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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 13 avril 2023 26 min

Réforme des retraites, inflation, Ligue des droits de l'Homme... Ce qu'il faut retenir de l'interview de François Ruffin sur franceinfo

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour François Ruffin, vous venez de recevoir un soutien assez inattendu contre la réforme des retraites. Dominique Strauss-Kahn fait la leçon à Emmanuel Macron en listant ses erreurs, timing, méthode, stratégie, exercice du pouvoir du chef de l'État. Tout y passe, vous lui dites merci Dominique ?

0:19
François Ruffin

Je pense qu'il y a quelque chose qui relève de l'ordre de l'évidence. Il y avait déjà eu Jacques Attali comme soutien inattendu, mais dans ce moment que traverse la France, on ne peut pas faire ça aux Français. Je veux dire, il y a eu deux années de crise Covid, les gens en sortent usés, en sortent fatigués. Derrière, il y a la guerre en Ukraine, il y a les prix qui augmentent plus vite que les salaires, il y a les gens qui se demandent comment ils vont payer leurs factures.

Il y a une fracture démocratique qui est quand même profonde dans le pays, qui existe à l'élection d'Emmanuel Macron quand il dit ce vote m'oblige au soir du deuxième tour, qui se déchire encore davantage lors des législatives où on voit qu'il y a trois blocs qui apparaissent, un bloc central libéral qui s'effrite, un bloc de gauche et un bloc d'extrême droite. Dans ce temps-là, décider de rajouter deux ans aux Français, je l'ai dit, moi ça fait six mois que je l'ai dit, c'est une folie. C'est-à-dire, à un autre moment du quinquennat, ça aurait été possible ? En tout cas, je dis la crise Covid comme point de naissance de l'histoire récente.

Un moment où le Président de la République vient dire aux Françaises, aux Travailleuses et aux Travailleurs de la deuxième ligne qu'il y aura pour eux reconnaissance et rémunération. Voilà l'engagement à l'égard des femmes de ménage, des auxiliaires de vie, des charistes, des camionneurs. Vous savez, je rencontrais un gars qui travaille chez Saint-Gobain, dans une verrerie qui est dans des fours à 70 degrés, qui travaille de nuit. Il sait que c'est 10 ans d'espérance de vie en moins. Et on vient lui dire, non seulement tu as ton salaire qui aujourd'hui est rogné par l'inflation, mais en plus tu vas te prendre deux ans de plus. Il n'aura pas la pénibilité ? Non, il n'aura pas la pénibilité.

Pourquoi ? Parce que ce n'est pas compris dans les critères de pénibilité. Parce qu'il y a des moments où ils sortent, ils sont à 25 degrés. Les critères de pénibilité, permettez-moi de le dire, avec mes mots qui sont un peu remplis de colère parce que j'ai vu sur le terrain, c'est de la foutaise. Moi, je rencontre des travailleurs de chez Mersenne, de chez Dallop et ainsi de suite, qui travaillent en 5-8, qui sont dans des conditions très difficiles, sur le terrain des horaires et sur le terrain du rythme de travail et tout ça. Ça n'est pas compris dans les critères de pénibilité. Donc ça, ça ne marche pas. Ça ne marche pas. Et les gens le sentent.

Et vous savez, moi, ce que je vois, ce qui me paraît... Enfin, le dernier truc tragique que je vois, c'est des gens qui, aujourd'hui, sont en inaptitude. Ils ne peuvent plus. Ils vont voir leur médecin du travail qui dit « Voilà, vous êtes en inaptitude ». Il n'y a plus de postes qu'on propose dans l'entreprise. Tout ce qu'on propose, c'est de les mettre dehors. Voilà comment ça se passe concrètement aujourd'hui.

2:32
Invité

François Ruffin, le Conseil constitutionnel doit donner son avis sur la réforme des retraites. Est-ce que cette décision du Conseil constitutionnel, elle s'imposera à tous, peu importe le résultat ?

2:42
François Ruffin

Moi, je ne me place pas sur le terrain juridique et constitutionnel. J'entends des gens qui sont plus compétents que moi, qui disent que passer par un plan de financement rectificatif de la sécurité sociale, ce n'est pas le bon véhicule et que, du coup, là, il y a une faute. Bon, il y a manifestement un bricolage du côté du pouvoir pour passer de cette manière-là. Il y a des tas d'autres biais. Moi, je ne me situe pas sur ce terrain-là. Je me situe sur le terrain de qu'est-ce qui est juste et qu'est-ce qui est injuste. Et je me situe sur un autre terrain, c'est qu'est-ce qui est légitime et qu'est-ce qui n'est pas légitime. Est-ce que le Conseil constitutionnel est légitime ?

