Union de plusieurs blocs à l’Assemblée et deuxième tour des législatives, François Bayrou est l’invité du 5 juillet 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez Les 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute.
En effet, bonjour François Bayrou. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin. La France, dans deux jours, lorsque les électeurs auront rendu leur verdict, sera peut-être ingouvernable, faute de majorité claire à l'Assemblée nationale. Comment proposez-vous d'y remédier ?
Alors, on est à l'heure de vérité et beaucoup d'électeurs, qui sont aussi téléspectateurs, savent désormais qu'ils vont devoir faire un choix. Il faut prendre les questions dans l'ordre. La première question, c'est est-ce qu'on serait prêt à accepter que le Rassemblement national ait la majorité absolue à l'Assemblée nationale ? Ce n'est pas ce qu'annonce ces sondages aujourd'hui. Oui, mais ceci dépend du choix de chaque électeur. Et cette semaine, on a découvert un certain nombre de choses absolument révélatrices. Des candidats fantaisistes, c'est un mot faible, sulfureux, inquiétants, désordonnés. Certains qui ont organisé des prises d'otages.
D'autres, ces candidats-là, qui n'ont même pas leurs photos sur les affiches, tout le monde voit bien que ça n'est pas une majorité pour la France. Deuxièmement, on a découvert que la Russie était directement engagée, avec une déclaration officielle du ministère des Affaires étrangères, directement engagée derrière l'ARN. Il n'y a pas de candidat à l'ARN pour vous répondre, M. Bayrou. Non, mais c'est un choix pour les citoyens qui nous écoutent. Mais dans la deuxième hypothèse, celle où l'ARN n'obtient pas de majorité absolue, que préconisez-vous ? Eh bien, il faudra que les responsables se conduisent en responsables, se conduisent en adultes.
C'est-à-dire que chacun, voyant la situation de difficulté du pays, accepte de faire un pas vers l'autre, et accepte qu'avec des opinions à l'origine différentes, on doive absolument faire face et traiter et répondre aux problèmes cruciaux qui se posent pour le pays. Donc une coalition, donc un gouvernement qui pourrait rassembler... Alors, je ne parle pas de coalition, parce que coalition, c'est des négociations de partis, et je ne suis pas sûr que ça soit ça. Alors, quel est le mot qui conviendrait pour qualifier ce gouvernement qui émanerait de ce Parlement ? Un gouvernement d'entente républicaine qui aura plusieurs buts. Le premier de ses buts, c'est la paix civile.
On a besoin d'apaisement, et beaucoup de Français le recentrent. On a besoin de volonté, d'équilibre et de modération dans les choix qu'on doit faire, et on a besoin de courage, partagé. On ne va pas laisser le pays ingouvernable ou ingouverné. On ne va pas rester comme tant d'autres pays pendant des semaines et des mois, sans équipe gouvernementale. Et donc, c'est la responsabilité de chacun de ceux issus des courants républicains du pays, hors extrême.
C'est quoi les courants républicains ? C'est-à-dire, par exemple, ça peut aller du Parti communiste que vous rangez dans ce courant, jusqu'à la droite républicaine, entre guillemets ? Je suis pour un gouvernement hors extrême.
C'est qui les extrêmes ? Vous savez bien, c'est d'un côté le rassemblement national, de l'autre LFI.
Donc tous les autres, vous les voyez dans un même gouvernement, ça ne s'est jamais vu sous la Ve République, M. le Président ?
Vous savez, la situation dans laquelle nous risquons d'être ne s'est jamais vue. Il ne s'est jamais vue que l'extrême droite est la majorité absolue. Et il ne s'est jamais vue que les grands courants démocratiques du pays soient obligés de s'entendre. Et c'est ce que, pour moi, est important. Le devoir, on ne parle plus de préférence. On ne parle plus de nuance. On parle du devoir que chacun de ceux qui incarnent un courant du pays a de se rapprocher, de s'entendre, de se respecter et de décider ensemble d'une ligne. M. Bayrou, est-ce que vous en avez parlé avec le Président de la République ? On sait que vous êtes très proche de lui.
Je ne parle, je ne raconte jamais ce que j'échange avec le Président de la République.
