Grand entretien : Cédric Herrou | #Amfis2024
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Eh bien, bienvenue à tous. Merci d'être là. On est ravis, je crois, et ça s'est entendu en arrivant d'accueillir Cédric avec nous. Alors, et puis moi, je suis évidemment très honorée que tu aies accepté cette invitation et puis de mener cet entretien avec toi. Nous nous sommes connus sur les réseaux sociaux, Cédric et moi, non pas sur Tinder, mais sur la lutte Twitter, si je puis dire. Alors, au départ, pour vous raconter un petit peu quand même brièvement l'histoire, on avait pensé faire une table ronde sur comment l'extrême droite pénètre les institutions, y compris le soin et d'évoquer les milieux du soin, l'hôpital, etc.
Et donc les questions migratoires qui touchent de fait aussi aux soins. Et puis, finalement, Cédric, ayant accepté l'invitation, il s'est avéré que l'imbrication de toutes les questions sociétales qui sont soulevées par cette lutte là, que ce soit la place de l'engagement citoyen, les questions de racisme là qui pénètrent les institutions, les questions géopolitiques, la criminalisation de la lutte, les victoires quand même qui ont été engagées, la lutte contre les idées d'extrême droite. Bref, les sujets étaient tellement nombreux qu'on a décidé de transformer ça en grand entretien avec seulement Cédric comme invité.
Je vais te laisser très vite faire une petite présentation de toi pour ceux qui ne connaîtraient pas très bien ton parcours en deux, trois phrases avant qu'on introduise cet entretien.
Je vais m'être de bouche plus à l'aise parce que je vous vois tous bien. Donc, je suis Cédric Giroux, j'ai 44 ans et demi, 45 ans et demi. Je suis né dans un quartier populaire qui s'appelle l'Ariane, un quartier niçois jusqu'à l'âge de mes 14 ans. C'était assez chouette comme moment. Et quoi dire ? Je travaillais assez tôt, à l'âge de 16 ans, en mécanique, auto. Donc, j'étais très mauvais à l'école, clairement. L'école a été très mauvaise avec moi aussi, je pense aussi. Et je suis devenu agriculteur un peu par hasard dans la veille de la Roya et j'ai connu des alternatives. J'ai rencontré des gens qui ont un peu du mouvement hippie des années 70.
Et ce n'est pas que j'ai été attiré par ce mouvement-là, mais je me suis dit, tiens, il y a d'autres alternatives possibles dans la vie que le travail du salariat et autres. Et je suis devenu paysan comme ça. Et au départ, j'étais engagé en tant que militant, mais plus sur un côté paysan et festif. C'était de créer des événements pour qu'il y ait de la rencontre entre les gens de la vie, les gens de la campagne et parler de notre métier qui est l'agriculture autour de la fête et autour de l'ivresse. beaucoup, c'est vrai. Et donc, on a organisé des fêtes comme ça dans notre vallée. Et puis, en 2015, l'État français a eu la triste idée de rétablir le contrôle aux frontières.
Et la veille de la Roya étant dans le... Vous voyez où c'est la veille de la Roya ? C'est à l'extrême droite de la France. Et on a un petit chauve à la voix naziarde. Naziarde, ça n'a rien à voir avec nazi, c'est qu'il parle du nez. Il s'appelle Éric Ciutti. On a un... Les gauchistes, vous êtes vraiment... Et du coup, on a organisé avec des copains et des copines un centre d'accueil pour personnes en migration. Ça a été sur mes terres. Et ce qui est étonnant, c'est qu'en 2015, c'était aussi le démantèlement de la jungle de Calais.
Et Ciutti avait dit, qui était président à l'époque du département des ailes maritimes, jamais il n'y aura de camp d'accueil dans le département des ailes maritimes. Et il y en a eu un quand même. Et ça a été dans la veille de la Roya, sur mes terres.
Donc, vous le savez quasiment pour tous d'entre vous, le combat de Cédric a été celui, un combat humaniste, simplement, de venir en aide à ceux qui étaient dans la détresse. À cet effet, on va commencer par là, avant de mener cet entretien, parce qu'après, j'ai peur que ce soit délicat de le faire et de ne plus savoir le placer. Je voulais vous indiquer que 2023 était l'année la plus meurtrière pour les migrants. Selon le projet Migrants disparus, on compte au moins 8600 décès, 8600 personnes à minima ont péri le long des routes migratoires l'année dernière. Et donc, on compte probablement en dizaines des milliers ces dernières années.
les gens qui sont morts en essayant de fuir la misère, la guerre, le totalitarisme, les menaces sur leur corps, sur leur vie, sur leur famille. Et en tant que famille politique ayant l'humanité universelle au cœur de son combat, du fait que rien de ce qui est humain nous est étranger, je vous invite à ce que tous ensemble, si vous en êtes d'accord, on donne ce message politique aussi de communauté d'âme et d'humain humain avec nos frères et sœurs du monde entier en faisant une minute de silence à leur égard. Est-ce que vous êtes d'accord ? Oui.
Merci pour eux tous.
Puis cette minute, entrer en solidarité de là où ils sont, si possible, avec ceux qui sont partis et leur famille. Alors, nous commençons cet entretien. Je voudrais commencer par les choses qui entrent dans le cadre de la place de l'individu et du citoyen dans la société, puisque nous sommes de fait des êtres sociaux. Et alors, j'ai trouvé très intéressant dans ton livre le moment où tu es très jeune, tu as besoin de t'isoler du monde. Alors, c'est rigolo parce qu'on avait ici l'année dernière Édouard Louis qui nous expliquait que les plus riches par racisme se rendent aveugles à la pauvreté.
Et alors, toi, tu as voulu te rendre aveugle, mais de ceux qui veulent se rendre aveugles à la pauvreté. Et donc, tu vas le dire en disant « À l'adolescence, la réalité du monde m'a éclaté aux yeux, ingérable, afin de ne pas sombrer dans la colère. J'ai choisi l'exil des montagnes, m'éloigner du monde, des autres, celui des insensibles et des blasés, qui peuvent vivre sans état d'âme, près de la misère, qui s'en protègent en la stigmatisant ou en la méprisant. La Roya m'a coupé du monde. Pour vivre libre et heureux, il fallait vivre caché, loin de la réalité. » Et alors, c'est drôle puisque très vite, ça va être attrapé.
Et donc, je voulais te poser la question, puisque tu vas parler d'un déclic, avec notamment une famille que tu vas croiser au bord de la route, en te disant « Si à mon retour, ils sont encore là, je les prends. » Et alors, qu'est-ce qui se passe ? D'abord, dans ce refus de ne plus supporter le monde tel qu'il est, mais de fait, ta structure idéologique, néanmoins ton humanisme, fait que tu n'as pas un réflexe bourgeois de te cacher de la misère, mais de te cacher de ceux qui la produisent, ça ne marche pas. Et donc, qu'est-ce qui va faire qu'on n'accepte plus ?
Et autour de toi, est-ce qu'il y a un dénominateur commun, comme ça, du moment où, même quand on essaye de s'isoler, comme nous le souligne parfois Jean-Luc Mélenchon, il est impossible d'être heureux dans un océan de malheur ?
C'était assez compliqué, je me relève. C'était assez compliqué, c'est que... Moi, c'est vrai que j'ai rejoint la Vé de la Roya par ma lettre, en fait. C'est que j'étais parti à l'âge de 18-19 ans, en voyage, pour essayer de me retrouver moi-même, je pense. Et quand je suis revenu, j'étais parti 6-8 mois par là, et quand je suis revenu, je m'attendais à des gros changements, je suis chez les potes, je suis revenu dans mon village, à Le Vins, et j'ai retrouvé les gens assis au même endroit, avec les mêmes discussions, avec les mêmes problématiques, et je m'attendais à du changement, et en fait, pas du tout. Et sans m'apercevoir, j'étais devenu un peu...
C'est l'âge où on est un peu éponge, où on se laisse influencer, forcément. Et ce voyage m'avait transformé sans que je m'en rende compte. Et je m'en suis rendu compte en revenant, et c'est pour ça que je suis venu dans la vallée de la Roya, j'ai acheté un terrain à 1500 balles, avec une baraque en ruines, etc. Et je me suis dit, comme ça, au moins, j'ai un pied à terre, et quand je partirai encore en voyage, j'aurai un pied à terre, et un endroit où m'isoler, me retrouver, et voilà. Donc, à ce retour de mon premier voyage, je me sentais un peu perdu, et un peu en dépression, je pense que c'était un état assez dépressif, et je n'avais plus d'envie.
Et je me suis dit, quelles sont mes envies ? C'était mes envies de gosses. Je me suis dit, j'avais envie de gosses, j'avais envie de cabane, de montagne, de choses assez simples. Et du coup, je me suis fait très naïvement, cette cabane dans la montagne, pour m'échapper de tout ça. Et je ne suis plus jamais parti. Je ne voyage plus du tout. C'est un truc qui ne m'attire pas. Et du coup, je me suis construit dans la veille de la Roya, en faisant mon nouveau métier d'agriculteur. Et du coup, je pense avoir été heureux pendant de nombreuses années. Et il y a ces personnes en migration qui, en 2015, comme je disais tout à l'heure, l'État français a rétabli le contrôle aux frontières.
