donc on est vraiment en territoire inconnu parce qu'on ne sait pas, en réalité, pour l'instant, on voit bien l'objectif qu'on vient de décrire, mais on ne sait pas exactement quels vont être les effets et quels vont être les marges de manœuvre qui restent à la Russie pour essayer de défendre son économie.

6:08
Présentateur

On a un interne dans le chat qui nous demande, bonjour tout le monde, est-ce que les sanctions contre l'Iran comprenaient ces mêmes mesures ou est-ce que c'était moins violent ?

6:15
Invité

Non, c'était un embargo commercial. Après, il y a des mesures proprement américaines qui interdisent aux banques de commercer avec l'Iran. D'ailleurs, des banques françaises en ont subi les conséquences. Mais des mesures comme ça n'ont jamais été prises de sortir complètement un pays du système, de la communauté financière internationale. Non, ça ne s'est jamais vu comme ça.

6:38
Présentateur

Justement, qu'est-ce qui pouvait bloquer, parce qu'on parlait au début de l'Allemagne qui serait réticent à faire sortir la Russie du système SWIFT, pour quelles raisons ?

6:47
Invité

En raison de sa dépendance à l'énergie russe, les sanctions, là, elles sont encore discutées aujourd'hui à Bruxelles. Le détail du nombre de banques et du nom de chaque banque qui va être impactée directement et victime de ces mesures. Ça a été assez difficile pour les Européens de se mettre d'accord pour dégainer ces sanctions qui sont massives et dont on va subir aussi des répercussions. Nous, on en parlera après. Donc l'Allemagne était réticente et l'Italie aussi, parce qu'elles sont très dépendantes des approvisionnements en hydrocarbures depuis la Russie. La Hongrie aussi, peut-être pour des raisons politiques également. Mais finalement, ces réticences ont été vaincues très rapidement.

En 24-48 heures, au cours du week-end, la solidarité occidentale a pris le pas sur les intérêts individuels. Cela dit, les Européens préservent leurs intérêts quand même, puisque dans ces mesures, certaines banques vont en être isolées, et on aura le détail probablement dans la journée ou demain, permettant de continuer à commander du gaz et du pétrole en Russie. Donc les Européens, en fait, c'est des intérêts un peu bien compris dans les sanctions. C'est-à-dire que les Européens laissent ouvert le robinet des approvisionnements en gaz et en pétrole. Et en même temps, ils laissent ouvert, dans l'autre sens, un robinet à devise pour Moscou.

Donc Moscou peut encore compter, dans l'état actuel des choses, sur 20-25 milliards de rentrées nettes de devise par mois. Donc la Russie n'est pas complètement asphyxiée, justement, parce que si on avait voulu l'asphyxier, on couperait complètement les échanges d'hydrocarbures comme de tous les biens.

8:38
Présentateur

Et ça poserait justement des problèmes pour l'énergie en Europe, puisque l'Europe est quand même encore très dépendante de la Russie.

8:45
Invité

Oui, l'Europe est dépendante à 40% du gaz russe. 25% du pétrole produit en Russie va en Europe. Donc en effet, on a vraiment besoin de cette énergie. Donc les Européens, dans cette espèce de sursaut stratégique qui est en train de se produire en marge de ce conflit, sont en train d'essayer de chercher des parades et des alternatives. Mais ça va assez loin, puisque en Allemagne, par exemple, qui a décidé de bannir le nucléaire, on est en train d'éventuellement revenir temporairement sur cette mesure de mettre fin totalement au nucléaire pour ne pas rester dépendant de livraison de charbon, par exemple, de la Russie. Donc ça remet en cause des décisions qui avaient été prises.

L'Allemagne en particulier a fait un revirement à 180 degrés à bien des égards sur les livraisons d'armes, sur ses sanctions, sur sa dépendance aussi commerciale avec la Russie.

9:44
Présentateur

Cette crise, ça offre un nouveau paradigme, quelque part, que ça va tout changer de la façon dont l'Allemagne et même globalement l'Europe voyaient les choses ?

9:54
Invité

Oui. C'était des mots d'ordre qui étaient un petit peu abstraits et un peu vains jusqu'à présent. Emmanuel Macron, d'ailleurs, n'arrêtait pas de parler de souveraineté, d'autonomie stratégique de l'Europe. Il évoquait ça sous les aspects à la fois économiques et militaires. Les Européens discutaient depuis longtemps d'une espèce de boussole stratégique, c'est-à-dire de définir quels sont leurs intérêts stratégiques et militaires. Mais tout ça restait à l'état presque virtuel. Enfin, c'était une discussion presque abstraite. Or, là, on est confronté à la réalité des choses et des choix. Et c'est vraiment ce qui est en train de se passer.