La question, il est sans doute légitime pour dire si c'est conforme ou non à la Constitution. Le fait que ça soit conforme ou non à la Constitution, ça ne veut pas dire que c'est bon aujourd'hui pour le pays et que c'est bon pour notre démocratie.

3:22
Présentateur

Ça veut dire que si le Conseil constitutionnel valide la réforme, vous continuerez à manifester ?

3:27
François Ruffin

Il continuera à y avoir une opposition à cette loi qui, de toute façon, dans la durée, sera défaite. Laurent Berger dit qu'on ne va pas continuer pendant six mois. Dans la durée, cette loi sera défaite.

Vous savez, quand, dans la durée, deux tiers des Français disent non à cette réforme, quand les quatre salariés sur cinq, qui sont quand même les premiers concernés, disent non à cette réforme, quand tous les syndicats unis disent non à cette réforme, quand on a une, deux, trois, quatre, cinq manifestations avec un, deux, trois millions de personnes qui disent non à cette réforme, quand on ne passe même pas par l'Assemblée parce qu'on sait que les votes des députés auraient été non à cette réforme, à un moment, il y a un problème de légitimité de cette réforme.

Et donc, je le dis, l'évidence, cette réforme, elle sera défaite soit par les luttes, soit par un référendum, soit par une élection future.

4:11
Invité

C'est parce que le gouvernement dit ce qui va acter le chemin démocratique de la loi, c'est le Conseil constitutionnel. Emmanuel Macron propose même, il donne rendez-vous au syndicat vendredi après la décision du Conseil constitutionnel. Est-ce qu'ils doivent se rendre à l'Élysée ?

4:29
François Ruffin

Je ne suis pas Laurent Berger, je ne suis pas Sophie Binet. Vous les recevrez, vous les interrogerez là-dessus. Maintenant, quand j'entends que le président de la République use du mot concorde, j'espère que c'est avec une pointe d'ironie dans sa bouche, parce que c'est quand même l'homme qui est supposé être le garant de l'unité de la nation et qui, depuis un an, ne fait que semer les brandons de la discorde. Je veux dire, il y avait tout à faire dans ce pays pour le rassembler. Dans un moment où je le redis, et je suis venu sur votre plateau pour vous dire mon inquiétude à la sortie des élections législatives, avec un pays qui est profondément fracturé, qui est profondément fragilisé.

Il y avait beaucoup à faire pour nous rassembler. Regardez, je vois le dernier rapport de l'IGAS, l'inspection générale des affaires sociales, sur les crèches, qui vient dire maltraitance dans les crèches, qui vient dire maltraitance institutionnelle. Il ne s'agit pas de mettre en cause des professionnels, mais enfin, avec des enfants qui n'ont pas de lit pour dormir, avec des enfants qui sont oubliés sur les toilettes. Ça, c'est Emmanuel Macron. En tout cas, il avait entamé quelque chose qui était le projet pour les mille premiers jours. Voilà quelque chose qui pouvait nous rassembler. Moi, j'avais posé la question, entre autres, au métier du lien des assistantes maternelles.

5:33
Invité

Mais ça n'empêche pas de lancer plusieurs chantiers à la fois ?

5:35
François Ruffin

Non. Si, ça empêche de lancer plusieurs chantiers à la fois. Ça empêche pour plein de raisons. Ça empêche parce que là, on est mis dans un immense gâchis depuis six mois, qui est que cette question-là, par exemple, mais la question de la sécheresse, mais des tas d'autres questions, on devait se rassembler pour les résoudre ensemble. On devait rassembler le pays. Et à la place de ça, on le fracture. Première raison. Deuxième raison, ce qui est fait au travail. Ce qui est fait au travail.

À des gens qui aiment leur travail, qui n'aiment pas la manière dont on leur fait faire leur travail, qui ont continué à faire leur travail pendant la crise Covid, qui le font, là, par exemple, dans les crèches, dans des très mauvaises conditions. Et qu'est-ce que c'est ? Le message du pouvoir ? Le message d'un pouvoir qui promettait. Il faudra se rappeler que notre pays tout entier repose aujourd'hui sur ces femmes et ces hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal. Vous connaissez Emmanuel Macron par cœur. Oui, je connais mon Macron de gauche. qui dure 30 secondes, donc c'est facile à retenir.