Donc, dans l'espace Schengen, qui était la libre circulation, s'est arrêté. Et d'un coup, les personnes forcément racisées étaient bloquées à la frontière. Donc, on s'est retrouvés, nous, un espèce de Français dans un monde quand même assez confortable, avec deux choix, même trois choix. C'est soit fermer les yeux devant ces personnes qui se font arrêter et contrôler. C'est soit être contre, ce qui, je pense, est la méthode la plus facile, ou soit d'aller vers eux et essayer de comprendre le problème. Et au début, moi, j'ai essayé de fermer les yeux. Je n'ai pas réussi si longtemps. Et je me suis retrouvé confronté à des dissonances internes.
En fait, les grands discours de gauchistes, voire un peu qu'on a dans les bars ou dans les fêtes, etc. Machin, ils perdaient de leur sens, en fait. Et je me retrouvais assez nu, assez vide, assez plein de contradictions. Et c'est pour ça que je me suis dit, bon, juste pour revenir un peu dans un détail, c'est que je livre mes produits tous les jeudis dans les magasins à Nice. Donc, tous les jeudis, je rentre tard et je remonte la vallée de la Roya. Et pour aller de Nice à Bray-sur-Roya, le plus simple, le plus court, le plus direct, on passe par 26 000. Donc, en Italie, on prend l'autoroute, on arrive à 26 000. Et là, on remonte la vallée de la Roya, qui est une vallée franco-italienne.
Sur le bas est italien et sur le haut est français. Et du coup, on passe par Italie-France. Et ce que je me suis dit, je me suis dit, bon, moi, j'ai toujours pris en stop parce que jeune, j'ai fait beaucoup de stops. Et je m'étais dit, quand je serai grand, je m'arrêterai en stop, ce que je fais toujours maintenant. Et j'ai rencontré des personnes racisées, noires. Et la question, c'est, est-ce qu'elles sont en migration ? Est-ce qu'elles ne sont pas en migration ? Je me suis dit, ça, ça ne me regarde pas, ça ne me concerne pas. Et je les prendrai en stop. Et à partir de là, en fait, a démarré tout cet engagement humanitaire au départ et qui est devenu politique.
Et il est devenu très politique quand j'avais rencontré, tu parles d'une famille que j'avais rencontrée, enfin, on s'était rencontré, elle faisait du stop. Donc je les emmène chez moi. Elle voulait aller prendre le train pour aller à Paris le plus rapidement, etc. Il était tard. Et du coup, il y avait un train le lendemain matin. Et je les emmène au train le lendemain matin. Et la famille se fait contrôler à la garde après. On échangeait le numéro de téléphone. Et il me dit, moi, je parle très, très, très, très mal anglais. Et je comprends qu'ils sont dans une église à Vintimille. Et machinalement, je leur ai dit, j'arrive et je vais à Vintimille. Et je découvre cette église.
C'est en sous-sol, en demi-sous-sol. Et c'est un curé qui avait ouvert les portes de son église, des sous-sols de l'église. Et là, il y avait plein de lits superposés. Il y avait des draps tirés entre les lits superposés pour créer un peu d'intimité. Et tout ça pour vous dire aussi, ma mère était assistante maternelle. Donc elle gardait des gamins. J'ai été éduqué dans ce côté-là où l'adulte doit être responsable de l'enfant et dans la protection de l'enfance. Et donc, je suis assez sensible à ça. Et je rentre dans cette église. Et là, on voit le regard des enfants où l'homme blanc devient une réponse à une problématique de ces gens.
Et du coup, on voit qu'il y a de l'intérêt des gamins sur nous, juste parce qu'on est blanc, clairement. Et on voit surtout le regard des enfants portés sur leurs parents. Ce regard de l'incompréhension, et du manque d'autorité. Ce n'est pas ça, mais qu'on est enfant. En fait, on a confiance en ses parents et c'est eux qui décident de l'avenir de la famille, etc. Sauf que les parents sont complètement bloqués et isolés dans cette église parce que bloqués par leur établissement des contrôles aux frontières. Et c'est là où je me suis dit que ce n'est pas possible que la France, mon pays quand même, de rien, soit responsable des conditions humanitaires telles que celles-là.
Et surtout, la France, je veux bien, à la limite, on rétablit le contrôle aux frontières, etc. Mais on doit en fait de soutenir aussi l'Italie. On est en Europe, on doit se soutenir entre différentes nations. Et là, on ne prend pas la responsabilité des conséquences négatives impliquées par le rétablissement du contrôle aux frontières. Et on commence à entendre parler aussi de gamins qui commencent à mourir écrasés par des camions sur l'autoroute. Et je me dis que ce n'est plus possible. Et petit à petit, au lieu de m'arrêter simplement en bord de route, je les prends. Je prends des gamins et des familles dans cette église.
Et je les aide à passer la frontière, à détourner les contrôles policiers. Et on organise avec beaucoup de gens en Europe un couloir en fait un peu safe pour aider les gens dans leur parcours. Et je me suis fait impliquer là-dedans assez rapidement, sans m'y connaître absolument pas en droit des étrangers, sans trop savoir où je mettais les pieds. Et clairement, ça a été très rapide et assez violent de par la médiatisation, de par les procès, de par les nombreuses gardes à vue qui ont suivi par la suite.
Oui, et tout ça, on va y revenir d'ailleurs. Et alors, dis-moi si je me trompe, mais j'ai quand même l'impression qu'il y a un seuil de l'acceptable qui n'est plus possible avec les enfants. On a la sensation quand même, ce qui est devenu, s'il est possible de fermer les yeux, comme tu dis, on peut passer une fois en voiture, nous tous d'ailleurs, malheureusement où on habite maintenant, les SDF sont devenus monnaies courantes dans la ville et on arrive à les migrants en appelant les migrants, déjà, avec ce nom commun donné, à déshumaniser. Et en ça, la figure de l'enfant est très réhumanisante. Est-ce que c'est quelque chose que tu as observé ?
En tout cas, toi, tu sembles avoir vécu et tu parles d'ailleurs de ce regard des enfants. On l'a vu avec la photo de Haïlan, pour ceux qui se rappellent, sur cette page, qui avait fait le tour du monde, alors que nous avons, comme on vient de le dire, des dizaines de milliers de décès. Et donc, à mon avis, il y a aussi un enjeu là de lutte pour nous, à réhumaniser donc, et donc aussi à utiliser cette histoire que sont celles des enfants et que le jeune adulte, finalement, est aussi humain, mais donc à réhumaniser.
Et s'il le faut, par le biais de l'enfance, est-ce que toi, tu as remarqué ça aussi autour de toi, dans la vallée, que les enfants étaient vraiment source de réhumanisation pour tous, y compris, comme tu vas le dire, d'un de tes voisins qui vote extrême droite, qui ne s'en cache pas, mais quand il a un gamin, il te dit, est-ce que je peux l'emmener chez toi dormir ? Je vais donner à manger, mais je ne suis quand même pas très d'accord avec tout ça, mais bon, je ne vais pas le laisser mourir de faim.
Ben, ouais, je pense, et heureusement, j'ai envie de dire, qu'on est plus sensible. Enfin, moi, le premier, j'étais plus sensible aux gamins. Pourquoi avoir aidé des enfants et des familles et des femmes, pas parce qu'elles sont plus faibles que les hommes, parce qu'elles sont beaucoup plus cibles dans la migration ? Et c'est qu'il y a des réseaux de passeurs, de prostitution, d'organes, de pédophilie, en fait, le rétablissement de contrôle frontière, c'est ça, là-dedans, c'est que ça emmène à l'organisation de réseaux mafieux, de traites humaines, et s'il n'y avait pas de contrôle policier, il n'y aurait pas de réseau.
C'est pour ça que souvent on entend Darmanin ou d'autres dire c'est à cause des ONG et des associatifs qu'il y a des passeurs. Non, les passeurs ne sont pas là parce que nous, on est là. Ils sont là parce que la police est là. Et ce qui est étonnant, c'est que, je déviens un peu, mais sur le rôle de la police pendant le contrôle de frontières, la police derrière les frontières, c'est leur métier. Ils sont tout à fait conscients que leur travail, c'est de la merde. C'est pour la majorité. Et donc ça, il faut vraiment avoir conscience. ils ne sont pas tous OK pour faire ce qu'ils sont en train de faire. Et sinon, pour les gamins, oui, ça peut créer des...
Je pense que n'importe qui voit un enfant seul devant chez soi et qui a faim, on s'alerte. Dans le bouquin, je parle d'une dame, c'est Emilienne, qui a un restaurant. Dans les villages, c'est compliqué, c'est qu'on parle assez facilement, on se côtoie. Donc, jambes gauche, droite, extrême droite, extrême gauche, on se trouve dans les mêmes bars à boire la même bière et à discuter et à s'engueuler aussi. Mais voilà, ça reste vivant. Et ce dame, je suis en très bons termes avec elle et elle m'appelle pour me dire, il y a le jeune qui est là, je lui ai donné à manger parce que c'est son métier de donner à manger aux gens comme moi, en fait, d'ailleurs.
