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speechyoutube.com· 12 juillet 2018 19 min

Discours d'Anne Hidalgo à la 7ème Université du réseau Initiative France

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Merci et bienvenue à Paris, cher Louis. C'est un immense plaisir que de répondre à ton invitation. Cher Président, très heureuse de vous retrouver. Je me souviens d'une rencontre mémorable en Seine-Saint-Denis avec vous et je me suis dit, s'ils étaient tous comme ça, qu'est-ce que ça serait génial. Et chères toutes et tous, merci d'être là. Et je veux vous dire que ce que vous faites, ce que ce réseau fait est quelque chose d'essentiel. Vous le savez, vous l'avez dit dans ce film à travers les résultats qui sont les vôtres, mais surtout vous donnez de la confiance.

Et je pense qu'on a besoin de confiance pour construire, construire un territoire, développer un territoire et tout simplement pour se construire en tant qu'être humain et penser son avenir et celui de ses enfants. Ça passe par l'emploi, ça passe par bien sûr pour beaucoup la création d'entreprises, mais quand quelqu'un crée de l'entreprise, il crée aussi de l'emploi pour lui et pour ceux et celles avec qui il va travailler. Et donc la création d'emplois par l'entreprenariat est vraiment un élément essentiel pour la confiance, la dynamique de nos territoires, y compris dans une ville comme Paris.

Alors c'est vrai que Paris a une particularité, vous me l'avez dit et je vous remercie, je salue toutes les délégations venues d'Afrique qui sont ici présentes. C'est une très belle ville, une ville incroyable par son histoire, son patrimoine, mais une ville qui a su rester dans la modernité et qui s'est toujours pensée dans son rapport au monde, dans son rapport aussi aux autres territoires qui l'entourent. Et bien sûr, nous sommes la capitale du pays et la capitale de cette région Île-de-France.

Et dans cette région Île-de-France, dans cette métropole aussi du Grand Paris à laquelle je contribue avec Patrick Aulier et beaucoup d'autres maires autour de moi, dans cette métropole, il y a un potentiel extraordinaire, mais aussi des disparités, des retards de développement et c'est ce qui nous guide dans l'action, pas simplement à l'échelle de la région de la métropole, mais aussi à l'échelle de Paris.

Paris, depuis plus d'une quinzaine d'années, et avant moi Bertrand Delanoé, nous avons essayé de poser les bases d'une ville, en tous les cas poser les bases, non, d'une ville, elles étaient déjà posées avant nous, mais envisager l'avenir de cette ville en intégrant les révolutions qui venaient et en essayant d'utiliser ces mouvements, qui sont des mouvements mondiaux, des mouvements globaux, comme des atouts et non pas comme des angoisses ou des craintes ou des menaces qui nous feraient douter de nous-mêmes.

Parmi toutes ces grandes révolutions qui se sont invitées sur la planète, vous les avez évoquées, bien sûr, la révolution du numérique, du digital, ces dernières années, qui bouleverse les modes de consommation, les mobilités, les façons de se connecter à l'autre, les façons de produire, les façons même de s'alimenter ou d'envisager notre relation aux territoires ruraux.

Le numérique est là, c'est une révolution incroyable, et la France, nos territoires, Paris, l'île de France, sont bien préparés par les écoles, par la formation, par l'accompagnement des jeunes, sont bien préparés pour être extrêmement engagés dans cette révolution numérique, et nous savons qu'il y a des opportunités extraordinaires de création d'entreprises, de création d'emplois, de services, mais aussi de produits qui sont là et que nous saisissons comme autant d'opportunités.

