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interviewBFMTV· 10 juin 2025 24 min

Surveillante tuée à Nogent: l'interview de Gabriel Attal en intégralité

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonsoir, Gabriel Attal. Bonsoir, Benjamin Duhamel. Merci d'être avec nous ce soir dans cette édition spéciale sur BFM TV, ancien Premier ministre, ancien ministre de l'Éducation nationale. Alors que l'émotion est très forte après la mort de Mélanie, cette surveillante tuée à nos gens, par un collégien de 14 ans, une attaque à l'arme blanche alors que la gendarmerie effectuait un contrôle de sac. On va parler dans un instant des réponses techniques qui peuvent être apportées, qui ont été proposées cet après-midi, de la question plus générale de la violence des mineurs.

Vous avez d'ailleurs vous-même porté une proposition de loi qui a été votée, adoptée sur la réforme de la justice des mineurs. Mais d'abord, un mot plus général, Gabriel Attal, ce drame, il veut dire qu'une surveillante, un professeur, un élève, un parent d'élève ne sont plus en sécurité à l'école, qu'au fond, ils peuvent risquer leur vie dans ce genre de situation.

0:52
Gabriel Attal

C'est ce que le drame qui est survenu aujourd'hui, après d'autres drames, nous dit. Vous savez, ce que je retiens de mon passage au ministère de l'Éducation nationale, c'est que le mot communauté éducative a vraiment un sens. Les enseignants, les personnels de direction, les CPE, les psy-EN, les AESH, les assistants d'éducation, c'est une famille. Donc moi, c'est d'abord à cette famille de l'Éducation nationale, j'ai eu l'honneur d'en être à la tête que je pense, à la famille de cette jeune femme qui avait un petit garçon de 4 ans, qui a été tuée. Et c'est un drame qui nous bouleverse tous.

Et je crois que s'il nous bouleverse tous, et s'il bouleverse tous les Français, c'est précisément parce qu'il y a une attente extrêmement forte de nos concitoyens qu'on parvienne à une désescalade de la violence. Et moi, je crois que c'est possible de parvenir à une désescalade de la violence. On entend certains mots dans la presse, dans l'actualité, certaines déclarations qui donnent parfois le sentiment que le verre étant dans le fruit, finalement, on ne pourrait plus agir. Ça ne serait plus possible d'arriver à cette désescalade.

1:51
Présentateur

Quel mot, par exemple ? Quand vous entendez cet après-midi, Bruno Retailleau qui parle d'une société laxiste qui produit une fabrique de barbares, François Bayrou qui parle de décomposition, ça, c'est des mots qui sont excessifs ? Je veux dire, le constat, tout le monde le partage.

2:08
Gabriel Attal

Il y a une violence de plus en plus débridée, de plus en plus jeune. Et la nécessité d'être plus ferme, d'avoir une réponse beaucoup plus forte, je crois que tout le monde la partage aussi. En tout cas, tous les Français la partagent. Et quand vous avez un consensus chez les Français, alors vous pouvez avancer. Et il y a des solutions. Il y a des choses qu'on peut mettre en place. J'ai commencé à en mettre certaines en place ces dernières années au ministère de l'Éducation nationale, en tant que Premier ministre, vous l'avez rappelé.

Il y a une loi importante qui a été votée il y a quelques semaines maintenant, un texte de loi que j'ai proposé, qui a fait suite à un très long travail qui avait été engagé pour renforcer notre arsenal de répression.

2:42
Présentateur

– Simplement, et on va parler dans un instant des mesures qui ont été proposées sur la question des armes blanches, sur la question des portiques, mais sur l'analyse que vous faites, puisque quand on entend ces mots « fabrique de barbares » chez Bruno Retailleau, « décomposition », on a le sentiment qu'on fait face à quelque chose de l'ordre quasiment du civilisationnel sur cette progression de la violence. Est-ce que cette analyse-là, est-ce que vous la partagez ? Est-ce que l'on vit, pour reprendre là encore les mots de Bruno Retailleau, dans une société laxiste ? Est-ce que ce qui s'est passé ce matin à nos gens est le signe d'une société laxiste ?

