ÉCONOMIE : LE MAUVAIS BILAN D'EMMANUEL MACRON
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Vous n’avez pas pu la louper, c’était mardi soir, une demi-heure d’allocution présidentielle en prime time sur toutes les chaînes d’information, sans journaliste, sans contradicteur, sans que cela ne soit comptabilisé dans le temps audiovisuel de la campagne présidentielle. Pourtant, c’était en grande partie un discours de candidat à l’élection, et non une allocution de président pour nous informer sur la pandémie. L’allocution du chef de l’État, quand même, tranquille.
Une demi-heure, tranquille, sans contradiction. Il peut y mettre tout ce qu’il veut, il peut dire qu’il est formidable, il peut dire que le bilan est génial, il n’y a pas un journaliste pour le contredire… Je ne sais pas, ça ne choque personne ? Moi ça me choque.
Pendant vingt minutes, Emmanuel Macron a fait le bilan de son action au pouvoir. Baisse des impôts, recul du chômage, politique à destination de la jeunesse. La France est en tête des grandes économies européennes.
Le chômage est au plus bas depuis près de quinze ans, et nous sommes l’un des seuls pays du monde où le pouvoir d’achat a continué à progresser, en moyenne, et où la pauvreté n’a pas augmenté. À l’écouter, il est un président formidable, il a redressé l’économie du pays et réduit les inégalités. Alors, à Blast aussi, on a fait son bilan économique, mesure par mesure, afin de bien comprendre ce qu’il a fait en cinq ans.
Surtout, pour comprendre ce qui nous attend s’il est réélu pour cinq années supplémentaires. Alors, je préfère préciser que, dans cette vidéo, on ne parlera pas des nombreuses mesures qui ont failli être mises en place, comme la taxe sur le carburant ou les aéroports de Paris qui ont failli être privatisés par exemple, parce que sinon cette vidéo durerait huit heures. Donc, aujourd’hui je vais vous parler uniquement des mesures phares déjà adoptées, ou sur le point d’être adoptées, avant la fin de son mandat.
Je ne peux pas non plus tout tout tout décrypter en détail, j’ai donc décidé de prioriser quelques sujets comme les impôts, le chômage, le Code du travail, la pauvreté ou encore le pouvoir d’achat. Avant de s’attaquer au bilan thématique par thématique, j’aimerais m’attarder sur ce qui a été fait au tout début du quinquennat. C’est important, parce que ça donne le ton à propos du reste de sa politique.
Lorsqu’Emmanuel Macron est élu, les premières mesures économiques qu’il prend concernent la taxation. Il décide d’abord de supprimer l’Impôt sur la Fortune, l’ISF. Pour bien comprendre ce que ça voulait dire, je suis allée interroger un économiste qui a suivi la politique économique d’Emmanuel Macron de très près.
La suppression, alors ce n’est pas la suppression mais c’est la transformation de l’ISF, l'Impôt de Solidarité sur la Fortune, en un IFI, Impôt sur la Fortune Immobilière. La réforme de l’ISF, c’était : “Dorénavant, il y a aura un impôt qui sera l’impôt sur la fortune immobilière”, c'est-à-dire que seront taxés uniquement les biens immobiliers. Alors c’est intéressant parce que quand on regarde les très riches, parmi les riches ceux qui étaient assujettis à l’ISF, les plus riches des plus riches, leur fortune est constituée à 90%, voire plus, de titres financiers.
Alors que les moins riches des plus riches, eux, leur fortune est plutôt constituée par des biens immobiliers. Donc, même entre les riches, il arrive à créer une inégalité en favorisant les plus riches des plus riches au détriment des moins riches des plus riches. Parallèlement, le gouvernement met en place ce qu’on appelle la flat tax, dont on a un petit peu moins parlé que l’ISF, alors que c’est tout aussi important.
Il a instauré ce qu’on avait appelé la flat tax, c'est-à-dire le capital financier, les actifs financiers étaient taxés à 30%. Donc on peut dire : “Bah voilà ça c’est une mesure égalitaire, tout le monde à 30%”. C’est contre le système de l’impôt progressif, parce que justement, si vous mettez tout le monde à 30%, quand vous payez 30 euros sur 100 euros d’actifs financiers, vous le sentez plus que quand vous payez 3 millions sur 10 millions.
Sur le coup, le président a défendu corps et âme la réforme de l’ISF et parfois la flat tax, partout, pendant plusieurs mois. Je le dis très clairement. C’est une réforme pour produire, pas un cadeau pour les plus fortunés.
