Emmanuel Macron : la dernière marche ?
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Le 14 mai 2027, au plus tard, Emmanuel Macron aura quitté l'Elysée où l'après-Macron semble déjà avoir commencé. Irait-il une ambiance de fin de reine ? Que va-t-il faire pour laisser sa marque, notamment dans les institutions ? Emélie de Montchalin, à la Condécompte, Emmanuel Moulin, à la Banque de France, verrouille-t-il la République ? Pour en parler, nous sommes avec Elisabeth Martichoux. Bonjour Elisabeth, merci d'être là. Éditorialiste politique et Jean-Rémi Baudon. On est ravis de vous accueillir, Jean-Rémi, chef du service politique de France Info, président de l'association de la presse présidentielle. Bonjour à vous.
Bonjour Ariane. Jean-Rémi, on parlait justement de cette dernière année des quinquennats Macron. Quelle est l'ambiance en ce moment à l'Elysée ? On est dans une ambiance fin de reine ? Officiellement non, évidemment. Jamais, jamais aucun président ne se positionne en fin de reine. On voit qu'Emmanuel Macron, et ça c'est de l'observation pure, reste sur certains sujets, notamment beaucoup d'international. Il est très actif à l'international, il voyage énormément. Mais il semble laisser à distance toute l'intendance quotidienne que Sébastien Lecornu gère, comme cet après-midi, avec cette conférence de presse sur la question des prix du carburant.
Officiellement, évidemment, il n'y a pas de fin de reine. La réalité est très concrète. C'est malgré tout, effectivement, des conseillers qui s'en vont. C'est malgré tout une forme d'épuisement aussi, mais qui est peut-être liée aussi à la manière dont le quinquennat a commencé, le deuxième quinquennat en 2022, où le projet n'était pas très clair, où la réélection s'était faite dans un contexte particulier de guerre, avec un projet qui n'a pas été suffisamment porté ou suffisamment clair pour qu'une dynamique se mette en place. Et donc, on est effectivement dans un moment où Emmanuel Macron et ses troupes réfléchissent un peu à l'après. Beaucoup de rumeurs sur ce qu'ils feraient après.
Peut-être qu'on y reviendra. On va y revenir, mais on est quoi ? On est déjà dans les pots de départ, dans les cartons, dans les au revoir ? Pas encore ? Non, pas encore tout à fait quand même. Mais la question, puisque c'est un de nos sujets ce matin, la question du fait d'exfiltrer un secrétaire général de l'Élysée qui n'était pas là depuis très longtemps, rappelons-le, Emmanuel Moulin, mais dit quand même quelque chose aussi de cette tendance actuelle, finalement des uns et des autres, d'essayer de se replacer pour penser à la suite.
D'autant, Elisabeth, que c'est la première fois dans l'histoire de la Ve République qu'un président abordait un second quinquennat, en sachant dès le début que ce serait son dernier, qu'il ne pourrait pas se représenter une troisième fois. C'est lié à un changement de constitution. Il regrettait, d'ailleurs, ça sur TF1, on était en mai 2005, il regrettait d'être, je le cite, le premier président de notre histoire qu'il n'a pas le droit constitutionnellement de se représenter. Ça a changé les choses dans ce dernier quinquennat ? – Oui, en vous écoutant, je pensais à François Hollande.
Alors c'est différent, François Hollande, il a décidé, contrairement à tous les autres, décidé alors qu'il était en situation de le faire, de ne pas se représenter. Rappelez-vous, moi je me souviens, c'était un désert absolu l'Élysée. Il ne restait plus que Gaspard Ganser dans son bureau, dont tout le monde se moquait en disant, mais quel héroïsme ! Ce que je veux dire, c'est que… – Sauf qu'on était six mois avant la fin de son quinquennat. – Oui, ça avait commencé à la fin de l'automne, puisqu'il avait annoncé qu'il renonçait le 1er décembre, effectivement, cinq mois avant.
