Budget, logement, primaire à gauche... l'interview de Jérôme Guedj
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Bonjour Jérôme Gage, vous êtes député socialiste de l'Essonne, candidat déclaré à la prochaine présidentielle, on a beaucoup de questions à vous poser en vue de cette échéance, on va essayer de comprendre avec vous ce qu'il se passe en ce moment à gauche, mais avant cela, les dernières infos concernant la guerre au Moyen-Orient, cette nouvelle session de pourparler entre Israël et le Liban, hier à Washington, qui a abouti à un cessez-le-feu annoncé par le président américain Donald Trump en personne. Cette nuit, cessez-le-feu qui se poursuit pour trois semaines, est-ce que c'est une bonne nouvelle ?
Est-ce qu'il faut croire vraiment à cette perspective de paix qui semble tout de même encore assez fragile entre Israël et le Liban ?
Évidemment que c'est une bonne nouvelle, ce conflit doit cesser, les frappes sur le sud-Liban doivent cesser, le Hezbollah doit être désarmé, j'en profite pour avoir évidemment une pensée pour nos deux soldats tombés récemment dans une embuscade organisée par le Hezbollah, des soldats qui étaient engagés sous mandat de la finule. Les images qui nous viennent du Liban sont terribles. Et donc, dès qu'il y a la moindre lueur, d'abord du fait que les armes se taisent, il faut s'en saisir. Est-ce qu'il faut avoir confiance, je parie moi, sur la nécessité d'une stabilisation et d'un poids accru que l'ensemble des protagonistes doivent opérer sur Israël ?
Évidemment, les États-Unis doivent exercer toutes les pressions permettant de faire en sorte que ce cessez-le-feu soit maintenu. Mais il faut dans le même temps que le Hezbollah se soumette à la demande du gouvernement libanais, c'est-à-dire à son désarmement. Je le dis, il faut que les armes se taisent. Et je pense notamment aux civils. On voit des images terribles qui nous viennent du Liban, qui est un peuple ami.
Près de 2500 morts depuis le début des opérations. Est-ce que vous dites aussi que l'armée israélienne doit quitter le sud-Liban ? Elle occupe à peu près 6% du territoire aujourd'hui.
Oui, la préservation de cette zone tampon est destinée à empêcher des agressions sur le nord d'Israël. Mais il n'y a pas de justification à cette occupation dans ces proportions aussi importantes. Vous savez, moi, je suis attaché à l'intégrité territoriale des États. Et l'intervention israélienne aujourd'hui est assurément disproportionnée. Et encore une fois, les civils libanais pris sous le feu ne peuvent pas être les victimes de cette intervention. Donc il faut désescalader, comme on dit.
Jérôme Gatch, vous étiez réjoui début mars du déclenchement de ces frappes américaines et israéliennes en Iran. Quel bilan vous faites, un peu plus d'un mois et demi du début du déclenchement de ces frappes ? Est-ce que, pour vous, ça a pu permettre une avancée quelconque ? Ou est-ce qu'on est dans une impasse concernant la situation au Liban ?
Personne ne se réjouit jamais d'une intervention militaire. Simplement, nous étions plusieurs à constater que les menaces exercées par l'Iran, la situation de la population iranienne, l'espérance que nous pouvions avoir d'un changement de régime...
Est-ce que vous avez toujours ce matin ou pas, la chute du régime des Mola ?
Force est de constater qu'il y a une capacité de résilience, une capacité de statu quo. Et comme nous le disions déjà à l'époque, la démocratie, un changement de régime, ne se construit que très rarement sous une intervention militaire extérieure. Je préférerais que nous soyons en capacité de soutenir plus et mieux l'émergence de cette alternative iranienne.
Non, l'honnêteté oblige à dire qu'aujourd'hui c'est englué, c'est enlisé et que désormais nous en subissons des conséquences durables sur le pouvoir d'achat des Français, le blocage du détroit d'Hormuz et les menaces militaires sur les containers et les tankers qui traversent l'étroit d'Hormuz ont des répercussions très concrètes pour des habitants de l'Eure-et-Loire ou de l'Essonne. Donc là aussi, il faut désescalader, il faut que le droit à nouveau soit respecté. Ça suppose là aussi que les Iraniens donnent des gages plus importants qu'ils ne l'ont fait jusqu'à présent de l'abandon de leur programme d'enrichissement de l'uranium.
