Fontainebleau : le mégafeu de l'été
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
à plus long terme qui nous diront, dans 3 ou 4 jours, à quelle sauce on sera mangés. - C.Roux: Merci.
Dans la forêt de Fontainebleau, les 600 pompiers sur place n'en ont pas fini avec cet incendie qui a dévasté 2000 ha. Cinq personnes sont encore en garde à vue ce soir dont un pompier volontaire. - Ce matin encore, la forêt de Fontainebleau lézardée par les flammes.
Quatre jours désormais que le massif se consume. - Brûlé ou non brûlé, on y va à fond. - Si les 2 incendies principaux ont été fixés, plusieurs reprises de feu ont continué à mobiliser les 800 pompiers sur place. - Les tourbières, c'est le feu qui va pouvoir se cacher dans le sous-sol et ressortir même plusieurs jours après à différents endroits.
Pour l'éteindre, il faut mettre de l'eau très profondément. - Depuis ce week-end, images irréelles d'un feu aux portes de Paris. Près de 2000 ha partis en fumée...
Plus aucun bruit, dans cette forêt considérée comme un trésor de biodiversité et symbole national. Des canadairs dans le ciel francilien et des hélicoptères ravitailleurs au château de Fontainebleau. Il faut empêcher le feu de toucher les habitations, parfois avec les moyens du bord.
Certains n'ont plus le choix que d'évacuer, comme ici, au Vaudoué. - Je suis devant ton portail! - Les élus sonnent à chaque porte.
Personne ne doit rester. - Les gens, on leur a demandé de partir, mais ils reviennent. - On a laissé exprès le portail, parce qu'il y a une piscine, si vous en avez besoin.
Il arrive par derrière, donc on se barre avant d'être brûlés. - La forêt de Fontainebleau, joyau national, a-t-elle été la cible d'un incendie criminel? Sur le terrain, inspecté comme une scène de crime, les gendarmes spécialisés recherchent le moindre indice. - Ca permet de rechercher des traces d'hydrocarbures de tous types comme essence, alcool à brûler...
Là, ça commence à s'accélérer. Ca peut indiquer une présence de produit accélérant. - Les prélèvements de terre seront ensuite analysés dans un laboratoire pour savoir si le sol a bien été imbibé de produit inflammable.
Des preuves indispensables, alors que 5 personnes sont actuellement en garde à vue. Parmi les suspects, un homme de 46 ans interpellé hier soir sur place avec un briquet et des feuilles de journaux dans sa voiture. Egalement un homme de 18 ans qui a reconnu avoir accidentellement mis le feu en ayant jeté sa cigarette.
Mais le profil qui interroge le plus, c'est ce jeune pompier volontaire interpellé avec un briquet et de la suie sur les mains. Effroi du côté des soldats du feu. - Ils ont un sentiment de trahison à travers cet acte malveillant.
On a parmi nous des profils qui sont déviants. - Qu'est-ce qui pousse les pyromanes à allumer un incendie? La fascination pour le feu, mais pas seulement. - Les pyromanes sont souvent des hommes qui ont, dans leurs traits de caractère, des difficultés à gérer certains états internes comme la frustration, la tension, et ils peuvent avoir aussi un certain degré d'impulsivité.
La plupart des pyromanes que j'ai eu à examiner, ils avaient un plein discernement. Au moment où ils déclenchent un départ de feu, ils sont tout à fait conscients du caractère transgressif et interdit de ce qu'ils sont en train de faire. Encourt jusqu'à la réclusion à perpétuité si le feu a entraîné la mort d'une ou plusieurs personnes.
Le Code pénal sanctionne également plus fermement les feux de forêt et les dommages irréversibles à l'environnement. - C.Roux: On va y revenir.
Mais d'abord, cette question pour boucler le sujet de l'incendie à Fontainebleau. - E.Haziza: Eh si.
Ce qui va se passer, c'est que toute la zone qui va brûler va devenir hydrophobe. Les prochaines pluies qui arriveront vont s'écouler en surface alors que dessous, ce sont des sables. C'est un ancien océan qui est là.
Ces sables sont très purs. Ils filtrent de l'eau. Il y a un risque de contamination.
Quand on va mettre un certain nombre de produits chimiques pour fixer le feu, ces feux, les prochaines pluies vont infiltrer ces...
Il y a un enjeu réel là-dessus. 2e enjeu: on voit à quel point on a une forêt posée sur une nappe phréatique extrêmement fragile et vulnérable. Pour l'instant, c'est ça qu'on sait par rapport à la taille de la forêt de Fontainebleau, mais il n'empêche que ça préfigure de ce qui pourrait se passer dans les années à venir.
L'aqueduc qui amène sur Paris n'a pas été touché, vraisemblablement. Mais derrière, c'est un risque qu'il ne faut pas éluder. - C.Roux: Et dans l'air?
Les particules fines? - N.Berrod: Il y a un risque pour la santé humaine.
