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Podcast / conversationFrance Culture — L'Esprit public (sur Site radio)· 3 janvier 2021 27 minContradictoireActualité / polémiqueEurope & internationalNumériqueInstitutions & élections

Monde : ces pays qui feront 2021

Au micro : Émilie AubrySource d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 3:40OuverteRéponse directe

    Est-ce que l'accord UE-Chine est une victoire diplomatique ?

  • 4:00OuverteRéponse directe

    C'était vraiment une volonté allemande de mener à bout cet accord ?

  • 5:53RelanceRéponse directe

    Est-ce que les Européens et l'Allemagne trouvent la bonne relation avec la Chine ?

  • 13:47OuverteRéponse directe

    Xi Jinping sort-il renforcé de la pandémie ?

  • 17:57OuverteRéponse directe

    Joe Biden va-t-il faire de l'America first et négliger la Chine et l'Europe ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 4:36PrésentateurChiffre
    « Un produit sur 12 vendus dans le monde est allemand. Un produit sur 30 est français. »

Temps de parole

  • Présentateur26 %
  • Locuteur non identifié25 %
  • Locuteur non identifié 222 %
  • Locuteur non identifié 313 %
  • Locuteur non identifié 412 %

0,4 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:04
Présentateur

France Culture, l'esprit public, Émilie Aubry.

0:08
Locuteur non identifié

Je connais beaucoup de jeunes qui, jeudi soir à minuit, auraient aimé vivre à Wuhan. Berceau de la pandémie, la ville chinoise, jeudi soir, montrait ses rues bondées, une foule masquée mais joyeuse, qui pouvait faire ce que nous ne faisons plus, la fête. Nouvelle manifestation d'une Chine qui semble tirer d'affaires, avec un Xi Jinping que beaucoup d'experts donnent renforcés par les crises de 2020, ayant tiré le meilleur parti de la pandémie, ayant mis au pas Hong Kong, et venant de signer un accord global sur les investissements avec l'Union Européenne, offrant ainsi à la Chine une belle victoire diplomatique avec peu de contrepartie.

Fin d'année nettement moins festive pour Donald Trump, plus que 17 jours à la Maison Blanche et un congrès qu'il a humilié avant-hier en contournant le veto qu'il avait mis sur le budget militaire. Ses recours en fraude ont tous été rejetés et il a dû accepter un plan de relance qu'il disait pourtant refuser de signer. A charge maintenant pour le duo Biden-Harris de ne pas décevoir dans les mois à venir une Amérique épuisée par 4 ans de Trumpitude.

En attendant, Joe Biden a adressé ses voeux à la télévision en compagnie non pas de sa vice-présidente, mais de son épouse Jill, un futur couple présidentiel aux cheveux blancs, parfaitement à l'aise dans le rôle déjà bien défini de parents rassurants d'une Amérique en mal de douceur. Enfin, en Allemagne, c'était jeudi le dernier discours d'Angela Merkel aux Allemands, puisqu'après 15 ans au pouvoir, la chancelière va céder la place. Tonalité grave, nous n'en avons pas fini avec le virus, mais volonté de donner un horizon à la population, mais aussi à celui ou celle qui aura la lourde tâche de remplacer dans neuf mois l'inoxydable chancelière.

1:50
Invité

Laissez-moi pour terminer en vous disant quelque chose de plus personnel. Dans neuf mois auront lieu les élections du Bundestag, auxquelles je ne me représenterai pas. C'est donc la dernière fois que je peux vous adresser mes voeux pour la nouvelle année en tant que chancelière. Je ne crois pas exagérer en vous disant qu'au cours des 15 dernières années, aucune n'a été aussi difficile que celle-ci.

2:19
Locuteur non identifié

Thomas Gomart, en 2021, l'Allemagne dira au revoir à Angela Merkel. Est-ce qu'aujourd'hui, cette puissance allemande qu'on vante sans cesse dans cette émission, notamment, se nomme Angela Merkel ou la précède-t-elle ?

