Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
Podcast / conversationLe Média (sur Podcast)· 29 décembre 2022 26 minContradictoireActualité / polémiqueNumériqueSécuritéInstitutions & électionsSolidarités & famille

Tous espionnés, tous fliqués : la surveillance de masse aux portes de l’université | Quadrature du Net

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 5 %Attaque 70 %Défensif 25 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:05OuverteRéponse directe

    Un mot pour faire un bref rappel de ce que c'est et les missions que vous portez ?

  • 1:39OuverteRéponse directe

    Ce sujet, c'est la décision du tribunal administratif de Montreuil, saisie en urgence, pour faire suspendre l'usage d'un logiciel nommé Testoui. Alors, allons-y par étapes pour commencer, pour bien comprendre, c'est quoi Testoui ?

  • 3:16OuverteRéponse directe

    Quels étaient vos arguments avancés devant le juge ?

  • 4:16RelanceRéponse directe

    Sur cet argument de proportionnalité. C'est-à-dire que seules les données directement utiles pour l'objectif visé, doivent être collectées, et pas plus, dans un cadre clair, régi par la loi. C'est ça, la proportionnalité. Et c'est là-dessus que le juge a émis un doute sérieux pour le citer. Pourquoi ?

  • 5:34OuverteRéponse directe

    En quoi on peut suspecter la société TestWe, qui porte le même nom que son logiciel, d'avoir en tête, éventuellement, l'idée de récolter plus de données que nécessaire ? En quoi on peut imaginer ça ? Et dans quel but elle ferait ça ?

  • 7:57OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que vous pouvez lui répondre aujourd'hui, ce soir ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:11InvitéFait
    « Testoui se targue de surveiller automatiquement des candidats et des candidates à un examen, que ça soit surveiller leur comportement avec une analyse, par exemple, du regard, que ça soit surveiller leur environnement sonore pour vérifier s'ils ne se feraient pas souffler les réponses par une tierce personne. »
  • 2:33InvitéFait
    « C'est également une surveillance de l'ordinateur même des candidats et des candidates, parce que le logiciel Testoui s'installe sur l'ordinateur, doit avoir des droits administrateurs, l'antivirus doit être désactivé. »
  • 3:52InvitéFait
    « Ce qu'on disait, c'était assez simple. C'était de dire que ce type de surveillance est disproportionné par nature. »
  • 4:42InvitéFait
    « Et ce que le juge a dit, grosso modo, c'est que TestWeed, donc comme on l'a dit, c'était open bar, ait collecté beaucoup trop de données par rapport à l'objectif poursuivi. »
  • 5:53InvitéFait
    « La société dit qu'on les conserve pendant deux mois après le passage d'un examen. »
  • 6:43InvitéFait
    « Et il y a une formulation très anxiogène à la fin d'une de ces vidéos où elle indique que tout comportement suspect sera rapporté à votre administration. »
  • 9:07InvitéFait
    « La seule justification, c'était, l'infrastructure de Paris 8 était sous-dimensionnée aux derniers examens, du coup, Moodle s'était retrouvé à terre et c'est uniquement pour ça. »
  • 11:11InvitéFait
    « La CNIL a lancé début décembre une consultation publique sur des nouvelles lignes directrices autour de ces logiciels de télésurveillance. »
  • 13:21InvitéFait
    « Le plus gros combat et les dossiers les plus importants qu'on a vus, c'était l'apparition de logiciels de détection d'anomalies ou de comportements dits suspects, je reviendrai dessus, sur les flux de vidéosurveillance dans l'espace public cette fois-ci. »
  • 14:36InvitéFait
    « Derrière ces alertes derrière ces comportements événements qui sont signalés à la police ça va être donc qui sont dit comme suspects ça va être par exemple quelqu'un qui court quelqu'un qui est statique trop longtemps ce qu'ils appellent le maraudage. »
  • 16:32InvitéFait
    « Le ministre Darmanin l'a dit il y a deux mois dans une audition au Sénat que c'était illégal. »
  • 21:36InvitéChiffre
    « Sur les enquêtes résolues, la vidéosurveillance a été utile dans moins de 2% de ses enquêtes. »
  • 21:51InvitéChiffre
    « 500 en Seine-Saint-Denis aussi, il faut le dire. »