L'agence régionale de santé et la préfecture de Seine-et-Marne recommandent aux riverains directement exposés aux feux ou fumées de porter des masques FFP2 ou FFP3, dont on parlait beaucoup pendant le covid. Il est recommandé de ne pas utiliser d'appareils de type souffleurs mais d'utiliser des linges humides. Il ne faut pas utiliser les légumes du jardin s'il y a eu des émanations de fumée.
Autant le feu peut être fixé sur une surface plus petite, mais le feu, on ne peut pas le contrôler. C'est pour ça qu'on a eu dans le Loiret des émanations de fumée qui ont été ressenties. On se demandait si le vent aurait pu atteindre Paris.
Fontainebleau étant au sud-est de Paris, les vents qui étaient plutôt en provenance du nord-est ne se dirigeaient pas directement vers Paris. Les flammes auraient tendance à se rapprocher de Paris. Les fumées sont plutôt allées vers le Loiret.
Il y a aussi ce côté émanations et impact sur la santé réel. - C.Roux: Lutter contre les incendies et les pyromanes...
Nous sommes en direct avec C.Peigne. Merci d'avoir accepté de répondre à nos questions.
Vous êtes affecté dans le 83 et vous collaborez aux cellules de recherche des causes et circonstances des incendies. Ce qui était fascinant dans ce qui s'est passé à Fontainebleau, c'est que c'est allé assez vite. Assez vite, le ministre de l'Intérieur a pu parler de départ de feu d'origine humaine, en tout cas volontaire.
Comment est-ce que vous travaillez, qu'il s'agisse de cet incendie ou de n'importe lequel, comment vous intervenez? Vous intervenez après l'incendie ou au moment du déclenchement de l'incendie? - C.Peigne: Bonsoir.
Merci de m'avoir invité. Je fais partie de l'équipe de recherche des causes et circonstances des incendies de forêt du Var. On intervient dès que le feu est en action pour faire des constatations. - C.Roux: Quel type de constatations?
Qu'est-ce que vous allez chercher? On peut retrouver un mégot de cigarette? On peut retrouver une solution inflammable qui aurait été utilisée pour un départ de feu? - C.Peigne: La particularité de ces équipes, c'est d'essayer de déterminer l'origine du feu et son point de départ.
Si on trouve le point de départ, on peut faire des recherches plus précises au niveau du sol pour trouver des objets qui auraient pu être laissés ou d'autres indices. - C.Roux: Comment vous trouvez le point de départ?
Vous travaillez avec l'ONF? Vous avez des partenaires qui peuvent vous donner une cartographie précise? Ca paraît très difficile de comprendre comment on peut savoir où est le point de départ d'un incendie.
Là, on parle de la forêt de Fontainebleau. C'est énorme, 2000 ha partis en fumée. Comment cette enquête a pu aller aussi vite pour identifier soit une personne qui a jeté son mégot de cigarette, soit une autre, un pompier volontaire, qui aurait volontairement déclenché le feu? - C.Peigne: Depuis 5-6 ans, avec le réchauffement climatique...
A l'origine, on avait des équipes de recherche dans le sud de la France et, maintenant, les gens sont formés dans la France entière. Ce sont des gens issus de services de gendarmerie. Il y a notamment des personnels de sapeurs-pompiers.
On va travailler uniquement sur les vestiges laissés... - C.Roux: Quelles traces laisse le passage du feu? - C.Peigne: Sur les gros objets, comme les arbres ou les arbustes, on va observer des phénomènes de pétrification des branches.
Il y a une ligne de carbonisation. Les troncs d'arbres vont être marqués uniquement sur les zones de départ d'une certaine façon. - C.Roux: Question d'un téléspectateur. - C.Peigne: Le pyromane, c'est une personne qui souffre d'une maladie.
Il est capable de mettre le feu devant vous et il est pas obligé de revenir. Il arrive que les gens reviennent. - C.Roux: On entendait dans le reportage un psy qui disait: "Ce sont souvent des hommes." Vous avez pu faire cette constatation avec votre expérience, sur le profil...
Quand on entend un pompier volontaire d'une vingtaine d'années qui va en forêt de Fontainebleau pour allumer un feu, on a du mal à comprendre. On a vu que ça pouvait mettre ses collègues en colère. Qu'est-ce que vous pouvez nous dire sur le profil de ces incendiaires ou de ces pyromanes? - C.Peigne: Je suis dans cette partie-là depuis une vingtaine d'années.
A plus de 80 %, ce sont des hommes qui vont agir. On a beaucoup de mineurs qui font ça, sous forme de jeu. Dans le cas de ce pompier, je ne sais pas quelle est sa volonté, mais ça arrive de temps en temps, d'avoir des gens comme ça, qui combattent le feu et qui mettent le feu. - C.Roux: Est-ce qu'on sait toujours l'origine d'un incendie?
Est-ce qu'on arrive toujours à savoir si c'est un barbecue, un mégot de cigarette jeté de la voiture, si c'est quelqu'un qui est venu volontairement mettre le feu? On sait toujours? - C.Peigne: Nous, on s'efforce de faire un maximum d'interventions.
Isabelle Briquet