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Discours / meetingLe Figaro (sur YouTube)· 21 octobre 2020 30 minPortrait personnelÉducation & rechercheInstitutions & électionsEurope & internationalJustice

🔴 L' hommage national à Samuel Paty

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[Musique] Nous te saluons camarade. Nous, tes amis, tes frères et sœurs de classe préparatoire de l'université, des premiers pas dans le métier de professeur d'histoire et de géographie. Le 15 janvier 188, dans la dépêche de Toulouse, Jean Jorès écrit aux instituteurs et institutrices quelques conseils pour que les élèves apprennent à être autonomes, à réfléchir, à se forger une opinion.

Conseil auquel Samuel tu as été fidèle. Vous tenez en vos mains l'intelligence et l'âme des enfants. Vous êtes responsable de la patrie.

Les enfants qui vous sont confiés n'auront pas seulement à écrire et à déchiffrer une lettre, à lire une enseigne au coin d'une rue, à faire une addition et une multiplication. Ils sont français. Ils doivent connaître la France, sa géographie et son histoire, son corps et son âme.

Ils seront citoyens et ils doivent savoir ce qu'est une démocratie libre, quel droit leur confère, quel devoir leur impose la souveraineté de la nation. Enfin, ils seront hommes et il faut qu'ils aient une idée de l'homme. Il faut qu'ils sachent quelle est la racine de toutes nos misères, l'égoïsme aux formes multiples.

Il faut qu'il sache quel est le principe de notre grandeur. La fierté unie à la tendresse. Il faut leur montrer la grandeur de la pensée.

Il faut leur enseigner le respect et le culte de l'âme en éveillant en eux le sentiment de l'infini qui est notre joie et aussi notre force. Car c'est par lui que nous triompherons du mal, de l'obscurité et de la mort. Sachant bien lire, l'écolier très qui est très curieux aurait bien vite avec cette ou h livres choisis une idée très générale, il est vrai, mais très haute, de l'espèce humaine, de la structure du monde, de l'histoire propre de la terre dans le monde, du rôle propre de la France dans l'humanité.

Le maître doit intervenir pour aider ce premier travail de l'esprit. Il n'est pas nécessaire qu'il disent beaucoup, qu'il fassent de longues leçons. Il suffit que tous les détails qui leur donnera concours nettement à un tableau d'ensemble.

De ce que l'on sait, de l'homme primitif à l'homme d'aujourd'hui, quelle prodigieuse transformation ! et comme il est aisé à l'instituteur et au professeur en quelques traits de faire sentir à l'enfant l'effort inoui de la pensée humaine. Je dis donc au maîtres et au professeur pour me résumer lorsque d'une part vous aurez appris aux enfants à lire à fond et lorsque d'autre part en quelque causeries familiires et grave, vous leur aurez parlé de grandes choses qui intéressent la pensée et la conscience humaine, vous aurez sans peine en quelques années fait œuvre complète d'éducateur.

Dans chaque intelligence, il y aura un sommet et ce jour-là, bien des choses changeront. Adieu Samuel. À Samuel Patti, paraît qu'on s'habitue aux larmes de l'alation.

Ce matin, on s'est tue sous le coup de l'émotion. Paraît qu'on s'habitue quand l'infemme et légion, tous ces hommes abattus pour les traits d'un crayon. Paraît qu'on s'habitue à défendre à tout prix les trois mots qu'on a lu au front des mairies.

Paraît qu'on s'habitue quand on manque de savoir. Par chance, on a tous eu un professeur d'histoire. Paraît qu'on s'habitue à la pire barbarie, mais jamais on y a cru et pas plus aujourd'hui.

Paraît qu'on s'habitue aux horreurs qu'on vit là, mais l'innocent qu'on tue, on ne s'habitue pas. Lettre de Camu à son instituteur Louis Germain écrite le jour où il a reçu le prix Nobel de littérature 19 novembre 1957. Cher monsieur Germain, j'ai laissé s'éteindre un peu le bruit qui m'a entouré tous ces jours-ci avant de venir vous parler un peu de tout mon cœur.

On vient de me faire un bien trop grand honneur que je n'ai ni recherché ni sollicité. Mais quand j'ai appris la nouvelle, ma première pensée après ma mère a été pour vous. Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendu au petit enfant pauvre que je su que j'étais, sans votre enseignement et votre exemple, rien de tout cela ne serait arrivé.