Oui, Emmanuel Macron, il ne peut pas se représenter, il a pu le regretter, mais il n'insulte pas l'avenir, pour emploier une expression un peu galvaudée, puisqu'il quittera l'Élysée à 49 ans, il y était entré à 39 ans, 49 ans, ça laisse évidemment un avenir politique immense devant lui, quand on sait que Jean-Luc Mélenchon a 74 ans, quatrième candidature, et qu'Emmanuel Macron, il ne peut pas se représenter. Je dirais que ça change, ça, vous disiez, qu'est-ce que ça change ? Ça change que, effectivement, là, ce n'est pas le temps des pots, mais c'est un peu le temps des décorations, quand même. – Oui, beaucoup de décorations. – Des promotions, ça, il y en a.
Après, il va y avoir le temps des pots. Effectivement, la logique du recasage, entre guillemets, c'est un aspect très péjoratif, vous dites fin de règne, c'est une connotation péjorative, fin de règne, mais c'est factuel. Dix ans à l'Élysée, c'est un peu moins que Jacques Chirac qui avait fait un septennat et un quinquennat, c'est moins que François Mitterrand, deux hommes qui étaient dans des situations, évidemment, de grandes vulnérabilités physiques, avant de partir. La spécificité d'Emmanuel Macron, c'est qu'il est en pleine possession de ces moyens, très usés, quand même, par dix ans de règne, on le voit physiquement.
Ils procèdent différemment, je dirais, sur les recasages, et on va en reparler avec Jean-Rémi et vous, mais au début du quinquennat, vous observerez que, par exemple, quand les Mormons ont quitté l'Élysée, il ne les a pas recasés. – Les Mormons, c'était l'entourage historique des Emmanuel Macron. – L'équipe de campagne, Emelien, Sybeth Pelletia, etc., il ne les a pas recasés, ils sont partis. Aujourd'hui, c'est différent, on peut en parler, c'est 50 nuances de gris dans les recasages, il y a effectivement du copinage, il y a de la compétence qu'on veut mettre en valeur, et puis il y a l'idée de perpétuer le macronisme au-delà de son départ de l'Élysée.
– Alors, on va parler des recasages entre guillemets. Emmanuel Macron qui a notamment proposé Emmanuel Moulin pour prendre la tête de la Banque de France. Il passait hier Emmanuel Moulin son grand oral devant le Parlement qui a validé sa nomination, faute des trois cinquièmes nécessaires pour s'y opposer. Devant le Sénat, l'ancien secrétaire général de l'Élysée a pris ses distances avec Emmanuel Macron pour s'afficher en homme libre, on l'écoute.
– Je me tiens donc devant vous en homme libre, en homme du service public, qui sert l'État depuis 30 ans et qui s'engage à exercer ses fonctions en toute indépendance, en toute impartialité, tant à l'égard du pouvoir exécutif que des intérêts privés. Pour veiller à ce que ma candidature ne puisse jamais être entachée d'un quelconque soupçon de conflit d'intérêts, j'ai sollicité la fin de mes fonctions de secrétaire général de la présidence de la République pour me présenter devant votre commission en homme libre et en fonctionnaire au service de l'État. En quittant l'Élysée avant cette audition, j'ai aussi voulu que chacun puisse mesurer ma conviction et ma motivation.
– Jean-Rémi Baudot, il y a une volonté, voire une nécessité, quand on entend les propos d'Emmanuel Moulin, chez les proches d'Emmanuel Macron, finalement, de se détacher de lui, de prendre leur distance. – Non, mais c'est normal, il ne peut pas arriver en disant « je suis le candidat de la Macronie et je serai là pour perpétuer un héritage qu'Emmanuel Macron voudrait, à travers moi, perpétuer comme un rempart à d'autres pouvoirs qui arriveraient derrière ». C'est évidemment pas comme ça que ça peut se passer. – Est-ce que c'est motif de veto au Parlement ? – Oui, évidemment, et puis ce ne serait pas très sain, quand même, disons-le comme ça.
