«Le peuple de gauche souhaite un projet républicain et laïc», assure Jérémy Bacchi
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« Mehdi Laribi, surnommé TIC, présenté comme l'un des fondateurs de la DZ mafia organisation originaire des quartiers nord de Marseille, a été interpellé le 20 juillet dernier en Algérie. »
- 1:27Invité politiquePromesse
« Lorsque l'on voit, par exemple, que le journaliste français Christophe Gleize est derrière les barreaux, qu'en parallèle ce trafiquant de drogue est simplement sous contrôle judiciaire, j'imagine que ça vous interpelle ? »
- 2:52Locuteur 3Promesse
« Je crois, en tout cas, et j'appelle de mes voeux, à ce qu'il y ait une reprise des discussions, des dialogues. »
- 3:59Invité politiqueChiffre
« Est-ce que le parti communiste a changé sur les questions de sécurité ? »
- 5:39Invité politiqueChiffre
« Alors, le 40e congrès du Parti communiste s'est tenu début juillet à Lille. Fabien Roussel a été réélu, très largement secrétaire national, avec un peu plus de 70% des voix. »
Temps de parole
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Europe 1. 7h-9h. Europe 1 matin. Europe 1 matin, il est 8h12. Votre invité ce matin, Jacques Serret, est Jérémy Bacchi, sénateur parti communiste des Bouches-du-Rhône. Bonjour Jérémy Bacchi.
Bonjour. On l'a appris hier, Mehdi Laribi, surnommé TIC, présenté comme l'un des fondateurs de la DZ, mafia organisation originaire des quartiers nord de Marseille, a été interpellé le 20 juillet dernier en Algérie. Mais il n'est pas incarcéré, il a été placé simplement sous contrôle judiciaire. Est-ce que vous le regrettez ?
Déjà, je me félicite qu'il ait pu avoir une arrestation. Ça fait de nombreux mois, depuis même de nombreuses années, qu'on indique qu'il est aujourd'hui en Algérie. Et lorsqu'on voit les ravages que fait la DZ mafia, et plus largement l'ensemble des organisations mafieuses liées au narcotrafic, je considère que l'arrestation est une bonne chose. Il n'est effectivement pas incarcéré, il est aujourd'hui sous contrôle judiciaire. Et je crois que ça nécessite que nous ayons, et on a eu un débat ces derniers mois, ces dernières années, sur la coopération, notamment avec l'Algérie, mais on pourrait parler plus largement de la coopération internationale.
Je crois qu'il faut qu'on intensifie les discussions et les dialogues avec l'Algérie, pour réfléchir soit à son extradition, même si on sait que c'est compliqué parce qu'il a la double nationalité, soit pour qu'il puisse y avoir un procès et qu'il réponde de ses crimes à minima en Algérie.
Mais lorsque l'on voit, par exemple, que le journaliste français Christophe Gleize est derrière les barreaux, qu'en parallèle ce trafiquant de drogue est simplement sous contrôle judiciaire, j'imagine que ça vous interpelle ?
Évidemment, mais je crois qu'aujourd'hui on a la possibilité d'aller plus loin, y compris sur l'idée qu'il faille un procès pour qu'il puisse répondre de ses crimes, mais à la fois s'il a commis des crimes ou délits en Algérie, mais aussi pour les crimes, bien évidemment, qu'il a commis sur le territoire national français au cours des dernières années. En tout cas, c'est une avancée qui est plutôt une avancée positive, même si les observateurs un peu avisés semblaient dire que ces derniers mois, ces dernières années, il était un peu en retrait de l'organisation, en tout cas que ce n'était plus lui qui tirait directement les ficelles de l'organisation des aides mafias.
En tout cas, c'est un signal positif, c'est que même à l'étranger, même dans des pays que certains narcotrafiquants considéraient comme totalement sûrs, je pense à l'Algérie, je pense peut-être à un certain nombre de pays des Émirats, à Dubaï notamment, aujourd'hui, personne n'est à l'abri totalement des répercussions judiciaires, et c'est quand même un signal positif qui est envoyé.
Jérémy Baky, je rappelle que vous êtes sénateur parti communiste des Bouches-du-Rhône. Est-ce que vous croyez véritablement un tournant dans nos relations diplomatiques avec l'Algérie ?
Moi, en tout cas, je ne sais pas s'il y a aujourd'hui un tournant ou pas, je crois, en tout cas, et j'appelle de mes voeux, à ce qu'il y ait une reprise des discussions, des dialogues.
Vous faisiez état tout à l'heure du journaliste incarcéré en Algérie, je crois qu'il faut qu'il soit libéré, évidemment, extrêmement rapidement, mais au-delà de ça, sur tous les volets diplomatiques, je crois que c'est important, on voit par rapport à l'arrestation d'un des responsables de la DZMafia, je crois, en tout cas, c'est comme ça que je vois les choses, que quand on a des difficultés avec un pays, que ce soit l'Algérie ou un autre pays, on a plutôt intérêt à intensifier le dialogue, même si c'est un dialogue parfois viril, parfois compliqué, plutôt que se tourner le dos et faire comme si l'un et l'autre n'existaient pas, parce que ça pose des problèmes, et on le voit aujourd'hui sur un certain nombre de dossiers, de sujets qui nous arriveront en face, comme c'est le cas aujourd'hui.