Et qui ajoutait, les distinctions sociales ne peuvent reposer que sur l'utilité commune. Voilà la promesse qui était faite à ces travailleuses et à ces travailleurs. Dans la crise Covid ? Oui. À la place de ça, derrière, il n'y a rien. Mais non seulement il n'y a rien, mais il y a une première peine qui est l'inflation qui vient gréver leur petit salaire. Sur l'inflation, François Ruffin ? Non, et il y a une deuxième peine qui est ces deux années supplémentaires. Qu'est-ce que ça produit ? Ça produit du dégoût, ça produit du ressentiment dans le cœur des gens. Sur l'inflation ?

Et ça, normalement, le président de la République, comme garant de l'unité de la nation, il doit opérer un rassemblement. Et là, moi je suis dépité pour mon pays.

6:53
Présentateur

L'inflation, on en parlera dans une minute, puisqu'il est 8h40. François Ruffin, vous restez avec nous. Le fil d'info, Maureen Suignard.

7:01
Invité

Marseille, encore touchée par une série de fusillades. On compte au moins quatre blessés, dont un avec le pronostic vital engagé. Il y a dix jours, trois jeunes sont morts à cause de tirs liés au trafic de drogue. Le périphérique de Caen bloquait le dépôt de bus. Arène à l'arrêt, les éboueurs qui reprennent leur grève à Paris. Douzième journée de mobilisation nationale aujourd'hui contre la réforme des retraites. Demain, on saura si le Conseil constitutionnel valide ou non la réforme, l'ensemble du texte ou non. La décision des sages sera dévoilée en fin de journée. Vous pouvez désormais déclarer vos impôts en ligne aujourd'hui, vos revenus pour l'année 2022 sur le site impots.gouv.fr.

Quelques nouveautés. Les barèmes sont revalorisés de 5,4% pour tenir compte de l'inflation. Et puis les heures supplémentaires sont aussi défiscalisées jusqu'à 7500 euros. Et pour les propriétaires, il faudra remplir un second formulaire pour dire qui occupe le bien. François Ruffin, juste avant l'étude, vous parliez d'inflation. Et justement, le ministre de l'économie Bruno Le Maire vient d'écrire aux grands industriels alimentaires pour qu'ils répercutent sur les prix, les baisses des coûts constatés dans les transports, dans l'énergie depuis le début de l'année. Il a raison de leur mettre la pression ?

8:21
François Ruffin

C'est vraiment un rigolo Bruno Le Maire. C'est vraiment un rigolo. À un moment, il lance des numéros verts tous azimuts. Ensuite, on a Bruno demande aux industriels ou à Total. Maintenant, on a Bruno Le Maire écrit des courriers. Il écrit des courriers aux industriels. Alors là, on sent que ça va trembler dans les guiboles.

8:38
Invité

Mais ça se traduit à chaque fois par des réactions ?

8:40
François Ruffin

Ça s'est traduit par rien du tout derrière.

8:41
Invité

Pour Total, par exemple, ça s'est traduit par une réaction ?

8:43
François Ruffin

Vous voulez qu'on revienne sur le débat Total ? Non, mais parlons-nous des industriels d'abord. Je vous dis, quand il s'agit de dire aux Français de travailler deux ans de plus, est-ce que M. Bruno Le Maire envoie un courrier en français en leur disant « ça serait sympa de travailler deux ans de plus ». Non, c'est bizarre. Là, on passe par la loi, on passe par des règles. Qu'est-ce qu'ils devraient faire ? Qu'est-ce qu'ils devraient faire ? La première chose, c'est indexer les salaires sur l'inflation. Les Français doivent vivre de leur travail.

9:07
Présentateur

Vous savez qu'à chaque fois que vous ressortez cette proposition, on vous rappelle que c'est la gauche qui l'a mise en place et supprimée sous Mitterrand.

9:12
François Ruffin

Et qui a été mise en place par Antoine Pinet, un homme de droite. Et remis en place par François Mitterrand, un homme de gauche. Et qui existe en Belgique et qui existe au Luxembourg.

9:21
Invité

Vous connaissez le contre-argument, c'est que ça crée une spirale impressionniste.

9:24
François Ruffin

Alors là, c'est formidable. Parce que regardez, ça c'est le contre-argument de Bruno Le Maire, justement, qui est finalement en ce moment le plus mauvais économiste de France. Bon, quand on regarde la Banque Centrale Européenne, elle s'est réunie pendant une semaine dans un igloo en Finlande, dans un petit village, en séminaire, en se demandant qu'est-ce qui se passe. On est en ce moment, de l'inflation, il n'y a pas de salaire qui augmente. Il y a un problème et ils s'en sont arrivés. Au fait que, ce qu'on dit depuis longtemps, il y a aujourd'hui une boucle prix-bénéfice. C'est les marges des entreprises qui augmentent pendant ce temps-là.

L'INSEE vient de chiffrer ça et estime que un tiers de l'inflation est due aujourd'hui à l'augmentation des marges des entreprises.