2:31
Présentateur

Je pense qu'Angela Merkel est un élément absolument central de la puissance allemande telle que nous la connaissons. Songez qu'elle aura connu quatre présidents de la République, sept premiers ministres français. Donc, elle a l'avantage de la stabilité. Au-delà de cet aspect, je crois que ce qui est frappant avec Angela Merkel, c'est quand on regarde le bilan, et le dernier trimestre de ce point de vue-là a été très important, parce que c'était la fin de la présidence allemande de l'Union européenne.

Mais ça a été moins noté, c'était également la fin du mandat de l'Allemagne au Conseil de sécurité, qui a été également utilisé pour promouvoir la vision du multilatéralisme par l'Allemagne, mais surtout ses intérêts. Et moi, ce qui me frappe à l'heure du bilan, c'est l'équidistance que l'Allemagne arrive à trouver entre Pékin et Washington, qui fait de l'Allemagne, effectivement, je dirais, le carrefour de la mondialisation, et qui donne à l'Europe, et en particulier par voie de conséquence à la France, le la sur le positionnement international. Je m'explique. L'accord que vous mentionnez dans votre introduction est une victoire diplomatique...

3:46
Locuteur non identifié

Entre la Chine et l'Union européenne, sur des investissements ?

3:49
Présentateur

Voilà, sur des investissements, c'est une négociation qui a commencé en 2013, et qui a été conclue au pas de charge, précisément pour bénéficier de la présidence allemande de l'Union européenne.

4:00
Locuteur non identifié

C'est-à-dire que c'était vraiment une volonté allemande de mener à bout cet accord ?

4:02
Présentateur

C'était une volonté du patronat allemand et des milieux d'affaires allemands de continuer à avoir une relation très construite et productive avec la Chine. C'est du côté français une volonté d'arriver à faire en sorte que, quand on parle désormais de la Chine, on le fasse en franco-allemand pour avoir plus de poids que si on parlait uniquement d'un point de vue France-Chine. Donc vous avez ça d'un côté qui, à mon avis, traduit la volonté de l'Allemagne de poursuivre sur son modèle d'exportation. Je rappelle qu'un produit sur 12 vendus dans le monde est allemand. Un produit sur 30 est français. Donc ça montre bien la différence de modèle.

Et puis, dans le même temps, vous avez le fait que la tension était très forte entre l'administration Trump et la chancelière Merkel, qu'il y a une préparation très active aujourd'hui de l'Allemagne, de la présidence Biden, et que sur les questions, je dirais, transatlantiques classiques, et là aussi peut-être au détriment de ce que Paris attendait, il y a une reconfirmation de la vieille position allemande, qui est tout commence et finit par l'OTAN.

On a eu, comme vous le savez, un exercice provoqué par les déclarations présidentielles sur la mort cérébrale de l'OTAN, qui s'est fini par un rapport, où au fond, la conclusion formulée par le secrétaire général de l'OTAN, consistant à dire qu'il ne peut pas y avoir de défense européenne en dehors de l'OTAN, est parfaitement la conclusion allemande. Et je trouve que ça traduit bien cette équidistance, ce qu'a réussi Angela Merkel, c'est-à-dire d'arriver à la fois à concilier Pékin et Washington. La question est, est-ce que son successeur arrivera à le faire ?

5:53
Locuteur non identifié

On va y revenir. Est-ce que c'est aussi évident que c'est là qu'il fallait parler de réussite avec cet accord, Dominique Reynier ? Je sais que vous vouliez, ce matin, nous parler de la Chine. Cet accord conclu entre Pékin et les Européens est censé, on va expliquer aux gens qui nous écoutent, permettre davantage aux investisseurs européens d'aller vers le marché chinois, mais il y a aussi beaucoup de commentateurs ou d'experts qui disent qu'en fait, Pékin n'ouvre pas tant que cela le marché chinois, que cet accord se fasse en contrepartie, évidemment sur les droits de l'homme, sur les valeurs.