3:14
Gabriel Attal

– C'est le signe qu'il y a une violence de plus en plus forte, de plus en plus jeune. Et donc c'est le signe que notre société dysfonctionne. Vous savez, vous avez eu en 10 ans un doublement des tentatives d'homicide chez les 13-17 ans, c'est un récent rapport qui le dit. Les mineurs de 13-17 ans, c'est un Français sur 20. Et pourtant c'est un vol avec violence sur trois dans notre pays. Le fait est qu'il y a une violence de plus en plus jeune, de plus en plus forte.

Et pour avoir passé beaucoup de temps et rencontré encore régulièrement des personnels de l'éducation nationale, je vois des professeurs des écoles qui me disent qu'ils ont vu ces dernières années des comportements en CM1, CM2 qu'ils voyaient auparavant ou qu'on voyait auparavant au collège, avec donc un rajeunissement de cette violence. Et donc moi, ma conviction, et ce pourquoi je me bats avec le parti Renaissance, on a fait des propositions sur ce sujet il y a encore deux semaines, c'est pour construire une forme de bulle de protection autour de notre jeunesse.

Parce qu'on ne peut pas accepter l'idée qu'une jeunesse serait foutue et que la société ensuite serait condamnée à être de plus en plus violente.

4:12
Présentateur

Mais Gabriel Attal, est-ce que la société a été trop laxiste ?

4:15
Gabriel Attal

Je viens de faire voter une loi pour renforcer notre arsenal répressif. Donc oui, la réalité, c'est que ces dernières années, on a, je pense, trop attendu avant de prendre des mesures.

4:26
Présentateur

Vous incluez donc Emmanuel Macron, élu depuis 2017, vous avez occupé plusieurs fonctions ministérielles, vous avez été plusieurs fois ministre, ministre de l'Éducation nationale, Premier ministre, certes pendant six mois, mais vous vous incluez dans cette responsabilité depuis plusieurs années face à la montée de la violence ?

4:42
Gabriel Attal

Par définition, mais vous savez, le fait de remettre l'autorité au milieu du village, ça a toujours été un fil rouge dans mon action. J'ai été nommé ministre de l'Éducation nationale à l'été 2023, première décision que j'ai prise, j'ai changé les règles pour qu'on puisse maintenant exclure des élèves du premier degré à l'école primaire qui font peser un risque sur la sécurité de l'école. Ce n'était pas possible avant de les changer d'établissement. J'ai pris ce décret dès mon arrivée. J'ai été nommé Premier ministre en janvier 2024. La première chose que j'ai dite, c'est qu'il fallait précisément remettre l'autorité au milieu du village.

On a travaillé pendant six mois avec mon gouvernement et la loi qui vient d'être adoptée, c'est le fruit de ce travail. Maintenant, évidemment qu'il y a une forme d'échec collectif et surtout quand vous avez un drame comme celui-ci qui survient dans une école de la République.

5:23
Présentateur

Et on reviendra sur la question de la justice des mineurs. D'abord, prenons point par point quelques solutions esquissées par certains. La première, la question des portiques à l'entrée des établissements scolaires. François Bayrou, le Premier ministre à l'Assemblée, dans une réaction, a dit qu'il faut regarder, il faut expertiser. Est-ce que c'est une solution adaptée pour éviter ce genre de drame ?

5:45
Gabriel Attal

Quand je suis arrivé au ministère de l'Éducation nationale, j'ai voulu regarder toutes les solutions qui existaient. On m'a dit qu'il y a quelques lycées qui ont commencé à mettre en place des portiques. Je suis allé voir les lycées qui avaient commencé à mettre en place des portiques. Les portiques en question, c'est des tourniquets avec une badgeuse. Donc ça ne permet absolument pas d'empêcher...

6:01
Présentateur

Ce ne sont pas des détecteurs de métaux ?

6:03
Gabriel Attal

Non, ça ne permet pas d'empêcher qu'il y ait une arme blanche qui rentre dans l'enceinte de l'établissement scolaire. Et donc si vous mettez en place des détecteurs de métaux, moi j'ai un peu peur de la fausse bonne idée, parce que détecteurs de métaux, vous voyez par exemple, ça vous arrive de prendre l'avion à l'aéroport le temps que ça met. Un collège, vous avez en moyenne 500 ou 600 élèves. Vous imaginez, ils arrivent tous à la même heure. Ça fait des attroupements devant le collège. À un moment où avec le risque terroriste, on veut au contraire limiter les attroupements devant les établissements scolaires pour éviter des attaques.