Et elle donne à manger à ce gosse, elle me dit, il ne faut pas qu'il dorme devant chez moi, prends-le chez toi. Et puis, voilà, c'est que le côté de l'humanisation, elle se fait aussi au niveau de la rencontre. Et c'est évident, c'est que les gamins, c'est un pont assez facile pour faire comprendre l'action qu'on fait. Pour faire un témoignage qui est assez récent, depuis qu'on a monté la communauté Emmaüs Royale, enfin, un pas en avant, quatre ans en avant. Et donc, on a monté une communauté Emmaüs, on est dans le village et il y a des voisins qui ont eu peur au départ, Hérou qui monte un camp de migrants dans le quartier, etc. Ça faisait un peu peur.
Et ce qui a créé le lien, ça a été les enfants qui vont à l'école, etc. Il y avait une mamie qui revendique aussi le fait de voter à l'extrême droite, d'être contre notre projet. Et là, il y a la gamine Aminata qui est ultra spide, ultra souriante, assez rigolote, tout ça. Une gamine de cinq ans, quoi. Et qui court et qui se sont dans les bras de la mamie. Et la mamie, le réflexe a été de la prendre dans les bras. Et là, on voit que nous, avec tous nos grands discours, etc. Face au regard d'un gamin, au sourire d'un gamin qui, lui, a de la spontanéité, c'est pour ça que les gamins, c'est quand même assez important dans notre combat politique.
Et je pense aussi que ça reflète aussi à nos yeux l'avenir et tout ça.
Oui, merci. On va rester sur cette belle image, effectivement. Et puis, les enfants n'ayant pas encore été soumis à l'épreuve du racisme, les institutions, souvent dans leur jeune parcours de vie, du coup, n'ont pas encore la défiance et donc, de fait, se jettent dans les bras, etc. N'ont pas encore peur des gens. Alors, il y a quelque chose que tu vas évoquer quand même assez rapidement, puisque toi, au départ, tu aides, et puis, très vite, tu vas quand même te retrouver confronté à la pénétration des idées d'extrême droite dans les corps de police, de gendarmerie, les élus. Alors, tu as parlé de M. Ciotti, effectivement, qu'on sait, très humaniste.
et de fait, tu vas nous témoigner que lors de tes... Dès le départ, les flics invitaient leurs collègues à venir sentir l'odeur de merde. Tu vas observer les tatouages de flics des croix de fer, des tatouages symboles du 3e Reich et cette pénétration-là de l'idéologie d'extrême droite dans les institutions, tu vas la rencontrer jusque chez, pourtant, des prestataires de soins, des médecins, qui tu vas emmener un jeune homme pour des céphalées et puis, finalement, qui vont appeler les gendarmes avant même de l'avoir examiné.
Alors, si on sait que le RN a de fait énormément progressé, pas seulement grâce à ses talents, mais aussi grâce à une banalisation complète et une légitimation des discours xénophobes en désignant un bouc émissaire facile qui est l'étranger, dans la vallée, on observe également chez toi, une droitisation avec, en 2017, un député en marche et puis, finalement, une députée RN qui passe là au premier tour, qui vient de l'UMP. Et on a quand même, on lit dans la presse qu'il y a aussi un gros sentiment de déclassement, notamment suite à la tempête Alex, avec des gros délais et un désœuvrement de la population face à la lenteur de la reconstruction.
est-ce que toi, tu observes comment ce sentiment de déclassement accélère le racisme grâce aux théories où on accélère la théorie de la cistana et on en fait un combo avec le racisme où, finalement, on va parler de préférence nationale, etc., ils ont le sentiment que les aides, etc., vont aller à ces gens-là qui arrivent à la Roya au lieu de reconstruire leur commerce. Comment ça, tu l'as observé ? Comment est-ce que vous avez ou pas tenté de lutter, de faire de l'éducation populaire autour de ces questions ? Et quelle est la place du nouveau Front populaire qui est arrivé deuxième à cet endroit avec une députée communiste chez toi ?
C'est une grande question. C'est vrai qu'en 2016, après, permette-toi si je m'écarte un peu trop parce que j'ai tendance à m'éloigner des fois. 2016, clairement, le rétablissement du contrôle aux frontières a été instauré pour lutte contre le terrorisme. Et ils l'ont mis, non pas juste après le Bataclan, mais juste avant, dans la tête des gens, c'est après le Bataclan, mais c'est faux. Et c'est pendant la COP21 qu'il y avait eu en France et pour éviter, en fait, que les radicaux italiens puissent, ou d'autres, ou d'ailleurs, puissent venir foutre le bordel à la COP21. Et après ça, il y a eu le Bataclan.
Mais en fait, dans l'espace Schengen, il est interdit de rétablir le contrôle aux frontières pour des questions de migration. On ne peut que rétablir le contrôle aux frontières pour des questions de gestion du trouble à l'ordre public. Et la migration ne peut pas être considérée comme un trouble à l'ordre public. C'est Coach Schengen qui le dit. Du coup, ce qui se passe, c'est que les policiers qui sont mis en place pour la lutte contre le terrorisme ou la force sentinelle, vous voyez ce que c'est la force sentinelle ? C'est les militaires que vous voyez dans les gares qui se sont habillés en camouflage pour qu'on les voit. C'est un concept. C'est un concept assez énorme.
Et du coup, tous ces gens-là ne sont absolument pas formés à gérer la migration. Donc, en fait, parce qu'étant donné qu'ils ne sont pas là pour gérer la migration, qu'ils sont là pour faire du contrôle de coffres pour s'il y a des automitrailleurs ou des terroristes, etc. Et du coup, on ne forme pas les policiers, les gendarmes mobiles, les gendarmes locaux, les sentinelles, etc. À savoir, qu'est-ce que c'est qu'une personne en migration ? Parce que souvent, dans la tête de tout le monde, je pense ici, une personne en migration est une personne en situation irrégulière. Ben non.
Une personne qui fuit son pays qui demande une protection internationale, on appelle ça la demande d'asile, ne peut pas être considérée en situation irrégulière. C'est comme ça qu'on a gagné notre procès, d'ailleurs. Et ce qui se passe, c'est que dans la veille de la Roya, il n'y a pas vraiment d'encadrement des forces de l'ordre. Donc, c'est... Bon, quand tu vois un mec qui est susceptible de l'immigration, tu le contrôles et puis tu l'emmènes à la PAF et voilà. Et susceptible d'être de l'immigration, c'est forcément... Chez nous, en tout cas, c'est des personnes noires. Et du coup, il y a clairement une chasse aux noirs qui est opérée dans la veille de la Roya.
Et surtout, avec la force sentinelle qui est l'armée, je ne sais pas si vous réalisez, en fait, dans un pays, son propre armée dans son propre pays. C'est quand même... Pour nous, habitants, c'est quand même assez violent. Et clairement, il y a une chasse aux noirs. Et on se retrouve, nous, avec des gamins, avec des chevilles cassées, des bassins pétés, des choses, des blessures qu'on peut finir par, nous-mêmes, banaliser, en fait, et trouver presque pas normal, mais on s'y habitue. Et parce que les gamins sont partis en courant parce que...
Non pas parce qu'ils veulent fuir et ce n'est pas un refus d'obtempérer, c'est qu'en fait, quand il y a un militaire avec des FAMAS, vous avez vu, quand ils sont équipés, les sentinelles, ils font flipper quand même. Imaginez-vous, un mec qui, comme ça, il vous monte du dos et il vous coure après. Vous faites quoi ? Vous ne restez pas comme ça. Vous courez, surtout quand vous venez du Soudan. Parce qu'au Soudan, un militaire avec un ato-mitrailleur, un FAMAS, il tire. Donc les gamins ont clairement peur de mourir. Donc les gosses, on est dans une vallée alpine, avec une route sinueuse, avec des ravins, des montagnes, enfin voilà, c'est les Alpes. Et les gamins sautent de murs de 10 mètres.
Et on se retrouve face à ça. Et ce dispositif-là, parce que même si on joue à nos petits rebelles de Gauchisse, voir Hanard, etc., limite des fois, se poser des questions sur des contrôles routiers, etc., qu'on voit un contrôle routier, on se dit forcément, ça a été réfléchi. Et l'État, malgré qu'on le critique, on se dit, c'est quelque chose de bien organisé, c'est un système qui ne fait pas non plus n'importe quoi. Et là, je peux vous dire, maintenant, ils font n'importe quoi. J'ai bien vu. Et donc, les gens trouvent, si il y a un barrage de police, s'il y a autant de police dans la vallée de la Roya, c'est qu'il y a forcément une raison.
C'est qu'en fait, les gens en migration, c'est des personnes dangereuses, etc. Donc, forcément, on ne met pas 500 gendarmes mobiles dans une vallée de 5 000 habitants comme ça. Ce n'est pas possible. Et on se retrouve avec ces migrants, comme on les appelle, donc, ces personnes dangereuses et surtout, personnes qui sont comment dire, qui polluent leur environnement, c'est-à-dire que leur environnement social, je parle. Donc, les personnes qui les aident se retrouvent en garde à vue, en procès. Donc, forcément, c'est des personnes dangereuses. Si on les aide, on se retrouve en procès, etc.