10:00
Invité

Donc, vous faites le même constat que Bruno Le Maire et donc, lui, c'est pour ça qu'il a écrit aux grands industriels en disant « baissez vos prix ».

10:04
François Ruffin

Alors, premièrement, je vous dis, indexation des salaires sur l'inflation. Il n'y a pas de raison que ce soit la femme des ménages, que ce soit l'auxiliaire de vie, que ce soit le cariste, que ce soit le tensionnaire, qui voit leur salaire augmenter deux fois moins vite que les prix. Parce que c'est ce qui se passe aujourd'hui. La deuxième chose, c'est qu'il faut des règles. Moi, je ne crois pas à un marché libre et tout ça. Il y a des règles. Il y a des règles qui ont à exister sur les prix agricoles et sur les prix de l'agroalimentaire. Qu'on a détruits. Moi, je me suis bagarré pendant le président de Mada sur les états généraux de l'alimentation pour qu'on remette ça en veneur.

Il y a eu les quotas de production. Il y a eu les prix planchers, les prix plafonds. Et il y avait un truc qui s'appelait le coefficient multiplicateur. Le coefficient multiplicateur, c'est à partir du moment où vous achetez, par exemple, un euro à un paysan, ça ne peut pas être vendu en supermarché plus de deux euros. Et vous avez comme ça un coefficient multiplicateur sur l'ensemble de la filière. Eh bien, M. Bruno Le Maire, à la place d'écrire des courriers pour demander aux industriels très gentiment de baisser leurs profits, et on verra que l'effet, à la fin, il sera marginal. Ils feront un petit truc pour être gentil. Ils feront l'aumône. Bon, OK.

Mais au-delà de ça, qu'est-ce qu'il faut ? Il nous faut imposer des règles. La question aujourd'hui... Et la règle, c'est quoi ? C'est le blocage des prix ? Le blocage des prix est une réponse temporaire.

11:12
Présentateur

Si vous bloquez les prix demain dans les rayons des supermarchés, vous bloquez les revenus des agriculteurs aussi, on est d'accord ?

11:18
François Ruffin

Non, parce que les revenus des agriculteurs... Voir même, vous les baissez. Non, non, ce n'est pas vrai. Aujourd'hui, les revenus des agriculteurs, ils ont augmenté grâce à la crise en Ukraine. Maintenant, c'est comment on rétablit la chaîne de valeur ? Où est-ce qu'on met de la valeur ? Aujourd'hui, ce n'est pas les agriculteurs qui captent la valeur, ce sont les industriels. Ce n'est même pas la grande distribution. Si je veux dédouaner quelqu'un, il semble qu'à l'arrivée, ce n'est pas la grande distribution qui se gave là-dessus. C'est l'industrie agroalimentaire. Donc, il faut rétablir des règles dans la chaîne de valeur.

Et vous savez, c'est le vrai choix qui est posé là, le vrai choix qui est posé aux Français, qui devrait être posé aux Français pour la suite. C'est est-ce qu'on pense qu'il faut un marché libre, une concurrence libre et non faussée, ou il ne s'agit pas de sortir du capitalisme là, mais se demander s'il ne faut pas de régulation du marché, de l'encadrement du marché, et ça sur plein de sujets, sur le sujet du logement, sur le sujet de l'énergie. Comment ça se fait qu'on a du prix de l'électricité qui bondit dans tous les sens ?

12:09
Invité

Ça se joue au niveau européen.

12:11
François Ruffin

Oui, mais c'est un prix qui mérite d'être encadré, d'être régulé aussi, et pas d'être laissé au libre cours du marché. Et je pense que c'est le vrai choix qui est posé aux Français. Et tous les jours où M. Bruno Le Maire envoie des courriers aux industriels, c'est tous les jours où il ne nous permet pas d'opérer un vrai choix pour notre pays.

12:24
Présentateur

Sur la crise à Taïwan et sur les menaces chinoises sur l'île de Taïwan, est-ce qu'Emmanuel Macron a raison de dire que l'Europe ne doit pas se mettre dans la roue des Américains, qu'il ne faut pas être suiviste ?

12:34
François Ruffin

Moi, là, je rejoins plutôt Emmanuel Macron. Plutôt ? Oui. Je trouve qu'on est allié, on ne doit pas être aligné. Et je trouve que tous les moments... Lui, il dit allié, pas vassal. Oui. Et tous les moments où la France, dans son histoire récente, s'est montrée alliée des Américains, mais non alignée, on peut penser à De Gaulle et à la sortie de l'OTAN, on peut penser à Mitterrand et la guerre des étoiles, on peut penser à Chirac qui refuse d'aller en Irak, ce sont tous des moments où ça fait beaucoup crier, mais au fond, ça agrandit notre pays sur la scène internationale. Le nom de la France a résonné à l'échelle internationale.