Et moi je le dis, évidemment qu'il faut prendre des mesures pour renforcer les contrôles. Évidemment qu'on prend des mesures pour probablement limiter la possibilité pour des mineurs d'acquérir une arme blanche. C'est une forme de bon sens. Mais quand vous avez un gamin qui poignarde une surveillante avec un couteau, on peut regarder le couteau, mais je pense qu'il faut surtout regarder le gamin. Et comment est-ce que c'est possible qu'un enfant de 14 ans en arrive à là ? Et donc ce qu'il faut faire c'est quoi ? C'est continuer à être plus fort et à renforcer notre arsenal répressif. Moi j'ai jamais eu peur de le faire, j'ai même été très critiqué pour ça.

J'ai en rappelé à l'instant la loi que j'ai fait adopter après de longs mois de travail. Et puis, parce que le répressif ne suffit pas, il faut aussi agir pour éviter l'escalade de la violence. Parce que c'est une spirale la violence. Ça commence avec des insultes qui se sont totalement banalisées dans les cours de récréation. Vous passez des insultes ensuite au coup, et comme il n'y a pas de réponse au coup, vous passez ensuite à l'arme. Et donc c'est très tôt qu'il faut agir.

7:29
Présentateur

Gabriel, pardonnez-moi, je vous écoute attentivement. C'est assez intéressant ce que vous dites sur les portiques de sécurité. en vous posant la question de savoir si ce n'est pas une fausse bonne idée. Je reprends votre expression. Mais au fond, ce que vous évoquez là, renforcer l'arsenal, ça va prendre du temps. Il y a des questions culturelles. Là, très concrètement, ce que les Français, ce que les parents d'élèves attendent, c'est des solutions prêtes à l'emploi, si j'ose dire, pour éviter de se poser la question si le matin, leur enfant qui arrive au collège risque de subir une situation comme celle-là.

Je sais que c'est toujours difficile, quand on a des responsables politiques, de leur demander des solutions opérationnelles. Mais là, on semble en amener. Alors lesquelles ?

8:03
Gabriel Attal

C'est pour ça que les contrôles inopinés qui ont été renforcés, évidemment, je pense qu'il faut continuer à les déployer. Parce que si un élève se dit potentiellement, mon sac va être ouvert, c'est sûr qu'il y a un effet dissuasif. Ensuite, vous savez, il y a des mesures dissuasives très fortes que vous pouvez prendre très vite. Ça fait partie des propositions qu'on a formulées il y a deux semaines.

8:22
Présentateur

Ce matin, pardonnez-moi, les contrôles inopinés, ça n'a pas empêché ce collégien de 14 ans de sortir ce couteau et de tuer cette surveillance.

8:30
Gabriel Attal

Donc il faut poursuivre vers un effet dissuasif de la sanction. Et très tôt, très tôt. Aujourd'hui, vous n'avez pas, par exemple, d'échelle des sanctions, de barème de sanctions dans l'éducation nationale. Ce qui fait que parfois, malheureusement, vous avez des personnels de direction, de vie scolaire qui sont amenés à vouloir prendre des sanctions contre un élève qui sort de route. et vous avez les parents, vous avez une pression ensuite très forte. Il faut que l'institution les soutienne davantage. Je propose, on propose avec le Parti Renaissance, un barème national de sanctions pour, dès les premiers faits, soutenir davantage l'institution scolaire.

Et ensuite, sur l'autre volet, éviter l'escalade, éviter la violence dès les premiers faits. On peut prendre des mesures aussi très vite. Évidemment qu'il faut faire de la santé mentale de nos enfants une priorité absolue. Il y a deux semaines, dans les propositions qu'on a formulées, il y a notamment le fait d'avoir des consultations de prévention en santé mentale systématiques pour nos jeunes. Ça fait plusieurs années maintenant qu'on a mis en place un dispositif qui s'appelle MT Dents pour la santé buccale, pour que nos enfants...

9:31
Présentateur

Il faut faire la même chose sur la santé mentale.