Parmi les autres grandes révolutions, il y a bien sûr le changement climatique, là aussi, c'est une menace, une menace pour l'humanité, mais c'est aussi une opportunité extraordinaire que de penser le changement climatique à travers les opportunités que cela génère, là aussi, de création d'emplois, de services, d'engagement, d'entreprises qui vont pouvoir venir justement pour répondre à cette question climatique, et dans des secteurs très précis, sur la question du changement climatique, que ce soit le secteur de la mobilité, que ce soit le secteur de l'énergie ou le secteur de la construction, ce sont des secteurs très sollicités, sur lesquels l'écosystème parisien, métropolitain et francilien est au rendez-vous, et pour que cet écosystème soit performant, il ne faut pas simplement qu'il soit au rendez-vous, il faut qu'il soit accompagné, et c'est le travail que vous faites, et un accompagnement dans la durée, et c'est vrai que le chiffre important, c'est au bout de trois ans, 90% de ceux que vous avez accompagnés qui sont là, et qui peuvent faire face et avancer dans l'aventure entrepreneuriale qui est la leur, et ça c'est très important.

Donc des révolutions qui sont des moteurs, et des moteurs dans lesquels on s'engage, et qu'on essaye bien sûr, et de maîtriser, et d'accompagner, en tous les cas, d'être présent dans ces grands mouvements du monde. Mais il y a aussi un autre sujet qui me paraît très important dans ces grands bouleversements, dans ces grands défis globaux, c'est la question des inégalités, ou la question de la pauvreté, ou la question des migrations, qui sont des questions qui se sont invitées aussi à nous, dans une ville comme Paris, dans une région comme l'île de France, ou une métropole comme la métropole du Grand Paris.

Ces sujets se sont invités parce que, je le dis souvent, Paris est une ville-monde, c'est-à-dire une ville qui est en première ligne de front de ces grands défis planétaires. En première ligne de front, nous voyons arriver tous ces défis, et nous sommes dans l'obligation, mais c'est une belle aventure, d'inventer des solutions à des problèmes pour lesquels nous n'avons pas la possibilité de recycler d'anciennes solutions tant ces problèmes sont nouveaux. Et la question sociale, la question des migrations, est une question clé. Parce qu'une ville-monde qui n'attirerait que ceux qui vont bien, ou qui ne pourrait s'occuper que de ceux qui vont bien, ça n'existe pas. Ça n'existe pas.

Sur la planète, une ville qui n'attirerait que ceux qui vont bien, ou qui irait elle-même bien, sur le plan de sa dynamique, sur le plan économique, parce qu'elle ne s'intéresserait que à ceux qui vont bien. Ça n'existe pas. Les villes, les territoires qui font ce choix-là, sont des villes qui se condamnent elles-mêmes au déclin. Ce n'est pas le choix que nous avons fait à Paris, parce que nous avons une conscience aiguë, que quand on attire ceux qui vont bien, forcément, il y a de la lumière, et ça attire ceux qui vont moins bien, et qui viennent chercher de la protection du refuge.

Et je pense que la force d'une ville comme Paris, et d'un écosystème comme le nôtre, c'est justement aussi de tirer profit de ce défi de l'inclusion, ce défi qui nous est posé, de l'inclusion de ceux qui viennent de très loin, je pense aux réfugiés, mais de ceux qui sont aussi les exclus de nos propres systèmes nationaux, et ils sont très nombreux, notamment dans nos rues, que nous tirions profit de cette situation pour être plus créatifs. Je le dis souvent aussi, on ne peut pas être créatif si on ne s'intéresse pas à nos faiblesses. Les progrès de la médecine, ils sont faits non pas en s'intéressant à ceux qui vont bien, mais en s'intéressant aux malades.

Les progrès que l'on a pu faire en matière de mobilité, les plus grands progrès, les plus grandes innovations, elles sont venues de l'attention qu'on a portée aux personnes à mobilité réduite. Et ces grandes innovations, ces grandes inventions, aujourd'hui, elles servent tout le monde. Ceux qui ne sont pas à mobilité réduite et ceux qui le sont.

Et donc, je pense que nous avons attiré profit de cette situation très particulière, de ville-monde que nous sommes, qui s'intéressent aussi à ceux qui vont moins bien et qui pensent que la créativité, les inventions, toutes ces émergences, y compris sur le plan économique, industriel, entrepreneurial, toutes ces émergences qui vont naître, qui vont naître surtout de ceux qui cherchent à régler des problèmes là où ça ne va pas. Et là, on a un gisement de créativité extraordinaire. En tous les cas, c'est comme ça que je vois aussi la question de la place des réfugiés dans une ville comme la nôtre.