Jérôme Gage, il y a un débat qui monte en Europe sur la suppression ou non de l'accord d'association entre l'Union Européenne et Israël. Ce texte permet des échanges commerciaux dans plusieurs secteurs avec l'État hébreu, plusieurs pays dont l'Espagne, mais pas seulement, souhaitent le remettre en cause. Écoutez, le ministre des Affaires étrangères qui était à votre place hier matin sur France Info, j'ai exprimé sur ce sujet.
Notre objectif n'est pas de suspendre pour suspendre. Notre objectif, c'est que les choses changent et que le gouvernement israélien change sa politique. Je plaide depuis un an pour que des sanctions soient prises à l'encontre des entités ou des individus qui sont responsables de meurtres de Palestiniens ou d'incendies en Cisjordanie, que ces sanctions européennes ont été bloquées depuis un an par un veto hongrois, veto qui pourrait être levé, et je pense que nous parviendrons à prendre ces sanctions dans les prochains jours.
Il faut faire pression. La poursuite de la colonisation en Cisjordanie, les interventions de colons très violentes, quasi terroristes, organisées par eux, l'indifférence ou le soutien parfois implicite de l'armée israélienne dans ces mouvements-là, est absolument insupportable. C'est tout ce qui empêche la toute ténue et timide perspective, un jour, de l'émergence d'un État palestinien. Et ce mitage de la Cisjordanie est insupportable.
Donc tout ce qui permet de faire pression sur le gouvernement de Benjamin Netanyahou qui a une responsabilité évidente, que je combats ce gouvernement, ses alliés Benkvier, Smodrich, ce sont des adversaires de la paix et je vais même vous dire que ce sont des adversaires de l'identité et de l'âme de ce pays. Il y a des élections organisées en Israël au mois d'octobre, sauf si elles sont avancées. Et j'espère que les gens raisonnables dans ce pays auront la capacité de se rassembler. J'ai rencontré récemment des dirigeants israéliens qui travaillent à l'organisation d'une coalition alternative à Benjamin Netanyahou.
En attendant, c'est d'abord les Israéliens eux-mêmes qui doivent changer leur gouvernement. Mais il faut qu'il y ait une pression internationale quand il y a des violations du droit international. Et je le dis, la colonisation est illégale en Cisjordanie. Les violences organisées sont illégales. Et donc, si on estime que cette suspension peut avoir un effet, et ce n'est pas tellement l'aspect opérationnel, si on regarde le contenu de cet accord, il ne change pas radicalement les choses. C'est un signal diplomatique, c'est un signal politique qui est de dire la communauté internationale fait pression sur le gouvernement israélien pour que sa politique change radicalement.
Il faut être cohérent, on ne peut pas condamner ce qui se passe et rester impuissant.
Conséquences directes de cette situation toujours confuse au Moyen-Orient. Jérôme Gatch, vous l'avez dit, ce sont les prix à la pompe qui restent élevés. Cette semaine, le Premier ministre a étendu les aides à 3 millions de gros rouleurs et aux petites entreprises du BTP. Vous avez participé cette semaine à une réunion qui s'est tenue à Bercy, un comité d'alerte sur les finances publiques, au cours duquel le gouvernement a annoncé 6 milliards d'euros d'économies, notamment pour compenser le coût de la guerre au Moyen-Orient. Alors dans le détail, c'est 4 milliards concernant les moyens de l'État et 2 milliards concernant la sphère sociale.
On va parler du fond, mais sur la démarche, est-ce que vous saluez cette prudence de l'exécutif compte tenu du niveau de nos déficits ou est-ce que vous regrettez qu'il n'y ait pas de débat politique, de débat parlementaire sur ces économies supplémentaires ?
Moi, je préfère toujours un débat parlementaire, mais moi, j'ai été frappé par cette réunion. Évidemment qu'on s'attendait à ce que la crise au Proche-Orient ait des répercussions sur l'exécution du budget, mais une fois qu'on nous indique que le coût de ce conflit, c'est environ 6 milliards sur les finances publiques, essentiellement par un renchérissement des taux d'intérêt et donc du remboursement de la dette française, plus que quelques conséquences ici ou là. Une fois qu'on nous dit qu'il y a 6 milliards d'impact sur les finances publiques, on nous propose une réduction et uniquement une réduction des dépenses.