13:11
Présentateur

Que feriez-vous si un responsable de Taïwan venait en France dans les jours qui viennent ? Est-ce que vous accepteriez de le rencontrer ? On sait que c'est ce qui provoque régulièrement la fureur de Pékin.

13:20
François Ruffin

Moi, je pense qu'il faut considérer... Aujourd'hui, on a eu un détournement du conflit majeur avec la guerre en Ukraine et en Russie, ça a détourné le regard des États-Unis vers l'Europe. Mais maintenant, le conflit majeur qu'ils sont en train d'essayer de construire, enfin, qui se construit, c'est entre les États-Unis et la Chine. La Chine qui devient première puissance, en tout cas, c'est ce que craignent les États-Unis. Bon, moi, je pense que dans ce cadre-là, ce qu'on doit maintenir, c'est que la Chine n'est pas notre ennemi. La Chine n'est pas un adversaire. La Chine est un partenaire. Mais c'est un partenaire avec lequel il peut y avoir des bras de fer. Ma question était sur Taïwan.

C'est un partenaire avec lequel il peut y avoir des bras de fer, avec lequel il peut y avoir des bras de fer sur les droits de l'homme, avec lequel il peut y avoir des bras de fer sur Taïwan. Tout ça est vrai. Maintenant, que doit faire un président français ? C'est là où je suis le plus choqué dans la visite qui s'est produite en Chine. Que doit faire un président français ? Il doit défendre les intérêts français, les intérêts nationaux et les intérêts européens. Quel est le principal problème qu'on a aujourd'hui, nous, avec la Chine ? C'est le problème du déficit commercial. On a 35 milliards de...

14:17
Présentateur

Si un responsable de Taïwan arrive en Europe demain, faut-il le rencontrer ? Aujourd'hui, je l'ignore. Je veux bien revenir et vous dire s'il faut... Vous nous dites ce qui ne va pas chez Emmanuel Macron, et on l'entend. Si vous étiez au pouvoir, est-ce que vous accepteriez de rencontrer les représentants de Taïwan ?

14:32
François Ruffin

Mais je verrais bien. Je verrais bien dans quelles conditions ça se présente. Je verrais bien dans quelles conditions ça se présente. Là, je veux dire, il y a des manœuvres chinoises autour de Taïwan, donc il y a besoin aussi d'un soutien international qui soit porté. Donc, tout dépend dans quelles conditions ça se présente. Je vous redis, ceci dit, que normalement, le président de la République française, il doit défendre les intérêts français. Aujourd'hui, on a 35 milliards d'euros de déficit commercial avec la Chine. C'est notre premier déficit commercial. Normalement, on devrait aller en Chine pour résoudre cette question-là.

Et il n'y a aucun moment où cette question est posée sur la table. 35 milliards d'euros juste avec la Chine. Je vous signale que c'est trois fois le déficit provisionnel des retraites. Que la semaine dernière encore, je visite une usine à Amiens qui s'appelle Euroleasing, qui était le seul fabricant de leasing en Europe. Maintenant, 85% de cette molécule, c'est les Chinois qui font de l'exportation.

15:18
Invité

Et vous savez qu'il était là-bas, justement, avec Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne.

15:22
François Ruffin

Ben oui, mais n'empêche que la question du déficit commercial de la France et de l'Europe à l'égard de la Chine n'est pas posée, alors que c'est gros comme une vache au milieu du couloir et que c'est la première chose qu'on devrait avoir à résoudre avec eux. Un mot et même un peu plus s'allaire sur la Ligue des droits de l'homme.

15:35
Invité

Oui, Elisabeth Borne dit ne plus comprendre certaines des prises de position de la Ligue des droits de l'homme et accuse l'association d'ambiguïté face à l'islamisme radical. Est-ce que vous la rejoignez sur ce point ?

15:45
François Ruffin

Non. Enfin, je veux dire, la Ligue des droits de l'homme est un contre-pouvoir. On comprend que le pouvoir n'aime pas les contre-pouvoirs. Contre-pouvoir militant ou pas ? C'est un contre-pouvoir militant des droits de l'homme ? C'est un contre-pouvoir militant des citoyens ? Vous lui reprochez une dérive en ce moment par le gouvernement ? Non, mais la question n'est pas là. La question est, c'est un contre-pouvoir et là, le pouvoir n'aime pas ses contre-pouvoirs. Il faut que le pouvoir accepte des contre-pouvoirs. Il faut que le pouvoir, quand il a un contre-pouvoir en face de lui, il ne se dise pas, ah, vous êtes hors du champ de la République. Je veux dire, à quoi elle va ressembler ?

