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interviewFrance Inter — L'invité du week-end· 31 octobre 2021 17 min

Raphaël Glucksmann : "Ce que je voudrais, c’est porter des causes qui vont animer cette campagne"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Bonjour Raphaël Glucksmann, eurodéputé, place publique essayiste également. Avec la COP26 qui s'ouvre aujourd'hui, on voit une jeunesse, une génération climat, qui veut prendre la parole, qui veut avoir un autre discours que celui que vont tenir les politiques avec plus d'ambition dans cette jeune génération. Ce sont souvent des jeunes femmes d'ailleurs. Quel regard vous portez sur cette génération climat qui ne veut pas se résigner ?

0:30
Raphaël Glucksmann

Qui ne veut pas se résigner et qui veut sortir de l'impuissance, l'impuissance des dirigeants européens, occidentaux et mondiaux. Et en fait, à la lumière de l'effondrement climatique, on assiste à une formidable inversion des rôles. C'est-à-dire que dans nos sociétés, les gens qui sont censés être sérieux, ce sont les hommes en costume cravate, qui négocient des accords de libre-échange et qui travaillent dans les plus hautes sphères de nos états. Et ceux qui sont censés ne pas être sérieux, ce sont les jeunes de 20 ans, qui ont la vie devant eux et qui pensent à s'amuser. Eh bien, face à l'effondrement climatique, on a une inversion totale des rôles dans la société.

Finalement, celui qui apparaît comme comique, c'est-à-dire ne prenant pas en compte la réalité de la tragédie qui nous attend et que nous avons commencé à vivre, ce sont les hommes en costume cravate qui négocient des accords de libre-échange comme si de rien n'était. Et ceux qui sont réellement sérieux, ceux qui épousent le tragique de l'époque, ce sont ceux qui sont censés ne pas être sérieux dans nos sociétés, c'est-à-dire les jeunes de 15, de 20 ans, de 25 ans, qui alertent sur le péril et qui disent qu'ils ne veulent pas vivre dans cet enfer.

1:32
Présentateur

Et ce sont souvent des jeunes femmes. La première, ça a été Greta Thunberg, elle a été rejointe par l'Australienne Harriet Oshaker, l'Ougandaise Vanessa Nakat. Elles seront dans la rue, donc, à Glasgow, dans la rue, mais pas dans les urnes. Est-ce que vous comprenez leur désenchantement face au système électif, aux élections ?

1:51
Raphaël Glucksmann

Bien sûr, ce désenchantement, c'est tout ce que j'explore dans mon livre. Moi, je m'insurge contre l'idée que la jeunesse n'est pas engagée, qu'elle est apathique, qu'elle est narcissique, qu'elle est individualiste, qu'elle a les yeux rivés sur ses écrans.

2:02
Présentateur

Vous avez écrit un livre il y a un mois là-dessus.

2:04
Raphaël Glucksmann

Oui, tout ce qu'on entend en permanence, en fait, chez les éditorialistes, autour de la table familiale, et qui ne reflète absolument pas la réalité. Cette jeunesse, elle est engagée. Moi, j'ai vu et j'ai combattu avec ces jeunes sur les questions climatiques, mais aussi sur des questions qui semblaient connexes à l'ensemble du monde politique et médiatique, comme la libération des Ouïghours qui sont parqués dans des camps en Chine. Des centaines de milliers de jeunes français qui sont mobilisés.

2:28
Invité

Engagés, mais pas politisés. Donc, qu'est-ce qui ne colle pas, en fait, entre la jeunesse et la politique ?

2:32
Raphaël Glucksmann

Donc, il y a cet engagement. Il y a ce désir d'investir la scène publique, le débat public. Il y a la mobilisation autour de cause, mais il n'y a pas l'engagement dans les partis politiques ou dans la sphère politique institutionnelle, parce que cette sphère politique institutionnelle ne raconte rien qui puisse parler à cette jeunesse. Donc, les partis doivent changer ? Qu'est-ce qui doit changer, les partis ? Les partis doivent changer, la méthode doit changer, la manière de faire de la politique doit changer.

Bien sûr, on ne retournera plus à la figure du militant, qui est une figure noble, et qui allait distribuer des tracts et distribuer la bonne parole à la sortie des marchés à 8h du matin dimanche. On ne retrouvera plus cette figure-là. Les jeunes, aujourd'hui, quand ils agissent pour une cause, ils veulent être acteurs.