9:32
Gabriel Attal

Tout à fait imaginé. Il n'y a pas besoin de loi pour ça. Il n'y a pas besoin de parlement. Qu'avant 18 ans, tous les enfants de France

9:38
Présentateur

doivent passer deux consultations chez un psy. Gabriel, je reprends la proposition que vous avez faite effectivement pour votre Parti Renaissance, qui a été quelque peu éclipsée par l'autre proposition que vous aviez faite, à savoir interdire le voile pour les filles de moins de 15 ans. Quand vous dites un barème, c'est-à-dire qu'au fond, qu'est-ce qu'on fait de plus qu'on ne fait pas aujourd'hui ? On exclut plus rapidement des établissements. Une fois qu'on les a exclus, qu'est-ce qu'on fait de ces élèves et de ces individus qui ont été exclus d'un collège ou d'un lycée ?

10:07
Gabriel Attal

Aujourd'hui, on a un système, et ça fait un certain temps, plusieurs années, voire plusieurs décennies, qui peu à peu s'est transformé en un système où on a tendance à laisser la situation pourrir, à attendre que l'effet soit grave, pour prendre des mesures très sévères et des exclusions. Or, c'est dès les premiers faits qu'il faut agir. Et le problème que vous avez aujourd'hui, moi je parle beaucoup avec des enseignants, je parle beaucoup avec des personnels de direction, avec des CPE, qui vous disent, on a un élève qui insulte une prof, qui s'en prend à un camarade, on veut prononcer une sanction.

Tout de suite, on a les parents, on a la famille qui arrive, qui rentre dans une espèce de négociation, parfois d'intimidation. Si vous dites, maintenant, il y a un barème national, c'est l'institution qui demande et qui met la sanction. Ce n'est pas tant le personnel, le personnel il vient être la voix, la bouche de ce barème et de ces sanctions qui sont prévues. Vous les renforcez et vous permettez de faciliter leur vie pour qu'il y ait des réponses immédiates. C'est culturel, c'est dès l'école primaire. Encore une fois, on voit des comportements, parfois en CM1, CM2, et c'est les professeurs des écoles qui vous le disent. Vous pensez que tout ça évite un élève,

11:07
Présentateur

un étudiant d'arriver avec un couteau devant son établissement ?

11:09
Gabriel Attal

En tout cas, ce que je pense, c'est que si on ne s'y met pas, si on n'engage pas une forme de sursaut culturel dans nos établissements scolaires, dans les familles, puisque le texte que j'ai fait adopter prévoit aussi des mesures de responsabilisation parentale, on n'y arrivera pas. Or, je pense qu'on peut y arriver. Il n'y a pas de fatalité à l'escalade de la violence. Ceux qui disent ça mentent aux Français. On peut agir, et je pense que s'il y a une cause, on peut rassembler aujourd'hui les responsables politiques, parce que je crois qu'elles rassemblent la totalité des Français, c'est bien celle de notre jeunesse. On ne peut pas laisser notre jeunesse partir à la dérive.

11:40
Présentateur

Gabriel Attal, se pose aussi la question du décalage qu'il peut y avoir entre les mots, les déclarations, les vôtres, ceux du gouvernement et les actes. Je voudrais vous faire écouter un cri du cœur, celui de la maman d'Elias, l'adolescent tué à 14 ans, c'était il y a plus de 4 mois. Voilà ce qu'elle dit, notamment de votre successeur à l'éducation nationale, Elisabeth Borne.

11:56
Invité

Ce week-end, dans le journal Le Parisien, Elisabeth Borne nous a terriblement choqués, le père d'Elias et moi. On ne comprend pas comment cette femme, qui est ministre de l'éducation nationale, qui s'occupe de notre jeunesse, est capable de prendre la parole en parlant du meurtre d'Elias et en disant tout simplement « On va réfléchir, on va prendre le temps ». Mais on n'a plus le temps de réfléchir. Le meurtre d'Elias, ce n'est pas un fait divers, c'est un fait de société. Les meurtres par arme blanche, de qui se moque-t-on ? »

12:34
Présentateur

Voilà, on voit l'émotion de la maman. Je vais d'ailleurs citer in extenso les propos d'Elisabeth Borne dans Le Parisien, qui parlait notamment de la mort du jeune Elias. Elle disait la chose suivante, « On ne doit ni légiférer à chaud, ni dans l'émotion. Ce serait bien d'éviter la surenchère de mesures éculées qu'on trouve sur étagère à chaque actualité dramatique ». Gabriel Attal, je crois que vous appartenez au même parti, Elisabeth Borne. Vous avez été ministre de son gouvernement quand elle était première ministre. Moi, si je vous écoute depuis le début à dire qu'il n'y a pas de fatalité, ce n'est pas la même chose que ce que dit Elisabeth Borne.