La réalité très concrète, c'est qu'Emmanuel Moulin, c'est un pro, il a des compétences. D'ailleurs, hier, dans les trois heures d'interrogatoire, enfin de consultation, de dédition, pardonnez-moi, ces compétences n'ont pas été remises en question. La question qui se pose, effectivement, c'est celle du copinage, et ça pose la question plus largement du pouvoir de nomination du président de la République. Mickaël Moreau, un journaliste, a sorti un très bon livre qui s'appelle « Sa Majesté nomme », où il décrypte très bien ça et ce pouvoir, ce qu'il appelle ce pouvoir exorbitant du président de la République, qui peut nommer des centaines de personnes.
On ne sait d'ailleurs pas très bien le nombre de personnes qu'Emmanuel Macron est en capacité de nommer, mais il y a des postes clés, des postes où les personnalités qui sont nommées deviennent indéboulonnables pour le bienfait de notre République et de notre démocratie, mais du coup, ça crée un soupçon. Et c'est vrai que sur Emmanuel Moulin, il y a une question de soupçon, parce que le timing interroge. La Banque de France, en réalité, si on le rappelle, la passation aurait dû se passer un peu plus tard. Finalement, ça a été un petit peu accéléré. C'est la même chose qui s'est passée au niveau de la Cour des comptes, quand Pierre Moscovici aurait pu rester beaucoup plus longtemps en poste.
Finalement, c'est Amélie de Montchalin qui prend sa suite. C'est des postes qui sont quasi irrévocables. Je trouve que la question qu'on doit se poser, au-delà du copinage, et évidemment, en réalité, tout le monde a fait ça, c'est ce que Mickaël Moreau raconte dans son livre, en fait, tous les présidents ont fait ça, y compris tous ceux qui ont dit que c'était un scandale avant d'être au pouvoir. Donc, en réalité, il faut quand même, je pense, avoir un petit peu de distance. – Oui, parce qu'on le rappelle, Jacques Chirac, il nomme Jean-Louis Debré au Conseil constitutionnel, qui n'était pas le meilleur ami de Nicolas Sarkozy qui lui a succédé.
Pareil, François Hollande a nommé Laurent Fabius. – Bien sûr, donc ça fait partie du jeu. – Effectivement, ça n'est pas lié à Emmanuel Macron. – Ça fait partie du jeu. Est-ce que c'est ça ? On peut en discuter. La vraie question qu'on aurait se posée, c'est est-ce qu'Emmanuel Macron aurait nommé une autre personne si, par exemple, Édouard Philippe était à 50% déjà dans les sondages ? Est-ce qu'il nomme Emmanuel Moulin parce que le Rassemblement national semble aux portes du pouvoir ? On peut s'interroger, du coup, sur la question de la compétence, et puisque Emmanuel Moulin coche les cases de la compétence, d'une certaine manière, sur cet aspect-là, il n'est pas attaquable.
Néanmoins, effectivement, il ne faut pas être dupe du jeu politique qui se joue à ce moment-là. – Oui, le jeu que tous les présidents ont joué, finalement, Elisabeth. – Oui, vous parliez, M. Ville-Roy de Gallo, prédécesseur, a été nommé par François Hollande à l'époque, et on avait aussi pointé, effectivement, non pas la proximité, mais le fait qu'il n'était pas éloigné politiquement de François Hollande. Dans ces histoires de nomination, si vous voulez, il y a à peu près deux niveaux. Il y a les nominations, au niveau des institutions.
Et puis, il y a les nominations, par exemple, Emmanuel Macron a beaucoup fait pour aider à ce que certains, par exemple, députés qui étaient venus se fracaser sur le mur de sa dissolution, ou des ministres, je pense à Brigitte Bourguignon, par exemple, éphémère, qui avait abandonné des postes pour venir lui donner un coup de main à un moment difficile, et qui, finalement, sont restés peu au gouvernement, et qui ont perdu derrière une élection. Eh bien, ceux-là, il les a aidés. Franchement, est-ce que c'est du copinage ? Moi, je trouve que ça ne me fait pas. – Amélite Montchalin, également, qui était dans cette situation, qui a perdu sa législative. Et ça, c'est la Cour des Comptes.