16:17
Invité

Mais vous savez ce qu'il lui est reproché à la Ligue des droits de l'homme ? Il lui est reproché, par exemple, d'avoir participé à la manifestation contre l'islamophobie en 2019, manifestation que vous-même, vous avez refusé, à laquelle vous-même, vous avez refusé de participer. Elle s'est opposée à la loi contre le niqab.

16:32
François Ruffin

C'est pas une raison. Je veux dire, j'ai des tas de gens avec qui je suis en désaccord avec, et ça ne m'empêche pas de considérer qu'ils apportent quelque chose au débat public. Et Elisabeth Borne, elle devrait considérer qu'elle a un désaccord, parce que là, la question n'est pas celle-là. La question aujourd'hui sur la table, c'est l'observation de ce qui s'est passé à Sainte-Soline. Bon, et bien... Elle s'est attaquée au tribunal pour... Donc, il ne s'agit pas de... Elle a attaqué la décision d'interdire les armes. Il s'agit de se dire qu'y compris avec des gens avec qui on a des désaccords, et bien, ça participe du débat public, ça le nourrit, ça le construit.

Et là, Elisabeth, voilà, allez chercher la petite bête en disant, on ne vous donnera plus d'argent. Mais enfin, quelle manière minable de se comporter vis-à-vis d'une association qui est plus que centenaire, qui est née dans le cadre de la Fer Dreyfus. Enfin bon, ça ne va pas. On ne doit pas rétrécir la République de cette manière-là. Ils ne sont pas d'accord. On n'est pas d'accord. Mais c'est justement parce qu'on n'est pas...

17:24
Invité

C'est juste sur la dérive ?

17:25
François Ruffin

Mais non, ce n'est pas une question de dérive, là. Et en plus, pointer ça à ce moment, au moment où la question, c'est celle de comment on encadre, comment on fait pour sortir la France de la spirale de la violence ? C'est ça la question qui devrait nous être posée. Comment on fait pour passer par-dessus ça ?

17:41
Présentateur

François Ruffin, député insoumis de la Somme, invité de France Info jusqu'à 9h. Il est 8h50. Un passage par le Fil Info avec Maureen Suignard.

17:48
Invité

Y aura-t-il une nouvelle journée de mobilisation à l'appel de l'intersyndicale ? La douzième contre la réforme des retraites se tient aujourd'hui avec des actions qui sont déjà en cours. Il s'agit en tout cas de la dernière journée d'action avant la décision du Conseil constitutionnel demain. C'est un vote symbolique, là, mais aussi consultatif, celui de l'Assemblée générale des actionnaires de Stellantis, Peugeot et Fiat qui ont fusionné. Elle se prononce sur la rémunération du dirigeant Carlos Tavares, 15 millions d'euros. De nouvelles tensions autour de la péninsule coréenne. La Corée du Nord a lancé un missile balistique longue portée, disent les Etats-Unis ce matin.

Pour Washington, c'est une violation de plusieurs résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies. L'entraîneur du Paris Saint-Germain reçoit des milliers de menaces de mort. Christophe Galtier renforce sa sécurité avec des gardes du corps privé. Il est accusé d'avoir tenu des propos racistes et aussi islamophobes alors qu'il se trouvait à Nice. Son avocat dénonce des propos injurieux et diffamants. François Ruffin, en citant un sondage qui vous met en bonne place dans l'optique de la prochaine élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon a tweeté François est prêt en avant. Comment vous le prenez ? C'est un adouement ou alors le baiser du serpent ?

19:15
François Ruffin

Non, moi je lui dis merci, c'est sympa tout ça. Maintenant, c'est gentil, mais ce n'est pas le moment. Je pense qu'il y a un autre moment à vivre pour les Français aujourd'hui. Et surtout, qu'est-ce qu'il y a comme leçon à tirer des retraites ? Quelle leçon vont attirer les Français ? Non, non, non, je vous parlais de Jean-Luc Mélenchon. Je vous promets que j'y reviens. Je vous promets que c'est lié. Qu'est-ce que c'est qu'ils se disent ? Ils voient un homme tout seul à l'Élysée qui se prend pour un espèce de messie et qui peut décider contre le reste du pays. Et je pense qu'aujourd'hui, les Français, ils en ont marre de ça. Ils ne veulent pas ça.

19:53
Présentateur

Mais vous voyez aussi qu'électoralement parlant, la situation ne profite pas aujourd'hui à votre camp.