Temps de parole

  • Invité39 %
  • Invité 236 %
  • Présentateur24 %

0,7 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Début décembre, la Cournature du Net appelait à soutenir un mouvement étudiant qui prenait de l'ampleur à Paris 8. Dans leur viseur, la start-up Tweet teste oui et son service de télésurveillance d'examen à distance, jugée, je cite, « déméshumanisante, discriminatoire et intrusive, en plus d'être clairement illégale ». Deux semaines plus tard, le 15 décembre dernier, le tribunal administratif de Montreuil a décidé de suspendre l'usage de ce logiciel. Victoire pour les étudiants et étudiants de Paris 8. Victoire aussi, qui met l'accent sur un sujet plus vaste concernant la surveillance de masse. Elle prend de plus en plus d'ampleur, surtout depuis la période Covid.

Et un projet de loi arrive bientôt pour l'accueil des JO 2024, où est prévu un déploiement extraordinaire d'algorithmes de vidéosurveillance sur la capitale. Pour en parler, je reçois Bastien Leclerc et Noémie Levin, juriste à la Cournature du Net. Bonsoir tous les deux. Bonsoir. Bonsoir Noémie, bonsoir Bastien, merci d'avoir accepté mon invitation ce soir. Alors, avant toute chose, pour celles et ceux qui ne vous connaissent pas forcément, pas vous personnellement, mais la quadrature, un mot pour faire un bref rappel de ce que c'est et les missions que vous portez. Noémie ?

1:06
Invité

Alors, la quadrature du Net, c'est une association qui a été créée en 2008, qui vise à défendre les libertés à l'ère du numérique. Au début, c'était vraiment les libertés sur Internet, tous les combats contre la DOPI, etc. Et au fur et à mesure des années, avec notamment la loi renseignement en 2015, nos activités se sont un peu élargies. En 2019, on a lancé la campagne Technopolis, qui vise à documenter, à lutter contre la surveillance dans l'espace public. Et ici, avec Testoui, on va y revenir, c'est un peu le lien entre ces différents modes de surveillance.

1:36
Présentateur

Alors, plongeons du coup maintenant dans le vif du sujet. Ce sujet, c'est la décision du tribunal administratif de Montreuil, Montreuil là où nous sommes situés d'ailleurs au passage, saisie en urgence, ce qui est le principe d'une attaque en référé, pour faire suspendre l'usage d'un logiciel nommé Testoui. Alors, allons-y par étapes pour commencer, pour bien comprendre, c'est quoi Testoui ?

1:54
Invité

Alors, Testoui, c'est un logiciel de télésurveillance. Derrière ce terme un peu barbare se cache en réalité la combinaison un peu dystopique entre la vidéosurveillance algorithmique, comme on la voit dans l'espace public, et la surveillance sonore algorithmique. C'est-à-dire que Testoui se targue de surveiller automatiquement des candidats et des candidates à un examen, que ça soit surveiller leur comportement avec une analyse, par exemple, du regard, que ça soit surveiller leur environnement sonore pour vérifier s'ils ne se feraient pas souffler les réponses par une tierce personne.

C'est également une surveillance de l'ordinateur même des candidats et des candidates, parce que le logiciel Testoui s'installe sur l'ordinateur, doit avoir des droits administrateurs, l'antivirus doit être désactivé. Donc, c'est vraiment... C'est open bar un peu. C'est vraiment open bar. C'est le principe même de cette surveillance. C'est ce qui a mené, c'est ce qui a conduit le tribunal administratif de Montreuil à considérer que ce genre de surveillance est disproportionné, donc probablement illégal.

3:00
Présentateur

Alors, le côté regard, surveillance des corps, je crois à un moment donné que c'était écrit dans un article, c'était un peu rouélien. Je pense que le terme, elle n'était pas de trop. Alors, vous avez donc soutenu le mouvement étudiant qui s'opposait à cette télésurveillance de leurs examens à distance, avec succès, donc on l'a compris. Quels étaient vos arguments avancés devant le juge ?