Je veux dire, c'est un peu le même domaine de décision que la Banque de France. Ce sont des institutions. Donc, c'est un peu différent. Moi, je parle plutôt de tous ces élus... – La Dix-Bois, il n'y a pas de validation par le Parlement à la Cour des Comptes, là où il y en a, la Banque de France. – Mais il y a plein de nominations qui ne passent pas par des validations nécessaires du Parlement. Donc, il a fait beaucoup, ça, Emmanuel Macron. Et moi, honnêtement, le principe de ne pas laisser tomber les gens, ça ne me choque pas. Ça, c'est une chose. Après, il y a une exception qui m'excuse par ailleurs. Christophe Castaner, il avait eu un fromage.
Bon, rappelez-vous, après ces années de dévotion, dévouement au ministère de l'Intérieur, vous pouvez s'interroger sur les compétences sur le poste qu'il avait tué à l'époque. Mais bon, après, il y a les institutions. Il y a Richard Ferrand, Conseil constitutionnel. – Qui passe à une voie près. – Et qui passe à une voie près. Amélie Montchalin, on a dit, effectivement, que la Cour des Comptes. Et puis, Emmanuel Moulin. Emmanuel Moulin, Jean-Rémy l'a dit, il y a de la compétence. Il y a Bercy. Enfin, il a été à Bercy, il a été au Trésor. Il a été secrétaire général de l'Élysée.
Il connaît parfaitement les arcanes de l'État, les processus de décision et les enjeux financiers concernant l'économie française. Je trouve que c'est un bon choix. Voilà. Ensuite, Richard Ferrand… – On va en ficher parce que, Elisabeth, vous avez commencé à énumérer les nominations des proches d'Emmanuel Macron. Il y a effectivement Amélie de Montchalin à la Cour des Comptes, Richard Ferrand au Conseil constitutionnel, Marc Guillaume installé ce matin à la tête du Conseil d'État. Ça, c'est pour les institutions. Hors institutions, il y a aussi notamment Fabien Mandon, le nouveau chef d'État-major des armées, qui là aussi est un proche d'Emmanuel Macron, Jean Castex dans les entreprises.
Jean Castex à la SNCF, Clément Beaune notamment au commissariat et le nouveau président du Louvre, comme l'ancienne, ceci dit, est aussi un proche d'Emmanuel Macron. – Oui, M. Le Ribot, c'est un homme les plus respectés du monde de l'art. Donc, on va aussi essayer de temps en temps, j'ai dit 50 nuances du gris, de temps en temps, il faut voir la compétence derrière. Il n'y a pas meilleur président du Louvre, vous diront tous ceux qui connaissent bien le secteur, que M. Le Ribot. – La question se posera par exemple pour Versailles. – Versailles qui est un enjeu, évidemment, très symbolique, mais absolument, je dirais, symbolique, et stratégique d'un point de vue de la culture.
Et on dit souvent que la personne qui est nommée à Versailles, aussi parce que la résidence de week-end du président de la République est dans le château de Versailles, et donc que c'est forcément quelqu'un qui a la confiance du président de la République, c'est aussi ça, une des clés de cette histoire. Donc ça, on attend, ça fait des mois qu'on attend la nomination de la personne qui succédera à Catherine Pégard, qui est maintenant ministre de la Culture. Bon, effectivement, ça fait partie du jeu. La question de la compétence, quand même, revenons un mot dessus, parce que la Banque de France, ce n'est pas juste un portefeuille symbolique, là, pour le coup.
Emmanuel Moulin, il va devoir, par ailleurs, disons-le, porter le fardeau du mauvais élève France auprès des petits camarades européens au sein de la BCE. C'est lui qui va devoir aller dire, oui, alors on a des très mauvaises finances publiques, on a une dette sociale qui est abyssale et qu'on ne sait pas gérer, et qu'on n'a pas su gérer sous Emmanuel Macron, c'est ça qu'il va aller dire, mais s'il vous plaît, ne nous laissez pas tomber. On est quand même dans cette situation-là. Donc en fait, Emmanuel Moulin, il n'est pas dans une situation très confortable. – Et j'ajouterais que Bruxelles, c'est d'autant plus important si l'URN arrive au pouvoir. – Évidemment.