13:05
Gabriel Attal

Vous savez, la loi qui a été adoptée, dont je suis à l'initiative, qui durcit la réponse pénale pour les mineurs, elle n'a pas été prise à chaud, elle n'a pas été prise comme ça, sur un coin de table. Quand j'ai été nommé Premier ministre, en janvier 2024, ça faisait presque un an qu'il y avait eu les émeutes de 2023, il n'y avait pas eu de réponse. Donc la première chose que j'ai faite, c'est de réunir mon gouvernement et de leur dire, « Je veux une réponse pénale face à une violence de plus en plus forte chez les mineurs ». Moi, je veux saluer la grande dignité de la maman d'Elias. Je l'ai rencontrée à plusieurs reprises, je la connais.

Il faut regarder dans le détail le dossier des mises en cause dans la mort d'Elias, le nombre de dysfonctionnements qui sont intervenus. La réalité, c'est que vous avez deux mises en cause qui ont une interdiction de se rencontrer, annoncée par le juge des enfants, alors qu'ils habitent dans la même résidence.

13:55
Présentateur

Mais Gabriel Attal, vous avez raison, ça a ému les Français. Et vous avez la ministre de l'Éducation nationale qui dit qu'on ne doit ni légiférer à chaud ni dans l'émotion.

14:02
Gabriel Attal

Moi, je ne suis pas là pour faire de la polémique.

14:04
Présentateur

Elle se trompe ?

14:04
Gabriel Attal

Non, mais je ne suis pas là pour faire de la polémique. Ce que je dis, c'est que, un, la loi que j'ai fait adopter, ce n'est pas une réponse à chaud. Et que surtout, à force de dire qu'il ne faut pas réagir à chaud, on finit par prendre le risque que la société brûle. Et pendant ce temps-là, peut-être que certains regardent ailleurs.

14:20
Présentateur

Il y a une forme de déni chez certains, y compris parmi vos soutiens, parce qu'on ne peut pas dire qu'Elisabeth Band soit un soutien, mais en tout cas parmi vos amis politiques.

14:27
Gabriel Attal

Moi, je pense que le temps n'est pas à la polémique. On parle de faits qui sont graves, qui sont survenus aujourd'hui. Non, il y a des faits graves qui sont survenus aujourd'hui, un drame absolu. On parle de la mort d'Elias tué par une machette, je le rappelle, une machette, et de la grande dignité de sa maman qui prend la parole à visage découvert, à la télévision, ce qui n'est évidemment pas évident. Et moi, je veux m'en tenir à cette dignité-là.

14:50
Présentateur

Gabriel Attal, sans vouloir là encore faire de la polémique, puisqu'il s'agit de choses sérieuses, je parlais tout à l'heure de la question du déni ou du décalage qu'il peut y avoir entre la parole publique et ce qui se passe, ce que les Français constatent. Emmanuel Macron, le président de la République, dans les colonnes du Parisien dimanche, il parlait du climat, puisqu'on a en ce moment à Nice un sommet sur les océans. Il s'en est pris à ceux qui, ouvrez les guillemets, pendant ce temps-là, préfèrent brainwasher, ce qui veut dire laver le cerveau, sur l'invasion du pays et les derniers faits divers.

Est-ce que vous considérez, vous aussi, que certains font du brainwashing, sont obsédés par les derniers faits divers, pour reprendre l'expression du président de la République ?

