Hommage à Ilan Halimi : le discours de Marine Le Pen
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Le 13 février 2006, après avoir subi des semaines de torture infligées par Youssouf Fofana et ses complices, connus sous le nom de « Gang des barbares », Yann Halimi rendait son dernier souffle. Le 13 février 2026, 20 ans après cette tragédie, nous avons voulu lui rendre un hommage solennel. Il est d'être inconcevable pour moi, en tant que responsable politique, mais aussi en tant que femme et mère de famille, de ne pas être parmi vous aujourd'hui. Je remercie l'hommage que nous rendons aujourd'hui à Yann Halimi n'est pas le premier. Il s'inscrit dans un long chemin mémoriel, construit patiemment depuis 20 ans.
Je pense bien sûr avant tout à l'ouvrage co-écrit par la mère d'Yann, Ruth Halimi, en 2009. Je pense aussi à tous les lieux qui, depuis sa mort, ont été baptisés de son nom, de Paris à Jérusalem. Aujourd'hui, nous nous inscrivons avec humilité et recueillement dans les pas de ceux qui honorent la mémoire d'Yann Halimi depuis 20 ans. Je veux croire que c'est grâce à eux que le nom d'Yann Halimi pour des millions de Français est devenu un signe de ralliement de ceux qui ne veulent pas se soumettre à l'inhumanité. Un nom dans lequel nous sommes des millions à nous reconnaître. Un nom qui sonne comme une injonction à l'exigence aujourd'hui et demain.
Un nom que nous emploierons à chaque fois que nous le pourrons à faire résonner, à faire connaître dans le débat public. Car ce qu'a vécu Yann Halimi porte un nom, la barbarie antisémite. Il y a 20 ans, le retour de cette barbarie sur le sol de France était perçu comme impensable. A tel point que Ruth Halimi, pendant la captivité de son fils, a dû lutter pour convaincre les enquêteurs du mobile antisémite qui avait conduit à son enlèvement. Hélas, c'est la même cécité que la famille de Myrick Noll du Enduré il y a un peu moins de 10 ans.
Il a fallu attendre plusieurs semaines pour que la motivation antisémite devenue incontestable au cours des interrogatoires des auteurs soit reconnue par le juge d'instruction chargé de l'enquête sur l'assassinat d'Yann Halimi. La vérité, sans doute, est que notre pays se pensait d'une certaine manière et à tort comme immunisé contre cette barbarie, prémuni contre le poison antisémite. C'était un tort. C'est sur la base du cliché antisémite crasse et crapuleux qu'Yann Halimi a été enlevé, séquestré, torturé et assassiné. Marqué à jamais du saut de l'infamie, condamné à la perpétuité pour ce crime, le commanditaire Youssouf Fofana l'avait expliqué.
Il s'agissait d'enlever un juif parce qu'il pensait qu'il était riche. S'il avait su qu'Yann Halimi venait d'une famille modeste, s'il avait su qu'il gagnait le salaire minimum, si on lui avait démontré cela, Youssouf Fofana ne l'aurait pas cru. Car le poison antisémite n'est pas qu'une aversion, une phobie parmi d'autres. Il se distingue par sa dimension nihiliste et aveugle. Il se distingue par son indifférence à la morale, autant qu'aux faits. Il relève de la pulsion de mort. Il n'est qu'abjection et salissure. Voilà ce que nous voulons rappeler aujourd'hui en rendant hommage à Yann Halimi.
Ce rappel, il me coûte de le dire, est sans doute plus nécessaire encore aujourd'hui qu'il y a 20 ans. Car en 20 années, l'antisémitisme a progressé dans notre pays. Les actes antisémites recensés par le ministère de l'Intérieur ont été multipliés par 3, avec une flambée particulière depuis le pogrom du 7 octobre commis par le Hamas. Il est même parfois revendiqué, assumé et légitimé au cœur même du débat politique. En 20 années, nous n'avons pas été capables de nous montrer à la hauteur de la mission qu'il est ananimi par son assassinat, nous avait sans le savoir confié. Nous devons reconnaître cette réalité, nous devons la regarder en face.
C'est notre devoir, non seulement devant nos quelques 600 000 compatriotes de confession juive, mais c'est aussi notre devoir parce que nous sommes français. Et en tant que tels, nous sommes les représentants de l'universalisme républicain, fièrement inscrit à l'article 1er de notre constitution. La France est une république indivisible. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion.
Face à la flambée de l'antisémitisme fondée sur la progression exponentielle de l'idéologie islamiste dans notre société, mais aussi sur le cynisme révoltant de certaines formations politiques, je veux que ce jour et cet instant nous servent de rappel. Gardons en mémoire notre devoir de lutte constante, exigeante, contre toutes les manifestations de ce nouvel antisémitisme qui prospère sur notre sol, contre cette idéologie de mort et de néant. Gardons au fond de chacun de nous la conscience de ce péril qui conduit chaque jour un nombre croissant de nos compatriotes juifs à quitter tel quartier, telle ville, et de plus en plus souvent à quitter la France, leur pays.
Cette mission est essentielle et nous allons l'accomplir pour que vive la mémoire d'Iliane Halimi, pour que vive la République et pour que vive la France. Je vous remercie.
Marine Le Pen