Et ce qui a fait le succès de nos mobilisations, par exemple, c'est qu'ils avaient chacun un rôle d'acteurs, et qu'ils se sont rendus compte, quand ils interpellaient, par exemple, les multinationales qui bénéficiaient de la mise en esclavage d'un peuple sur leur chaîne de production, des multinationales comme Zara, comme Nike, qui s'enrichissent grâce à la mise en esclavage de populations entières à l'autre bout du monde, en Chine, eh bien, ils avaient un rôle, ils interpellaient ces marques en leur nom propre. Et c'est ça qui les a mobilisés par centaines de milliers, et c'est surtout ça qui leur a permis d'obtenir des victoires.

Donc, en fait, il faut changer la manière dont on fait de la politique, il faut les considérer comme des acteurs, et pas simplement des récepteurs ou les redistributeurs d'un message conduit par le leader maximo. Et là, on les réintéressera à la chose politique.

3:49
Invité

Mais il faut dire la jeunesse, ou est-ce que vous avez quand même le sentiment que la jeunesse de droite, elle est plus politisée aujourd'hui que la jeunesse de gauche, qui effectivement n'est pas organisée politiquement ?

3:58
Raphaël Glucksmann

Oui, parce qu'à droite, il y a un récit aujourd'hui. Parce qu'à droite, il y a un récit de transformation du monde. Parce qu'à droite, il y a une idéologie. Parce que l'extrême droite est en train de mobiliser sur un récit d'essence révolutionnaire, en réalité. Une mise à bas du système. Et que donc, quand on est en colère et quand on est révolté par l'idée du statu quo, eh bien, à droite, on trouve un débouché naturel, qui est celui du discours zémorien, par exemple. Alors qu'à gauche, ce récit-là n'arrive pas à se formuler. Il n'y a pas de représentation. Tous les jeunes que je rencontre, lorsque l'on organise les conférences autour du livre, par centaines, ils disent tous la même chose.

Ils disent « mais personne ne nous représente ». Et pourtant, cette jeunesse humaniste-là, qui s'oppose à la jeunesse zémorisée, eh bien, elle existe. Elle est ultra vivante. Et même dominante, à mon avis. Simplement, elle n'a pas de représentation politique. Elle n'a pas de récit politique auquel adhérer. Et ça, c'est la responsabilité immense de la gauche française.

4:55
Présentateur

La gauche qui a oublié son storytelling, qui n'arrive plus à faire un récit. Qu'est-ce que vous faites de différent, vous, avec Place Publique, pour justement incarner ce renouveau que vous souhaitez dans les partis politiques ?

5:06
Raphaël Glucksmann

Déjà, on essaye de se mobiliser autour de causes. À mon avis, c'est essentiel. Que ce soit sur le climat, ou sur la responsabilité des entreprises, ou sur la défense de populations qui sont menacées à l'autre bout de la planète, ou sur la question des exilés, on voit aujourd'hui le drame de la grève de la faim à Calais, d'un père jésuite de 72 ans, le père Philippe des Mestères. Eh bien, on essaye de se mobiliser autour de causes. Et ces causes-là génèrent un enthousiasme dans la société. Ça ne veut pas dire que j'ai trouvé la solution, que nous avons trouvé la solution. Non, parce qu'en masse, ils adhèrent à un parti politique. Et ça, ça doit nous interroger tous.

Et moi, c'est ce que je dis. C'est-à-dire que quand on sort le laïus habituel sur « il faut que la gauche soit rassemblée », moi, c'est mon discours, et j'en suis absolument convaincu, mais le rassemblement ne suffira pas. Il faut un nouveau récit et des nouvelles méthodes, des nouvelles incarnations. Vous savez, le drame des partis politiques aujourd'hui, et en particulier à gauche, c'est qu'en fait, sociologiquement, ils sont extrêmement restreints, c'est atrophié. Je veux dire, quand vous allez à un meeting de partis politiques, eh bien, il y a finalement une classe sociale extrêmement limitée. Il y a très peu de jeunes, encore moins de jeunes des quartiers populaires.

Et finalement, cette atrophie-là, elle condamne la gauche à l'échec. Je veux dire, on n'arrivera pas à reprendre le pouvoir pour transformer la société s'il n'y a pas une mobilisation dans les classes sociales qu'on cherche à aider.

6:23
Présentateur

Raphaël Glucksmann, je voulais regarder sur Instagram. Vous avez 660 000 abonnés, quand Olivier Faure, le patron du Parti Socialiste, n'en a que 3 000. Vous avez donc 200 fois plus d'abonnés sur Instagram que le parti historique de la gauche, on parlait du fond de ce parti qui a oublié dans le fond de faire un nouveau récit, dans la forme aussi, il est le Parti Socialiste complètement hors des clous ?