Donc nous, la première question qu'on a mise sur la table à situation exceptionnelle, pourquoi c'est uniquement des économies qui sont proposées ?
Il faut des recettes supplémentaires.
Il peut se poser la question des recettes supplémentaires, par exemple de la récupération d'une partie des profits que certains pourraient faire de manière atypique, je pense aux raffineurs, je pense aux pétroliers.
Mais ça, il faut qu'on fasse au niveau européen ?
Oui, mais on peut toujours envisager des mesures spécifiques et d'essayer d'aller rééquilibrer les finances publiques. Puis après, on a une deuxième difficulté. Donc un, il n'y a pas de mesures spécifiques de recettes et quand on doit faire des efforts, on peut faire des économies, mais on peut aussi aller chercher sur ceux qui profiteraient directement ou indirectement de la situation. Et puis après, ma grande interrogation et mon inquiétude, c'est une fois qu'on nous dit qu'on doit faire des économies, où se niche-t-elle ? Moi, j'ai posé très clairement la question et à David Amiel et à Stéphanie Riste, les deux ministres concernés.
Vous nous dites 2 milliards d'euros d'économies dans le champ de la sphère sociale. Concrètement, qu'est-ce que ça signifie sur les remboursements de sécurité sociale, sur les arrêts de travail, où allez-vous les faire ? Et c'est là qu'il nous manque le débat. Vous n'avez pas le détail. Pour l'instant, nous n'avons pas le détail. Et vous savez, depuis le vote du budget, nous, on a pris nos responsabilités. On a voté le budget de la sécurité sociale. On n'a pas censuré le budget de l'État. Nous souhaitons et nous demandons d'être beaucoup plus associés, texte par texte, décret par décret, sur les mesures de déclinaison des orientations budgétaires.
Et d'ailleurs, j'ai fait la demande à Stéphanie Riste, la ministre de la Santé notamment, et nous aurons un deuxième comité de suivi de l'exécution du budget de la sécurité sociale autour de la semaine prochaine, enfin le 7 mai, pour voir concrètement comment les choses se mettent en œuvre.
On sait que le budget 2026 avait été très difficile à faire adopter compte tenu de la configuration parlementaire. Vous avez donc participé, vous, Parti Socialiste, à ce compromis avec le gouvernement. Est-ce que vous avez commencé des négociations pour qu'il y ait ce même compromis pour le prochain budget ou est-ce que ça va être encore plus dur ?
Non mais, moi, c'est aussi un sujet d'inquiétude. C'est-à-dire que le budget 2027, tout le monde voit le mur qui approche et c'est un mur à la fois budgétaire, les difficultés ne se sont pas évaporées avec le vote du budget 2026, elles se sont même accrues compte tenu du contexte international et puis par-dessus ça, il y a une difficulté politique, ça ne va pas échapper qu'on sera en période d'élection présidentielle. Et donc, moi, j'en appelle à une forme de responsabilité collective et qu'on tourne le dos à une immaturité qui s'est emparée de beaucoup de décideurs publics.
Je préférerais que dans la période, nous travaillions à ce qui peut faire consensus et rassemblement entre les Français plutôt que de repartir dans un cycle un peu fou, un psychodrame parlementaire et budgétaire à l'Assemblée nationale pendant trois mois. Et moi, je souhaite que le gouvernement, dès à présent, réunisse les groupes politiques qui ont permis l'adoption du budget précédent pour que dès que le texte sera déposé au début du mois d'octobre, eh bien, on ne soit pas, un, à le découvrir et deux, à devoir l'amender dans des conditions rocambolesques.
Donc voilà, moi, je préférerais qu'on ait une négociation, j'assume, une négociation en amont pour qu'on puisse aborder sereinement cette période. Vous savez, quand on n'a pas censuré le gouvernement, l'idée, c'était aussi que l'année 2026 soit utile et qu'il y ait une forme de préparation sereine de l'élection présidentielle. Je regrette qu'à l'Assemblée nationale, ce soit un peu la foire d'empoigne parce qu'on n'a eu que des textes très irritants, très clivants, qui ne sont pas alignés avec la nécessité de cette sérénité, encore une fois, pour préparer l'élection de 2027. Le 8.30 France Info, Thomas Sechier, Mathilde Sirot.
