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Podcast / conversationLe Média (sur Podcast)· 30 janvier 2023 18 minComplaisantActualité / polémiqueSantéInstitutions & électionsSolidarités & familleEurope & international

Le droit à l’IVG menacé en France ?

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 40 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:43OuverteRéponse directe

    Ce droit est-il menacé en France ? Pourquoi est-il si important de le faire entrer dans la Constitution ?

  • 2:58RelanceRéponse directe

    Pourquoi ça ne passe pas ? Est-ce que la dernière fois, c'était à cause de l'ajout de la contraception dans le fait que ça entre dans la Constitution ?

  • 4:27OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qui se joue là, maintenant ? Pourquoi c'est si important de faire entrer l'IVG dans la Constitution ?

  • 7:38OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous pouvez nous expliquer les accès restreints à l'IVG en France ? Quels sont les problèmes que vous rencontrez sur le terrain ?

  • 10:31OuverteRéponse directe

    C'est-à-dire que les médecins, ils ont le droit de refuser ?

  • 12:36OuverteRéponse directe

    Vous remplacez un service que devrait assurer l'État, si je comprends bien.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:50InvitéChiffre
    « On a lancé une pétition qui a plus de 170 000 signatures, donc on aimerait attendre les 200 000. »
  • 3:16InvitéFait
    « L'avortement, ce n'est pas quelque chose d'acquis. C'est quelque chose qui est plutôt toléré en France. »
  • 4:46InvitéChiffre
    « En fait, il y a une femme sur trois qui aura recours à l'avortement. »
  • 8:15InvitéChiffre
    « La plupart des femmes qui avortent, elles ont entre 25 et 30 ans. »
  • 8:17InvitéChiffre
    « Moins de 7% des mineurs qui avortent. »
  • 10:15InvitéFait
    « En France, tous les médecins ont une clause de conscience. Le seul acte où il y a une clause de conscience, c'est l'avortement. »
  • 16:55InvitéFait
    « Il faut mettre les sites anti-choix de côté, quoi. »

Temps de parole

  • Invité76 %
  • Présentateur24 %

1,1 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Bonjour tout le monde, je suis ravie de vous retrouver pour cet entretien express. Mercredi prochain, le 1er février, la proposition de loi constitutionnelle votée à l'Assemblée nationale visant à protéger et à garantir le droit fondamental à l'interruption volontaire de grossesse de Mathilde Panot sera discutée en séance publique au Sénat. Dimanche dernier se déroulait une marche contre l'avortement dans Paris. Le 17 janvier 1975 était promulguée la loi dépénalisant l'avortement. 48 ans après, des médecins refusent de pratiquer l'EVG, font écouter le cœur des bébés aux personnes décidant de faire ce choix.

Des faux sites de renseignements sont en une de Google pour pratiquer de la désinformation. On constate des retours en arrière aux Etats-Unis ou encore en Pologne. Un accès financier, territorial et social inégal. Il est vite à penser qu'en France, le droit à l'avortement est un acquis. Ce droit est-il menacé en France ? Pourquoi est-il si important de le faire entrer dans la Constitution ? On en discute avec Sarah Durocher, présidente du Planning Familial. C'est l'Entretien Express. Bonjour Sarah Durocher. Bonjour. Alors, merci beaucoup de venir sur notre plateau pour parler du sujet capital du droit à l'avortement.

Comme je disais, vous êtes présidente du Planning Familial, une confédération qui rassemble des associations avec les différents plannings familial partout en France, métropole et outre-mer, bien évidemment, et qui fait de la prévention et accompagne les personnes, souvent les plus vulnérables ou précaires, autour de la sexualité, de la contraception, etc. Comme je disais en introduction, mercredi prochain, le 1er février, la proposition de loi constitutionnelle votée à l'Assemblée nationale, je le répète, visant à protéger et à garantir le droit fondamental à l'interruption volontaire de grossesse de Mathilde Panot, donc sera discutée en séance publique au Sénat.

Déjà, le mercredi 19 octobre 2022, donc il y a quelques mois de salle, le Sénat n'avait pas adopté la proposition de loi constitutionnelle par Mélanie Vogel sur l'IVG, mais comprenait aussi la contraception dans cette première proposition. Sarah Durcher, comment vous le sentez cette fois-ci ?