3:19
Invité

Alors, déjà, je rappellerais qu'il s'agit à l'origine d'un combat des étudiants de l'Institut d'études à distance de Paris VIII. Et c'est important de rappeler ça parce que ça montre que la contestation à l'université, avec des mouvements qui naissent un petit peu de nulle part, mais qui arrivent à se structurer, ça peut fonctionner. Et c'est vraiment pas un combat de la quadrature initialement. On est arrivé dans un deuxième temps pour soutenir ce mouvement et, devant le tribunal administratif, apporter nos arguments juridiques. Ce qu'on disait, c'était assez simple. C'était de dire que ce type de surveillance est disproportionné par nature.

C'est-à-dire qu'on ne peut pas, sous couvert de lutter contre la fraude et sous couvert de faire passer des examens, on ne peut pas surveiller tout le temps, tous les corps, les visages, le regard, le son. Ça n'est pas acceptable dans une démocratie. Et juridiquement, ça se traduit par une absence de proportionnalité. C'est ce qu'a dit le théâtre Montreuil.

4:16
Présentateur

Justement, j'aimerais m'attarder sur cet argument. Je ne sais pas si Nomi, tu peux en dire quelque chose. Sur cet argument de proportionnalité. C'est-à-dire que seules les données, je sais de traduire ça comme ça, directement utiles pour l'objectif visé, doivent être collectées, et pas plus, dans un cadre clair, régi par la loi. C'est ça, la proportionnalité. Et c'est là-dessus que le juge a émis un doute sérieux pour le citer. Pourquoi ?

4:37
Invité

Alors, en fait, la proportionnalité, c'est quelque chose qu'on retrouve en droit des données personnelles, mais même de manière générale, en liberté publique. Et ce que le juge a dit, grosso modo, c'est que TestWeed, donc comme on l'a dit, c'était open bar, ait collecté beaucoup trop de données par rapport à l'objectif poursuivi. Et donc, prendre une photo toutes les trois secondes pour vérifier que l'étudiant ne bouge pas, collecter le son, l'image, les corps, c'était en fait trop. Et il pouvait y avoir d'autres manières pour l'objectif poursuivi, qui est juste de vérifier, de surveiller un examen.

Et donc, c'est cette disproportion qui fait que c'est illégal en termes de données personnelles, mais c'est des raisonnements qu'on retrouve souvent en liberté publique de manière générale et qui permettent de mettre des freins à des projets d'exception, à des abus exactement de surveillance.

5:23
Présentateur

Parce que là, on parle de surveillance à distance, automatique, qui vient, j'imagine, palier à la surveillance humaine d'une personne dans la salle. Alors, une personne dans la salle qui vient, elle aussi, regarder si les personnes regardent à droite à gauche et regarde un peu les corps, etc. En quoi on peut suspecter la société ? Parce que, du coup, TestWe, qui porte le même nom que son logiciel, d'avoir en tête, éventuellement, l'idée de récolter plus de données que nécessaire. En quoi on peut imaginer ça ? Et dans quel but elle ferait ça ?

5:48
Invité

Dans cette affaire, c'était très compliqué de savoir ce que devenaient les données. La société dit qu'on les conserve pendant deux mois après le passage d'un examen. A priori, ces données n'étaient pas utilisées pour entraîner des algorithmes, pour améliorer la reconnaissance. Mais en réalité, on n'a pas besoin de se poser ces questions pour aboutir à la conclusion que ce genre de surveillance est inacceptable, juridiquement, philosophiquement également. Et finalement, cette surveillance qui est proposée, c'est sous couvert de faire passer un examen, prendre les étudiants comme des enfants qui sont de potentiels fraudeurs qu'il va falloir gifler quand ils vont faire une bêtise.

La société TestWe, sur sa chaîne YouTube, a des petites vidéos de démonstration et on voit vraiment qu'elle veut infantiliser les étudiants et les étudiantes qui passent des examens. Et il y a une formulation très anxiogène à la fin d'une de ces vidéos où elle indique que tout comportement suspect sera rapporté à votre administration. Et c'est une bonne manière de traduire ce que fait cet algorithme. C'est-à-dire que la décision de dire si un étudiant triche ou pas n'est pas prise par l'algorithme. L'algorithme ne va faire que détecter. Et ensuite, c'est un humain qui va dire si oui ou non, il y a une triche. Mais en réalité, ça reste une surveillance tout le temps, de tous les corps.