Et comme tu disais tout à l'heure, dans le bouquin, je parle d'un événement, c'est un gars qui arrive, qui a une perte osseuse au niveau du crâne, donc, il y a eu ça en Libye, donc, c'est cicatrisé, tout ça, mais il a quand même, on voit un trou dans son crâne. Et il est chez moi, il se plaint de vomissements, de vertiges, etc. Je ne suis pas médecin, le mec, il a un trou dans la tête, je me dis peut-être que ça peut être grave. Donc, j'appelle les médecins à Bray-sur-Roya, ils me disent au téléphone qu'ils ne veulent pas le recevoir et j'y vais quand même et les médecins où on ne l'a pas consulté ont appelé les flics et le gars s'est retrouvé en Italie sans aucun soin.
Et c'est quand même assez violent. Il y a un autre truc aussi, il n'y a pas si longtemps que ça, il y a un gamin qu'on a récupéré qui avait 13 ans, c'est quand même fou, enfin, il y a un gamin de 13 ans, ils ont fait des milliers de kilomètres tous seuls, c'est quand même assez dingue. On est en plein hiver, il fait moins de 4 degrés à Bray-sur-Roya, il est dans un abribus devant l'école, c'est l'abribus qui emmène les gamins à l'école. Le directeur de l'école l'a vu sur le banc, il a appelé la mairie, la mairie a appelé la police municipale, la police municipale a appelé la gendarmerie, donc le directeur est arrivé dans l'école à 7h du matin, 6h30, 7h.
Tous les gamins sont passés devant ce jeune, il y a des gens qui ont donné des biscuits, il y a des gens qui ont donné une couverture, il y a des gens et personne ne l'a mis à l'abri. Donc moi j'arrive, on m'appelle et les gendarmes me disent c'est bon, vous pouvez le prendre. Comme si c'était genre ah merci, c'est gentil. Et le gamin n'arrive plus à marcher, il était comme ça, il a eu les pieds en sang, enfin c'est quand même...
Et pour dire, deux ans après, je retrouve le préfet qui gérait ça et en fait il y avait une interview un peu informelle avec Macron parce que Macron était venu dans la veille de la Roya et le préfet me ressort ça oui mais quand même et j'explique à Macron cette histoire-là et le préfet me dit oui mais quand même on vous l'a laissé monsieur Hérault et là tu fais non mais en fait moi j'en ai rien à foutre de faire ce que je fais en fait on n'y prend pas du plaisir en fait tu vois et il y a un moment c'est que même des directeurs d'école n'osent pas prendre le gamin et le mettre à côté d'un radiateur.
Là devant des enfants l'éducation qu'on fait aux enfants, les petits français là c'est leur montre dire là quand il est noir tu vois il ne faut pas l'aider parce que en fait c'est des gens spécialisés qu'il faut pour aider ce genre de personnes.
En fait comment les idées c'est pas l'extrême droite en termes de partis politiques là si on regarde bien franchement on écoute Marine Le Pen et compagnie etc sauf là dernièrement il y a eu quand même quelques bourdes de fêtes mais sinon globalement ça fait 5-6 ans qu'il y a un discours très polissé très tranquille Ciotti est deux fois pire que Marine Le Pen par exemple dans le discours dans le discours et ce qui vous va attention c'est les idées comment elles arrivent les idées et nous dans la veille de la Roya c'est pour ça qu'à un moment je m'étais un peu un peu failleté avec des proches et j'ai pas appelé au non-vote pendant la dernière présidentielle mais je dis que moi j'irai pas voter et les gens disent oui tu te rends pas compte l'extrême droite ce que c'est je me rends compte ce que c'est parce que nous ça fait quand même un moment qu'on y vit avec l'extrême droite dans la veille de la Roya et ça c'est c'est pour ça qu'il faut faire attention et c'est de prendre des fois du recul et de savoir un peu comment d'avoir une analyse et de pas forcément banaliser parce qu'on a notre petit cerveau qui fait tout pour se conforter et essayer de ne pas regarder et essayer de ne pas réaliser et de se dire toujours en fait se mettre en confiance soi-même oui mais bon peut-être que c'est légitime peut-être que machin et dans la veille de la Roya on a réussi grâce à notre combat aussi à dénoncer ces faits maintenant ils sont faits un peu plus en cachette on va dire donc il y a de la course au noir mais plus dans les montagnes les endroits où on ne les voit pas ça a quand même évolué plutôt favorablement entre 2017 et maintenant
et alors si tu permets je te coupe une seconde parce que tu parles de ce directeur d'école etc mais comme tu le précisais tout à l'heure entre la criminalisation qui est faite c'est-à-dire que si on aide déjà ces noirs qui arrivent sont considérés comme ceux qui les aident vont aller en procès c'est largement médiatisé etc et même toi avant de se courir tu pensais spontanément qu'on n'avait pas le droit de les prendre chez soi et donc c'est là aussi où ça a infusé dans les esprits sans même se renseigner il y a une auto-censure qui se produit avec ces médias-là d'extrême droite et un discours qui est propagé comme ça largement
complètement au départ tout le monde pensait qu'il était interdit d'héberger de soigner même de transporter etc et c'est en enfin moi je suis devenu militant malgré moi un peu on était un peu obligé de se documenter et quand j'ai appris quand j'ai lu le CZA c'est le code des étrangers j'ai réalisé en fait que c'était pas ce qui me posait la question je reviens un peu en arrière je me suis dit mais la migration c'est quand même un truc qui existe depuis longtemps on est d'accord c'est un truc et là d'un coup ça devient un problème moderne mais pourtant tu vois même dans ma famille en fait il y a eu des histoires de migration de déplacement etc et surtout à la frontière franco-italienne c'est quand même on est au pourtour de la Méditerranée enfin c'est une histoire qui existe depuis que l'humanité existe et là d'un coup ça devient un problème contemporain comment on va faire on sait pas faire etc et quand on commençait à lire tu te dis bon il y a quand même pas mal de gens tu vois qui ont quand même réfléchi qui ont fait des études là-dessus et qui ont fait des textes des textes de loi et là qu'on comprend que l'état a réussi à nous faire croire que ce qu'on faisait c'était interdit ils ont réussi à ça quand même parce qu'on se cachait pour cacher enfin j'ai caché des gens parce qu'ils étaient noirs dans ma voiture en fait c'est quand même c'est moi les derniers passages enfin passage quand j'accompagnais des gens à détourner des contrôles policiers etc moi j'en pouvais plus en fait je me dis mais putain c'est quand même fou de mettre ce gamine dans le coffre alors que j'aurais pu passer normalement mais on sait très bien que dans la Ville de la Roya si on déplace avec une personne qui est noire on se fait contrôler et j'avais l'impression de participer à ce racisme en fait c'est systémique je me dis mais en cachant les gens en faisant ça dans la clandestinité j'ai l'impression de participer à tout ça à ce racisme en fait institutionnalisé je me suis un peu perdu
c'est pas grave je te rattrape au vol sur la question de déclassement et lié aux politiques néolibérales qui se sont accélérées les difficultés d'accès aux services publics notamment aux soins à la justice etc est-ce que tu as observé à cet endroit là du coup la progression du vote RN et comment du coup politiquement est-ce que le NFP a recréé un espoir dans cet endroit là est-ce que vous vous avez pu vous appuyer aussi sur les mouvements politiques locaux de gauche qui vous est soutenu
après c'est très particulier les Alpes-Maritimes c'est une république à part c'est vraiment c'est donc il y a quand même le prisme de médecin médecin et il y a quand même une dynamique assez forte et très clientéliste et les gens ont peur de se mêler de politiques politiciennes clairement pourquoi il y a eu au dernier député qui est d'extrême droite s'est fait élire parce que aussi Ciotti a rejoint l'extrême droite et notre maire ne s'est absolument pas positionné sur le fait que Ciotti ait rejoint l'extrême droite et en fait c'est surtout la banalisation d'extrême droite qui fait que parce qu'il faut être un peu couillon d'habiter à une vallée frontalière pour demander la fermeture des frontières c'est stupide tout le monde va acheter ses clopes en Italie on passe tous par 26 000 c'est vraiment l'axe normal et c'est assez après oui les gens se sentent se sentent délaissés honnêtement je ne suis pas assez outillé pour avoir un avis tranché mais je pense que c'est une espèce de vote un peu de contestation mais en même temps je vois l'extrême droite est quand même ultra bien ancré dans les médias mainstream et accepté aussi par Macron Darmanin etc on voit l'ambiance générale donc j'ai l'impression qu'il se démarginalise un peu et après oui honnêtement je ne sais pas comprendre pourquoi les gens votent à l'extrême droite dans la veille de la Roya pour te dire c'est qu'il y a des gens il y a deux ans on a fait une petite fête à la maison dans la communauté Maïs Roya donc on a des sans-papiers des étrangers voilà et il y a des voisins qui sont venus et qui revendiquent le fait de voter extrême droite et là tu ne comprends plus rien en fait tu vois et je pense que c'est l'éduc-pop en fait ce qu'il faut trouver c'est pour ça qu'on a un projet aussi d'éduc-pop dans la veille de la Roya ou au sein des Maïs Roya de faire une espèce de cantine associative pour analyser ensemble en fait ce que ça veut dire qu'est-ce que c'est qu'une élection municipale il faut revenir aux bases qu'est-ce que c'est qu'une élection départementale les gens votent pour des députés ils ne savent même pas à quoi ça sert un député mais la région à quoi elle sert ou qui finance l'école plutôt que la maternelle plutôt que le lycée les transports etc et les gens sont un peu perdus là-dedans et je crois qu'il y a une incompréhension générale en fait et les gens sont à la tête dans leurs problèmes aussi parce que la veille de la Roya c'est une vallée très pauvre dans un département très riche donc on est doublement plus pauvre c'est que les loyers sont chers il n'y a pas de bon plan pour faire ces courses etc tout est cher et on gagne moins que ailleurs donc il faut savoir que Nice c'est un endroit où il y a beaucoup de riches mais où ici il y a beaucoup de pauvres le quartier le plus pauvre de France est à Nice et il y a cette réalité là aussi