– Et justement, on va écouter. – Voilà, c'est fondamental. Et là, il y a effectivement une arrière-pensée politique très forte. – Et on va écouter ce matin Jean-Philippe Tanguy, le président du groupe RN à l'Assemblée nationale, voir ce qu'il dit de cette nomination d'Emmanuel Moulin.
– C'est surtout le verrouillage des institutions qui nous inquiète, M. Borchelle. C'est-à-dire qu'on a eu la Cour des comptes, où Mme de Montchalin, très proche et ministre sortante, a été à la Cour des comptes, alors qu'elle est très jeune et qu'elle n'avait pas les compétences et l'indépendance requises, au Conseil d'État, encore un très proche d'Emmanuel Macron. Et maintenant, la Banque de France, qui a quand même des responsabilités sur la prévision, sur l'analyse, sur l'accompagnement des entreprises sur le terrain et des ménages. – Mais ça n'empêche pas de vous guérir ? – Non, mais ça n'empêche pas de vous guérir. – Et surtout, c'est une voie à Bruxelles.
Et vous savez à quel point notre programme a aussi des enjeux de rapports de force, de renégociations d'un certain nombre de normes ou de réglementations européennes. Et la voie de la France à Francfort, à la Banque centrale européenne, elle sera portée par M. Moulin, donc un très proche d'Emmanuel Macron.
– Y a-t-il un verrouillage des institutions de la part d'Emmanuel Macron, comme vous dites ? – En ce qui concerne la Banque de France, oui. Oui, avec, je vous le disais, une visée politique très forte, qui est que si le Rassemblement national, et c'est ce que nous disent les sondages aujourd'hui, arrive au pouvoir dans un an, il y aura des tentatives, effectivement, de négocier ou d'imposer des nouvelles règles financières à Bruxelles. Et en tant que représentant de la Banque de France, garant, effectivement, de la politique financière de la France, eh bien, à ce poste-là, il pourra le faire.
Moi, ça m'amuse un peu de les écouter, Jean-Philippe Tanguy, c'est un homme très respectable, mais si vous voulez, quand on se rappelle leur forme d'admiration, parfois, qu'ils peuvent avoir à l'égard de la gouvernance trumpiste, il n'y a pas plus copinage et, je ne dirai pas le mot, que les pouvoirs populistes. Je veux dire, Trump, il passe son temps, c'est au-delà, c'est d'ailleurs du népotisme institutionnalisé. Donc, si vous voulez, les exemples ou les admirations qu'ils ont pour certains types de gouvernance devraient, à mon avis, les rendre un peu plus modestes par rapport à ça ? – De toute façon, on est dans une pratique monarchique.
C'est évident, c'est codifié, c'est comme ça que ça fonctionne. Ça a été critiqué par tous ceux qui étaient en campagne et à chaque fois, ils n'ont rien changé. Vous citiez Jacques Chirac, il l'a critiqué dans sa campagne de 1995, il n'a rien changé à ce point-là. Je voudrais vous raconter juste une petite anecdote puisque vous avez eu la gentillesse de dire que je présidais de l'association de la presse présidentielle. Il y a quelques mois, on a reçu Pierre Moscovici, à l'époque où il était encore patron de la Cour des comptes.
Et il nous a raconté qu'il aurait pu, ce que je vous disais tout à l'heure, aller beaucoup plus loin parce que pour des questions d'âge, il pouvait rester beaucoup plus loin. Et il nous dit qu'il souhaite partir avant la fin du mandat d'Emmanuel Macron pour que ce soit Emmanuel Macron que, par ailleurs, il ne porte pas beaucoup dans son cœur quand même. Rappelez-vous les bisbis entre les deux hommes dans les 10-15 dernières années. Et donc, lui préférait qu'Emmanuel Macron choisisse son successeur plutôt qu'éventuellement Marine Le Pen, alors que techniquement, en fait, il allait au-delà de 2027.