Et même si à la fin, un humain va apposer son seau, oui, c'est une triche ou non, ce n'est pas une triche, il y a quand même cette surveillance qui se fait. Et le Théa a dit que c'était probablement illégal.

7:23
Présentateur

Alors, dans Le Monde, il y a rapporté l'information, mais aussi les réactions de Benoît Sillard, le PDG de cette entreprise, qui dénonçait sur LinkedIn, je le cite, « Un rêve de cancre ». Après avoir déclaré, je cite toujours, « Imaginer une salle d'examen sans contrôle d'identité ou de convocation, un cauchemar pour le monde de l'enseignement supérieur ». Il se dit, vous l'avez lu, « Scandalisé par la perte de la valeur diplôme » avant de souligner le retard qu'auraient pris les universités françaises vis-à-vis de grandes écoles qui ont, depuis le Covid, dit-il, largement adopté la surveillance à distance. Qu'est-ce que vous pouvez lui répondre aujourd'hui, ce soir ?

8:00
Invité

Nous, ça nous a fait un peu sourire, dans le sens où on a vu que s'il réagissait de manière aussi virulente, c'est probablement qu'on avait touché là où ça fait mal. Et ce qu'on voit dans son discours, il y a beaucoup de choses qui ne vont pas, mais c'est quand même ce réflexe de voir dans la surveillance, de voir dans quelque chose de très autoritaire, la clé pour poursuivre l'objectif de surveillance des examens.

Et aussi, pour rejoindre ce que disait Bastien, cette idée de technosolutionnisme, parce qu'en fait, on a une nouvelle situation, on ne sait pas trop comment faire, parce que c'est différent du présidentiel, on va faire de la surveillance hyper violente et hyper autoritaire, et il perd ses moyens, en fait, et il arrive, et du coup, avec des arguments, comme disait Bastien, très infantilisants, c'est des cancres. Et derrière, il y a une vraie... Enfin, c'est assez effrayant, il n'y a aucune considération politique et philosophique sur qu'est-ce que c'est, en fait, la surveillance.

8:52
Présentateur

Il ne remet pas en question, apparemment. Il y a même, pardon de te couper, il dit, imaginez, c'est un cauchemar, s'il n'y a pas de surveillance, s'il n'y a pas de contrôle, alors qu'il y en a du contrôle.

9:03
Invité

Ce qui est très intéressant, c'est que la justification de Paris 8 pour imposer Test Oui, c'était de dire, notre précédente infrastructure, Moodle, aux derniers examens, n'avait pas tenu le coup, nos serveurs n'étaient pas assez performants, ce n'étaient pas des questions de fraude. À aucun moment, des suspicions de fraude n'ont été apportées, ni même affirmées, même si ce n'était pas prouvé, il n'y a aucun élément de la part de l'université dans toute cette affaire qui laissait penser qu'il y avait eu des fraudes et que c'était pour ça qu'on utilisait Test Oui.

La seule justification, c'était, l'infrastructure de Paris 8 était sous-dimensionnée aux derniers examens, du coup, Moodle s'était retrouvé à terre et c'est uniquement pour ça. Or, aujourd'hui, ce dysfonctionnement qui peut être résolu très facilement, on embauche des personnes, on prend un peu plus de serveurs pour faire tourner une infrastructure et c'est bon. Cet argument a justifié le passage à une échelle supérieure de surveillance et d'atteinte aux libertés qu'est toute cette surveillance algorithmique qu'impose Test Oui.

10:05
Présentateur

Est-ce que, pour que les gens comprennent bien, avant de passer à la seconde partie de l'entretien, pour élargir un peu le sujet à ce qui nous concerne aussi tous, mais pas étudiants ni étudiantes, est-ce qu'il y a des conséquences positives ? J'imagine que oui, mais est-ce que ça va s'appliquer de manière automatique à toutes les autres universités ? C'est bon ? Ils sont à l'abri, les étudiants, sur cette question-là, ou pas ?

10:22
Invité

Alors, il faut relativiser quand même cette décision. C'est une décision d'un TA, pas du Conseil d'État ni même du Cour administratif d'appel. C'est en référé, c'est-à-dire en urgence. Le TA n'a pas dit que Test Oui était illégal. Il a dit qu'il y a un doute suffisamment sérieux pour suspendre l'utilisation.