C'est ce qu'on est en train de voir avec l'Allemagne, ce revirement. L'Italie aussi a fait un revirement. La Suisse, qui est sortie de sa neutralité pour rejoindre tout le train de sanctions pris par les Occidentaux... Ça, c'est vraiment exceptionnel que la Suisse sorte de sa neutralité. Bien sûr. Il y a eu beaucoup de débats en Suisse. Ils ont mis quelques jours à le faire. Mais la Suisse est sortie de sa neutralité pour prendre des sanctions contre un État du fait de la situation géopolitique aujourd'hui. Ça veut dire qu'il désigne la Russie comme un agresseur dans cette histoire.

11:04
Présentateur

J'en profite pour passer le bonjour à ADLD, qui vient de nous dire bonjour sur le site du Figaro. Vous n'hésitez pas, bien sûr, à nous poser toutes vos questions. On va essayer d'y répondre le mieux possible. J'avais une autre question, effectivement, sur cet article. Je disais que l'idée, c'est de provoquer un choc pour la population en Russie. Pour les Russes, est-ce qu'on sait ce que ça peut produire pour l'instant ?

11:22
Invité

Oui. Alors, les répercussions pour la population sont plus compliquées à percevoir. Et est-ce que l'idée est de provoquer un choc sur la population ? Je pense indirectement. C'est-à-dire qu'il y a probablement dans l'idée des Occidentaux la volonté de retourner le peuple contre Vladimir Poutine par l'économie, en leur faisant vivre une situation économique difficile pour que ceux qui soutiennent Vladimir Poutine réfléchissent sur ce thème. Concrètement, on a quand même vu... Moi, j'ai parlé avec des gens à Moscou hier. Il n'y a pas de réelle panique au sens où les gens chercheraient à retirer toutes leurs économies des banques, etc. Mais il y a une inquiétude très, très vive.

Et on a vu des files d'attente au guichet des banques depuis ce week-end. Dans un premier temps, c'était pour essayer de retirer des devises, mais ils ne peuvent plus. Et maintenant, ce que les gens cherchent à faire, c'est mettre un petit matelas d'épargne chez eux de précaution. Donc, ils ont peur que le système bancaire, finalement, soit paralysé. Et ils essayent de se mettre de côté des moyens de vivre pendant quelques semaines. Donc, c'est quand même très inquiétant. Ce matin, les firmes de cartes de crédit américaines, Mastercard et Visa, ont décidé de couper les banques russes de leur service.

Donc, pour les Russes qui ont des cartes de crédit de ce type, ils ne peuvent plus accéder à l'argent. Donc, c'est réellement un sujet de préoccupation, même s'il n'y a pas eu de panique bancaire, en tout cas pour l'instant. Après, les effets vont être lents et douloureux pour la population russe, comme pour toute l'économie russe. C'est-à-dire qu'on s'attend à une inflation encore plus forte. Elle est déjà très forte en Russie, mais elle pourrait bondir au-delà de 10%, peut-être 15%, parce que les coûts des matières importées vont être de plus en plus élevés. La Russie importe beaucoup de biens de consommation courante, de biens d'équipement, etc., même alimentaire.

Et puis, cette situation va inévitablement plonger la Russie en récession. Donc, les petites entreprises vont avoir du mal à se financer, vont avoir du mal à accéder au crédit. On risque de voir une multiplication des faillites. Ça aura un effet sur l'emploi. Les particuliers, eux aussi, auront du mal à accéder au crédit. Peut-être les grandes entreprises seront en partie épargnées, parce que le gouvernement a cherché à rééquilibrer ses relations commerciales. Donc, elle compte sur d'autres partenaires. Les Émirats, par exemple, Arabes Unis, ne sont pas dans les sanctions et continuent à échanger avec la Russie, la Chine surtout.

Mais on verra quelle est l'attitude de la Chine dans cette situation. Elle est loin d'avoir apporté un soutien total à Moscou dans cette affaire. Et on verra. Elle est un peu ambiguë sur la façon dont elle va soutenir Moscou. Mais Moscou compte beaucoup sur la Chine pour diversifier ses sources d'approvisionnement en devises.