Merci à toi donc bien qu'on ne puisse pas en conclure des stratégies de lutte nationale puisque tu le dites si bien il y a une vraie spécificité avec une république propre à 2 ça marche oui néanmoins l'éducation populaire le faire du commun etc est un outil de lutte idéologique qui a lieu dans ces territoires qui ont été abandonnés des services publics et le sentiment de colère reste aussi très fort avec cette partie finalement que fut un temps on appelait les fâchés pas fachos où c'est la colère et puis on observe aussi les méthodes anciennement du PC réappropriées par le RN qui s'installe et finalement on parle de la civilité plutôt qu'une vraie idéologie structurante donc bien que nous on ne puisse pas en tant que mouvement politique en faire une stratégie de masse puisque on n'a pas les mêmes formes de vote puisqu'on sait aujourd'hui quand même que la question migratoire et puis malheureusement un vrai racisme qui se développe néanmoins il existe encore plein d'endroits où localement de fait on voit bien qu'il n'y a aucune peur de l'étranger aucune difficulté à aller vers ils ne font pas partie de ces gens qui vont t'insulter de passeurs de migrants puisqu'ils viennent volontiers à ta fête et que donc on a encore des brèches larges à prendre à cet endroit et justement pour rebondir là-dessus dans le discours à la fois vis-à-vis d'un concitoyen ou de l'état en entier voire du monde il y a la guerre des images et la guerre des mots tu vas en parler on parlait notamment de réhumanisation des migrants en parlant de leur vie donc on le sait ils utilisent les migrants les sauvages les d'ailleurs monsieur Ciotti va quand même parler de est-ce qu'on ne sait pas si dans tous les gens que va passer Cédric et Roux il n'y a pas un terroriste qui se cache donc on affiche vraiment on agite vraiment le drapeau de la peur et alors toi tu as décidé à un moment de dire très bien nous aussi quelqu'un te dit Cédric là il faut médiatiser quand la machine judiciaire commence à te tomber dessus et donc toi aussi dans ta pratique militante tu vas adopter cette guerre des images cette guerre des mots en parlant toi aussi de racisme d'état etc est-ce que tu peux nous parler de tout ça et des choses communes que tu observes dans les luttes puisqu'on le voit c'est le cas pour nous la France insoumise les anathèmes qui nous sont jetés nous sommes islamo-gauchistes antisémites les écolos sont des éco-terroristes on l'a vu au méga-bassine on l'a vu avec les gilets jaunes donc dans ta pratique est-ce que tu peux revenir sur ce qui a fonctionné le retentissement que ça a eu localement sur toi aussi dans ta vie d'utiliser cette guerre des mots et des images
en fait c'est Hubert c'est un ami qui fait l'accueil depuis des décennies qui est décédé il y a quelques années et c'est vrai que ça a été un peu mon mentor au début au niveau de l'organisation de l'accueil parce que moi je ne savais pas trop comment organiser tout ça et je lui avais demandé comment tu fais Hubert et lui la meilleure réponse qu'il m'a dit il m'a dit quand tu accueilles ton cousin ta cousine ta nièce ses copains comment tu fais tu fais pareil c'est sûr et après je me fais arrêter une première fois c'était en août 2016 c'est la seule fois en flagrant délit de passage de frontière enfin frontière intérieure et c'était assez flippant cette arrestation juste pour revenir un peu là dessus c'est qu'en fait il y a une espèce de pôle qui est organisé entre la police française et la police italienne et ils m'ont vu en train de charger à 21 000 donc là il y avait je crois 7 personnes il me semble clairement il y avait trop de monde dans ma voiture c'était évident avec des gamins des nouveau-nés des femmes des ados etc et les flics m'interpellent donc je vois une voiture qui me suit il double avec du gyro phare etc et je me retrouve avec un flingue sur la tempe et des flics qui braquent le coffre alors qu'ils ont très bien vu que je chargeais des femmes avec des gamins dans la voiture et on s'est fait braquer comme si on avait braqué une banque on s'est fait braquer par les flics comme si nous on avait braqué une banque c'était une violence assez énorme et c'était assez paniquant c'est que les flics français-italien gueulaient et ils ne se comprenaient pas et du coup j'ai dû faire le traducteur pour dire il n'y a pas de problème ça a bien se passé et je ne sais même pas pourquoi je reviens là c'était quoi ta question ?
tu as gardé mots et des images que tu vas utiliser
et du coup voilà je fais ma garde à vue etc je réponds aux questions qu'on me pose etc et le procureur décide de me faire bénéficier de ce qu'on appelle l'immunité humanitaire c'est dans les textes de loi s'il n'y a pas de contrepartie directe ou indirecte on ne peut pas incriminer quelqu'un qui a aidé des personnes en situation même irrégulière s'il n'y a pas de contrepartie directe ou indirecte du coup je bénéficie de l'humanité humanitaire je ressors libre et Hubert Jourdan celui qui m'avait conseillé pour l'accueil il me dit Cédric il faut médiatiser là c'est une super lutte qu'on vient de gagner il faut vraiment que tu médiatises le truc moi je ne me sentais absolument pas capable je n'avais pas envie et j'étais dans une asso qui s'appelle Roya Citoyenne et qui elle voilà guidaient les journalistes chez telle ou telle famille et je leur dis bon si vous voulez je suis ok pour d'après les conseils d'Hubert d'accepter et là il y a un gars qui s'appelle Adam Nossiter qui est journaliste au New York Times et il arrive chez moi c'est un anglais un british avec sa petite chemise blanche et tout et je lui parle le mec j'ai l'impression qu'il est teubé il ne comprend rien ce que je lui dis et en fait il a halluciné après il y a Pierre Turchman c'est un photographe qui vient et qui m'explique je me dis tu sais Cédric le journaliste c'est un grand reporter du New York Times c'est pas tu vois et tu devrais le prendre un peu au sérieux et tout tu veux que je te prenne au sérieux viens on va à Vanetimi on va voir un peu comment c'est et puis on va faire tout le parcours et ça a fini en course poursuite avec les flics dans la gare de Cannes etc et il a fait et il a fait une première page on a fait la page de couve du New York Times et il compare l'action du préfet des Alpes-Maritimes donc de l'état français et il la compare c'est assez sévère mais pendant la gestion pendant la deuxième guerre avec les juifs etc et donc à l'époque je crois que c'était Valls qui était là il est devenu tout rouge et à partir de là ça a été la guerre et le problème de la médiatisation c'est que c'est un outil de lutte à part entière et je pense que les médias font aussi partie d'un des piliers de la démocratie c'est que ça devrait être et ça l'est pour certains médias un porte-voix en fait des citoyens et du coup on commence à médiatiser donc ce qui est un peu bizarre c'est que plus je médiatise plus ça m'enrogne le ministère public donc le parquet plus ça me met des emmerdes mais grâce à la médiatisation ça me protège parce que du coup j'ai des soutiens et puis des gens et du coup c'est un peu schizophrène comme truc tu te mets en danger et en même temps ça te protège mais c'est une lutte à double tranchant je pense à la médiatisation il faut y faire un peu attention c'est qu'on la maîtrise pas puis tant mieux parce que les journalistes aussi doivent être libres de faire un peu ce qu'ils veulent mais ça peut être récupéré aussi donc je sais honnêtement avec le recul je sais pas si ça a été positif ou négatif si on regarde le bilan actuel avec le chiffre du Rassemble national j'ai l'impression qu'on a un peu perdu la bataille quoi quand même mais de l'autre côté on a vu quand même beaucoup d'associations et de collectifs se créer se monter beaucoup de gens en fait qui ont ouvert leurs portes pour vous dire il y a un film qui s'appelle Libre c'est un film documentaire qui a été fait par Michel Toesca et qu'on a projeté dans plusieurs salles de cinéma en France il y a une mouche qui m'emmerde là la connasse c'est sciotique c'est un robot sciotique c'est une drone et du coup et donc c'est jour de fête qu'il distribue le film il faudra faire des conférences et tout machin je dis non mais tout le monde s'en branle de ce qu'on fait dans la Roya et jamais jamais il