Donc ça, il nous l'a dit, alors sous le haut sodioff, et je m'excuse de le craquer comme ça, mais ça dit quelque chose de l'état d'esprit global. Alors, certains diront que c'est aussi le système qui se protège, et je pense que c'est au fond ce que veut dire Jean-Philippe Tanguy, que c'est aussi le système qui met en place des anticorps un peu partout pour éviter que le pays éventuellement ne bascule. Et si je fais un parallèle absolument différent, prenez les pays de l'Est, c'est exactement ce qui se passe aujourd'hui quand les libéraux reviennent au pouvoir en Hongrie ou en Pologne.
En fait, leur volonté de réformer à nouveau et de ressortir de pays qui sont passés du côté du populisme, de l'extrême droite, d'une dimension identitaire, quel que soit le mot qu'on y mette, les libéraux aujourd'hui au pouvoir dans les pays de l'Est sont bridés parce que les institutions ont été noyautées de l'intérieur par les précédents. Il y a trop d'anticorps, je rebondis là-dessus ? Non mais juste parce que, avant de vous faire rebondir, Elisabeth, c'était une analyse qui est à lire dans The Economist. Emmanuel Macron multiplie les nominations destinées à protéger les institutions de la France face à l'éventualité d'une victoire de la droite populiste aux présidentielles l'an prochain.
Cette analyse est juste ? C'est d'autant plus juste qu'Emmanuel Macron, il lui sera toujours reproché d'avoir favorisé l'arrivée du RN au pouvoir après avoir promis le contraire, évidemment. Mais même s'il ne l'avait pas promis pour ses adversaires qui sont dans le bloc central et qui se méfient des extrêmes, ça sera toujours à son débit. Donc, il est d'autant plus tenté de placer des anticorps dans l'organisme français que ça lui permet d'amortir le choc d'une politique dont il avait dit qu'il préserverait la France. Donc, voilà. Il y a aussi cette idée de prolongement du macronisme alors qu'il n'a pas été capable d'empêcher l'arrivée de l'extrême au pouvoir.
C'est une réelle inquiétude, ça, à l'Élysée, l'avenir des institutions en cas d'arrivée des extrêmes au pouvoir ? Alors, l'avenir des institutions, je ne saurais pas vous dire. Le fait de devoir éventuellement passer la main, être raccompagné sur le péron, parce que c'est comme ça qu'il faut le prendre, par éventuellement une Marine Le Pen ou un Jordan Bardella, je pense que ça fait faire des cauchemars à quelques personnes du côté du palais de l'Élysée. Ça, c'est une réalité. Parce qu'effectivement, c'est ce qui restera de l'héritage.
On oubliera ce qui aura pu être fait éventuellement sur la question économique qui, par ailleurs, se discute, sur la question de l'emploi qui, par ailleurs, se discute, sur la question... Tous les points qu'Emmanuel Macron aura essayé sur la diplomatie où, par ailleurs, ça se discute, vous voyez, tous les points où Emmanuel Macron essaie de vendre un bilan, tout ça sera balayé si d'aventure, il laissait la main à l'extrême droite. Après, il faut se poser la question, est-ce qu'un Barack Obama, par exemple, ressort complètement lessivé d'avoir passé la main à Trump fut un temps ? – En grande partie.
– En grande partie, mais on voit que dix ans plus tard, son aura a changé, donc c'est peut-être... – Il l'espère, Emmanuel Macron. – Voilà, bon, bref. Oui, alors après, c'est la question d'est-ce qu'Emmanuel Macron imagine revenir un jour ? – Mais avant d'imaginer un retour, le bilan, il reste quand même un an à Emmanuel Macron. Quel est l'enjeu aujourd'hui pour Emmanuel Macron, Elisabeth ? Est-ce que c'est de défendre ce qu'il y a de bon dans son bilan tout en essayant de corriger, en tout cas, ce qu'il peut corriger sur ce qu'il y a de mauvais ?
À Chypre, on était en avril, il disait, ce qui est le plus dur après neuf ans, c'est qu'il faut garder ce que tu as bien fait et essayer d'aller plus loin, mais il faut parfois reprendre des choses que tu as mal faites. – Exactement. Il s'efforce, par exemple, quand il a présenté il y a quelques jours les 150 grands projets industriels. Bon, c'est le constat que de tout ce qu'il n'a pas réussi à faire en neuf ans, et à la fin, il essaye de passer la quatrième pour mettre en œuvre des projets. c'est ce qui l'intéresse. Définitivement, l'économie, l'industrie, c'est ce qui lui correspond le plus.