15:32
Gabriel Attal

J'entends votre question. Je ne vais pas commenter les déclarations des uns et des autres. Moi, ce que je peux vous dire, c'est que toutes les décisions que j'ai prises pour renforcer l'autorité de la loi, l'autorité de nos règles, que ce soit en tant que ministre de l'Éducation, en tant que Premier ministre, j'ai toujours été soutenu dans ces mesures par le président de la République. Jamais le président de la République ne m'a empêché de prendre des mesures comme je l'ai fait à l'Éducation nationale et à Matignon

15:54
Présentateur

pour renforcer l'autorité de notre loi. Est-ce que vous pensez, vous aussi, que certains font du lavage de cerveau à partir de certains faits divers ?

16:03
Gabriel Attal

Moi, ce que je constate, encore une fois, c'est qu'on a une violence de plus en plus débridée, de plus en plus jeune. Qu'on a aujourd'hui une surveillante, une assistante d'éducation qui a été poignardée par un élève de 14 ans. On a eu un certain nombre d'autres faits...

16:13
Présentateur

Deux jours après que le président de la République tienne ce type de propos dans les colonnes du Parisien. On a eu un certain nombre

16:17
Gabriel Attal

d'autres faits ces dernières semaines, ces derniers mois, qu'on a eu... C'est des sujets différents, mais qu'on a eu un certain nombre de phénomènes d'émeute, de délinquance. Et que, moi, je considère qu'on ne peut pas fermer les yeux sur ça. Et surtout, je considère que la question des mots, elle est accessoire, de toute façon. Ce que les Français nous demandent, c'est des actes. Moi, je me mets à la place des Français qui nous regardent, qui regardent...

16:37
Présentateur

Et précisément, peut-être que ces Français, Gabriel Attal, qui nous entendent, nous, les responsables politiques... qui sont essentiels à celles de certains qui viseraient à s'appuyer sur des faits divers. Peut-être que c'est ceux qui nous regardent ce soir, peut-être qu'ils se posent la question du décalage qui peut exister.

16:56
Gabriel Attal

Moi, ce que je vous dis, Benjamin Duhamel, c'est qu'à chaque fois que j'ai pris des mesures, j'ai été soutenu en ce sens. J'ai entendu aussi des déclarations ce matin du président de la République qui a parlé lui-même d'un déferlement, je crois, de violence. Je ne sais plus le terme exact. Maintenant, encore une fois, les Français qui nous regardent, à mon avis, les mots des uns et des autres, dans un sens ou dans l'autre, je pense finalement que ça importe assez peu. Ce qu'ils veulent, c'est des actes. Évidemment que tout n'a pas été bien fait quand j'étais Premier ministre, quand j'étais ministre de l'Éducation nationale. J'ai pris des décisions. J'ai agi.

Et aujourd'hui, avec le Parti Renaissance, on a 82 propositions qu'on a publiées il y a deux semaines sur la question de la sécurité et de l'autorité. Et pour l'essentiel de ces propositions, elles ne nécessitent pas de passer par le Parlement. Donc, ce n'est pas vrai qu'on ne peut pas agir parce qu'il n'y a pas de majorité au Parlement. Pour renforcer l'accompagnement en santé mentale de nos jeunes, il n'y a pas besoin du Parlement. Pour mettre en place un barème de sanctions beaucoup plus ferme et beaucoup plus fort dans l'éducation nationale, il n'y a pas besoin de loi. Il n'y a pas besoin du Parlement.

17:49
Présentateur

Donc ça, vous le demandez au gouvernement d'ores et déjà. Ça, c'est les propositions

17:53
Gabriel Attal

qui sont faites par votre parti.

17:55
Présentateur

On n'est pas là à dire

17:56
Gabriel Attal

qu'il faut attendre plusieurs années l'élection présidentielle pour agir et pour proposer. On propose tout de suite parce que c'est tout de suite des mesures.

18:02
Présentateur

Mais vous avez eu une réponse ces propositions-là. Elles ont été formulées il y a déjà quelques jours. Est-ce que Bruno Retailleau, Gérald Darmanin, Elisabeth Borne se sont engagés à les reprendre ?