y aura du monde et j'étais assez surpris c'est qu'il y a énormément énormément de gens qui en France sont solidaires sans forcément avoir de discours politique c'est des hommes des femmes qui vont faire du tricot qui vont faire de la cuisine qui vont faire des cours de français qui vont jouer au foot sans forcément de gros discours politique mais je pense que ces années là ça a été en France en tout cas un moment où il y a eu le plus de solidarité et ce qui est fou c'est que les infos et notre ressenti penseraient l'inverse moi je dois dire on est tous les uns contre les autres honnêtement de ce que j'ai vécu en faisant ce tour de France avec ce film là j'ai vu complètement l'inverse j'ai vu énormément de solidarité et ça m'est vachement conforté donc pour revenir sur la question de l'utilisation médiatique c'est compliqué moi j'ai découvert ma calvitie sur France 3 Côte d'Azur j'avais jamais vu j'ai jamais fait ça avec un miroir tu vois et j'ai fait oh putain et ça ça fait mal mal et mais c'est vrai que c'est compliqué parce que tu te trouves moche tu te dis putain qu'est-ce que j'ai dit je parle mal etc c'est super et surtout on veut imiter ceux qui parlent bien à la télé à la radio enfin ceux qui nous en fument tous les jours vous voyez ces mecs là mais on veut leur ressembler pourquoi je leur ressemble à ce connard en fait et je trouve que ça fait du bien aussi d'entendre parler des bacs moins 6 et des bacs moins 4 un peu à la radio à la télé et voilà
et alors ce qui est drôle c'est qu'à partir de ce moment là alors de fait peut-être que toi tu sais pas si ça a fonctionné ou pas vu l'énergie qu'ils ont mis à à ce que ça s'arrête je pense que ça a en partie fonctionné quand même puisque de fait l'idée en étant de et de rendre acceptable ces retours à la frontière cette façon complètement inhumaine de traiter les gens et d'un seul coup ça met la lumière sur le fait que non seulement humainement c'est terrible mais en plus c'est illégal et ça redonne aussi partout d'abord comme on le disait tout à l'heure toi-même il y avait une autocensure que toi-même t'appliquais en disant on pensait qu'on n'avait pas le droit donc finalement cette guerre des mots des images et cette médiatisation sert aussi à ce que celle face de l'éducation populaire au-delà de la vallée à ce que tout le monde demain s'il croise sur sa route qui que ce soit mais grand pas oui j'ai le droit de prendre dans ma voiture j'ai le droit de protéger j'ai le droit d'héberger et donc rien que ça rien que pour cette raison c'est un gars et il saura non non mais moi monsieur j'ai principe d'humanité donc ça aussi c'est quand même très utile et alors on voit bien ce qui est frappant dans ton livre et là on se pose quand même la question c'est que finalement enfin on se pose la question on voit plutôt comment l'extrême droite qui parle énormément du grand remplacement les étrangers les noirs les musulmans etc finalement ils te traitent toi de la même façon mais tu es blanc tu t'appelles Cédric tu es agriculteur tu vois en plus t'es pas un banquier d'affaires etc donc là il y a quand même un moment où on se dit mais ça va pas qu'est-ce qui fait que toi aussi sauf si tu mets le hijab que dans la vallée de la Roya et tu nous le caches ici ce que je ne crois pas donc finalement on s'aperçoit et toi-même tu vas y arriver dans ton livre comment le racisme est finalement aussi toujours relié au racisme de classe et au mépris de classe et d'ailleurs on va te dire c'est quoi ce petit paysan reste à ta place en fait reste à ta place que sont les mots que tu vas avoir on te parle de la France d'en bas et donc finalement celui qui aide les noirs celui qui l'ouvre et qui va être le grain de sable mettre le grain de sable dans la machine devient lui aussi le noir du blanc quand bien même il ne serait pas et donc je voudrais te faire rebondir là-dessus puisqu'on va l'observer ça partout quand même dans les luttes et que finalement rappeler partout partout que l'extrême droite n'est jamais qu'un racisme d'abord de classe et que quand bien même il n'y aurait plus demain les migrants ce sera sur les assistés comme on l'a vécu avec ceux qui ne veulent pas travailler les fainéants et qu'on sera toujours le noir d'un autre est-ce que tu peux rebondir là-dessus ?
ouais complètement moi j'ai vachement senti dans les procès mais après ça a été il faut s'en servir aussi comme outil de lutte si on nous méprise on nous prend pour des petits et on peut les baiser aussi d'une façon parce qu'en fait on peut les surprendre et on a surpris le préfet quelques fois mon avocat l'a fait condamner plus de 400 fois en un an pour en trave et donc on a pu aussi gagner parce qu'il nous inconsidérés mais je l'ai beaucoup vu dans les procès c'était quand même assez dingue c'est ce mépris de classe aussi et je pense qu'il y a l'effet aussi paysan Bac-4 et tout qui joue beaucoup le côté du militant je ne sais pas si vous avez réalisé tu en parlais tout à l'heure par exemple les souvenirs de la terre des écolos etc maintenant d'être militant ça devient une insulte et ce qui est fou c'est que c'est souvent des personnalités politiques qui utilisent ce terme là alors qu'eux-mêmes sont des militants politiques a priori c'est pas des carriéristes je ne sais pas mais le militant est devenu une espèce de sous-individu il n'y a pas longtemps un truc en parallèle c'est qu'on a fait une action avec ma compagne contre les caméras qui ont été mises en place à Braille-sur-Royas sans autorisation etc on allait au TA et donc on était une cinquantaine dans ce collectif là il n'y a personne qui voulait aller porter son nom pendant le procès ils ont eu raison moi j'ai eu deux plaintes entre temps la veille et une le lendemain et les gens avaient peur de s'impliquer et de mettre leur nom sur cette plainte là mais la défense de la mairie c'était ça c'est que Cédric Hierrou c'est avant tout un militant et il instrumentalise cette histoire de caméra pour mettre à défaut le maire de Braille-sur-Royas etc quand bien même même si c'était vrai mais bon et on devient des sous-citoyens et pour revenir au côté de militantisme c'est comme je vous disais tout à l'heure on ne peut pas incriminer le délit de solidarité sur un terme juridique n'existe pas même si nous on a réussi à faire changer la loi on pourra peut-être en venir après mais avant ça ça n'existe pas le délit de solidarité s'il n'y a pas de contrepartie directe ou indirecte il ne peut pas y avoir condamnation c'est pas possible et pour moi ils avaient trouvé une contrepartie indirecte c'est la contrepartie militante le juge il a dit ça j'ai rien compris je me suis dit qu'est-ce qu'il dit contrepartie militante je n'ai même pas sûr d'avoir compris toujours aujourd'hui et en fait ça veut dire que mon combat n'est pas entièrement humanitaire il a des fins politiques et vu qu'on a un peu gagné sur certaines parties etc du coup il y avait une contrepartie indirecte qui est les acquis en fait de mon militantisme et pour ça en fait ils ont voulu quand même mettre 8 mois de prison avec sursis et donc je vais quand même en parler en fait de la fraternité à valeur constitutionnelle c'est qu'on a fait une QPC ce qu'on appelle une QPC pendant mon procès c'est une question prioritaire de constitutionnalité on a posé une question au conseil constitutionnel et on lui a demandé parce que notre devise vous la connaissez liberté, égalité, fraternité et à valeur constitutionnelle il n'y avait que la liberté et l'égalité à valeur constitutionnelle et pas la fraternité ça veut dire quand il y a des députés qui se donnent avant à l'époque où les députés votaient des lois ou proposaient des lois et quand il y a des doigts de proposer donc c'est les députés après ça va sénateurs après ça va au conseil constitutionnel et le conseil constitutionnel regarde si c'est constitutionnel ou pas et avant on devait respecter la liberté et l'égalité mais la fraternité n'était pas inscrite et du coup on a demandé à être libre d'être fraternel donc du coup d'user en fait de notre devise devise-devoir et on a rendu cette loi en fait ce qu'on appelle délit de solidarité anti-constitutionnel et donc ils ont réécrit la loi mais ils voulaient me baiser quand même vous pouvez bien le savoir et ils ont dit en fait on n'a pas le droit on peut aider mais il faut que ça soit exclusivement humanitaire c'est marqué exclusivement humanitaire donc on ne sait pas non plus ce que ça veut dire et on n'aurait pas le droit de transporter les gens sur du passage de frontières donc ils ne parlent pas si c'est dans l'espace Schengen si c'est des frontières externes ou internes à l'Europe enfin bref et nous c'est pour ça qu'on a gagné c'est pas grâce à la fraternité à la valeur constitutionnelle c'est du droit c'est chiant je suis désolé mais c'est important et on a gagné sur le fait qu'une personne en migration n'était pas forcément en situation irrégulière et nous ce qu'on a défendu c'est le fait qu'une personne en migration surtout on a eu beaucoup de Soudanais et d'Érythréens c'est des personnes qui fuient et qui demandent une protection internationale donc c'est des demandeurs d'asile et un demandeur d'asile ne peut pas être considéré en situation irrégulière ta question initiale c'était quoi déjà ?