1:50
Invité

Alors, mon optimisme fait que j'ai envie d'y croire, puisque là, on est en train de se mobiliser toutes et tous vraiment pour que ça passe, c'est-à-dire qu'on interpelle les sénateurs. Collectivement aussi, nos associations se regroupent pour vraiment montrer que la société civile est présente. Et puis, on a lancé une pétition qui a plus de 170 000 signatures, donc on aimerait attendre les 200 000. Et puis, le planning aussi a sorti une tribune dans le JDD, avec des personnalités, des sportifs, pour vraiment faire en sorte de montrer que c'est important pour le planning, mais pas seulement, mais aussi pour la plupart des Français.

Et donc, évidemment qu'on y croit, puisqu'on voit qu'il y a une mobilisation au niveau de la société civile. On voit aussi que juste après ce qui s'est passé aux États-Unis, finalement, il y a eu sept propositions de loi qui ont été déposées pour constitutionnaliser l'avortement. Donc, on a envie de dire que là, il faut écouter, quoi. Ça veut dire qu'on se mobilise, il y a vraiment quelque chose qui est en train de se passer. Il faut juste que maintenant que ça passe. Donc, j'ai envie de dire, je suis très positif, mais en même temps très réaliste.

Et en tout cas, si jamais ça ne passait pas encore cette fois au Sénat, on sera encore plus en colère et on continuera à se mobiliser pour ce droit fondamental, c'est certain.

2:58
Présentateur

Pourquoi ça ne passe pas ? Est-ce que la dernière fois, c'était à cause de l'ajout de la contraception dans le fait que ça entre dans la Constitution ?

3:05
Invité

En fait, je parlais avec un parlementaire une fois qui me disait que l'avortement, c'est un des sujets à chaque fois qui met en feu les assemblées, quoi. Et donc, l'avortement, ce n'est pas quelque chose d'acquis. C'est quelque chose qui est plutôt toléré en France. Pourtant, ça fait 50 ans, en fait, et les femmes ont toujours avorté, même avant la loi. Elles avorteront même s'il n'y a plus la loi, de toute façon. On le voit dans le monde, c'est ce qui se passe. Donc, en fait, c'est toujours un sujet à part.

On trouve toujours des arguments pour contrer, alors que franchement, si on part du constat que les femmes avortent, qu'il y a une loi, qu'il y a des batailles derrière et que 86% des Français sont d'accord, c'est quoi le problème ? Donc, en fait, je trouve qu'il y a un conservatisme en France qui est très existant. Il ne faut pas le sous-estimer. On a aussi 80 parlementaires, front national, enfin, rassemblements nationaux, pardon, qui sont à l'Assemblée. On a eu pendant six mois, pendant les campagnes, des discours haineux, sexistes, LGBTphobes. Enfin, je veux dire, on est dans un contexte, un environnement qui n'est pas surprenant, finalement. Donc, c'est ça qu'il faut aller pousser.

Et puis, nous, ce qu'on veut, c'est qu'Emmanuel Macron se positionne et fasse un projet de loi. Et encore une fois, vous parliez des manifestations. En fait, ils n'écoutent pas la société, ils n'écoutent pas les associations, ils n'écoutent pas la parole des Français et des Françaises là-dessus, sur les retraites et sur l'avortement aussi.

4:20
Présentateur

Vous avez écrit une tribune, vous le disiez, le 15 janvier, 48 ans après la loi Veil, le Sénat a rendez-vous avec l'Histoire. Qu'est-ce qui se joue là, maintenant ? Pourquoi c'est si important de faire entrer l'IVG dans la Constitution ?

4:31
Invité

Parce que l'avortement, il est menacé. Ça veut dire que les personnes qui vont dire, il y a une loi, c'est bon, en fait, finalement. Non, non. Concrètement, nous, sur le terrain, on voit qu'il y a des vraies difficultés d'accès à l'avortement, des vraies difficultés d'information. Et vous le disiez juste avant, en fait, on a plein de personnes qui viennent nous voir et qui disent, mais je suis tombée sur un site. C'était un peu bizarre, quand même. Et en fait, nous, au planning, quand une femme arrive et nous dit, moi, j'ai envie d'avorter, on ne va pas commenter ça.

Nous, notre objectif, c'est de lui donner une réelle information et de l'accompagner si elle souhaite être accompagnée là-dedans, en tout cas. Donc, en fait, il y a vraiment de la désinformation qui existe. Vous parlez aussi de la manifestation. Il y a des ennemis de l'avortement. Ils ont toujours été présents. Donc, ils sont bien là. Et en plus, ils sont organisés, que ce soit au niveau européen, au niveau mondial. Et puis, il ne faut pas oublier que les Antichois, ils ont eu des victoires. Que ce soit aux États-Unis, que ce soit en Pologne, que ce soit en Hongrie, que ce soit bientôt en Italie. Ils ont des victoires aujourd'hui.