C'est bien sûr en se projetant comme une ville inclusive, résiliente, qu'on est une ville innovante, qui sait relever les défis de ce monde qui va très très vite. Alors vous, vous êtes au cœur de ça. Parce que, bien sûr, il y a les paroles, il y a les outils, les instruments, il y a les budgets. Paris consacre beaucoup, beaucoup de ses financements à l'innovation, à l'accompagnement des entreprises. Bien sûr, il y a des grands projets qui vont être aussi, des projets très concrets qui vont nous permettre de développer ce que nous disons, ce à quoi nous croyons pour l'avenir. Je pense au projet des Jeux olympiques et paralympiques, qui va être un moteur aussi économique extraordinaire.

Et j'ai souhaité, lorsque je me suis engagée en tant que maire de Paris, dans cette campagne pour les Jeux olympiques et paralympiques, je me suis dit, finalement, à qui ça va être utile ? C'est ça la question qu'on doit se poser quand on s'engage dans ce type d'aventure.

Et tout de suite, avec mes collègues, je me suis dit, mais si on gagne les Jeux, c'est pour que, un département, par exemple, comme la Seine-Saint-Denis, qui est le plus jeune de France et le plus cosmopolite de France, puisse vraiment trouver cet accélérateur dont il a besoin, alors qu'il est à un endroit stratégique, c'est un endroit unique au nord de l'Europe, ouvert sur tout ce nord de l'Europe, qui est quand même un nord très puissant économiquement, et avec cette proximité, bien sûr, avec Paris, mais surtout avec cette population cosmopolite extraordinaire qui est un atout.

Et je sais, Président, vous l'avez souvent dit, en tous les cas, je vous ai entendu le dire souvent, la façon dont vous parlez de la Seine-Saint-Denis, moi, m'a touchée, et c'est ça que j'ai voulu porter aussi lorsque je suis allée dans cette campagne internationale pour les Jeux olympiques. Donc tout ça, ce sont des outils, des instruments, des moteurs, des accélérateurs sur lesquels nous allons pouvoir agir. Mais après, il faut s'aligner, et on le sait bien, si on est en ordre dispersé, bon, on perd un peu d'énergie, ça ruisselle, mais pas forcément là où on veut. Et donc, il faut effectivement qu'on s'aligne.

Et ce que vous nous proposez, c'est aussi cet alignement, qu'il y ait des acteurs économiques, des visionnaires, des grands penseurs, des personnalités comme Louis Schwetzer et tous ceux qui l'entourent, mais des entrepreneurs de terrain, des gens qui accompagnent, qui ne restent pas sur les grands mots et les grands principes, mais essayent de les traduire en actes. Et notamment, faire en sorte que les entreprises qui se créent soient plus nombreuses, réussissent, et passent le cap des 3 ans, des 7 ans, etc. Que les entreprises qui se créent soient des entreprises qui fassent une plus grande place aux femmes.

Et vous le dites, c'est un de vos objectifs, parce que l'entrepreneuriat féminin, c'est aussi une solution pour tout le monde. Petite parenthèse, mais c'est un sujet, vous comprendrez, qui me tient à cœur. Ce n'est pas que les femmes soient meilleures que les hommes. Ça, bon, je laisse chacun savoir qui est meilleur et qui ne l'est pas. Mais nous avons une expérience de vie différente. Nous avons un rapport différent à la question du pouvoir, à la question de notre action, y compris dans la société. Ce n'est pas biologique, c'est culturel, c'est ce qu'on appelle le genre.

Mais justement, cette expérience différente est une richesse aussi extraordinaire pour questionner le système qui est le nôtre et pour inventer. Les grandes inventions viennent toujours soit des minorités, soit de ceux qui se vivent comme une minorité ou qu'on fait vivre comme une minorité, parce que les femmes sont majoritaires. Mais elles ont en elles, finalement, une forme de comportement de groupe minoritaire, parce qu'effectivement, l'accès au pouvoir, l'accès aux responsabilités, l'accès à l'accès est plus compliqué. Et donc, oui, l'entrepreneuriat au féminin, mais aussi la diversité, parce que là aussi, ce qu'on dit sur la Seine-Saint-Denis ou autre, est extrêmement important.