le racisme de classe et le mépris de classe mais tu as répondu en partie en parlant du bac moins 4 et alors c'est marrant parce qu'on observe quelque chose j'ai réagi en te lisant et ça m'a fait penser à cette phrase de Marx genre là il a fallu Marx je connais la phrase qui dit avec cette vision matérialiste évidemment de l'histoire que les conditions d'existence déterminent nos consciences et en fait on observe ça comme si logiquement on devrait ne pas supporter ça on le voit pour ceux ici qui sont soignants avec moi il y a les copains du collectif interurgence interhôpital etc et souvent on leur dit mais regardez ils attendent 10 heures sur un brancard enfin 50 heures sur un brancard on n'a pas de lit regardez la salle de repos etc comme si la démonstration par le fait allait changer quelque chose alors qu'ils s'en fichent on l'a vu avec le clip je ne sais pas si tu l'as vu des lycéens dans le 93 qui ont dit je suis lycéen dans telle ville bien sûr que ma fenêtre répétait vous l'avez vu tout ce clip voilà et toi tu vas dire aussi mais merde j'ai envie de les tirer par la cravate jusque chez moi qu'ils vivent avec nous juste une nuit je leur présenterai les jeunes aux pieds gonflés et crevassés à force de marcher à travers la forêt le long des voies de chemin de fer ou sur la route je les forcerai à poser la main sur les cicatrices infectées des tortures subies en Libye je leur montrerai à quoi ressemble la trace d'un clou planté entre les testicules et l'anus d'un gamin de 17 ans j'aimerais demander à ces démagogues à un lisse et propre d'assumer leurs propos expliquer à la gamine qui se plaint de maux de ventre qu'elle est enceinte de son violeur Libyen et alors c'est c'est fascinant comment partout et c'est là qu'on voit bien que le racisme rejoint le mépris de classe puisque tous ont fait expérience que malgré la démonstration des fêtes c'est de fait notre classe et non pas la race puisque tu vas aussi évoquer qu'à Nice l'étranger ne pose pas de problème il peut être russe danois arrivé des émirats quand il a une carte bleue et qu'il est sur les terrasses de Nice à ce moment là il n'y a plus de sujet et donc est-ce que tu tu souhaites rebondir rebondir là-dessus sur le fait est-ce que ça c'est quelque chose que tu as déjà évoqué aux gens dans la vallée est-ce que c'est quelque chose qu'ils ont noté est-ce que tu leur dis parfois vous voyez là que c'est pas même moi vous voyez bien que je suis Cédric que je suis français et donc il y a un mépris de classe envers moi parce que paysans et ça concerne les métiers un peu précaires dans ta vallée beaucoup de monde comment ils réagissent à ça et est-ce qu'on arrive à leur faire la démonstration que c'est d'abord un mépris de classe avant d'être un mépris de race finalement
je ne suis pas sûr que les gens aient pris conscience de ça moi oui parce que je le vis souvent et même souvent sous les critiques de la droite et de l'extrême droite sur ma tenue vacimentaire moi je trouve que ça va mais souvent c'est ça c'est qui tu es pour ouvrir ta gueule tais-toi enfin tu vois il y a vachement ce truc là où je ne suis pas légitime du tout alors que tu te fais pourquoi je ne serai pas légitime alors que je suis sur le terrain et je fais bien évidemment que je suis légitime et il y a ce côté de la légitimité qui est un peu compliqué même avec des gens dans le village qui ne comprennent pas pourquoi je fais ça les gens se disent forcément ils touchent de l'argent ils en détournent ou c'est pas possible et des fois les gens ne comprennent pas mon côté de ma médiatisation ils pensent que je ne le mérite pas ils se disent ben le mec c'est ce que mon maire de village dit il dit mais vous vous n'êtes pas légitime parce que vous n'êtes pas élu j'ai fait bon déjà toi tu es élu avec 500 voix sur 2000 donc ça va quoi enfin tu vois et le mec pour lui ouais je ne suis pas légitime parce que je ne suis pas élu mais c'est moi je pense que si j'avais une Audi A4, A5 avec costume cravate etc ben je pense qu'il n'y aurait pas eu tout ce problème là on l'a vu dans la veille de la Roya il y a une très grande amie à moi qui était avocate elle est à la retraite maintenant Françoise Cota qui est une dame très influente dans son domaine influente en termes d'avocat c'est à dire des bons avocats en fait qui voilà et elle n'a jamais fait de garde à vue alors qu'on a fait des passages ensemble on a tu vois elle n'a jamais elle a médiatisé elle n'a jamais été en garde à vue moi j'ai fait 13 garde à vue 5 perquisitions 4 ans de mise en examen et je pense que ils n'avaient pas envie d'avoir l'avocate au milieu des pattes et que c'est facile en fait c'est facile de il y a une légitimité en fait à incriminer le le le le le le le le le le le le le le le le le
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le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le va te donner raison que de fait nous sommes obligés de rentrer dans le respect de la convention de Genève comme tu le disais et de la charte des droits de l'homme dont la France est signateur et d'ailleurs tu le dis toi-même leur discours accuse les personnes en migration de troubles à l'ordre public tu en as parlé tout à l'heure mais ce trouble c'est l'état qui en est responsable les valeurs de notre république sont malmenées par ceux qui ont été chargés de les protéger et tu vas aussi nous rappeler on sent les étudiants avec leurs petits les gens qui ont été longtemps étudiants je fais la promotion du fluo et du post-it de livres le gouvernement et l'état portés par une idéologie anti-immigrationniste empêchent les citoyens d'agir selon la devise nationale le conseil constitutionnel vient de rappeler que les lois ne doivent pas bafouer les fondamentaux de la république française je coupe une devise implique aussi les devoirs et tu vas répondre la France pays d'égoïste bien sûr que non la présentation du film libre consacré à notre action a révélé dans près de 90 villes un réseau de solidarité insoupçonné et trop discret et alors là c'est intéressant comment on voit que les concepts complètement fumeux de l'extrême droite patriotique, la devise nationale notre république etc et que finalement non la république est bien de notre côté à nous et que de fait ce sont des des actions comme la tienne qui la font vivre et alors je voudrais savoir dans ton parcours puisque tu parles un peu avec un langage comme tu le dis toi même avec des débuts de jeunes nanars gauchistes qu'est-ce que ça fait d'être le démonstrateur des valeurs de la république française
bon je sais pas des fois ça fait chier quand même juste pour revenir en fait aux valeurs françaises et comment ça a été monté si on regarde bien tu regardes les retraites c'est des sujets sensibles en ce moment vous énervez pas les retraites, la sécurité sociale les congés payés en fait tout est basé en fait sur la solidarité c'est que en fait on est dans une société et qui en vit dans le monde entier il y a des gens qui travaillent pour des gens qui travaillent pas il y a des gens en bonne santé qui travaillent pour des gens en mauvaise santé il y a des jeunes qui travaillent pour des vieux et t'as tu fais et là d'un coup en fait cet élan de solidarité deviendrait en fait comme un système anti-france imaginez-vous si aujourd'hui on devrait reconstruire tous les acquis sociaux de par nos luttes si on devait les reconstruire aujourd'hui et d'expliquer aux gens toi qui travaillent tu vas travailler pour la personne qui travaille pas toi qui est en bonne santé tu vas travailler et cotiser pour la personne qui est en mauvaise santé et ça passerait pas quoi c'est pour ça qu'à un moment la vraie france etc machin je crois qu'il faut se le réapproprier en terme de valeur il faut faire le tri bien sûr il faut reconnaître aussi les torts de la france dans son histoire etc ça c'est une évidence mais c'est reprendre un peu aller sur leur terrain moi je suis convaincu que ce qu'on appelle les identitaires les identitaires c'est l'extrême droite mais souvent on regardait les identitaires Damien Rieux vous connaissez ou pas le mec a changé de nom de famille il s'appelle Lefebvre tu vois Marine Le Pen Marine c'est pas son vrai nom, son vrai prénom c'est des gens en fait qui ont des problèmes mais intrinsèquement de qui ils sont, d'où ils sont et je vois dans la veille de la Roya sur cette notion d'identité on a des, en fait il y a comme dans tous les villages en fait c'est les néo-ruraux avec les anciens de là, de souche etc machin en fait ce qui les font chier c'est que des jeunes gens arrivent et pas forcément néo-ruraux ça peut être des paysans d'autres départements mais en tout cas des étrangers la notion d'étranger est assez limitée en fait quand même c'est le mec de Nice qui va à 60 km ça reste un étranger quoi donc peut-être je suis né à Nice non mais t'es pas d'ici machin et en fait il y a ce fait où on a oublié en fait ce que c'était que l'histoire parce qu'on refait exactement ce que faisaient leurs grands-parents l'agriculture, l'artisanat etc choses qu'ils ont abandonnées et je rappelle après la tempête on parlait tout à l'heure d'une tempête on s'est pris une tempête Alex dans la gueule il y a eu beaucoup beaucoup de dégâts et il y a eu deux clans qui se sont faits les gens qui voulaient faire des grosses routes rapidement etc machin et les gauchos qui voulaient des pistes cyclables et prendre le temps d'y réfléchir et essayer de faire un endroit aménagé pour des transports plus fluides plus voilà moins de bagnole moins de camions et plus voilà et les gens du cru disaient non machin ils nous font chier c'est nos ruraux etc machin et j'ai un ami qui est historien et qui a rappelé l'histoire de la Brigue la Brigue c'est un ancien village c'est qu'en fait ils ont vendu leur forêt à Gênes pour construire des bateaux donc ça a été déforesté j'ai plus les années en tête après ça vu que c'était tout déforesté ils ont loué leur pâturage à des éleveurs de brebis etc donc ça a été surpâturé jusqu'au moment où il n'y a plus rien qui poussait là il y a une espèce de dictature écologique où ils ont interdit c'était quand même une dictature c'est interdit aux femmes de moins de 26 ans de se marier il n'y a que les aînés qui avaient le droit de se marier donc se marier ça veut dire faire des enfants on n'avait pas le droit de ramasser du bois et se balader dans les parties communales et les gens qui respectaient pas ces règles étaient chassés de la veille et de la royale pendant plusieurs années et ça c'est étonnant en fait avec des locaux qui disent oui l'écologie machin nanana parce que notre histoire nous on est des vrais des gars etc en fait si tu regardes bien ton histoire en fait l'écologie vous étiez beaucoup plus radicaux que nous même c'est pour ça qu'en fait sur la notion d'identité de savoir de qui on est d'où on vient qu'est-ce qu'on fait là je pense qu'il y a une grosse carence de la partie des militants d'utre à droite et d'extrême droite