Alors, évidemment que dans certains pays, on dépénalise l'avortement. Ils ont perdu. Mais quand même, là, ces derniers mois, ces dernières années, on a des alertes fortes. Et en fait, de penser qu'en France, ça ne pourrait pas se passer, c'est vraiment penser vraiment supérieur aux autres. Et donc, vraiment, pour nous, on sait qu'à partir du moment où la droite conservatrice, que l'extrême droite arrive au pouvoir, la première chose qu'ils attaquent, c'est le droit des femmes, dont le droit à l'avortement. En Italie, ça s'est vu. C'est la première parole politique qu'elle a donnée. Et puis, l'autre signe aussi, c'est de constitutionnaliser l'avortement.

On serait les premiers au monde à le faire. Et en fait, il ne faut pas sous-estimer qu'on regarde beaucoup la France sur les questions d'avortement. Et finalement, si on arrivait à faire ça en France, ça pourrait résonner dans d'autres pays. Et ça pourrait être mobilisant, en fait, une vraie mobilisation européenne pour le droit à l'avortement, qui, encore une fois, je le dis, toutes les 9 minutes, une femme meurt d'un avortement. Aux États-Unis, des femmes vont mourir. En Pologne, des femmes vont mourir également. Et encore une fois, ça sera des personnes qui ont plus de moyens, qui auront accès à l'avortement. Et pour nous, c'est inentendable.

6:27
Présentateur

Oui, parce qu'on parlait dans quelques années, évidemment, la prochaine élection présidentielle, il y a malheureusement ce risque que l'extrême droite arrive au pouvoir. Si l'IVG entrait dans la Constitution, il ne pourrait plus y toucher.

6:37
Invité

Ça serait compliqué. Plus difficilement. On va dire que ça serait plus compliqué. Et puis, à l'Assemblée nationale, Mathilde Panot a fièrement porté cette PPL. Et on a réussi, je trouve, quelque chose de très transpartisan. Et les associations ont été derrière ces propositions de loi. On a vu le Front National tout d'un coup amender et dire « Mais si, si, nous, on est pour la constitutionnalisation. » Il y a la moitié des parlementaires qu'on votait pour. Mais nous, on n'est pas dupes, en fait. Ça veut dire qu'on sait très bien que quand l'extrême droite arrive, l'IVG, c'est fini. Les droits des personnes LGBT, c'est fini. Et donc, en fait, ils sont pour la loi Veil.

Mais il ne faut pas oublier qu'il y a eu sept propositions de loi depuis, qu'en 50 ans, on a fait avancer les choses. Et qu'en fait, ce qu'ils veulent, c'est restreindre l'avortement. Sauf que nous, on veut faire avancer l'avortement. Parce qu'on a encore du boulot là-dessus, qui répond tout simplement aux besoins que nous, on observe au quotidien, en fait. Et en fait, ils veulent restreindre à la loi Veil. Et la loi Veil, ça veut dire que les mineurs ne peuvent pas avorter. Ça veut dire qu'on est dans des délais vraiment moindres. Ça veut dire que ce n'est pas remboursé par la Sécurité sociale. Ça veut dire que ça va mettre de côté un grand nombre de femmes.

7:38
Présentateur

Justement, vous dites qu'il y a encore des efforts à faire sur l'avortement. Est-ce que vous pouvez nous expliquer ? Parce que, comme je l'ai dit au début, il y a vraiment cette impression qu'en France, on peut avorter comme on veut, que c'est limite un moyen de contraception. Il y a ce genre d'idées reçues qui sont évidemment fausses. Quels sont aujourd'hui les accès restreints à l'IVG en France ? Quels sont les problèmes que vous rencontrez, vous, au quotidien, sur le terrain ?

8:00
Invité

Alors, je dirais, moi, le premier. Déjà, peut-être donner quelques chiffres sur l'avortement, parce qu'il y a beaucoup de représentations. En fait, il y a une femme sur trois qui aura recours à l'avortement. Je ne sais pas combien vous êtes de femmes là, mais en tout cas, il y en aura une sur trois qui aura recours dans sa vie à l'avortement. C'est moins de 7% des mineurs qui avortent. La plupart des femmes qui avortent, elles ont entre 25 et 30 ans. Et nous, ce qu'on voit au planning, c'est des femmes qui arrivent, qui nous disent « moi, je veux avorter. Et puis, vous me donnez un médicament. Et puis, voilà. Ah non, ce n'est pas comme ça que ça se passe.