14:27
Présentateur

Oui, c'est quelque chose qui est assez flou. On a une très bonne question de Daterina. C'est plutôt sur les Européens. Est-ce qu'à ce stade, l'effet boomerang sur les pays qui prennent des sanctions et sur l'économie mondiale d'une manière générale est-il évalué à sa juste mesure ? C'est-à-dire qu'on prend des mesures contre la Russie. Mais effectivement, est-ce que ça ne va pas être des mesures contre nous au final ?

14:47
Invité

Oui, c'est inévitable. On va subir les répercussions de ces sanctions et de ce conflit commercial, puisque c'est un partenaire important, mineur pour des pays comme la France, mais quand même important sur certains approvisionnements stratégiques. Donc les évaluations des répercussions sont encore un peu timides et pas très précises. Elles sont faites un peu sur un coin de table. On pense que la croissance en Europe, par exemple, pourrait être réduite de 0,5 point par rapport à ce qui était prévu cette année. D'ailleurs, la Banque centrale européenne, la semaine prochaine, va établir des nouvelles prévisions économiques.

Donc il est assez inévitable que la croissance sera revue à la baisse une nouvelle fois, parce qu'elle avait déjà été à cause du variant au micro. Donc il y aura un effet indiscutable. Les principaux effets, ils sont liés à l'énergie, une fois encore, puisque les coûts de l'énergie vont augmenter. Le pétrole est à plus de 100 dollars déjà ce matin. Il pourrait monter encore. Et le gaz également, ça suit aussi. Donc les prix de l'électricité et de l'énergie en général vont augmenter. Ça va faire augmenter l'inflation, qui était déjà très haute. Plus de 5 % dans la zone euro en janvier. On saura demain le chiffre pour février.

Et puis le pic semblait très proche, mais finalement, il sera peut-être plus lointain. Et l'inflation va peut-être continuer à augmenter dans le courant de cette année. Donc ça va réduire le pouvoir d'achat et peser, en effet, sur l'investissement, sur la consommation, donc sur la croissance.

16:26
Présentateur

Il y a aussi la question des matières premières agricoles aussi, qui jouent le blé, par exemple.

16:33
Invité

Le blé. Le blé a fortement augmenté. On est très dépendant du blé russe et ukrainien, d'ailleurs. Il y a aussi des produits stratégiques dans l'industrie. Certains métaux, comme le palladium, le nickel, dont on a besoin dans les batteries, dans l'industrie automobile. Et ces industries étaient déjà freinées par des pénuries, par des goulets d'étranglement, par des problèmes logistiques d'approvisionnement depuis toute la crise sanitaire. Et on pensait qu'on allait pouvoir en sortir dans le courant de cette année, que les choses allaient se calmer sur ce front. Eh bien, les tensions avec la Russie vont encore plus compliquer les choses. Et ça aussi, ça a un effet inflationniste.

17:15
Présentateur

On a Adelé dans les commentaires du Figaro qui nous pose une question. Alors, on n'aura pas la réponse, bien évidemment. Mais les sanctions contre la Russie, même efficaces, peuvent-elles influencer l'opération militaire en Ukraine ? C'est tout l'enjeu de ces sanctions, quelque part.

17:27
Invité

C'est l'enjeu à la fois psychologique, politique et économique. C'est-à-dire de priver la Russie de ressources pour financer son opération. Donc, si le conflit devait durer, la Russie se trouverait face à un problème de liquidité, de financement de son armée, parce qu'il va falloir remplacer tous les véhicules, les armements endommagés, etc. Donc oui, c'est l'idée.

Mais là, on se place dans la perspective d'une guerre longue et d'une espèce de guerre d'usure aussi, avec ce front économique qui vient, puisqu'on ne répond pas militairement l'Occident pour aider l'Ukraine, eh bien, on essaye de contourner cet obstacle en asséchant le financement de la Russie, y compris de ses opérations militaires.

18:13
Présentateur

Et forcément, c'est une méthode qui prend plus de temps que des attaques en force, on va dire. On a une question... Non, j'avais une question aussi sur les banques russes. Est-ce que les banques russes peuvent finalement faire faillite à cause de ces nombreuses mesures qui les touchent ?