bon alors après si l'extrême droite s'embarrassait de la vérité je pense qu'on le saurait aussi mais du coup c'est intéressant de rappeler leurs incohérences et puis leurs mensonges tout simplement parce que alors évidemment il y en a certains chez qui les neurones sont pas accrochés on l'a vu pendant la campagne d'ailleurs ils ont dû interdire de médias à certains candidats tellement c'était la catastrophe je pense que tout le monde a vu des vidéos qui relevaient quasiment de vidéos gags néanmoins pour les têtes pensantes beaucoup sont très au courant de l'histoire qu'ils adorent remanier comme ils le souhaitent eux mais donc pour que ça ne fonctionne pas sur tout le monde c'est à nous aussi à faire ce travail là comme le dinde ben non regarde en fait comme on vient de le dire pour les valeurs républicaines ben non tu vois la république le vrai défenseur de la république là en l'occurrence c'est moi comme on vient de le dire pour le comme on l'a dit pour l'humanisation des habitants des habitants etc enfin des migrants etc et alors nous allons du coup conclure là dessus sur un passage que je trouve finalement qui fait très caisse de résonance avec avec nos actions et notre militantisme à nous militants de la France insoumise c'est que tu vas dire que finalement ces quatre années t'ont fait passer du moi au nous tu vas évoquer tu vas raconter ben d'ailleurs ce dont tu racontes quand tu parlais tout à l'heure de quand vous vous êtes retrouvés à la gare en breil et là un jour vous décidez d'aller de continuer à d'aller rejoindre Nice à pied et tu vas évoquer ce qui finalement fait le point commun le le le avec tous les hommes tu dis j'étais heureux de partager avec eux donc il va avec une centaine tu vas avec une centaine de migrants à pied garde garde Nice j'étais heureux de partager avec eux nos magnifiques paysages de montagne et d'échanger sur autre chose que les questions d'hébergement d'asile ou d'administration d'administration Michel Tosca mon ami cinéaste nous attendait à Sospel avec quelques vivres à Sospel des habitants nous attendait dans une ambiance très hospitalière le soir une fois arrivé à Sospel un match de foot s'improvisa entre l'équipe locale et les jeunes africains ravis le lendemain le maire de l'escaren Pierre Donadet nous accueillit chaleureusement dans son village l'entraide dépassait encore une fois toutes les espérances la boulangerie nous fournit du pain la pizzeria des pizzas une association laissa libre accès à sa salle multimédia Youssef notre cuistot distribué repas et tabac assurant la cohésion du groupe avec un brin d'autorité et tu vas finir sur ces quatre années donc mon permis de passer du mois au nous et cela change tout sous les oliviers nous binons s'arclons plantons nourrissons la terre nos tomates ont la saveur de la considération et de l'autonomie nous vendons nos récoltes avec fierté partageons les joies du paysan qui donne la vie et la protège mon ambition n'est pas de reconstruire l'individu juste de lui offrir un cadre où il puisse disposer du temps nécessaire pour surpasser ses traumatismes et je crois que des phrases comme celle ci des actions comme celle là et la solidarité de tout un panel autour guérit à nous aussi beaucoup de traumatismes donc merci pour ça merci de faire relever la tête à toute une France toute une génération qui n'est pas d'accord avec ce qui se passe et à qui tu permets aussi de dépasser ces traumatismes en faisant ça et donc sur cette description du beau et du beau partagé autour de la terre du temps des paysages avec les migrants je te laisse conclure sur ce changement de paradigme d'être passé du moi au nous au milieu du beau
merci pour finir pour parler vite fait d'Emmaüs Roya ce qui s'est passé c'est que j'ai cédé mon exploitation agricole à une structure associative qu'on a créé ensemble et maintenant on vit en autofinancement dans le sens où on n'a pas de subventions publiques parce qu'on compte que vous savez on est dans l'extrême droite de la France donc c'est toujours compliqué voilà on préfère être indépendant et on vide notre agriculture donc on fait du maraîchage on élève des cochons donc je crois que c'est le premier élevage de cochons élevé par des personnes musulmanes c'est un peu bizarre les fachos ça leur met un bug dans la tête quoi il y a souvent des débats c'est est-ce que oui est-ce que non
de BFM s'il vous plaît une télé de BFM immédiatement à l'attente nous avons des cochons élevé par des musulmans on va appeler la presse
et du coup ouais et donc on fait les marchés donc les compagnes et compagnons font les marchés et on devient en fait un acteur social donc on est le seul endroit en fait où on fait de l'hébergement d'urgence où on aide les personnes aussi de façon inconditionnelle française ou étrangère et où on a une réelle action concrète on fait de l'agriculture pour du vrai quoi et on a un stand qui est quand même avec des produits de qualité et qui est sur le marché là actuellement enfin et les gens qu'est ce qu'on peut dire à ça en fait et en fait je pense qu'on peut être contagieux qu'on est exemplaire il n'y a pas besoin des fois de faire des gros discours etc en fait moi le genre de conférences que je fais là ou de discussions de table ronde etc je n'en fais jamais dans la vallée de la Roya en fait et on essaie justement de parler de choses plus banales et d'être ouvert chez les...
enfin il ne faut pas être donneur de leçons je pense il faut juste être exemplaire dans sa vie de tous les jours et donc la question c'est ouais qu'est ce qu'on peut faire etc tout le monde cherche cette espèce de baguette magique pour trouver une solution miraculeuse etc donc pour ça il y a la drogue je vous conseille non je plaisante mais en fait ça n'existe pas et c'est cyclique et que l'effort opprime les faibles ça a toujours été ça sera toujours gagné on gagnera jamais mais juste vivre la vie un peu comme une...
la vie un peu comme un jeu pas ça mais dire en fait on gagne tant qu'on n'arrête pas et on peut gagner tous les jours c'est qu'on s'arrête pas et si on arrive à faire ça avec bienveillance et un peu d'amour et un peu de joie etc même si des fois c'est dur ben voilà c'est quand même l'essentiel de la lutte c'est ça c'est continuer parce qu'on peut pas avoir de bonnes idées si on est trop en colère moi je suis en colère j'ai une colère et il faut pas non plus en avoir peur de ce colère là il faut que ça soit un outil et pour qu'elle soit un outil faut la maîtriser il faut que ça soit un outil de lutte et il faut arriver voilà essayer d'être équilibré dans ses émotions et de partager au delà de la lutte aussi des moments joyeux festifs et se protéger parce qu'on a besoin du militantisme on a besoin de militants on a besoin de vous on a besoin de tout ça et protégeons nous et vous allez voir qu'on arrive à être beaucoup plus efficace en étant on le on le nous le nombreux quoi et en naissant une santé mentale assez protégée voilà protégeons nous un maximum en tout cas
ça suffit c'est gênant là faut pas trop en faire et c'était pour moi qui est con on peut vous offrir des bières qu'on voyait ce soir tu vas voir nous c'est bien prendre soin de nous mêmes attends 21h alors merci et puis voilà merci pour nous tous on a eu là des vraies solutions aussi concrètes de militants en réhumanisation en réhumanisant à ne le laissez pas donc aux autres dites bien partout ce qu'on peut faire où qu'on soit et puis utiliser les réseaux sociaux en masse offrez à tout le monde le livre de cédric il en a pris un nouvel il vient tu en as un autre un deuxième et je vous invite à le compléter avec le nouveau livre de la boétie moi j'ai fait les deux en même temps pour préparer l'entretien et il ya c'est un très bon duo dans la lutte contre l'extrême droite de lire en même temps cédric et roux et le nouveau livre de la lutte contre l'extrême droite de la boissie merci à tous tous on va être un peu disponible à cédric peut-être un peu plus que moi puisqu'il y aura la confo hôpital dans 25 minutes avec collectif interurgence et interhôpital et merci à tous de votre attention de votre attention