En revanche, nous voyons dans cette décision un avertissement très clair pour les autres universités, pour les autres écoles qui voudraient utiliser ce genre de logiciel, parce qu'ici, le TA utilise des termes qui sont très forts autour du fait que ce type de surveillance n'est pas proportionné à l'objectif poursuivi et donc sera en infraction, pourrait être en infraction, une école privée ou un concours quelconque qui voudrait utiliser ce genre de technologie. L'autre point positif dans cette décision, c'est que la CNIL a lancé début décembre une consultation publique sur des nouvelles lignes directrices autour de ces logiciels de télésurveillance.

Dans son projet de délibération, la CNIL voudrait pousser un petit peu plus ces surveillances en posant un certain nombre de conditions qui, nous, à la quadrature, nous paraissent inconcevables juridiquement et politiquement, où la CNIL voudrait, par exemple, poser un principe de proportionnalité de certains types de surveillance.

Cette décision du tribunal administratif de Montreuil, on va l'utiliser pour expliquer à la CNIL que, non, sa position qu'elle voudrait avoir n'est pas conforme à ce que disent les juridictions, n'est pas conforme aux droits de manière générale et nous allons l'utiliser pour pousser une interprétation plus stricte des textes qui conduirait à refuser ce genre de surveillance algorithmique comme test, oui. Alors, dans votre

12:07
Présentateur

communiqué de presse, pour faire la transition, publié il y a quatre jours, vous en appelez aux étudiantes et aux étudiants de, et je vous cite, faire du bruit dans vos facs, réutiliser les arguments juridiques comme tu viennes le faire à l'instant, créer le rapport de force. La victoire d'aujourd'hui n'attend que de se propager pour, in fine, bouter la technopolis et toutes les idées qu'elle charrie hors des facs. Hors des facs, nous y voici.

Et c'est là que ça devient encore plus intéressant car la télésurveillance et tout ce que ça comporte ne se limite pas aux universités, bien que nous connaissons les désirs du gouvernement de mater un petit peu les étudiantes et étudiants comme on l'a vu avec les dispositions de la loi LOPMI avec l'augmentation des amendes si on bloque les facs, etc. Et demain, a priori demain, au Conseil des ministres sera étudiée une loi dont on ne connaît pas la composition, tu vas nous en parler de Noémie, la loi Jeux Olympiques, JO, qui promet entre autres joyeuseté, le déploiement extraordinaire d'agorythmes de vidéosurveillance. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus ?

13:01
Invité

Oui, alors avant de parler des JO, revenir sur ce que c'est la vidéosurveillance algorithmique ou automatisée dont on a un peu parlé et qui ressemble un peu à l'affaire TestWi. En fait, depuis qu'on a lancé la campagne Technopolis il y a quelques années qui visait à documenter l'émergence des nouvelles technologies dans les villes de France, le plus gros combat et les dossiers les plus importants qu'on a vus, c'était l'apparition de logiciels de détection d'anomalies ou de comportements dits suspects, je reviendrai dessus, sur les flux de vidéosurveillance dans l'espace public cette fois-ci.

Donc c'est-à-dire que des villes ont installé ces 20 dernières années énormément de caméras et aujourd'hui elles passent à la vitesse supérieure dans la surveillance de masse en mettant sur les flux de vidéosurveillance des logiciels, des algorithmes qui vont sonner des alertes et détecter des choses que les entreprises privées auront fait entraîner à leurs algorithmes. définies comme problématiques pour que les agents regardent ou non quel écran.