» Donc, en fait, déjà, on voit qu'il y a une grosse difficulté juste d'avoir l'information de ses droits et de comment ça va se passer. Donc, déjà, il y a un gros boulot à faire là-dessus, parce que les antichois, ils vont là-dedans. Ça veut dire que, comme on n'en parle pas, finalement, si on avait de l'information très jeune sur ses droits et sur les questions des droits sexuels et reproductifs, on serait vachement plus armés pour choisir, pour décider. Et ça, c'est une certitude. Donc, ça, c'est vraiment le côté éducation et information qui est quand même assez importante, puisque les antichois vont là-dedans. La deuxième chose, c'est qu'aujourd'hui, on a des difficultés d'offres.

Il nous manque des médecins pour faire les avortements, de professionnels de santé, parce que c'est très médicalisé encore en France. Et nous, on pousse à ça un peu de démédicaliser l'avortement. Et en fait, il y a des fermetures de structures de proximité. Ça veut dire que dès qu'il y a une maternité qui ferme, et on sait qu'au niveau de la santé, c'est compliqué, vraiment, dès qu'une maternité ferme, il y a un centre IVG qui ferme. Et donc, ça veut dire qu'il y a des femmes qui vont se retrouver à devoir changer de département pour avorter ou qui vont prendre une méthode à laquelle vous n'avez pas forcément envie, puisqu'il y a deux méthodes en France.

Et normalement, dans la loi, il a inscrit qu'on a le choix. Mais on est très, très loin des réalités. Et puis, ça n'intéresse pas. Ça veut dire que ce n'est pas un acte valorisé. Et aujourd'hui, si on met santé avec argent, puisque c'est ça aujourd'hui, on parle bien de ça, et bien finalement, ce n'est pas super chouette de faire des avortements. Ce n'est pas valorisant. Donc, il y a ce côté vraiment très stigmatisé de l'avortement, le manque de professionnels, le manque d'offres, la désinformation, les antichoits, beaucoup de choses, en fait.

Et puis, juste un symbole, dans la loi portée par Alban Gaillot sur l'allongement des délais, parce qu'on a réussi à allonger de deux semaines, super, tous les 20 ans, on va augmenter de deux semaines. On est loin encore du compte. Et il a fallu voir la bataille que ça a mis. Ça a mis plus de deux ans. Donc, on a quand même un conservatisme qui est hyper présent. Il y avait la question de la clause de conscience. En fait, en France, tous les médecins ont une clause de conscience. Le seul acte où il y a une clause de conscience, c'est l'avortement. C'est-à-dire que c'est une clause spécifique. Elle est très symbolique, en vrai.

Mais ça veut dire, encore une fois, que c'est un acte à part, que c'est quelque chose d'à part, alors que nous, on dit, ça concerne une femme sur trois.

10:31
Présentateur

C'est-à-dire que les médecins, ils ont le droit de refuser ?

10:33
Invité

Ils ont le droit de refuser. Il faut qu'ils réorientent. Mais ça, c'est tout acte. La seule chose, c'est que dans la loi, c'est marqué de cette manière-là. Donc, nous, des fois, juste d'avoir l'information de qui fait des avortements, des fois, c'est hyper compliqué. C'est pour ça que nous, on porte le numéro vert IVG, contraception, sexualité. Je me permets de le dire, puisque je sais que vous êtes beaucoup regardés. Regardez, il y a un numéro spécifique, qui est le 0800 08 11 11, porté par le planning, financé par l'État, pour donner une vraie information et surtout pour savoir, si jamais il m'arrive ça, où est-ce que je vais aller ?

Parce qu'il y a des femmes qui ont des parcours, qui sont renvoyées de médecin à médecin, et donc c'est hyper compliqué. Et puis, le parcours est compliqué. Ça veut dire qu'il faut faire quatre entretiens pour avorter. Alors qu'on pourrait simplifier les choses. Et imaginez, si vous devez faire 70 kilomètres pour aller avorter, quatre rendez-vous, déjà, il faut avoir les moyens de bouger. Et puis, il faut pouvoir, si on travaille. Et donc, il y a quand même pas mal d'entraves à l'avortement aujourd'hui.