18:13
Gabriel Attal

Vous savez, quand j'ai proposé la loi qui crée une comparution immédiate pour les mineurs, qui revient sur l'excuse de minorité, cette loi qui vient d'être adoptée, elle a été soutenue par Gérald Darmanin, garde des Sceaux. Elle a été soutenue par Bruno Retailleau, ministre de l'Intérieur et par François Bayrou, Premier ministre. Donc moi, j'ai bon espoir que les propositions qu'on a formulées, 82 propositions. Je n'entends pas beaucoup de partis politiques proposés en ce moment. On a 82 propositions sur la sécurité et l'autorité. J'ai bon espoir que le gouvernement puisse s'en saisir, d'autant qu'il y a un grand nombre d'entre elles qui ne nécessitent pas de passer par la loi.

18:42
Présentateur

Gabriel Attal, pour terminer cet entretien, j'aimerais qu'on parle précisément de la question de la justice, puisqu'il y a cette proposition de loi que vous aviez portée qui a été adoptée sur la justice des mineurs. Est-ce qu'elle suffit ? Ou est-ce qu'il faudra aller plus loin ? On entend dans le débat, et là, on s'éloigne, même si on ne s'éloigne pas tout à fait, puisque, au fond, c'est sans doute le même symptôme. On a cette semaine un garde des Sceaux, Gérald Darmanin, qui dit qu'il faut une révolution pénale.

19:07
Gabriel Attal

Oui, il a proposé des mesures que je soutiens, qui vont dans le sens d'une plus grande fermeté. Supprimer le sursis, vous êtes d'accord ? Je suis favorable aux orientations qui ont été données par le garde des Sceaux. Sur la question de la justice des mineurs, vous savez qu'on a, depuis 1945, ce qu'on appelle l'ordonnance de 1945, qui prévoit qu'un mineur n'est pas un majeur et que, donc, un mineur ne doit pas être jugé comme un majeur. Mais je crois profondément qu'un mineur de 2025 n'est pas un mineur de 1945, parce qu'il y a cette violence de plus en plus débridée, qui est liée aussi, évidemment, aux réseaux sociaux et à une banalisation de la violence.

Et donc, avec cette loi, on va plus loin qu'on n'a jamais été depuis 1945 en matière de renforcement de la répression contre la délinquance. Jusqu'à cette loi, il n'y avait pas de comparution immédiate pour les mineurs. Vous prenez deux cambrioleurs récidivistes, un de 17 ans, un de 18 ans. Celui de 18 ans, il va être sanctionné tout de suite. Celui de 17 ans, il fallait 9 ou 10 mois. Ça change avec la loi que j'ai fait adopter. Maintenant, comparution immédiate également pour les mineurs.

L'excuse de minorité, parce que ce qui scandalise des Français, c'est que dans un certain nombre de situations, quand vous avez un mineur de plus de 16 ans récidiviste qui commet un crime, le fait que par principe il ne soit pas jugé comme un majeur, ça scandalise beaucoup de Français. Et donc là, on inverse le principe. Maintenant, il sera jugé on a des mesures, y compris financières, pour que les parents soient davantage responsabilisés. Quand vous êtes convoqué par le juge des enfants parce que votre enfant a commis des actes de délinquance et que vous ne venez pas, vous avez une amende. Ça paraît du bon sens, mais c'est prévu dans la loi, ça n'existait pas avant.

Couvre-feu dès la sortie du collège. Parce qu'aujourd'hui, vous avez des mineurs délinquants, le juge des enfants leur met un couvre-feu, sauf que le couvre-feu il démarre à 20 heures. Et donc, quand ils sortent du collège ou du lycée à 18 heures, qu'est-ce qu'ils font pendant deux heures ? Donc là maintenant, possibilité que le couvre-feu démarre dès la sortie du collège ou du lycée. C'est des choses concrètes. Et donc, pour répondre à votre question, Benjamin Duhamel, je ne sais pas si ça changera tout d'un coup. Moi, je ne crois pas qu'il y ait de mesures magiques. Sinon, j'imagine, j'espère que ça fait bien longtemps qu'elles auraient été prises.

Par contre, ce que je crois, c'est quand il y a une volonté forte, quand on agit sur tous les leviers, éviter que la délinquance arrive avec la santé mentale, avec quelque chose de culturel dans l'éducation nationale. Et vous faites confiance

21:16
Présentateur

au gouvernement pour cela quand on voit cet après-midi François Bayrou qui répète une nouvelle fois la question des portiques comme il avait pu le faire fin avril. Vous avez confiance en le gouvernement de François Bayrou pour mener cet agenda-là ?