18:28
Invité

Oui, certaines banques russes sont proches de la faillite, notamment la première d'entre elles, Sberbank. Alors, peut-être pas en Russie, mais elle a des filiales en Europe qui, elle, la Banque centrale européenne a dit hier qu'elle était à fort risque de faire défaut, donc de faire faillite, parce qu'elle va être asséchée de transactions financières. Donc, oui, des banques russes peuvent faire faillite, en effet.

18:55
Présentateur

On avait aussi une question sur toutes les sanctions qui touchent en premier lieu les citoyens, le régime en dernier. L'idée de ces sanctions aussi, c'est d'arriver à viser directement Vladimir Poutine, Lavrov et ce qu'on appelle les oligarques.

19:06
Invité

Oui, c'est aussi... Alors, il y a plusieurs cercles dans les sanctions et il y a un cercle très fort qui vise à toucher, à frapper très durement les oligarques, c'est-à-dire tout le premier cercle de Vladimir Poutine, c'est-à-dire tous les businessmen sur lesquels il s'appuie. Et on parle de plusieurs centaines de personnes et d'entreprises. Donc, l'idée, c'est de les couper un peu du régime de Poutine en leur rendant la vie impossible. Ce sont des gens qui sont, par définition, très riches, qui ont une vie internationale, qui ont des résidences en France, sur la Côte d'Azur, en Suisse, en Angleterre, à Londres, qui ont des yachts, qui ont des avions, des jets privés, etc.

Et on veut essayer de les priver de tous ces moyens de vie, en fait. Ils risquent d'être assignés à résidence là où ils sont. Ils risquent de se voir saisis leurs propriétés. La France, Bruno Le Maire, encore une fois, a des mots très durs sur la question, disant qu'il avait mis tous les services de Bercy, des douanes, etc., sur la piste de tous les avoirs de ces oligarques. Et il parle de 400 à 500 personnes en France, pour les saisir directement. Ce n'est même pas les geler, c'est les saisir.

Donc, si ces oligarques sont assignés à résidence à Moscou ou en Russie, ne peuvent plus voyager, ne peuvent plus faire de business avec l'Occident, l'idée, c'est qu'ils arrêtent de soutenir Vladimir Poutine. Et on a vu certains prendre leur distance avec le régime de Poutine. Mais enfin, ils prennent aussi beaucoup de risques pour eux-mêmes s'ils rentrent en résistance politique. Donc, c'est aussi un outil de pression à moyen et long terme.

20:51
Présentateur

C'est-à-dire que concrètement, le gouvernement français pourrait récupérer les villas, par exemple, des oligarques russes sur la Côte d'Azur, par exemple, comme il y en a. On leur récupère les villas dans les semaines à venir.

21:02
Invité

Oui, c'est l'idée. En tout cas, c'est l'annonce par le ministère de l'Économie de son intention. Après, je pense qu'il faut définir les modalités de ces saisies et de savoir ce qu'on en fait, est-ce que c'est définitif ou pas, légalement. Mais en tout cas, il y a les bases légales internationales pour lancer ce type de mesures.

21:22
Présentateur

Tu parlais aussi des voyages, on va parler peut-être des compagnies aériennes, les compagnies aériennes qui se retrouvent aussi dans ce jeu de sanctions. Au final, les compagnies russes qui ne peuvent quasiment plus voler.

21:34
Invité

Ça fait partie de cette stratégie d'isolement total de la Russie. Donc les compagnies russes ne peuvent plus voler parce qu'elles ne peuvent plus survoler l'espace aérien européen. Elles ne peuvent plus atterrir dans ces pays. Donc en effet, les résidents sont assignés à résidence. Enfin, ne peuvent plus voyager à l'international. Ils peuvent aller en Chine peut-être. Ils peuvent aller dans des pays amis, mais pas venir en Europe, pas venir aux États-Unis. Donc en effet, pour les compagnies aériennes russes, c'est un problème. C'est aussi un problème pour les compagnies occidentales.

Il y a des compagnies comme Finnair, par exemple, en Finlande, qui subit très fortement les répercussions de cette no-fly zone. Et puis même des compagnies comme Air France. Bon, elle ne peut plus voler, elle ne peut plus aller à Moscou, Saint-Pétersbourg, etc. Mais même pour ces liaisons vers l'Asie, vers le Japon, on survolait la Sibérie. Donc elles doivent faire des routes alternatives qui sont plus longues, plus chères, plus compliquées. Donc plusieurs vols ont été suspendus ces derniers jours. Il va falloir s'adapter. Donc ce n'est jamais bon pour le transport aérien dans son ensemble de décréter des zones dont le survol est interdit.