Toujours avec Jérôme Gage, ce matin, député socialiste de l'Essonne et vous êtes aussi candidat déclaré à la présidentielle. On va en parler puisque le Parti Socialiste a présenté un document, un projet présidentiel qui a beaucoup fait parler cette semaine avant un mot quand même d'actualité puisque Sébastien Lecornu est à Marseille. Le Premier ministre a annoncé hier un projet de loi sur le logement puisque vous parliez de l'actualité parlementaire également et donc ce projet de loi comprend le retour sur le marché locatif des passoires thermiques.
Est-ce que c'est une mesure de bon sens compte tenu des difficultés à rénover dans un délai à impartir un très grand nombre de logements ou est-ce qu'au contraire vous déplorez ce matin, Jérôme Gage, un recul écologique ?
C'est une tension, ça fait partie des contradictions. D'un côté, la nécessité de crédibiliser la mesure de transition écologique et de transition énergétique et qu'il y a des conséquences à cette transition énergétique et à cette transition écologique et puis de l'autre, il y a l'insuffisance de la production de logements. Pourquoi est-ce qu'on en est à cette situation à devoir libérer 700 000 logements qui devaient normalement en être sortis ? À revenir en arrière. À revenir en arrière, on voulait mettre la pression sur les propriétaires, sur les bailleurs pour qu'ils adaptent leur logement qui ne soit plus des passoires thermiques.
On en est là parce que, par ailleurs, il y a eu insuffisance de la production de logements dans ce pays. Insuffisance de la production de logements privés mais aussi insuffisance de la production de logements sociaux. Il y a une crise dans l'offre de logements sociaux dans notre pays et donc, quand vous avez une contraction du marché, vous acceptez d'une certaine manière des logements qu'on avait considérés comme devant évoluer, parfois même comme des logements non pas indignes mais qui ne sont pas à la hauteur des enjeux.
Donc, moi, je suis de ceux qui disent qu'on ne peut pas se racheter une bonne conscience sur ce qu'on n'a pas fait depuis des années pour faciliter la production de logements, la transformation de bureaux en logements, la production de logements sociaux, les facilitations au projet d'urbanisme sur un certain nombre de territoires qui sont coincés, endigués parfois dans des procédures. Donc, moi, je suis très gêné par cette mesure qui peut apparaître comme du bon sens.
Donc, moi, on va être extrêmement attentifs dans le débat parlementaire pour s'assurer que cette détente, si j'ose dire, sur les critères, sur la classification et sur le montant des travaux que les personnes doivent faire dans chacun des logements ne soit pas un chèque en blanc pour qu'on remette des passoires thermiques.
Il va falloir qu'on regarde
ces éléments-là mais vous voyez bien qu'il y a un problème de principe. On ne peut pas combattre un, les passoires thermiques d'un côté parce qu'après, ça a un coût sur le pouvoir d'achat de ceux qui habitent à cet endroit-là. Donc, ce qu'on gagne d'un côté pour les locataires parce qu'ils vont trouver peut-être plus facilement des logements, pour les bailleurs parce qu'ils vont remettre leurs biens sur le marché, ça a un coût sur le long terme. Voilà, on va avoir un coût en termes de pouvoir d'achat, les factures seront plus importantes pour ceux qui habitent là et des conséquences sanitaires, sociales pour les personnes concernées.
Donc, ces deux sujets, c'est des grandes préoccupations de nos concitoyens. La transition énergétique mais aussi les sujets de pouvoir d'achat. On ne peut pas faire la godie ou l'essuie-glace et un coup on travaille sur l'un, un coup on travaille sur l'autre. Il y a besoin de continuité dans ces enjeux et il en manque singulièrement.
Jérôme Gage, le PS a donc présenté son programme pour 2027, 144 pages. On y lit que le modèle de la social-démocratie doit être dépassé, que le nouveau socialisme doit renouer avec l'anticapitalisme. Alors, dans le détail, il y a plus de 600 mesures. On peut citer le SMIC à 1700 euros, des écarts de salaire entre 1 et 20 au sein d'une entreprise, la retraite à 62 ans ou encore un impôt sur les grandes successions. Est-ce que vous souscrivez à ce document ?
Alors, moi d'abord, je souscris au fait qu'on ait cette base de travail, cette boîte à outils qui soit disponible. Vous savez, pendant longtemps, on me disait les socialistes, ils n'ont pas d'idées, ils ne proposent rien au pays.
C'est vraiment des nouvelles idées qu'on vient de citer ?