19:58
François Ruffin

Oui, mais ça c'est un autre problème.

19:59
Présentateur

Ce qui a d'ailleurs agacé prodigieusement Jean-Luc Mélenchon ces derniers jours, qui s'en est pris à Libération, qui avait fait sa huile là-dessus.

20:05
François Ruffin

Raison de plus pour ne pas... Ce qui doit primer, c'est l'équipe. Donc ce n'est pas le bon timing aujourd'hui pour se dévoiler ? Votre heure viendra, mais ce n'est pas tout. Non, ce n'est pas ça. Ce n'est pas ça le sujet. La question, si je vous dis, il y a un homme seul là-haut. La question, c'est, maintenant, il faut une équipe en face.

20:20
Invité

Mais ce n'est pas ce que dit Jean-Luc Mélenchon. Il dit, c'est vous, le prochain.

20:23
François Ruffin

Moi, vous le recevrez, d'accord ? Vous discuterez avec lui. L'équipe, vous en serez en tout cas, sans savoir qu'il sera le capitaine. J'espère bien en être, oui. J'espère bien en être et on verra si, malheureusement, je joue au foot le dimanche et des fois, on me fait jouer arrière-droite et je n'aime pas trop ça. Mais voilà.

20:38
Invité

Mais vous dites à Jean-Luc Mélenchon ce matin, c'est gentil, mais en fait, là, tu me fais du mal.

20:41
François Ruffin

Non, je ne dis pas ça. Vous savez, moi, j'ai tout fait en 23 ans au journalisme pour que la vie des grands n'occulte pas, n'éclipse pas la vie des gens. Et donc, moi, ce qui demeure important pour moi, c'est qu'est-ce qu'on a à faire pour le pays ? Et voilà. Qu'est-ce qu'on a à faire ensemble pour le pays ? Et je pense que, vous avez vu, on a en fait une œuvre immense à accomplir. On a un défi, je l'ai dit, sur les premiers jours de l'enfance. On a un défi à l'autre bout sur les EHPAD. On a un défi sur le rail qui déraille. On a un défi sur l'école qui recrute ses enseignants en job dating. On a un défi sur l'hôpital qui est en lambeau. Donc, on a tout ça reconstruit ensemble.

Et vous avez aussi... On a un défi moral. Je veux dire, on a une France qui est usée, qui est dans le ressentiment, et tout ça risque de basculer vers le pire. Ça suppose pour nous un défi démocratique. Est-ce qu'il croit que dans ce contexte-là, c'est un petit gars avec ses deux bras et son cerveau qui, en étant un espèce de génie, va venir en super-héros résoudre tout ça ? C'est pas vrai. C'est pas vrai. Non mais, M. Fauvel, c'est pas vrai. Ça veut dire que, pour faire face à ça, il nous faut une équipe plurielle, mais il nous faut autre chose. Il nous faut trouver le chemin qui fait que, dans le pays, on soulève de l'enthousiasme.

Et c'est pas, je le redis, c'est pas un homme ou une femme présidentielle, providentielle qui vont nous sortir de ça.

21:55
Présentateur

Dans cette équipe, est-ce qu'il y aura Adrien Quatennens ?

21:58
François Ruffin

Pour l'instant, je veux dire, son rôle, déjà, il revient à l'Assemblée nationale.

22:03
Présentateur

Vous avez voté quoi, vous, puisque ça a été un vote à bulletin secret ? Vous avez voté pour son retour ou pas ?

22:08
François Ruffin

Moi, vous savez, ma position, depuis le départ, je l'ai affirmée ici. Et je l'ai affirmée plusieurs fois. Vous aviez dit à ce micro, il faut qu'il prenne une année sabbatique. Oui, je suis toujours favorable à une année sabbatique. Vous avez voté quoi ? J'ai voté en conséquence de ce que je pense. C'est-à-dire ? C'est-à-dire qu'une traversée du désert ne fait de mal à personne. C'est au contraire un moment où on peut réfléchir à la fois au tumulte qu'on a traversé, aux actes qui ont été passés, à la condamnation qu'on a subie. Et que, dans ce cadre-là, respirer, laisser le temps...

22:36
Invité

Donc, vous avez voté contre le retour d'Adrien Quatennens ?

22:38
François Ruffin

J'ai voté en cohérence avec ce que je vous ai dit depuis un an. C'est-à-dire qu'il y a une place pour le pardon et la rédemption parce que vous n'allez pas me faire dire ce que j'ai voté au deuxième tour de la présidentielle, parce que vous n'allez pas me faire dire j'ai voté dans un bulletin qui était caché, mais voilà, j'ai voté en cohérence avec ce que je pense depuis un an.