Et donc de ce que nous on a pu voir donc quand même pareil ça a été pour nous un long travail d'aller chercher l'information parce que tout ça est très opaque et c'est vraiment un marché il y a beaucoup d'acteurs beaucoup d'acteurs français notamment qui vendent ces technologies aux villes mais pas que il y a aussi des supermarchés des espaces semi-publics privés et donc on a été regarder les contrastes qu'il y a et donc ce qu'on a vu c'est que derrière ces alertes derrière ces comportements événements qui sont signalés à la police ça va être donc qui sont dit comme suspects ça va être par exemple quelqu'un qui court quelqu'un qui est statique trop longtemps ce qu'ils appellent le maraudage donc c'est ça c'est l'idée de faire des tours ou d'être trop statique des bagarres des tags des choses alors qu'évidemment paraissent très abstraites et il y a des considérations évidemment techniques comment on entraîne les algorithmes en fait sur qui sur quoi sur quelle population on expérimente et après évidemment des problèmes politiques et philosophiques qu'est-ce qu'un comportement suspect ou anormal c'est hyper subjectif en plus on se focalise sur l'espace public alors que les problématiques de sécurité ne se passent pas que là donc c'est aussi certaines populations qui passent plus de temps dans l'espace public par exemple si l'algorithme détecte quelqu'un qui est allongé il y a de grandes chances pour que ce soit une personne sans abri donc derrière tout ça c'est pas juste la neutralité de la technique et c'est pour ça que c'est très lié aussi avec Test Oui et c'est toujours cette même idée que l'algorithme est neutre et va juste sonner l'alerte quand quelque chose est mal normal non les choix techniques sont politiques et le fait d'implanter cette vidéosurveillance algorithmique est politique et pour nous hyper problématique parce qu'on passe à une échelle supérieure de la surveillance de masse pardon avec cette vidéosurveillance automatisée puisque ça rend en fait les policiers totalement omniscients ils peuvent décider ce qui est suspect ou non et en fait ça leur permet de voir beaucoup plus de choses et de réprimer encore plus une certaine partie de la population et donc nous à la Courature on a observé ça donc en fait c'est déjà hyper présent dans les villes de France de manière illégale parce que les arguments qu'on a avancés dans le tribunal administratif c'est les mêmes en fait aujourd'hui les données ce qu'on appelle biométriques donc notre corps les données sur notre corps sont très très protégées par le droit et en fait c'est ces données-là qui sont analysées par les algorithmes dans l'espace public et c'est illégal même le ministre Darmanin l'a dit il y a deux mois dans une audition au Sénat que c'était illégal donc il y a une espèce de stock du flou il y a un flou mais du coup tout le monde se presse pour que vite une loi arrive et légalise tout ça voilà et du coup après voilà c'était la petite mise en contexte c'est que on le savait on avait un focus nous sur les Jeux Olympiques 2024 à Paris parce que c'était annoncé depuis pas mal d'années comme le moment où allait être exposée une vitrine sécuritaire du savoir-faire français en matière de surveillance et donc on regardait un peu ce qui se passait et donc là il y a une loi sur les Jeux Olympiques qui arrive a priori qui sera présentée demain en Conseil des ministres et qui prévoirait du coup des dispositions un encadrement pour cette vidéosurveillance algorithmique alors a priori de façon expérimentale pas sur le long terme mais rassurez-vous il y a une autre loi qui arrive juste après pour pérenniser les usages de la vidéosurveillance automatisée et donc pour nous ça va être un des gros gros combats à venir et ce qui est intéressant quand même de voir c'est que les Jeux Olympiques pas qu'à Paris mais en fait quand on regarde dans l'histoire et les méga événements sportifs de manière générale ça a toujours été des prétextes pour faire passer pour rendre légal des choses illégales pour transformer aussi notre rapport à la ville que ce soit en termes d'urbanisme ou autre à Rio par exemple ils ont détruit des favelas ils ont fait passer des lois antiterroristes pour les Jeux Olympiques donc c'est des phénomènes qu'on voit et donc ici ils vont tester des choses des algorithmes sous prétexte donc de gestion des foules de sécurité et pour les rendre acceptables et pour mieux les faire légaliser par la suite donc c'est vraiment un mécanisme de jouer sur cet état d'exception des Jeux Olympiques pour faire passer cette surveillance de masse donc voilà nous ça va être vraiment un de nos gros combats ces prochains mois la loi va être présentée là va passer au parlement en janvier et février et du coup on aura besoin du maximum de personnes pour faire du bruit là dessus et s'y opposer évidemment c'est à dire qu'on est dans une situation quand même assez ubuesque en termes de démocratie où aujourd'hui ces logiciels de vidéosurveillance algorithmiques on sait qu'ils existent le ministre Darmanin l'a dit ils sont utilisés ils sont mis en place les collectivités les utilisent et pourtant le gouvernement le ministre de l'Intérieur en premier savent que ces logiciels existent et ne font rien et au lieu de faire respecter les principes d'un état de droit et donc d'aller sanctionner ces collectivités parce que utiliser un logiciel de surveillance sans autorisation c'est un délit c'est puni assez servirement et donc au lieu de faire leur travail en tant que ministre et de faire respecter nos règles démocratiques et bien Gérald Darmanin s'empresse de partir de ce constat que c'est utilisé partout de manière illégale et donc de les rendre légales et cette manière de faire c'est pas la première fois en matière de renseignement en 2015 on a vu exactement la même chose mais ça interroge sur nos capacités sur la capacité de notre démocratie à pouvoir lutter contre finalement ces sources de pouvoir la police qu'elles soient police municipale police nationale les services de renseignement quand ce genre de services veulent faire de la surveillance sur les populations