Je ne me fais pas un monde de cette sorte d'honneur, mais celui-là est du moins une occasion pour vous dire ce que vous avez été et être toujours pour moi et pour vous assurer que vos efforts, votre travail et le cœur généreux que vous y mettiez sont toujours vivants chez un de vos petits écoliers qui malgré l'âge n'a pas cessé d'être votre reconnaissante élève. Je vous embrasse de toutes mes forces. Albert Camu Mesdames, messieurs, ce soir, je n'aurai pas de mots pour évoquer la lutte contre l'islamisme politique radical qui mène jusqu'au terrorisme.

Les mots, je les ai eu. Le mal, je l'ai nommé. Les actions, nous les avons décidées, nous les avons durcis.

Nous les mènerons jusqu'au bout. Ce soir, je ne parlerai pas du cortège de terroristes, de leur complices et de tous les lâches qui ont commis et rendu possible cet attentat. Je ne parlerai pas de ceux qui ont livré son nom au barbare.

Ils ne le méritent pas. De nom, eux n'en ont même plus. Ce soir, je ne parlerai pas davantage de l'indispensable unité que toutes les Françaises et tous les Français ressentent.

Elle est précieuse et oblige tous les responsables à s'exprimer avec justesse et à agir avec exigence. Non. Ce soir, je veux parler de votre fils.

Je veux parler de votre frère, de votre oncle, de celui que vous avez aimé, de ton père. Ce soir, je veux parler de votre collègue, de votre professeur tombé parce qu'il avait fait le choix d'enseigner, assassiné parce qu'il avait décidé d'apprendre à ses élèves à devenir citoyen, à prendre les devoirs pour les remplir, apprendre les libertés. pour les exercer.

Ce soir, je veux vous parler de Samuel Patti. Samuel Patti aimait les livres, le savoir. Plus que tout, son appartement était une bibliothèque.

Ses plus beaux cadeaux, des livres pour apprendre. Il aimait les livres pour transmettre à ses élèves comme à ses proches la passion de la connaissance, le goût de la liberté. Après avoir étudié l'histoire à Lyon et avoir envisagé devenir chercheur, il avait emprunté la voix tracée par vous, ses parents, instituteur et directeur d'école à Moulin, en devenant chercheur en pédagogie comme il aimait à se définir en devenant professeur. ne pouvait-on trouver meilleur endroit que la Sorbonne, notre lieu de savoir universel depuis plus de 8 siècles, le lieu de l'humanisme pour que la nation puisse lui rendre cet hommage ?

Samuel Patti aimait passionnément enseigner et il le fit si bien dans plusieurs collèges et lycées jusqu'à celui de Conflanconorine. Nous avons tous ancré dans nos cœurs, dans nos mémoires le souvenir d'un professeur qui a changé le cours de notre existence. Vous savez cet instituteur qui nous a appris à lire, à compter.

à nous faire confiance. Cet enseignant qui ne nous a pas seulement appris un savoir, mais nous a ouvert un chemin par un livre, un regard, un instant passé par sa considération. Samuel Patti était de cela, de ces professeurs que l'on n'oublie pas, de ces passionnés capables de passer des nuits à apprendre l'histoire des religions pour mieux comprendre ses élèves, leurs croyances de ces humbles qui se remettaient 1000 fois en question comme pour secours sur la liberté d'expression et la liberté de conscience qu'il préparait depuis juillet. encore l'été dernier à Moulin à vos côtés et des doutes qu'il partageait par exigence, par délicatesse.

Samuel Patti incarné au fond le professeur dont rêvé Jorès dans cette lettre aux instituteur qui vient d'être lu fermeté unie à la tendresse. Celui qui montre la grandeur de la pensée enseigne le respect donne à voir ce qu'est la civilisation celui qui s'était donné pour tâche de faire des républicains. Alors reviennent comme en écho les mots de Fernand Buisson. "Pourain, écrivait-il, il faut prendre l'être humain si petit et si humble qu'il soit et lui donner l'idée qu'il faut penser par lui-même, qu'il ne doit ni foi ni obéissance à personne, que c'est à lui de chercher la vérité et non pas à la recevoir toute faite d'un maître, d'un directeur, d'un chef quel qu'il soit. faire des républicains, c'était le combat de Samuel Patti.