Est-ce que réellement, les Européens et l'Allemagne sont en train de trouver la bonne relation, les bonnes modalités de relation à avoir avec la Chine de Xi Jinping ? C'est vrai qu'on peut en douter, parce que le texte ratifié, je crois que chacun le reconnaît, n'engage à rien. Ça engage la Chine à engager des efforts pour s'engager vers la ratification. C'est à peu près de cet ordre-là. Donc il n'y a pas de résultat dont on pourrait se prévaloir.

Vous l'avez dit, s'agissant de Hong Kong, qui va en 2021 cesser d'être un pays libre, la situation des Ouïghours et le travail forcé, nous n'avons pas obtenu l'engagement de la Chine à ne pas recourir aux Ouïghours, les musulmans chinois qui sont internés, persécutés pour le travail forcé, qui produisent ensuite des biens de consommation que nous importons, la situation des chrétiens, la situation des dissidents. Je ne veux pas être trop long, mais je veux quand même me rappeler que, parce que tout à l'heure vous avez dit, Émilie Aubry, vous relatiez des personnes qui regrettaient de ne pas être à Wuhan pour fêter la nouvelle année.

Enfin ça c'est une pensée qui quand même frappe par son inconséquence. Il y a beaucoup de jeunes, pardon je m'explique, beaucoup de jeunes qui n'ayant pas forcément de culture géopédique, regardant ces images, constatent juste qu'aujourd'hui la joine à Chinoise, qui s'exprimait beaucoup, on a été inondé d'ailleurs d'images, de propagande, voit des jeunes faire la fête, certains sans masque, et ont le sentiment qu'ils vivent dans un vieux monde où on ne sort pas, on ne sait pas sortir d'un virus.

Alors moi ce qui me frappe, c'est important d'évoquer ça, ce qui me frappe c'est que là ce sont des images dont personne ne fait l'analyse, je ne dis pas à vous, mais l'impact de ces images ne nous amène pas à dire comme devant des images que produisent les démocraties, est-ce que tout ça est bien vrai, est-ce que tout ça est exactement comme ça, donc là on a une capacité à absorber la nouvelle parce qu'elle apparaît belle, ne serait-ce que sur les chiffres, il apparaît aujourd'hui que le nombre de personnes infectées à Wuhan n'a pas été 50 000, comme le dit le bilan officiel, mais 480 000 pour la ville de Wuhan.

Donc les chiffres chinois dans tous les domaines sont vraiment plus que discutables. Et puis si on a su se plaindre ici, parfois pour des raisons compréhensibles, parfois de manière un peu étonnante ou excessive, du confinement, du caractère autoritaire entre guillemets, du pouvoir républicain dans la lutte contre la pandémie, alors qu'est-ce que c'est que de vivre en Chine aujourd'hui ? Enfin il y a une espèce d'inconséquence qui est inquiétante parce que comme si on perdait de vue ce que représente aujourd'hui dans nos vies, chaque jour, chaque instant, la démocratie et les valeurs démocratiques.

Nous qui n'aimons pas être surveillés électroniquement, filmés dans les rues, nous n'aimerions pas avoir un fichier génétique avec tous les Français. Il y en existe en Chine, donc avec le code génétique de tous les Chinois. Et on pourrait allonger la liste. Voilà, je veux aussi rappeler que Lili Wang Liang, l'ophtalmologue de 34 ans, qui est le premier à avoir l'arrêté ses collègues à Wuhan, a été ensuite embêté par la police pour diffusion de fausses rumeurs. Il est mort du Covid à 34 ans, dans des conditions qui sont, d'ailleurs ce que rapportait l'AFP, troubles.

Et puis aussi parce qu'on ne peut pas oublier de le dire, la journaliste Zhang Zhang, journaliste citoyenne de 37 ans, qui a diffusé des vidéos sur la situation chaotique des hôpitaux à Wuhan pendant la pandémie, elle vient d'être condamnée à 4 ans de prison. Donc c'est tout cela. Et si on dit que Xi Jinping sort renforcé, moi cet énoncé me pose problème. Il est le président à vie, l'homme qui a tous les pouvoirs sur toutes les institutions, sur tous les journalistes, sur l'armée, sur tout, absolument tout. Il est le président à vie d'un pays sans élections compétitives. Donc c'est difficile de ne pas sortir renforcé d'un système comme celui-là.