21:28
Gabriel Attal

J'ai vu que la loi que j'ai proposée contre la délinquance des mineurs, c'est ce gouvernement qu'il a inscrit à l'ordre du jour à l'Assemblée nationale et qui a permis son adoption. Le gouvernement précédent ne l'avait pas fait. Donc, en l'occurrence, j'ai plutôt une démonstration qui a une volonté sur ce sujet.

21:41
Présentateur

Une toute dernière question, se posera la question de, au fond, l'héritage du Macroniste sur les sujets de ce qu'on appelle régalien. Régalien, ça veut dire la justice, l'insécurité. Vous disiez tout à l'heure, j'ai toujours eu à cœur dans mon combat politique de mettre l'autorité au cœur de ça. Est-ce qu'il faudra une forme de rupture ? Est-ce que là-dessus, il faudra assumer de dire qu'on ne va pas faire différemment ? On va faire différemment.

22:03
Gabriel Attal

Quand j'ai présenté, il y a deux semaines, les 82 propositions de renaissance sur la sécurité et l'autorité, je crois que j'ai eu une parole lucide. Évidemment que le compte n'y est pas sur ces sujets-là. Il faut le reconnaître. Il y a des choses qui ont très bien fonctionné. Je pense que la baisse du chômage, une politique économique qui a permis quand même de recréer des emplois, de rendre nos entreprises plus compétitives. D'autres, évidemment, d'autres choses qui ont été mises en place. Mais sur ce sujet-là, le garde des Sceaux qui a été ministre de l'Intérieur pendant quatre ans l'a dit lui-même. Il a dit qu'il n'y avait plus de lieu safe en France.

Donc c'est bien qu'il y ait un constat lucide qui est très largement partagé. Je pense que c'est important. Il y a aussi aux Français cette lucidité. Mais pas seulement...

22:42
Présentateur

Donc c'est une forme de rupture.

22:43
Gabriel Attal

Mais pas seulement une lucidité où on fait un diagnostic.

22:45
Présentateur

Sur ces sujets-là, vous n'êtes pas franchement... C'est comment on y répond ? Vous n'êtes pas franchement Macronie sur ces sujets.

22:49
Gabriel Attal

Encore une fois, ça c'est des termes, des mots, etc. Moi, ce qui est sûr, c'est que dès le début de mon engagement politique, la question de l'autorité a été centrale. Vous reprenez toutes les fonctions qui ont été les miennes. Secrétaire d'État à la jeunesse, j'ai mis en place le service national universel. Ensuite, j'ai été à Bercy. J'ai renforcé les moyens de nos douaniers pour mieux contrôler nos frontières. Ministre de l'Éducation nationale, j'ai pris les mesures que j'ai évoquées pour l'autorité dans nos écoles. Ce n'est pas suffisant, il faut aller plus loin. Et Premier ministre, j'ai engagé le shop d'autorité qui a permis l'adoption d'une loi il y a quelques semaines inédite.

Encore une fois, personne n'est parfait. On n'a pas réglé tous les problèmes. Simplement, je considère qu'on a un devoir d'agir et qu'on peut le faire en plus dans un large rassemblement politique parce qu'il n'y a pas de différence droite-gauche chez les Français sur ces sujets-là. Il y a une attente absolue qui est celle que la République soit respectée.

23:35
Présentateur

Mais je ne saurais pas s'il y a rupture et si vous êtes toujours Macroniste sur ces sujets.

23:38
Gabriel Attal

Je n'ai jamais employé ces termes. Vous savez, je considère que l'enjeu, c'est de défendre notre République. C'est ce qu'on a fait, c'est ce que les gouvernements qui sont succédés ont cherché à faire. Il faut avoir la lucidité de constater que sur certains sujets, on a moins bien réussi que sur d'autres.

23:53
Présentateur

Merci beaucoup Gabriel Attal d'être venu ce soir sur BFM TV dans cette édition spéciale après le drame de ce matin à nos gens et cette surveillante tuée par un collégien de 14 ans.

Surveillante tuée à Nogent: l'interview de Gabriel Attal en intégralité — Gabriel Attal · Pourquijevote