11:29
Présentateur

Et c'est important de rappeler le numéro vert, parce qu'il faut faire attention, sur Google, quand on tape IVG, un des premiers sites qui arrivent, c'est un faux site. C'est un site de désinformation, où ils font croire que c'est un site de l'État qui parle de l'IVG. Et on descend quelques lignes, et c'est comment éviter l'avortement, comment garder votre bébé. Voilà, donc c'est important de rappeler ça.

11:47
Invité

Je me permets juste. C'est une grosse bataille. Il ne faut vraiment pas sous-estimer. Il y a une loi que Laurence Rossignol a portée sur le délit d'entrave. Aujourd'hui, il y a très peu de femmes qui portent plainte, parce qu'encore une fois, c'est hyper compliqué d'être publiques. Enfin, nous, on a beaucoup de journalistes et de vos collègues qui demandent des témoignages de femmes qui ont avorté. Très peu acceptent. Donc, ça veut dire encore le tabou qu'il y a autour de ça. Et vraiment, les Antichois se mobilisent là-dessus. Et juste, aux États-Unis, on a vu que la majorité de la population était d'accord, et qu'ils étaient minoritaires.

Sauf que la minorité, elle a réussi à faire basculer les choses. Donc, ne sous-estimons pas ça. 86% des Français sont d'accord. Sauf qu'on a une minorité qui a de l'argent et qui a du pouvoir, et qui peut vraiment agir directement.

12:29
Présentateur

Je le disais, le planning familial, ce sont des associations. On va un peu revenir sur ce qu'est le planning familial. En fait, vous remplacez un service que devrait assurer l'État, si je comprends bien.

12:40
Invité

Alors, en fait, le planning familial, on a 80 associations. Et en fait, on a de l'argent. On est financé par l'État sur des missions qui sont la question de la planification, des centres de planification. Donc, en effet, c'est inscrit dans la loi. Donc, ça peut être porté par l'hôpital ou par des municipalités ou autres. Et en fait, dans certains départements, c'est le planning qui le porte. Et après, on a les Évars, qui sont des établissements d'information, où là, il n'y a pas de médecin. Et l'ensemble de nos associations sont Évars, sont des lieux d'accueil. Et ça, pareil, c'est inscrit dans la loi. L'objectif, c'est de donner de l'information sur la contraception et l'avortement.

Donc, on a des financements d'État. On a une définition qui est qu'on est féministe, on est d'éducation populaire. Et que, bien évidemment, on est dans un accueil. On est très attentif à l'accueil des personnes, à la parole des personnes. Et l'objectif qu'on a, c'est de faire remonter ce qu'on observe sur le terrain et la parole des personnes qui ne peuvent pas être entendues pour vraiment faire bouger la société avec une société plus juste, évidemment, et où les personnes qui sont le plus éloignées du droit aient accès au droit.

13:44
Présentateur

Vous avez des subventions de la part de l'État, vous venez de le dire. Mais est-ce que... Enfin, comment elles évoluent ? Parce qu'on avait vu en 2019 que vous aviez subi plusieurs baisses de financement, que vous luttiez contre cette évolution-là. Quel impact... Est-ce que vous pouvez nous raconter un peu ça et quel impact ça a concrètement sur vos actions ?

13:59
Invité

Alors, en fait, le planning, on est une association qui a des positions politiques qui ne plaisent pas à certains et certaines. Ça, c'est certain. Au niveau de l'État, on n'a pas de baisse de financement. Par contre, au niveau local, il faudrait qu'on refasse un petit inventaire de tout ça. Ça serait intéressant même de voir l'évolution avec les années. C'est en fait sur les collectivités territoriales, par exemple des mairies, des conseils régionaux, des conseils départementaux, qui sont élus, qui ont eux aussi, elles aussi, une opinion politique, et évidemment qui peuvent ne pas être d'accord avec le planning familial.

Et là, bien évidemment que c'est compliqué, et qu'il peut y avoir des subventions qui peuvent être mises en cause. Moi, je ne pourrais pas vous dire le chiffre, là, nationalement. En tout cas, moi, ce que je peux vous dire, c'est que le planning est là depuis longtemps, fait des actions, et ça, on est reconnu pour ça. Là, par contre, au niveau étatique, ça n'a pas bougé. On a un petit peu peur dans trois ans. C'est une peur quand même qu'on a. Pour l'élection présidentielle. Et voilà, en même temps, on est force de projet. Mais c'est une bataille, en effet, dans certains environnements politiques, c'est une bataille pour avoir des financements.