19:52
Présentateur

et rappelons aussi une actualité toute récente celle qui concerne Paris avec sa mère Anne Hidalgo qui vient de valider le déploiement de 315 nouvelles caméras de surveillance dans Paris qui en compte déjà plusieurs milliers alors le chiffre j'ai vu 4 000 5 000 mais plusieurs milliers avec l'argument avancé que le nombre de caméras serait déficitaire par rapport je cite à la moyenne parisienne des 13ème des 15ème mais surtout 18ème et 19ème arrondissement dans le nord de la ville là où va se jouer essentiellement les Jeux Olympiques 2024 qui se concentreront là-haut mais aussi de constater sur une carte que je sais pas si on la verra à l'écran ici mais les gens la voient il y a cette carte du site collaboratif paris sous surveillance.net que le nombre de caméras vous le voyez à l'écran est bien plus grand déjà à Paris intramuros plutôt qu'à l'extérieur de Paris mais surtout essentiellement concentré dans le centre de la ville et à l'ouest de la ville de la capitale française là où sont situées on le sait les instances de pouvoir politique médiatique et économique l'argument que tu avance à l'instant que vous avancez à l'instant et que nous avance en fait de sécurité publique semble un peu bancal quand tout est concentré à un même endroit et il y a des problèmes de sécurité qui peuvent être dans le nord ou dans les gares gares du nord gares de l'est sans jouer sur les clichés et là il y a moins de caméras c'est pas un peu facile finalement l'argument sécuritaire il n'y a pas d'autres projets finalement

21:06
Invité

ah oui et surtout la vidéosurveillance donc qu'on va dire classique sans algorithme et qui est présente dans nos rues depuis 25 ans en fait n'a jamais démontré son utilité

21:16
Présentateur

il faut le rappeler

21:16
Invité

il faut le rappeler et en fait

21:18
Présentateur

Nice d'ailleurs est un exemple

21:19
Invité

comment Nice est un exemple et en fait là d'ailleurs ces dernières années il commence à y avoir des rapports des études universitaires qui essayent en fait de s'atteler à comprendre comment ça marche en fait comme toute politique publique il faut l'évaluer et qui montre son utilité totale les quelques chiffres qu'on a c'est sur les enquêtes résolues la vidéosurveillance a été utile dans moins de 2% de ses enquêtes donc vraiment c'est minime et pourtant elle ne fait que se déployer et là à nouveau il y a l'échéance des JO donc c'est tu l'as dit plusieurs centaines de caméras à Paris 500 en Seine-Saint-Denis aussi il faut le dire alors que voilà la Seine-Saint-Denis c'est je pense un département qui a peut-être d'autres besoins que des caméras de vidéosurveillance et nous on a aussi regardé les enjeux derrière ça parce que c'est un marché il faut rappeler que la vidéosurveillance elle est énormément financée par l'Etat il y a beaucoup beaucoup de subventions on voit la vidéosurveillance arriver dans des petites villes et des villages alors que à nouveau ça questionne notre rapport à la sécurité dans des échelles beaucoup plus petites est-ce que vraiment une caméra va changer quelque chose donc on comprend que la vidéosurveillance c'est vraiment juste une manière politicienne d'agir de montrer qu'on fait quelque chose sur la sécurité alors que si on prenait un pas de recul généralement les politiques de sécurité que ce soit dans l'espace public ou autre c'est sur un temps long en fait c'est des politiques sociales c'est des politiques d'éducation c'est de l'aménagement de l'espace aussi à certains endroits et donc oui la réponse de la vidéosurveillance déjà elle coûte super cher écologiquement c'est un désastre c'est inefficace et en fait c'est juste pour renforcer une croyance il n'y a aucun fait aujourd'hui