22:49
Présentateur

Donc là aussi, c'est des compagnies françaises, enfin des compagnies françaises, bien sûr, qui vont payer le prix de ces sanctions quelque part. Oui, une partie du prix, oui. Effectivement. On a une question de Yogi là aussi assez tactique, on va dire. Le risque de ces sanctions, c'est aussi pour Poutine de le faire basculer vers une fuite en avant, vers une guerre totale, comme il nous le dit. Mais ça, on ne peut pas le savoir encore pour l'instant.

23:14
Invité

C'est le risque des sanctions, mais l'alternative aurait été très dangereuse de le laisser avancer en Ukraine sans réagir. Déjà qu'on ne réagit pas militairement, puisque l'Ukraine n'est pas membre de l'OTAN et on ne voulait pas rentrer dans ce qu'aurait été une troisième guerre mondiale. Cette réaction, au contraire, a pris de court la coordination des réactions occidentales et des mesures prises a pris de court probablement Vladimir Poutine et le gouvernement russe. De toute façon, on ne sait pas dans quel état d'esprit psychologique il est, mais il est dans une détermination totale, je ne sais pas, mais très dangereuse en tout cas, d'essayer d'arriver à ses fins.

Après, il y a aussi la résistance militaire des Ukrainiens qui lui donne du fil à retordre. Donc l'escalade, on ne peut pas dire que les Occidentaux aient contribué à une escalade de la situation par ses sanctions, puisque personne n'a provoqué Vladimir Poutine dans cette affaire.

24:21
Présentateur

On a une question de Maurice Antet qui nous reparle du risque de SWIFT. Le risque de la Russie privée de SWIFT est qu'elle s'allie à la Chine et de créer un système concurrent pour lutter contre l'hégémonie du dollar.

24:32
Invité

C'est ce qu'elle essaye de faire déjà depuis longtemps. Elle a beaucoup réduit ses réserves de devises en dollars pour rebasculer, rééquilibrer avec un panier d'autres devises, dont le yuan chinois. Et elle a aussi lancé son système de paiement concurrent de SWIFT, si on peut dire. C'est balbutiant, c'est beaucoup plus petit, c'est beaucoup moins opérationnel. Ça concerne surtout des banques russes. Et aujourd'hui, elle essaye d'attirer, de demander à des pays amis, dont la Chine ou le Pakistan ou peut-être l'Inde, de rejoindre ce système. Il faut voir si cela va se faire.

De toute façon, la Russie, avec ses alliés seuls, ne pourra pas concurrencer le système de paiement international SWIFT qui comprend 11 000 banques.

25:16
Présentateur

La question importante aussi, c'est la position de la Chine. On en parlait un peu tout à l'heure. La Chine n'est pas clairement non plus un allié de la Russie actuellement.

25:23
Invité

Non, la Chine n'a pas condamné l'attaque en Ukraine, mais elle ne la cautionne pas non plus. Donc on va voir à moyen terme comment cette relation va évoluer. Pour la Chine, violer les frontières d'un autre État n'est pas admissible. Donc il n'est pas évident que la Chine voit d'un très bon oeil, et au contraire, l'invasion en Ukraine.

25:54
Présentateur

On a une question, je pense qu'on en a déjà parlé tout à l'heure, mais on peut peut-être le redire. À combien s'élève le montant des réserves de change russes détenues dans les banques étrangères ?

26:01
Invité

Alors le total des réserves de devises et d'or, c'est 630 milliards de dollars, et ça a beaucoup monté ces dernières années. Et on estime que 40 à 50 % sont détenus dans les banques étrangères, donc sont aujourd'hui indisponibles pour la Russie, et gelés dans les coffres des banques centrales étrangères.

26:22
Présentateur

— On a Yogi qui nous demande pourquoi Poutine planifie cela depuis un bon moment. Est-ce que, en tout cas, cette action Ukraine, est-ce qu'on peut dire qu'elle est planifiée grâce justement à cette réserve de change au final ?