Et si cette tâche aujourd'hui peut paraître titanesque, notamment là où la violence, l'intimidation, parfois la résignation prennent le dessus, elle est plus essentielle, plus actuelle que jamais. Ici en France, nous aimons notre nation, sa géographie, ses paysages et son histoire, sa culture et ses métamorphoses, son esprit et son cœur. Et nous voulons l'enseigner à tous nos enfants.

Ici en France, nous aimons le projet tout à la fois terrien et universel que porte la République, son ordre et ses promesses chaque jour recommencer. Alors oui, dans chaque école, dans chaque collège, dans chaque lycée, nous redonnerons aux professeurs le pouvoir de faire des républicains, la place et l'autorité qui leur reviennent. Nous les formerons, les considérerons comme ils se doit, nous les soutiendrons, nous les protégerons autant qu'il le faudra dans l'école comme hors de l'école. les pressions, l'abus d'ignorance et d'obéissance que certains voudraient instaurer n'ont pas leur place sur nous.

Je voudrais que ma vie et ma mort servent à quelque chose, avait-il dit un jour comme par précience. Alors, pourquoi Samuel fut-il tué ? Pourquoi ?

Vendredi soir, j'ai d'abord cru à la folie aléatoire, à l'arbitraire absurde. Une victime de plus du terrorisme gratuit. Après tout, il n'était pas la cible principale des islamistes.

Il ne faisait qu'enseigner. Il n'était pas l'ennemi de la religion dont il se servent. Il avait lu le Coran.

Il respectait ses élèves, quelle que soi leur croyance. Il s'intéressaient à la civilisation musulmane. Non.

Tout au contraire. Samuel Patti fut tué précisément pour tout cela parce qu'il incarnait la République qui renaît chaque jour dans les salles de classe. La liberté qui se transmet et se perpétue à l'école.

Samuel Patti fut tué parce que les islamistes veulent notre futur et qu'ils savent qu'avec des héros tranquilles tels que lui, ils ne l'auront jamais. Eux séparent les fidèles et les mécréants. Samuel Patti ne connaissait que des citoyens.

Eux se repèent de l'ignorance. lui croyaz dans le savoir. Eux cultivent la haine de l'autre.

Lui voulait sans cesse en voir le visage, découvrir les richesses de l'altérité. Samuel Patti fut la victime de la conspiration funeste, de la bêtise, du mensonge, de l'amalgame, de la haine de l'autre, de la haine de ce que profondément, existentiellement nous sommes. Samuel Patti est devenu vendredi le visage de la République, de notre volonté de briser les terroristes, de réduire les islamistes, de vivre comme une communauté de citoyens libres dans notre pays. de visage de notre détermination à comprendre, à apprendre, à continuer d'enseigner, à être libre.

Car nous continuerons, professeur, nous défendrons la liberté que vous enseignez si bien et nous porterons haut la laïcité. Nous ne renoncerons pas aux caricatures, aux dessins, même si d'autres reculent. Nous offrirons toutes les chances que la République doit à toute sa jeunesse sans discrimination aucune.

Nous continuerons, professeur, avec tous les instituteurs et professeurs de France, nous enseignerons l'histoire, ses gloires comme ses vicissitudes. Nous ferons découvrir la littérature, la musique, toutes les œuvres de l'âme et de l'esprit. Nous aimerons de toutes nos forces le débat, les arguments raisonnables, les persuasions aimables.

Nous aimerons la science et ses controverses comme vous, nous cultiverons la tolérance. Comme vous, nous chercherons à comprendre sans relâche et à comprendre encore davantage cela qu'on voudrait éloigner de nous. Nous apprendrons l'humour, la distance.

Nous rappellerons que nos libertés ne tiennent que par la fin de la haine et de la violence, par le respect de l'autre. Nous continuerons, professeur. Et tout au long de leur vie, les centaines de jeunes gens que vous avez formés exerceront cet esprit critique que vous leur avez appris.

Peut-être certains d'entre eux deviendront-ils enseignants à leur tour ? Alors, ils formeront des jeunes citoyens à leur tour. Ils feront aimer la République.

Ils feront comprendre notre nation, nos valeurs, notre Europe dans une chaîne des temps qui ne s'arrêtera pas. Nous continuerons. Oui.

Ce combat pour la liberté et pour la raison dont vous êtes désormais le visage parce que nous vous le devons. parce que nous nous le devons parce qu'en France, professeur, les lumières ne s'éteignent jamais. Vive la République !

Vive la France !