Donc, oui, j'appelle de mes voeux à une reprise du dialogue, ce qui ne veut pas dire que ce dialogue ne doit pas être exigeant, je crois qu'il doit l'être, on doit avoir des exigences, des lignes rouges, mais il faut une reprise du dialogue.
Vous êtes un sénateur communiste qui réclame davantage de police, de justice, de douane, de fermeté contre les organisations criminelles. Est-ce que le parti communiste a changé sur les questions de sécurité ? Parce que, je vous pose la question, est-ce que la gauche, au fond, a perdu du temps en présentant trop souvent le narcotrafic comme un problème uniquement social ?
Je ne sais pas, moi j'ai lancé il y a deux ans un appel qui s'appelait l'Appel de Marseille, qui a été repris dans la France entière, puisqu'il a été décliné à Nîmes, à Nantes, dans un certain nombre de villes. Plus de 20 000 personnes ont signé cet appel, et notamment des forts citoyens, des habitants des quartiers nord de Marseille. Cet appel, que disait-il ? Il disait, nous avons besoin de plus de moyens, à la fois pour l'investigation, vous le disiez, mais pour les moyens de douane également, pour la remontée des filières et lutter contre le narcotrafic.
Moi, je crois, au contraire, que quand on est de gauche, on doit assurer aux plus démunis, assurer à celles et ceux qui ont le moins de moyens, la tranquillité publique et le droit de vivre dignement dans notre pays. Et donc, je crois que ça, c'est une valeur cardinale de la gauche. Et donc, j'assume pleinement avoir mené ce combat et continuer à mener ce combat pour la tranquillité publique, sur l'ensemble de notre territoire, et notamment pour celles et ceux qui sont le plus fragilisés. Et je crois que la gauche a perdu du temps, ou une partie de la gauche a perdu du temps, avec une vision parfois caricaturale de ce qui se passait. Dire cela, ça ne veut pas dire qu'on ne veut que cela.
Moi, je le dis très clairement, j'habite Marseille, je crois que nous avons besoin aussi d'avoir une industrie renouvelée qui permette à un certain nombre de jeunes d'avoir d'autres issues que le narcotrafic, permettre l'insertion professionnelle et mener une vraie lutte sur tous les fronts contre le narcotrafic, à la fois sur le plan judiciaire, mais à la fois aussi sur le plan de l'intégration par le travail dans notre société. C'est important.
Jérémy Baki, j'aimerais parler maintenant avec vous de la campagne présidentielle. Alors, le 40e congrès du Parti communiste s'est tenu début juillet à Lille. Fabien Roussel a été réélu, très largement secrétaire national, avec un peu plus de 70% des voix. Les militants vont désormais devoir se prononcer début septembre sur la stratégie présidentielle, sur une candidature communiste. Vous souhaitez que Fabien Roussel soit candidat. À quoi servirait, au fond, une nouvelle candidature communiste et une candidature de témoignage ?
Non, non, au contraire, je crois que c'est une candidature qui permettra à la gauche de renouer avec ses valeurs historiques. Je dis ça, pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, qu'est-ce qui se définit dans le paysage pour l'élection présidentielle ? Une candidature déjà annoncée, celle de Jean-Luc Mélenchon et de la France insoumise, et de l'autre côté, une candidature issue plutôt de la social-démocratie. On ne sait pas encore si ça sera François Hollande ou Raphaël Glucksmann.
Mais en réalité, la majorité des gens de gauche que je rencontre, et j'en rencontre beaucoup, vous le savez, expriment à la fois un désarroi, à savoir pas la social-démocratie telle que nous l'avons connue, la social-démocratie qui avait d'ailleurs empêché François Hollande de se représenter, tellement elle était décriée, ni une gauche qui est parfois, par certains, qualifiée de gauche de l'outrance, qui pourrait être incarnée par Jean-Luc Mélenchon. Au contraire, je crois que la candidature est bien en fait.
Mais aujourd'hui, c'est cette gauche de l'outrance qui, à gauche, est en tête dans les sondages. Vous nous dites ce matin, jamais, au grand jamais, le PC ne rejoindra Jean-Luc Mélenchon ?
Ce que je suis en train de dire, c'est qu'aujourd'hui, il y a des mécanismes de vote utile ou de « je vais voter pour un tel ou un tel parce qu'il faut empêcher l'extrême droite ou le RN d'être au second tour », alors que profondément, le peuple de gauche souhaite un projet à la fois républicain, laïc, qui soit un projet de gauche sociale, et je crois que Fabien Roussel et le Parti communiste peuvent incarner cette troisième voie qui pourrait fédérer la gauche plutôt que de l'activer. Notre objectif, c'est de rassembler, de rassembler très largement à gauche, mais plus largement, de rassembler les Françaises et les Français.
On voit bien le clivage qu'il existe dans ce pays, entre les villes et les campagnes, entre les Français eux-mêmes, et je crois que Fabien Roussel a la capacité de pouvoir rassembler très largement le peuple de gauche, mais plus largement les Françaises et les Français.
Merci Jérémy Bacchi, je rappelle que vous êtes sénateur Parti communiste des Bouches-du-Rhône. Bonne journée à vous.
Bonne journée.
Jérémy Bacchi