15:02
Présentateur

Je reviens un peu pour terminer sur les clichés qui circulent autour de l'avortement, comme quoi ce serait quelque chose de facile, ce serait un moyen de contraception. Elles n'avaient qu'à se protéger, des choses comme ça. Même dimanche dernier, pendant cette marche pour la vie, contre l'avortement, il y avait des mots qui étaient utilisés comme une aide active à mourir, ce genre de choses. Est-ce que vous pouvez déjà nous déconstruire ces clichés et comment on lutte contre quand c'est des idées très bien ancrées ?

15:28
Invité

C'est hyper compliqué. Alors, il faut passer par l'éducation, déjà. Ça veut dire, je pense que tant qu'on dira que l'avortement est un problème, tant qu'on dira que l'avortement est dangereux pour la santé, parce qu'il y a des personnes qui le pensent, vraiment. Mais encore une fois, si on ne donne pas d'informations et si on ne fait pas bouger ça, ça reste dans la tête. Donc vraiment, déjà, je pense qu'il y a tout ce travail à faire. Il est dur, ce travail, parce qu'encore une fois, j'insiste, ils sont très organisés. Je prends un exemple juste. Au mois de juillet, on a accueilli la première ministre en réaction à ce qui se passait aux États-Unis.

La Fondation des Femmes nous a dit, le planning, on vous aide, il faut réagir sur l'avortement. On a ouvert un tchat qui va ouvrir au mois de mars, là, bientôt. Donc on a annoncé publiquement qu'il allait avoir la sortie d'un tchat. Sur le même site anti-choix, deux mois après, c'est financé, c'est mis en place. Nous, on en aura mis deux ans à que ce soit financé. Eux, ils mettent deux mois. Donc ils sont vraiment dans des réactions hyper attentives. Moi, pour moi, il faut vraiment faire de l'éducation. Il faut vraiment répondre aux questions aussi. Ça veut dire que moi, nous, on a des femmes qui viennent au planning qui nous disent, mais moi, je suis contre l'avortement. OK.

Moi, à la rigueur, ça, ça ne me regarde pas.

16:38
Présentateur

Oui, on peut être contre l'avortement pour soi-même.

16:39
Invité

L'objectif, ce n'est pas d'empêcher les autres de le faire. C'est toujours la même chose. Donc il faut parler, il faut faire de l'information, il faut faire de l'éducation. Nous, ce qu'on demande aussi, c'est une campagne nationale, parce que là, on bricole, nous, un peu, des fois. Donc une grande campagne nationale qui réaffirme le droit à l'avortement, qui donne une information. Et puis, il faut mettre les sites anti-choix de côté, quoi. Ça veut dire qu'il faut les condamner à un moment donné. Parce qu'eux, nous mettons en procès de manière régulière, parce que finalement, eux, ils ont les moyens. Tout ça, c'est ça aussi. C'est que derrière, il y a des financements.

Donc vraiment, je pense qu'il faut oser poser ces questions. Il faut des espaces pour le faire. Il faut venir nous rencontrer aussi, parce qu'on peut aussi ne pas savoir. Il n'y a pas de questions idiotes là-dessus. C'est pour ça que c'est important de redire le site, le chat qui va bientôt ouvrir, le numéro de téléphone, et de dire aussi que nos associations sont ouvertes, quel que soit son âge. Parce qu'en fait, au planning, on s'adresse à tout le monde. Donc vraiment, il y a tout ce travail-là à faire et lutter contre les anti-choix.

17:29
Présentateur

Et du coup, les arguments principaux contre ces clichés sur l'avortement ?

17:35
Invité

Ils sont faux. Donc il faut les déconstruire. Je ne sais pas si vous me donnez... Redonnez-moi un exemple, peut-être. Non, mais tout ce qui circule et qui est à peu près effrayant, mais que c'est facile... Par exemple, c'est de l'éducation. Il faut des financements pour les associations qui militent pour le droit à l'avortement, pour pouvoir communiquer, pour pouvoir informer. Parce qu'aujourd'hui, c'est ça qui nous manque. Ils nous manquent des moyens, et eux ont beaucoup plus de moyens.

18:01
Présentateur

Merci beaucoup. Merci beaucoup à vous. Je vous le rappelle, donc, Sarah Durocher, présidente du Planning Familial. Merci beaucoup. Merci pour votre accueil. Merci.

18:09
Locuteur

Merci. Merci. Merci.