Et puis, tout de même, ajoutons, parce que ça c'est un sujet pour nous tous, ça va être un grand sujet quand même, Il y a une espèce de défi lancé au monde démocratique dans cette manière de gouverner la Chine, très clairement, ça n'est pas notre modèle que la Chine veut rejoindre. Et donc tout ce qui fait l'accroissement de la richesse chinoise doit nous interroger sur la puissance que nous sommes en train de nourrir. C'est la question, je pense, que les Européens devront discuter avec Joe Biden. C'est le débat de 2021, l'un des grands, immenses débats, en effet, Aurélie Filippetti.

Alors franchement, dans le monde, cette semaine, analyser qu'au fond, dans cette relation qu'on va devoir envisager ou imaginer avec la Chine, il y a l'équation des trois C, coopération, compétition, confrontation. Et confrontation, bien sûr, d'image et de valeur, comme le disait à l'instant Dominique Régnier. Comment pourrons-nous, nous autres démocrates occidentaux, être à la hauteur dans cette confrontation-là ? En ne reniant pas nos principes et en étant le plus unis et le plus solidaires possible entre pays européens, animés justement par ces mêmes principes. Et je partage totalement ce qu'a dit Dominique Régnier sur la situation des droits de l'homme en Chine.

L'accord qui a été signé par l'Union européenne ne prévoit quand même que finalement un engagement non contraignant de la Chine en matière de lutte contre le travail forcé. Et on sait très bien ce que cela veut dire, en l'occurrence, face à un pouvoir aussi autoritaire que celui de Xi Jinping.

C'est-à-dire que malgré la mobilisation très importante qu'il y a eu sur la question des Ouïghours, et je veux saluer le travail de Raphaël Luxman, notamment au Parlement européen là-dessus, mais malgré cette mobilisation, malgré la prise de conscience par l'opinion publique européenne de cette tragédie que vivent les Ouïghours, et notamment le travail forcé pour alimenter un certain nombre d'entreprises occidentales. On a parlé de Nike, on a parlé de Zara, etc. Mais malgré cela, finalement, dans cet accord, c'est un engagement non contraignant, autant dire quasiment rien. Donc il faut sortir de la naïveté vis-à-vis de la Chine.

Je pense qu'évidemment, dans la déclaration des chefs d'entreprise allemands, qui avaient, en 2019, qui a un petit peu été la source d'inspiration d'Angela Merkel sur cet accord, il y a aussi la prise de conscience qu'en termes de transfert de technologie, évidemment, pour les Chinois, l'enjeu, c'est de devenir totalement autonome d'ici 2030, dans un certain nombre de secteurs stratégiques qu'ils ont définis, comme l'aéronautique, la recherche spatiale, etc., dans certains secteurs de la santé. Et donc, pour les entreprises européennes, et pour les entreprises allemandes qui font énormément d'échanges commerciaux, évidemment, avec la Chine, c'est absolument stratégique.

Christine Ockrent, puis ensuite Thomas Gomart. En rebond à ce que disaient, à l'instant, Héroïli Philippité et Dominique Reynier, et on voudrait pouvoir dire que Xi Jinping ne sort pas renforcée de cette période pandémique de l'année 2020. Mais comment lutter contre cette guerre d'image ? Je l'évoquais tout à l'heure. Comment ne pas acter le fait que l'Union européenne signe des accords, en effet, peu contraignants avec Pékin aujourd'hui ? Quelle est aujourd'hui la solution pour que le camp démocrate occidental se remusque ? Est-ce que cette solution, au fond, elle s'appelle Joe Biden ? On aimerait le croire, mais non. Bien sûr que non. La solution, c'est l'Europe.