22:54
Présentateur

un sentiment d'insécurité

22:55
Invité

et on parle de sentiment d'insécurité et ça renforce la croyance qu'on agit pour la sécurité en installant des caméras alors que pas du tout et au final qui en sort gagnant les industriels et aujourd'hui avec la vidéosurveillance algorithmique c'est l'étape d'après c'est les mêmes personnes c'est les mêmes boîtes et on n'a même pas fait encore l'audit de ces politiques de vidéosurveillance qu'on passe déjà à mettre des logiciels dessus donc il y a un vrai problème aujourd'hui de démocratie parce qu'il n'y a pas de choix et surtout à nouveau comme Bastien l'a dit c'est énormément de pouvoir d'information et de capacité de répression pour l'état il y a un an on avait été invité à l'île Saint-Denis en banlieue parisienne parce que c'était une des dernières communes qui n'avait pas de vidéosurveillance et le maire nouvellement élu voulait en mettre on était invité à une réunion publique pour justement discuter de est-ce qu'il en faut est-ce que c'est utile etc et à la fin de cette réunion tout le monde peu importe son bord politique était d'accord sur le fait que rien aucun travail universitaire ne vient démontrer l'efficacité de ces caméras par exemple la cour des comptes en 2020 disait aucune université ne vient démontrer des caméras qui sont pourtant partout sur le territoire et pourtant le maire disait à la fin de cette réunion oui mais qu'est-ce que vous allez dire à la petite vieille qui s'est fait voler son sac c'est-à-dire qu'on sortait du domaine du rationnel on sortait du débat suffisamment raisonné pour admettre que bah oui rien ne vient justifier cette surveillance et donc il faudrait l'arrêter et on est dans cette course à l'échalote en quelque sorte aujourd'hui c'est de la vidéosurveillance classique demain avec la loi sur EGO ça sera de la surveillance algorithmique peut-être après-demain ça sera de la surveillance sonore puisque par exemple à Orléans on se bat contre la surveillance sonore algorithmique où il y a des micros dans la ville pour écouter les gens voilà on est toujours dans une surenchère sécuritaire et on essaie tant bien que mal de s'opposer à cet effet cliqué sécuritaire

24:51
Présentateur

et pour finir vous alors vous en tant que juriste à la croiseur du net mais en tant qu'aussi la croiseur du net vous donnez des leviers et des compréhensions déjà pour tout le monde mais aussi d'action on va pouvoir vous retrouver il y a rendez-vous fixé je crois à la flèche d'or dans le 20ème à Paris le 14 janvier prochain peut-être un mot pour terminer sur cette grande soirée une première d'ailleurs

25:13
Invité

oui du coup avec la campagne Technopolis on essaye d'aller voir ce qui se passe un peu dans les villes et là du coup à Paris et en Ile-de-France ça va être les Jeux Olympiques donc on fait une journée soirée le 14 janvier pour présenter Technopolis parler justement des enjeux de surveillance qui vont que les Jeux Olympiques vont impliquer en Ile-de-France notamment en Seine-Saint-Denis et après aussi faire des petits ateliers sur comment lutter comment s'organiser donc venez nombreuses et nombreux et ça ne sera que le début de cette lutte contre les Jeux Olympiques

25:47
Présentateur

et un dernier point sur tout ça ça coûte de l'argent donc on appelle évidemment encore une fois aux dons à vous évidemment derrière on retrouve tout ça sur la codeur du net point la codeur du net c'est ça la codeur du net sur internet merci à tous les deux d'être venus sur ce plateau ce soir on continuera à suivre tout ça bien sûr les sujets qui sont en fait passionnants tout aussi inquiétants que passionnants et cruciaux pour notre avenir collectif à bientôt tous les deux

26:13
Locuteur

hum Sous-titrage ST' 501

Tous espionnés, tous fliqués : la surveillance de masse aux portes de l’université | Quadrature du Net · Pourquijevote