6:48
Raphaël Glucksmann

Comme tous les partis politiques. Vous avez cité le Parti Socialiste, je pense que les autres partis politiques principaux, et même des candidats à la présidentielle, n'ont pas beaucoup plus d'abonnés, de jeunes parmi leurs abonnés. Et l'idée, c'est quoi ? C'est qu'en fait, c'est la manière de faire qui change. Moi, je ne pense pas que les gens viennent parce qu'ils m'aiment moi, je pense qu'ils viennent parce qu'ils adhèrent au combat que je mène et à la manière que j'aide les présenter. Par exemple, si vous parlez d'Instagram, c'est un réseau d'images, c'est un réseau de coucher de soleil et de selfies. Et en réalité, sur mon compte Instagram, on présente très peu d'images.

C'est surtout du texte extrêmement dur, extrêmement en rupture avec ce réseau-là. Et je crois que ça génère une adhésion. Et en fait, pourquoi ? Parce que dans nos campagnes, encore une fois, on demande aux gens d'être acteurs, d'être acteurs de leur combat politique et pas simplement récepteurs du discours.

7:37
Présentateur

Sur ce sujet, de convaincre la jeunesse, vous avez écrit un livre, « Lettre à une génération qui veut tout changer ». Vous écrivez dans ce livre qu'il suffit de le vouloir pour changer la vie. Honnêtement, est-ce que ce n'est pas un peu court pour convaincre ?

7:51
Raphaël Glucksmann

Non, j'ai écrit 300 pages. Je suis d'accord. Je ne s'imite pas à cette phrase. Non, ce que je dis juste, c'est qu'il suffit d'exercer son pouvoir, que chacun d'entre nous, on a du pouvoir et que si on l'exerce, on se rend compte que ça peut marcher. Moi, ce que je veux, c'est sortir de ce fatalisme ambiant qui consiste à placer et les jeunes et l'ensemble de la population française dans une position de spectateur du désastre. Désastre écologique, désastre social, désastre politique avec la montée des régimes autoritaires et l'affirmation du nationalisme partout en Europe. Et on n'est pas spectateur face à ce désastre. On a les moyens d'agir.

Et on a montré, franchement, qui aurait misé une seconde sur notre capacité à renvoyer dans les poubelles de l'histoire un accord mirifique d'investissement entre l'Union européenne et la Chine qui avait été signée par Angela Merkel et Emmanuel Macron et Xi Jinping ? Qui aurait misé une seconde sur le fait que la présidente de la Commission européenne allait annoncer devant le Parlement européen le bannissement des produits de l'esclavage de nos marchés ? Qui aurait misé une seconde sur le fait que des mastodontes comme Adidas allaient changer leur chaîne de production sous la pression de jeunes internautes français ? Eh bien, tout cela, la politique, ça marche aussi.

Ce sont ces jeunes qui l'ont fait et des jeunes qui se percevaient comme étant sans pouvoir. Mais je vous jure, quand vous leur parlez, vous vous rendez compte à quel point ce sentiment de découvrir qu'en fait on a du pouvoir procure une joie intérieure. Parce que ce fatalisme ambiant, il nous conduit à la dépression, à la sinistrose, à la morosité. Vous êtes face au monde comme face à quelque chose qui vous tombe dessus et maintenant vous pouvez agir.

9:13
Invité

Raphaël Glucksmann, expliquez-nous, quel est le rôle de place publique votre mouvement aujourd'hui au sein du Parti Socialiste ?

9:18
Raphaël Glucksmann

Déjà, on n'est pas au sein du Parti Socialiste, on est un mouvement complètement autonome et notre rôle au sein de la gauche et des écologistes c'est de pousser d'abord au rassemblement. C'est pour ça que nous, on n'a choisi aucun candidat à l'heure actuelle parce qu'on considère qu'en fait, il s'agit d'une forme de pré-campagne et que si on va jusqu'au bout avec un émettement pareil, la gauche n'a aucune chance de remporter ses élections ce qui veut dire qu'elle tire un trait sur l'ensemble de ses discours sur l'urgence en fait de transformer la société et notre autre rôle c'est d'introduire un nouveau discours en politique.

Nous, quand on a fait nos états généraux à Marseille, nos états généraux d'ailleurs on les avait appelés c'est une sorte d'université d'automne et bien les gens qui viennent parler c'est qui ?