Bien sûr que dans ce monde qui vient, nous avons besoin de gens qui comprennent ce que sont les autres cultures, qui est un goût, un goût pour apprendre ce qui se passe dans la tête de l'autre, qui est élevé dans une autre langue et qui vit dans un monde différent d'une autre. Ce goût-là, c'est aussi le goût des aventuriers de l'entreprise. On ne peut pas être un bon entrepreneur, avoir le goût, le risque aussi, qu'on prend quand on crée une entreprise, si on n'a pas ce goût de se mettre parfois un peu en danger par rapport à ses bases, par rapport à ses repères, et si on ne doit pas chercher à côté, faire ce pas de côté.

Je pense qu'il y a notamment dans ce que la France recèle, justement, de femmes, d'hommes, issus d'autres cultures, mais qui sont français, qui sont là, qui n'ont qu'une envie, c'est d'être reconnus pour ce qu'ils sont et pour ce qu'ils font pour leur pays. Eh bien, le jour où vraiment on aura compris que c'est une richesse, et vous, vous l'avez compris, avec votre réseau, vous le développez, ce jour-là, je pense que ça ira mieux.

Bref, je vais m'arrêter, mais vous dire aussi qu'à l'international, les réseaux qui sont ceux dans lesquels travaille Paris, l'Association internationale des maires francophones, que je préside, parce que c'est une tradition que le maire de Paris préside cette association de maires francophones. C'est une base très concrète aussi qui peut se connecter, s'aligner avec ce que vous faites dans votre réseau, puisque vous êtes très présent, notamment en Afrique, et que nous aussi, et que je m'y rends souvent, et que j'ai vraiment un bonheur toujours à aller sur ce continent extraordinaire.

Il y a aussi un autre réseau, plus large, plus international, qui est le réseau du C40, que je préside aussi, les 96 aujourd'hui plus grandes métropoles mondiales sur tous les continents engagées sur le climat, qui est aussi un réseau extrêmement important dans lequel le développement d'un entrepreneuriat dédié aux questions climatiques et des villes inclusives est très présent. Et ce réseau, il vous est ouvert, et bien évidemment, nous devons mettre ensemble nos forces pour avancer. Et je conclurai sur une phrase, une citation de Martin Luther King que j'aime beaucoup, parce que je crois que ça correspond à ce que vous faites et ce qu'on essaye de faire au quotidien.

Martin Luther King a dit deux choses, enfin, beaucoup de choses, mais deux choses très importantes. La première, il a dit, il vaut mieux apprendre à vivre ensemble comme des frères que de mourir ensemble comme des idiots. Je pense que ça, chacun l'intériorise, et ce qu'on fait, là, ce que vous faites, c'est essayer de vivre ensemble comme des frères et des sœurs. Et ça, c'est très bien. Mais il a dit autre chose, il a dit, il faudrait que ceux qui préfèrent la paix sachent s'organiser aussi bien que ceux qui préfèrent la guerre. Et je pense qu'ici, on est plutôt du côté de ceux qui préfèrent la paix.

Et votre réseau est une base, déjà, une organisation, une petite organisation, mais une grande organisation par ses valeurs et par l'ampleur de son travail. Et si nous connectons toutes ces organisations, publiques, privées, toutes ces initiatives, associatives, entrepreneuriales, je pense que nous pouvons démontrer que nous sommes majoritaires à vouloir la paix. En tous les cas, merci de m'accueillir. Cette ville est à vous et j'espère que vous aurez des très, très beaux travaux, féconds, dont on pourra encore s'inspirer. Merci infiniment.

17:15
Anne Hidalgo

Merci, Anne Hidalgo, pour ces mots très agréables à entendre pour le réseau. Merci. Merci.

17:46
Présentateur

Merci.