Je vais être absolument honnête. Il y a pour partie des idées que nous défendons depuis des années qui alimentent les travaux parlementaires que nous faisons au gré de chacun des budgets ou des budgets de la sécurité sociale sous forme d'amendements. Et on va le faire évoluer dans un travail avec les militants qui sont saisis. C'est une boîte à outils. Moi, je préfère dire que ce ne sera pas la totalité du projet présidentiel parce qu'on ne fait pas une campagne présidentielle sur 600 mesures. Par contre, on envoie des signaux. Les signaux, c'est de dire qu'il y a des inégalités dans notre pays.
Il y a des situations d'indignité, il y a des situations de vulnérabilité auxquelles il nous faut répondre. Moi, ce que je veux y ajouter avec d'autres, c'est que nous devons crédibiliser la mise en œuvre de ce projet, c'est-à-dire indiquer un calendrier en 10 ans. Et ça, c'est le rôle de chacun des candidats à l'élection présidentielle et évidemment chiffrer ces mesures. Parce que moi, je suis assez partisan du fait qu'on ne fasse pas une campagne en disant demain, on rase gratis. Les finances publiques
de notre pays
sont dans un état désastreux et c'est le fruit des politiques économiques et fiscales qui ont été menées depuis des années. Et donc, le prochain gouvernement, le prochain président de la République, il doit avoir l'honnêteté de dire qu'il va falloir être exigeant dans les choix qui seront faits. La préoccupation première de nos concitoyens, c'est la question du pouvoir d'achat. Et j'y ajoute deux sujets. Le premier qu'on a mentionné qui est la question du logement et le troisième qui est la question de la santé.
Moi, je souhaite un président de la République qui, en matière de pouvoir d'achat, de logement et de santé, est capable de présenter un plan de redressement sur les trois années qui viennent et pas des projections un petit peu fantasmées sur les dix années à suivre.
Ce n'est pas tout à fait l'état d'esprit de ce document. Est-ce qu'encore une fois, vous dites que ça sert à envoyer un signal politique ? Est-ce que justement à un an de cette présidentielle, le signal politique, tout simplement, ce n'est pas de mettre le cap à gauche toute pour concurrencer Jean-Luc Mélenchon ?
Je pense que ce n'est pas ça qu'il faut qu'on fasse. Parce que si on est uniquement dans une sorte de surenchère par rapport à Jean-Luc Mélenchon, d'abord, ça veut dire qu'on le place au centre de l'élection présidentielle et moi, je ne souhaite pas que les socialistes soient sous l'emprise de la position de Jean-Luc Mélenchon. Quand on est candidat, comme c'est mon cas, à l'élection présidentielle, on s'adresse à tous les Français.
Évidemment, à ceux de gauche en leur disant que nous allons répondre aux préoccupations que vous déployez, mais ce sont celles de l'ensemble des Français, de celles qui vivent dans des territoires ruraux, dans des villes en périphérie et eux, ils ont cette attente de réponse opérationnelle sur le pouvoir d'achat.
Qu'est-ce qu'il fait, au-delà de la seule hausse du SMIC que nous demandons depuis des années, qui est un coup de pouce absolument indispensable, que nous engageons les entreprises à mener une conférence sociale pour que les minimas de branches soient rehaussées, que le partage de la richesse et de la valeur ajoutée créée dans l'entreprise soit plus favorable à destination des salariés parce qu'il n'y a pas de pouvoir d'achat.
Vous savez que la croissance est très faible. C'est la raison pour laquelle, vous savez,
moi je suis pour un socialisme de production. Le mot croissance n'est pas un gros mot pour moi. On ne l'a pas beaucoup vu
dans ce document.
Oui, mais vous savez quoi ? Chacun va y apporter sa coloration. Encore une fois, je le redis, c'est une base de travail. Un discours qui consisterait à dire qu'on n'a pas besoin de produire de la richesse, qu'on n'a pas besoin de faire une alliance des productifs, les salariés, les chefs d'entreprise, les artisans, les commerçants, les PME comme les grandes entreprises, à condition qu'on ne soit pas dans une logique de financiarisation de l'économie. Cette alliance des productifs pour pouvoir créer de la richesse et la redistribuer, c'est pour moi ce socialisme de production que je revendique.