La solution, c'est nous-mêmes. Enfin, arrêtons de penser qu'il y a un grand-oncle Sam qui, véritablement, a le physique de l'emploi, cette fois, ce côté rassurant, une dentition parfaite, un éclat de sincérité dans ses yeux bleus. Je vous sens l'irrigue. Les États-Unis, les États-Unis de Joe Biden, vont d'abord se préoccuper des États-Unis. Et il faut bien voir que ce pays qui représente 4% de la population mondiale et qui compte à ce jour, et ça va augmenter, 20% des morts dues à la pandémie, est un pays pantelon, avec un fracas social dont on n'a pas idée en Europe. Joe Biden, et les jours qui viennent à commencer par aujourd'hui, c'est aujourd'hui que le nouveau congrès prête serment.

Les deux chambres réunies. Le mardi, 5 janvier, il y a ces élections cruciales en Géorgie, où l'on saura si, oui ou non, Joe Biden aura les mains entravées par un Sénat qui reste à majorité républicaine. Le 6 janvier, on verra si Donald Trump réussit son dernier coup d'esbrouf, puisque, selon, là aussi, une tradition ancienne, tous les sénateurs et députés, dans une session conjointe, qui sera en plus conduite par le vice-président Mike Pence, peuvent encore contester les résultats de ces élections. Enfin, on est vraiment dans un espèce de récit de fou. À partir de là, c'est à nous, Européens, de prendre en compte nos propres priorités.

Moi, j'ai été très frappée, pour compléter ce que disait Thomas Gomart tout à l'heure, par la mise en garde, qui n'a pas été suivie d'effet au niveau européen, de Jake Sullivan, qui va être le futur conseiller à la Sécurité nationale, et qui a dit, avant la signature de cet accord commercial Chine-Union européenne, « Ah, il faudrait des consultations préalables, sous-entendu, attendez que nous soyons en fonction, et qu'on puisse, évidemment, non seulement donner notre avis, mais en gros, vous dire ce qu'il faut faire.

» Donc, je crois que, là aussi, et c'est l'une des très nombreuses leçons de cette pandémie, c'est que, et de cette période absolument chaotique de l'histoire politique et sociale américaine, je crois que les Américains vont se préoccuper d'abord des Américains. Joe Biden, selon la tradition, aura les 100 premiers jours de son mandat, plus ou moins entravés, encore une fois, en fonction de cette élection de mardi, et il voudra, c'est en tout cas son premier projet, que 100 millions d'Américains soient vaccinés pendant ces 100 premiers jours. Donc, on voit bien l'échelle des priorités.

Et pour en revenir à ma remarque initiale, c'est à nous autres, les Européens, de continuer sur la lancée de l'été dernier et surtout mettre véritablement en branle ce plan de relance qui a été arraché européen, oui. qui sera mis en oeuvre par la nouvelle présidence portugaise de l'Union Européenne. Thomas Gomar, est-ce que vous partagez cette analyse de Christine O'Kren qu'au fond, Joe Biden, ces prochaines semaines, va faire de l'América first et ne va pas forcément ou nécessairement ou prioritairement se soucier ni de la relation avec la Chine de Xi Jinping ni de plus de coopération avec les Européens ?

18:14
Présentateur

Très certainement. Peut-être une addition, c'est que faire de l'América first, ça implique de repenser la relation à la Chine. C'est ça qui va être central à mon avis en termes de politique internationale pour l'administration Biden. C'était déjà le cas sur Obama et même à certains égards sous bouche. sauf que ce cours-là a été détourné par les événements du Moyen-Orient. Moi, ce qui me frappe si vous voulez par rapport à cette discussion sur le renforcement de Xi Jinping, c'est au-delà de la personne et effectivement du système qui permet ça, qui montre d'ailleurs l'efficacité par rapport à un système comme la Russie.

C'est très intéressant de voir comment la Russie disparaît de l'horizon en cette fin de 2020, début 2021. Mais ça traduit quand même le fait que ce qui s'est passé au cours des deux dernières décennies, c'est que la Chine a pris la deuxième place sur la scène internationale à l'Union Européenne et semble très capable de prendre la première place à beaucoup plus brève échéance que prévu au détriment des Etats-Unis. Et ça, c'est indépendamment de la personne de Xi Jinping. C'est ce qui me frappe et cette accélération a été amplifiée par la crise sanitaire, est amplifiée par la crise sanitaire.