22:55
Présentateur

On peut le dire clairement. Vous avez voté contre le retour ? J'ai voté ce que vous voulez dire. Mais on vous passe les questions.

23:01
Invité

Et on insiste. Pourquoi ? Parce qu'on sent que c'est difficile de la part des députés de la France Insoumise de dire ce qu'ils ont voté. Sauf que ça a été un gros problème, l'affaire Catenins au sein de votre formation politique. On sent que vous n'arrivez pas à le gérer. Et là, il est de retour à vos côtés.

23:14
François Ruffin

Je veux vous dire, au moins, ça a été géré par un débat et ça a été géré par un vote. Et donc, à partir de ce moment-là, je prends acte du résultat du vote et ça se passe comme le collectif en m'en a décidé. Maintenant, c'est pas... Franchement, on peut enliser le débat là-dessus tant qu'on veut, mais c'est pas le sujet aujourd'hui. C'est pas le sujet. Je redis, la France a des défis majeurs à affronter. Je pense que le sujet, c'est pas Mélenchon, Ruffin, Catenins.

23:40
Présentateur

Non, mais le sujet des violences sexuelles et conjugales est un vrai sujet aujourd'hui en France. C'est d'ailleurs un des sujets que vous mettez en avant depuis des années. Vous pensez pas que ça va laisser des traces ? Aujourd'hui, quand vous voyez la réaction, par exemple, de vos partenaires écologistes, socialistes, qui disent que c'est une décision incompatible avec les valeurs de la NUP.

23:55
François Ruffin

Je pense que malheureusement, il y a des tas de choses qui peuvent laisser des traces. Donc, il va nous falloir passer par-dessus les traces qui sont laissées. Maintenant, la question, c'est comment on fait ensemble une équipe ? Je le dis avec les socialistes, avec les écologistes, avec les communistes. Comment on fait une équipe ensemble et comment on passe d'un accord électoral qui a été passé rapidement après l'élection présidentielle pour préparer les législatives à un vrai partage, un vrai dialogue, une vraie convergence.

24:19
Présentateur

Vous dites comme Fabien Roussel, il faut aller au-delà de l'accord électoral actuel. Lui, il dit qu'il faut une sorte de nouveau Front populaire qui irait des Insoumis sur la gauche à Bernard Cazeneuve sur son aile droite. Ça vous semble être le bon format ?

24:30
François Ruffin

Non, mais je pense qu'on s'en fiche à quelle personnalité on élargit. Ce n'est pas le sujet. Maintenant, c'est comment on élargit dans le pays. Parce que derrière les personnalités, il y a aussi des idées qui ne sont pas forcément les mêmes. Non, non, ce n'est pas le sujet. Franchement, ce n'est pas ça notre problème aujourd'hui. Notre problème aujourd'hui, c'est quand je vois qu'il y a 300, 400, 500 personnes qui manifestent à Friville-Escarbotin sur les retraites, comment demain, ces gens-là, ils viennent non seulement à gauche, mais comment ils portent un programme progressiste de gauche. Comment la gauche, ça passe par des figures Cazeneuve et compagnie. Ce n'est pas ça le sujet.

25:02
Invité

Non, mais sur le fond, vous avez dit que vous étiez social-démocrate. Bernard Cazeneuve, il n'est pas de votre famille ?

25:07
François Ruffin

Non, je veux dire, je ne veux pas refaire... Vous savez, ça fait 5 ans que je suis à l'Assemblée et ça fait 5 ans que je n'ai pas dit un mot de mal d'une personne de gauche. Maintenant, quel est le bilan des années Hollande ? Le bilan des années Hollande, c'est non seulement d'avoir fait du crédit impôt compétitivité au emploi à hauteur de 20 milliards d'euros sans contrepartie pour les entreprises, non seulement d'avoir fait la loi travail... Le mariage gay ? Non seulement d'avoir fait... Très bien, je prends. OK, au milieu du reste. Mais sur le plan social et économique, je ne prends pas. Je ne prends pas le bilan Hollande sur le plan social et économique.

Et je ne prends pas que sur le plan politique, ça ait donné, placé sur le trône, Emmanuel Macron. Voilà le bilan de François Hollande. Est-ce qu'on veut refaire ça ? Non. Il s'agit quand même d'être clairement en rupture avec ça. Il s'agit d'être clairement en rupture avec ça pour dire que l'économie, le marché, il doit être encadré et il doit être régulé. Que ça, ça demande des décisions actives et que ça ne demande pas de faire du Bruno Le Maire.

26:01
Présentateur

Merci François Ruffin, député insoumé. Merci à vous. Invité ce matin de France Info dans une minute, le journal.