Mais oui, vous l'avez dit, un, défendre son bilan, mais ça, tous les présidents espèrent, surtout quand vous avez deux anciens premiers ministres qui veulent la rupture avec le macronisme, ce qui est un peu inévitable quand on a un président aussi impopulaire, aussi rejeté par les Français. Donc, oui, défendre son bilan, oui, aller jusqu'au bout, il l'a dit, il redit, c'est un cliché, mais c'est la réalité, il y a des clichés qui sont la réalité, jusqu'au bout, il gouvernera.
Et puis, alors, il a une espèce de, ce n'est pas de la nostalgie, mais d'ambition un peu folle, quand même, qui est de tisser, enfin, ce lien avec les Français, qu'il n'a pas réussi à tisser au long de deux présidences successives. Il se dit qu'à la fin, alors, est-ce que les Français vont le regarder comme il regardait François Hollande à la fin, c'est une forme d'indifférence un peu, un peu, vous savez, il revient, c'est voyant.
rappelez-vous, il faisait des selfies tout le temps, François Hollande, il était ravi, il disait, mais les Français, même encore, non, mais les Français, bon, vous avez une forme d'affection pour ce président qui ne pouvait pas se représenter et qui, finalement, était sympathique. Ce qui est intéressant, c'est qu'il y a plusieurs niveaux.
Il y a à la fois le fait qu'effectivement, il aimerait laisser une bonne image et on le voit aussi dans la manière dont l'Elysée scénarise, notamment les déplacements du président, où, évidemment, il y a tout ce qui est très officiel et puis, il y a toutes les fois où le président essaie de prendre un peu la poudre des scampettes, c'est très Macron dans l'attitude, mais c'est aussi une manière d'essayer d'aller cueillir un peu les gens et d'avoir à la fois des échanges sans filtre, comme on dit, mais c'est aussi une manière d'essayer de ne pas avoir que de l'hostilité parce que quand il sort quelque part, en général, il y a de l'hostilité qui a grandi au gré des années.
La question qui est intéressante aujourd'hui, c'est qu'effectivement, dans son bilan, qu'est-ce qu'on gardera ? Est-ce qu'on gardera son espèce d'activisme sur la scène internationale ? Le fait qu'il a promis de régler la crise au Liban, le fait qu'il a promis de régler des tas de crises qui, en fait, n'ont pas été réglées ? Ou est-ce qu'on se gardera en tête ? Tout à l'heure, je parlais de la dette sociale. Est-ce qu'on se souviendra que finalement, la question des retraites n'a pas été réglée, la question du grand âge n'est pas réglée et n'est même pas adressée, ça n'est pas un sujet ? Alors qu'il avait promis une grande loi de dépendance en 2020. Alors qu'il avait promis de le faire, etc.
Donc, il y a un moment où, vous savez, j'ai rencontré cette semaine là, pour le coup, je ne vais pas raconter qui c'est, mais j'ai rencontré cette semaine quelqu'un qui dirige une grande institution économique et qui me dit il y a un moment où les grands déplacements, les grands sommets, ça va deux minutes, on a un problème de dette sociale et il faut le régler au plus vite et tout le reste n'est que de la gesticulation.
Évidemment, en fait, ce sera aussi le bilan d'Emmanuel Macron et la difficulté qui va y avoir dans les prochains mois, ce sera de vendre positivement le fait qu'on a un système de santé qui est en grande difficulté qui n'a pas été réglé, on a un système de retraite qui n'est pas viable et tout ça, c'est le bilan d'Emmanuel Macron et au bout de 10 ans en pouvoir, on ne peut pas dire oui, mais j'ai eu trois crises. Et est-ce qu'il prépare à l'Élysée, est-ce qu'il prépare aussi des choses pour marquer sa dernière année ?