Le deuxième élément, c'est que sur les trois C que vous évoquiez, celui de confrontation, je ne pense pas qu'on puisse se limiter uniquement à une question de valeur ou d'image. C'est-à-dire qu'il y a aussi dans l'attitude chinoise des formes d'agressivité très classiques, territoriales. On le voit en mer de Chine. Vous avez mentionné Hong Kong qui est complètement mis au pas. Donc, c'est la fin du principe un pays de système. Ça se voit également dans les accrochages militaires avec l'Inde. Et ça se voit, je pense que nous devrions, nous, Européens, suivre très attentivement la situation de l'Australie qui est, d'une certaine manière, mise à l'amende de manière très systématique par Pékin.

Et ça, c'est annonciateur d'un comportement qui pourra s'observer à l'encontre de pays européens à brève échéance. Et dernier point, il y a quand même une chose qu'on observe simultanément aux Etats-Unis et en Chine et qui, à mon avis, est la grande question politique à la fois de politique internationale et d'organisation politique au sens le plus classique du terme, c'est le rapport aux plateformes.

Vous avez probablement noté que Jack Ma, le fondateur d'Alibaba, est entré dans une période de très forte turbulence personnelle qui n'est pas sans rappeler au fond en Chine ce qu'on observe également aux Etats-Unis pour le dire très rapidement le fait que le politique, l'autorité politique se soucie en Chine comme aux Etats-Unis de la puissance probablement disproportionnée prise par les grandes plateformes numériques. Et ça, je pense que c'est un trait commun qui va être à observer très attentivement dans les prochaines années.

21:02
Locuteur non identifié

Une mainmise étatique du capitalisme.

21:05
Présentateur

En Chine, c'est tout à fait clair mais c'est-à-dire que l'indépendance acquise par ces plateformes et des personnalités très éloquentes comme Jack Ma sont mises au pas parce que, tout simplement, leur puissance financière est devenue trop importante dans un cadre comme celui de la Chine. et ça s'observe également aux Etats-Unis où vous avez ce rapport du Sénat sur lequel travaille l'équipe Biden sur la manière dont les GAFAM sont en train aux yeux de ce rapport d'affaiblir l'entrepreneuriat, l'innovation et que leur situation de monopole devient un problème. Et de ce point de vue-là, je finirai là-dessus, c'est effectivement encourageant pour l'Europe.

Je pense que les dispositions annoncées notamment par Thierry Breton vont dans le bon sens. C'est-à-dire que l'Europe essaie de se doter d'instruments juridiques pour réguler ces plateformes principalement américaines parce que le lien transatlantique est ce qu'il est mais de main chinoise.

22:02
Locuteur non identifié

Pour conclure cette émission, Dominique Reynier, est-ce que vous diriez qu'au fond, ces prochains mois, en 2021, on va assister à un nouveau visage, un nouveau temps de la mondialisation plus régionale comme le disait l'infraction que je citais tout à l'heure, c'est-à-dire définitivement centré sur trois régions Amérique, Chine, Union européenne, nouveau visage de la mondialisation plus régional, plus étatique et plus numérique ? Alors plus numérique, moi je dirais que oui parce que c'est même ça, c'est une des caractéristiques, une des matrices de la globalisation. Moi je fais la différence sans être...

On parle de temps là-dessus, mais je fais la différence entre mondialisation et globalisation par le numérique précisément qui nous encastre tous dans un collectif commun, un espace public universel qui d'ailleurs m'amène à...