Mais est-ce que c'est un scénario auquel, lui, il adhère, d'un gouvernement ?
Ce n'est pas un scénario auquel il pourrait être adhéré. C'est un scénario que les Français peuvent imposer par leur vote. Ils ont deux choix, extrême ou obligation des autres de s'entendre. Qui pour diriger un tel gouvernement, M. Bayrou ? C'est le Président de la République, c'est les sensibilités politiques qui le verront. Est-ce que vous-même, vous pourriez y participer ou diriger un tel gouvernement ? Je suis là pour aider. Je ne suis pas là pour imposer ou pour avoir un intérêt personnel ou de carrière. Tout ceci n'est pas important pour moi.
Mais vous l'excluez ou vous pourriez y participer à un tel gouvernement ?
Je n'exclus rien de ce qui peut t'aider. Je n'exclus rien de ce qui peut rapprocher. Et je n'exclus rien de ce qui peut faire partager une volonté pour le pays.
Sur des sujets très concrets, comme l'immigration, l'assurance chômage, la réforme des retraites, les positions entre la droite et la gauche, que vous incluez dans cet arc républicain, que vous décrivez, elles sont diamétralement opposées. Comment on va faire pour, si le scénario se produit, concrètement gouverner, faire des choix, faire des réformes ?
Elles sont diamétralement opposées dans le monde d'hier, dans le monde qui, le 9 juin, a basculé dans une autre époque.
Et donc là, on va se mettre d'accord, par exemple, sur l'immigration, alors qu'entre la gauche et la droite, ce n'est pas du tout la même doctrine.
Oui, mais parce que vous, vous raisonnez toujours en gauche et droite. Permettez-moi de vous rappeler que je suis un responsable politique du centre et que j'ai toujours pensé que l'affrontement systématique entre gauche et droite, et d'ailleurs l'affrontement systématique entre clans, cet affrontement n'est pas simple pour le pays. J'ai toujours pensé que des compromis existaient ou des approches différentes pouvaient exister.
Sur l'assurance chômage, c'est très concret. Il y a la gauche qui veut ne pas la modifier et, jusqu'à cette suspension, le centre, vous-même, Gabriel Attal, qui avait proposé une réforme. Comment on fait concrètement, demain, si un tel gouvernement se met en place ?
La réforme sera indispensable et elle devra être issue d'une manière nouvelle de voir les choses et les partenaires sociaux. qui n'ont pas réussi à se mettre d'accord. Et là aussi, eux vont être placés devant leurs responsabilités. Parce que je suis persuadé que ce qui est en gestation, ce qui va naître à partir de cette période, c'est une manière différente, obligatoire de voir les choses. Et pour la démocratie sociale autant que pour la démocratie politique.
La gauche veut revenir sur la réforme des retraites. Il faudra qu'elle mange son chapeau là-dessus, si elle ne participe pas au gouvernement ?
La réforme des retraites, elle n'est pas entre les mains des responsables politiques. La réforme des retraites, elle est entre les mains de ceux qui financent les retraites. Et comme vous savez, je suis souvent intervenu dans ce débat. Il y a des chiffres qui nous mettent devant nos responsabilités. Que nous soyons de gauche, du centre ou de droite. Les chiffres n'ont pas de couleur politique. Et la responsabilité ne peut pas être éludée.
En attendant cet éventuel gouvernement que vous appelez de vos voeux, le parti Renaissance, le parti Horizon et le Modem que vous dirigez ont perdu beaucoup de députés. Dimanche, est-ce que vous êtes favorable à la création d'un parti unique qui permettrait de faire un bloc plus important à l'Assemblée nationale ? Non.
Je n'ai jamais pensé que faire un parti unique était la solution. Je l'ai refusé en d'autres temps à d'autres responsables politiques majeurs. Mais je pense qu'il peut y avoir des manières nouvelles et plus rapprochées, plus rassembleuses de dessiner ensemble un destin du pays.
Merci beaucoup François Bayrou, président du Modem. Les prochains jours, nous verrons si vos scénarios se réalisent. Merci. C'est la suite de Télémata.
C'était Les 4V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv.
François Bayrou