Il y a la question du programme Jérôme Gage et puis il y aura la question du candidat aussi. Qui sera candidat à gauche l'année prochaine ? Il y a beaucoup de candidats à ce jour. Vous êtes vous-même l'un des candidats. Est-ce qu'il y aura une primaire ou non à gauche pour déterminer l'identité de ce candidat ? Comment départager tous ceux qui sont partants ? Écoutez ce que disait Marine Tondelier, la patronne des écologistes. Hier, elle était sur le plateau de France 2.
Je pense qu'on est dans un moment de crise immense et que dans ce moment de crise, un camp qui parlerait petit face aux grandes crises se condamnerait à devenir inaudible et donc inutile et puis enfin remplaçable. C'est ça qui va nous arriver en réalité et nos électeurs méritent bien mieux. D'ailleurs, 89% d'entre eux, chez les écologistes, veulent une primaire, 87% des socialistes, je le dis aux opposants d'Olivier Faure, et 86% de tous les électeurs de gauche et écologistes.
Est-ce qu'elle a raison de Marine Tondelier ? Est-ce qu'il faut une union à gauche, notamment entre socialistes et écologistes ?
Mais l'union pour l'union ne fait pas un projet et ne rend pas les choses audibles pour nos concitoyens. Mais ça fait des voix. Franchement, la primaire, dans la période, c'est assez secondaire parce que ça donne l'impression qu'on est enfermé dans des éléments de boutique. Je vois ici de savoir est-ce qu'on fait un calendrier, à quel moment il faut désigner le candidat, qui peut voter, quelle procédure.
Moi, je suis candidat pour porter ce que je pense utile pour le pays, c'est la voix d'une gauche républicaine, c'est-à-dire qui est authentiquement attachée à la question sociale au sujet de pouvoir d'achat, de financement des services publics, qui est crédible parce qu'elle ne dit pas tout va se passer sans aucune difficulté et qui refuse la brutalisation du débat public, la conflictualisation à outrance. Ce pays a besoin de rassemblement. Il n'y aura pas par un claquement de doigts au lendemain de l'élection présidentielle une majorité nette à l'Assemblée nationale. Donc, il va falloir prolonger la culture du compromis. On ne pourra pas la prolonger avec des propositions trop maximalistes.
Donc, on peut avoir des convictions mais on se dit comment on va réussir à construire le nécessaire compromis c'est le mot que je mets trois fois dans ma bouche dans cette interview parce que ceux qui pensent avoir raison tout seul dans un pays aussi fracturé se trompent singulièrement.
Mais alors, comment on fait ? Vous n'avez pas répondu à la question de Thomas. Il ne se passe pas une semaine sans qu'il y ait un nouveau candidat notamment à gauche notamment vers le centre-gauche. Ce matin, c'est Bernard Cazeneuve par exemple qui dans Le Parisien annonce qu'il va lui aussi proposer un projet qu'il va probablement essayer de présenter sa candidature.
Comment est-ce que vous allez faire ? Il y a une bonne nouvelle derrière tout ça. Ça veut dire que ça ne manque pas de talent à l'intérieur de la gauche et de gens qui sont prêts à mouiller la chemise et à mettre leur énergie. Encore une fois, je ne leur dis personne ne pourra avoir raison tout seul. Comment vous vous départagez
à la fin ?
Vous allez vous rallier à François Hollande ou Raphaël Gluck ?
Déjà, on va proscrire les termes de ralliement. On va se rallier les uns et les autres à une ligne politique qui est celle qui permet d'embarquer le pays. C'est une ligne qui est capable de transformer en construisant ce compromis qui refuse de se singulariser pour se singulariser. Dit autrement, ce n'est pas aligné sur la position de la France insoumise mais en soi, ça ne fait pas un projet. C'est une ligne de gauche républicaine. Alors moi, mettons-nous autour de la table. Vous avez vu qu'il y a quelques jours, il y a eu une initiative qui a été prise par Boris Vallaud, Yannick Jadot, Raphaël Glucksmann et d'autres personnalités. Je trouve que la démarche est intéressante.
Maintenant, il faut qu'on sorte de l'immaturité. Parce qu'on se mette autour d'une table, stylo à la main et après, on trouvera le bon candidat ou la bonne candidate. Ne vous en faites pas.
Merci beaucoup Jérôme Guetsch, député socialiste de l'Esson, invité de France Info ce matin et merci à vous Mathilde Sirop du Point.
Jérôme Guedj