C'est Stéphane Ravaclay boulanger à Besançon qui a lancé une grève de la faim pour défendre son apprenti l'aïtraoré et qui a généré dans la France entière un mouvement d'enthousiasme et de solidarité vis-à-vis des exilés alors même que tous les discours de gauche sur les réfugiés sur la manière dont on traite les migrants en France et tout ça tombaient dans l'oreille de sourds et que personne ne voulait les écouter ce sont des sages-femmes ce sont des acteurs de la solidarité et donc c'est finalement introduire un nouveau rapport à la politique et sortir des codes qui franchement dégoûtent la France entière

10:33
Invité

Mais sortons des codes ça veut dire que vous discutez en ce moment avec tout le monde vous discutez avec Anne Hidalgo qui a été donc désignée candidate

10:38
Raphaël Glucksmann

avec Anne Hidalgo avec Yannick Jadot avec l'ensemble des mouvements politiques pour essayer de sortir de cette ornière et d'arriver à une candidature commune mais la candidature commune elle ne suffira pas je vous le dis tout de suite c'est la condition de possibilité d'une alternative crédible

10:52
Invité

elle ne suffira pas pour gagner

10:53
Raphaël Glucksmann

parce qu'en fait quand vous additionnez toutes les chapelles de gauche aujourd'hui ça ne fait pas une victoire mais ça permet de franchir le cap du premier son ça permet de devenir crédible et audible aujourd'hui l'émiettement rend inaudible et non crédible mais si vous voulez l'emporter il faut créer un enthousiasme dans la société il faut que sous ces jeunes qui ne s'investissent pas dans les partis politiques animent la campagne électorale et sans cela et bien ça ne marchera pas vous savez je ne suis pas convaincu que les grands oligarques qui ont permis l'élection d'Emmanuel Macron se mettent en rang serré derrière un candidat qui propose d'augmenter l'impôt sur la fortune donc finalement la seule chance de la gauche de l'emporter c'est s'il y a un mouvement d'enthousiasme dans la société et ce mouvement d'enthousiasme dans la société et bien il n'existe pas aujourd'hui et il va falloir le créer au-delà du rassemblement donc vous parlez

11:40
Invité

de jouer un rôle fédérateur fédérateur une sorte d'aiguillon aussi vous avez envie de jouer un rôle un peu plus que ça ou pas ? vous avez envie d'aller un peu au-delà de simplement jouer le rôle d'animateur et de fédérateur

11:51
Raphaël Glucksmann

je ne suis pas une marieuse d'un ghetto juif en Pologne donc ça ne va pas être mon seul rôle mais moi ce que je voudrais c'est justement porter des causes qui vont animer cette campagne et ce que je ne veux pas évidemment c'est être le 26ème candidat de la gauche à ces élections enfin ça j'ai déjà fait une fois aux élections européennes de me retrouver sur un plateau où en gros on a un débat entre 5 candidats ou 5 listes qui disent il faut une Europe plus démocratique plus sociale et plus écologique non non non vous avez tort il faut une Europe plus écologique plus sociale et plus démocratique non vous avez tort il nous faut une Europe plus sociale plus démocratique et plus écologique et tout ça est profondément pathétique ridicule et donc nous ce qu'on va essayer c'est de sortir de ce pathétique pour pousser à une offre commune mais cette offre commune moi je veux insister sur une chose je ne pense pas que la gauche soit divisée parce qu'elle est que la gauche est faible parce qu'elle est divisée je pense qu'elle est divisée parce qu'elle n'a plus de récit de transformation de la société évident or ce récit il est à portée de main c'est la transformation écologique c'est la transformation écologique et sociale et cela ce récit à portée de main et bien c'est ce qui n'arrive pas à devenir une épopée or la France aujourd'hui a besoin d'épopée et si jamais nous ne présentons pas cette épopée et bien ce sera l'extrême droite qui assumera le rôle épique

13:03
Présentateur

allez quelques minutes pour parler de l'Europe aussi ce sera le 1er janvier prochain la France va prendre la présidence de l'Union et ce n'est pas si fréquent Emmanuel Macron veut en profiter pour calmer les ardeurs de ces pays à l'Est et notamment la Pologne qui veulent donner une priorité aux droits nationaux est-ce qu'on est rentré dans un bras de fer qui risque de faire tâche d'huile