Il y aura son dernier G7 qui sera en France à Evian mi-juin, on parle d'un 14 juillet un peu XXL aussi que veut faire Emmanuel Macron, il prépare là aussi pour sa dernière année quelques coups d'éclat ? Oui, à travers de l'image, encore une fois, c'est de l'affichage, un très grand 14 juillet, c'est de l'affichage pur. Alors d'accord, on est dans un moment de... c'est l'heure des prédateurs, on est dans le moment où les uns et les autres bombent le torse, où Emmanuel Macron s'affiche à côté de Rafale, où il faut montrer la puissance et parce que c'est peut-être cette espèce de monde viriliste dans lequel on est aujourd'hui et un jeu auquel Emmanuel Macron aime beaucoup se prêter.
La réalité, c'est que aussi le G7, c'est aussi un enjeu de puissance, il avait beaucoup aimé le G7 de Biarritz, je ne suis pas certain que le G7 d'Evian soit la même limonade. Néanmoins, et ce sera par... Dans quel sens ? C'est-à-dire que l'espèce d'insouciance qu'il y avait à Biarritz ne sera pas l'insouciance déviante de toute façon. Mais ce qui est certain, c'est que ce sera fait par coup de communication, d'ailleurs, avec une petite parenthèse, où la presse sera souvent gentiment laissée derrière les potelets et où la communication politique prendra toute la place. Je referme cette parenthèse. Mais c'est à travers ça qu'il imagine, je suppose.
Et à travers aussi le règlement de certaines crises, en tout cas, des avancées qu'il pourrait faire dans certaines crises. Il y a la question du Liban, il y a la question de la coalition des volontaires. Est-ce que là aussi, jusqu'au bout, Emmanuel Macron, il va penser ? Mais la réalité, c'est que je pense qu'on ne peut pas... Je pense qu'on peut mettre un signe égal entre macronisme et volontarisme. Je pense qu'il n'y a pas de débat là-dessus. Mais vous voyez, pour reprendre la question du Liban, quand il arrive sur le port du Liban et qu'il dit je laisse quelques semaines aux Libanais pour faire le ménage, ça fait encore un peu doucement rigoler.
Quel peut être l'après pour Emmanuel Macron ? Vous nous l'avez rappelé, Elisabeth, il est arrivé à l'Élysée, il avait 39 ans, il en part, il a 49 ans en 2032, il n'aura que 54 ans, il peut encore se représenter. Il envisage. Ça pourrait, dans sa tête, être le futur, un retour en 2032 ? Alors, là aussi, c'est un cliché, mais c'est une réalité. La politique, c'est une drogue dure. Quand on a 49 ans, qu'on a exercé dix fois la France, donc, si vous voulez, il y a un double sentiment. Il y a un sentiment de supériorité malgré tous les échecs, quand on a été ce qu'il a été. Grand sentiment d'injustice à l'égard du bilan qui sera fait.
Effectivement, je pense que le déficit de la France, la situation budgétaire catastrophique, c'est ce qui restera quand même d'abord, après, le temps lui rendra justice. Mais, il aura envie de revenir. Comme Sarkozy, comme Hollande, ses prédécesseurs, on a été empêchés par la maladie. Mais c'est comme Valéry Giscard d'Estaing qui est revenu par le bas et qui a toujours eu la nostalgie, évidemment, d'un retour au sommet. Donc, il l'aura. Est-ce qu'il sera en capacité de le faire ? Mais moi, je parie quand même sur un Emmanuel Macron qui fera un petit sas dans une institution et qui reviendra. Il y pense ? Je pense que c'est une manière de tenir tout le monde en tension.
Moi, je pense que c'est une légende que tout le monde se raconte et ça fait plaisir au coin du feu le soir de se raconter ça. Peut-être qu'il y pense. En réalité, je ne le sais pas. Mais je pense que ça maintient tout le monde sous pression, y compris son propre camp. Merci beaucoup. Merci Jean-Rémi Vaudot. Merci Elisabeth Martichoux d'avoir été avec nous ce matin. Merci à tous de nous avoir suivis. Très bonne journée sur Public Sénat. Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat.
Emmanuel Macron