Si vous me permettez à ajouter un petit commentaire de ce que disait Thomas Gomart à l'instant et qui fait aussi lien avec ce que disait Christine Ocreinte comme quoi la conversation je trouve suit un cours que j'espère est jugé utile parce qu'on avait bien cet élément-là, c'est-à-dire que oui l'Europe doit compter sur elle-même, effectivement aux Etats-Unis et en Chine on comprend que les big tech, ces plateformes ont trop de pouvoir et on ne peut pas le tolérer donc les Européens ont des idées pour réguler les plateformes américaines en Europe mais on n'a pas encore d'idées pour avoir des plateformes européennes et il n'est pas possible il est contradictoire de vouloir jouer un rôle dans la globalisation aujourd'hui et demain si on est Européen sans plateforme numérique européenne ça c'est contradictoire et je rappellerai parce qu'on a évoqué la Russie qui en effet disparaît je suis d'accord avec ça du radar de l'histoire à une capacité de nuisance qui a été récemment encore démontrée en piratant aux Etats-Unis notamment Microsoft et donc toutes les applications d'entreprises et d'agences qui utilisent Microsoft pour à peu près tout le monde donc on a quand même là une espèce de dépendance de la globalisation à l'égard du numérique l'Europe n'y est pas et aussi me semble-t-il moi la montée d'une agressivité à l'égard des démocraties on n'a pas évoqué la Turquie mais le rapprochement entre la Turquie et la Chine est très important puisqu'il a même donné lieu à un traité d'extradition des Chinois ouïghours qui se sont réfugiés en Turquie qui vont être expulsés vers la Chine Erdogan a signé le traité et les liens entre la Russie et la Turquie qui sont connus donc on a quand même quelque chose qui constitue un bloc d'hostilité à l'égard du monde démocratique et c'est pourquoi il me semble moi je ne ferai pas le même pari sur la politique américaine je pense que les Américains parce qu'ils sont devenus plus faibles ont plus besoin que les années précédentes ou les décennies précédentes d'un monde démocratique et notamment de l'Europe il me semble qu'il peut y avoir là un élément mais nous ne serons pas suffisants nous les Européens pour jouer un rôle en tant que tel dans l'espace mondial un dernier mot un dernier mot avec vous Aurélie Philippetti pensez-vous comme Dominique Reynier en effet que ce monde démocratique va se réarmer il y a certains commentateurs qui disent qu'au fond on boude un peu notre plaisir à parler justement de cette Amérique considérablement affaiblie et qu'il faut quand même saluer le retour de Joe Biden à la tête de l'Amérique la fin des Trumpitudes et le retour d'une certaine décence et aussi d'une coopération d'un multilatéralisme qui vont redevenir possibles en 2021 Oui je pense qu'il ne faut pas non plus je dirais pleurer finalement avant de se faire battre c'est-à-dire que pour l'instant on ne peut que se réjouir de l'élection de Joe Biden y compris parce qu'on voit bien que là malgré tout ce qu'a tenté Trump pour nier sa défaite et malgré ses derniers soubresauts là avec le refus d'un certain nombre de sénateurs et de parlementaires de reconnaître la victoire de Biden mais néanmoins les choses sont en train de se mettre en place Biden a mis sur pied une équipe d'ailleurs en matière de relations internationales avec des gens notamment qui sont d'ailleurs qui connaissent très bien l'Union Européenne qui pour certains connaissent très bien la France et sont francophones donc pour l'instant je dirais il faut saluer cette nouvelle ère qui s'ouvre et puis voir comment on va comment on va comment on va pouvoir mais si vous voulez bien me laisser c'est terminé par très rapidement on est très en retard centième anniversaire de la mort de Dante qui est quand même l'un des pères de l'humanisme européen et donc j'espère que l'Union Européenne saluera comme il se doit cet héritage et bien finissons avec Dante en effet merci beaucoup Aurélie Filippetti merci beaucoup à vous quatre d'avoir été nos premiers invités visiteurs du dimanche de l'année 2021 merci à Tom Woodstock qui a préparé avec moi cette émission à Félicie Faugère qui l'a réalisé à la technique aujourd'hui Jacques Azubert tout de suite c'est l'heure de retrouver Caroline Brouet pour les bonnes choses qui nous dit ce que nous allons déguster en 2021 très bonne semaine à tous à l'écoute de France Culture et à dimanche prochain 11h

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