26:35
Invité

— Ou au contraire, il s'est donné les moyens de ses opérations militaires. Il a tiré les leçons des principales crises et des précédentes mesures de sanctions. Il y en a eu déjà à la fin des années 2000, puis en 2014, lors de l'annexion de la Crimée. Donc la Russie est aujourd'hui moins vulnérable par rapport à cette période, d'un point de vue financier, grâce à ses réserves, grâce à cette stratégie financière et monétaire de doper finalement son muscle financier et ses réserves. Donc en fait, oui, il y a eu une montée en puissance de la Russie et de la Banque centrale russe pour pouvoir faire face à des sanctions qui étaient finalement attendues et prévisibles.

27:21
Présentateur

— Il y a une question aussi concernant le Nord Stream 2, le fameux pipeline qui devait donner du gaz à l'Allemagne. Sa construction est complètement à l'arrêt aujourd'hui, alors que c'était quelque chose de très important pour l'Allemagne quelque part.

27:33
Invité

— Oui, oui, c'était très important, mais très contesté aussi. Même avant l'invasion de l'Ukraine, il y avait beaucoup de pression en Europe pour que l'Allemagne arrête ce projet. Donc le projet est aujourd'hui gelé. Il y a quand même des approvisionnements en gaz, puisqu'il y a un Nord Stream 1 qui permet aujourd'hui les livraisons de gaz à l'Allemagne et au reste de l'Europe. Mais c'est pour ça qu'aujourd'hui, l'Allemagne se retrouve face à des choix stratégiques très importants en matière de politique énergétique, et puis toute l'Europe aussi.

28:06
Présentateur

— On a Yogi qui nous demandait sur la question de Poutine. Qu'as-tu le prévu ensuite ? On va pas pouvoir lui répondre, vu qu'on n'est pas dans la tête de Poutine. On aimerait bien savoir aussi. Mais effectivement, on ne le sait pas. Et Yogi qui rappelle que si la Suisse sort de sa neutralité depuis le traité de Vienne de 1815, c'est que la situation est très grave.

28:19
Invité

— En effet, c'est le message que la Suisse a voulu faire passer en disant que quand on voyait la carte des interdictions de survol du territoire de l'Europe dimanche soir, oui, elles ont été annoncées dimanche soir par la Commission européenne, il y avait un petit cercle au milieu de l'Europe continentale, c'était la Suisse. Donc ça n'aurait pas eu beaucoup d'effet, puisque les avions n'allaient pas arriver uniquement dans le ciel suisse. Mais enfin, ça se voyait. Et du coup, la Suisse, oui, a décidé. Il y a eu des débats hier au Conseil fédéral de rejoindre ces sanctions.

Et en effet, c'est un signe de la gravité de la situation et de la façon pour la Suisse de reconnaître la gravité de cette situation et de participer au concert des nations.

29:04
Présentateur

— Alors vous n'hésitez pas à poser vos dernières questions. On va bientôt terminer ce direct. La question que je voulais poser aussi, c'est est-ce qu'on sait un peu où va pouvoir aller l'économie russe ? Est-ce qu'on sait si elle peut résister à toutes ces sanctions et combien de temps elle peut le faire ?

29:17
Invité

— Alors on ne sait pas combien de temps et on ne sait pas exactement comment. L'économie russe a des atouts. Elle produit des matières premières, des métaux stratégiques. Elle est aussi... Le PIB russe est aussi soutenu largement par la consommation intérieure. Donc elle ne va pas s'effondrer du jour au lendemain. C'est pour ça que les mots de Bruno Le Maire sont peut-être un petit peu forts. On comprend l'intention. Mais l'effet ne va pas se produire du jour au lendemain. Mais à la longue, si l'économie russe entre en récession cette année et le reste, probablement l'année prochaine, on va constater une érosion de la situation économique qui n'est déjà pas très très bonne.

Et ce sont les Russes qui vont payer le prix.

30:04
Présentateur

— Merci beaucoup, Florentin, d'avoir été avec nous ce matin pour décrypter toutes les sanctions économiques. N'hésitez pas à continuer de suivre les directs du Figaro. On vous tiendra informés, bien sûr. Vous avez donc le live sur le site du Figaro en temps réel. Vous avez donc cet article de Florentin Collongaire en Ukraine. Les sanctions provoquent des chocs financiers majeurs à Moscou. Et cet après-midi, il y aura un grand débat à l'Assemblée nationale justement sur cette guerre de la Russie en Ukraine. Du coup, je vous souhaite... Je vous dis à bientôt sur Figaro Live et pour de nouveaux lives.