13:21
Raphaël Glucksmann

c'est plutôt l'absence de bras de fer qui fait tâche d'huile c'est à dire qu'on a laissé pendant bien trop longtemps Victor Orban en Hongrie par exemple s'asseoir sur les principes même de la construction européenne s'asseoir sur l'état de droit et que donc notre inaction en tant qu'Union européenne a créé cette tâche d'huile et que si on n'agit pas maintenant face à la Hongrie ou face à la Pologne et bien ça va se répandre absolument partout agir ça veut dire quoi ? mais ça veut dire tout simplement conditionner c'est la seule manière de faire

13:48
Présentateur

les aides économiques conditionner les aides conditionner

13:50
Raphaël Glucksmann

oui bien sûr conditionner les aides au respect des principes fondamentaux de l'état de droit et de l'indépendance de la justice il ne s'agit pas de dicter au pays les politiques qu'ils doivent mener il s'agit simplement de dire que nous sommes un espace commun et que dans cet espace commun il y a des principes à respecter des principes de base et finalement le fait que nous n'arrivions pas à le faire le fait que nous soyons si faibles et que des dirigeants au sein même de l'Union Européenne considèrent nos principes comme des paillassons sur lesquels ils s'essuient les pieds c'est ce qui nous rend faibles à l'intérieur et c'est ce qui nous rend faibles aussi vis-à-vis du monde je veux dire c'est la même impuissance en fait qui génère la dégénérescence intérieure et la faiblesse extérieure et sortir de cette impuissance c'est la condition de possibilité d'une Europe forte

14:34
Présentateur

cela dit c'est une question de curseur juste entre la réindustrialisation nationale que souhaitent tous les pays et puis relancer la puissance européenne vous êtes de quel côté du curseur ?

14:44
Raphaël Glucksmann

mais ce qu'il faut c'est si on veut réindustrialiser si on veut faire en sorte de redevenir un continent de producteur il va falloir le faire à l'échelle européenne il faut des taxes aux frontières de l'Union Européenne il faut un Buy European Act qui réserve les marchés publics aux entreprises qui produisent en Europe il faut un Made in European Act qui fasse émerger des champions européens dans les énergies renouvelables et les technologies et ça c'est des mesures extrêmement concrètes qui vont prouver aux gens que l'Europe peut protéger que l'Europe peut changer les choses

15:14
Invité

gros dossier très concret également la France doit régler un différent important avec les Anglais Emmanuel Macron doit rencontrer justement Boris Johnson aujourd'hui à Londres en marge du G20 sur le nombre donc de pêcheurs français en droit de travailler dans les eaux britanniques conformément normalement à l'accord du Brexit sauf que le Royaume-Uni a décidé d'en accorder beaucoup moins des licences de pêche beaucoup moins de prévues de l'ordre d'une centaine de mois comment on règle ce problème là ? qu'est-ce qu'on fait ?

15:41
Raphaël Glucksmann

moi vous savez je ne suis pas du tout dans une opposition pavlo-viancant Emmanuel Macron décide de se confronter à Boris Johnson pour l'obliger à respecter ses paroles je dis qu'il a raison et donc là oui il y a la nécessité d'établir une forme de bras de fer il ne s'agit pas de lancer une guerre commerciale contre le Royaume-Uni

15:56
Invité

on n'en est pas loin là quand même

15:57
Raphaël Glucksmann

mais il s'agit de montrer que nous sommes sérieux c'est la même question tout le temps il faut arrêter d'être un continent de bisounours quand on traite avec les américains quand on traite avec la Chine ou maintenant quand on traite avec Boris Johnson il faut savoir se faire respecter mais pourquoi aucun autre pays

16:07
Invité

de l'Union vient soutenir la France sur ce dossier-là on est un peu isolé on est un peu tout seul

16:10
Raphaël Glucksmann

mais c'est le grand problème c'est qu'il faut créer une solidarité européenne c'est la même chose sur l'Ocus et sur la fin du contrat des sous-marins avec l'Australie il y a un problème de déficit de solidarité européenne mais là-dessus Emmanuel Macron a raison il faut adopter une position ferme j'ai vu que l'Irlande soutenait et qu'il faut que ça se répande à l'échelle européenne et le rôle de la France puisqu'on parlait de la présidence française de l'Union Européenne à venir c'est de montrer aux autres Européens que nous pouvons avoir une politique de puissance que nous pouvons être fermes nous sommes le premier marché du monde si nous décidons d'imposer des normes à la globalisation et bien aucune multinationale aucun pays producteur ne pourra s'affranchir de ces normes parce que tout le monde a besoin du marché européen nous avons en nous les instruments de la puissance il ne manque que la volonté politique de les utiliser

16:52
Présentateur

Raphaël Glucksmann eurodéputé Place Publique était ce matin notre invité merci et bonne journée