Faut pas raconter des craques hein, ce n’est pas parce qu’on remettra l’ISF comme il était il y a un an et demi que la situation d’un seul Gilet jaune s’améliorera. Ca, c’est de la pipe. Je crois à cela, ensuite, à quoi je me suis engagé ?
Je me suis engagé à ce que celles et ceux qui réussissent et qui réinvestissent dans l’économie française ne soient pas assujettis à l’ISF. Mais quatre ans après, celles et ceux qui réussissent n’ont pas vraiment investi dans l’économie française justement. Les indicateurs montrent que le remplacement de l’ISF par l’IFI en 2018 a ainsi fait perdre plus de trois milliards d’euros de recettes fiscales à l’État.
En octobre dernier, un rapport publié par un organisme rattaché à Matignon constate que ces réformes IFI et flat tax, n’ont pas eu d’effet sur l’investissement. Mieux, elles ont accru la concentration des dividendes chez les plus riches. C’est normal, les pauvres c’est fait pour être très pauvres et les riches très riches.
Hasard, ou pas, du calendrier, à la même période, au début du quinquennat, le gouvernement décide de voter une réforme des aides au logement qui fait perdre cinq euros d’APL à tous les bénéficiaires. Un peu plus tard, le gouvernement vote une loi plus large pour restructurer tout le système d’APL. Résultat, la baisse des APL correspond en moyenne à 38 euros et 50 centimes par mois.
Et les plus touchés ce sont les jeunes actifs, avec une baisse moyenne de 95 euros par mois. J’avais donc les APL comme beaucoup d’étudiants. Je ne me retrouve pas à zéro mais je perds 50 euros quand même d’APL, ce qui n’est pas rien parce que 50 euros si on compare à quelque chose, c’est deux semaines de courses de nourriture.
Là, je ne sais pas du tout comment envisager le mois qui arrive et les mois suivants, finalement. Baisse des APL en même temps qu'une baisse de la taxation des plus riches, certains y verront le symbole de la politique d'Emmanuel Macron qui va suivre. L’un des grands chantiers du gouvernement c’est la réforme du Code du travail.
Les marcheurs s’y attaquent très tôt. L’objectif c’est d’assouplir le droit du travail justement, de rendre plus faciles les licenciements et moins solide la protection des travailleurs. Jusqu’à présent il y a des accords nationaux, il y a des accords de branche, il y a des accords d’entreprises et on a dit qu’il y avait une inversion dans la hiérarchie des normes, c’est-à-dire que, jusqu’à présent, les accords de branche primaient sur les accords d’entreprises et là on a une inversion où les accords d’entreprises peuvent primer sur les accords de branche, ce qui est très favorable aux entreprises puisque, dans un certain nombre d’entreprises, la représentation salariale peut être forte au niveau des syndicats, au niveau des branches, mais souvent, elle est beaucoup moins forte au niveau des entreprises.
Le rapport de force est beaucoup moins fort. C’est une réforme très dense et complexe, et si vous voulez en comprendre les tenants et les aboutissants, un excellent article du Monde l’expliquait avec l’image des patates. Voici trois patates : Patricia, Achille et Moktar.
Depuis plusieurs semaines, des hommes et femmes politiques tentent de leur expliquer la réforme du Code du travail. Ce qu’il faut retenir, c’est que le tout était censé créer de l’emploi, en arrêtant de “faire peur” aux entreprises. Mais un an plus tard déjà les premières évaluations tombaient : cette réforme a eu des effets extrêmement limités sur la création d’emplois.
En revanche, les conséquences sur la protection des travailleurs, elles, sont bien réelles. Concrètement, quelles conséquences ça a eu cette réforme du Code du travail sur les travailleurs. Alors sur les travailleurs, fragilisation de leurs positions.
Vous avez aussi le fait qu’il y a une fusion de tous les organes du personnel, la disparition des comités d’hygiène et sécurité au travail, etc, qui sont des organismes qui permettent de défendre les salariés. Et puis vous avez aussi la limitation des indemnités de licenciement via les prud'hommes qui là aussi favorisent les entreprises au détriment des salariés. On en a déjà beaucoup parlé à Blast, notamment avec le journaliste Benoît Collombat, réduire le chômage, c’est l'obsession de nombreux dirigeants politiques en France, et un peu à n’importe quel prix.
En soi, ça peut paraître normal, le chômage, c’est un fléau ! En France, ça tue des milliers de personnes chaque année, ça exclut, ça appauvrit, et ça coûte cher à l’État. Et justement, l’une des grandes réussites du gouvernement selon le président, c’est la lutte contre le chômage.
Le chômage est au plus bas depuis près de quinze ans. Et ça, c’est en partie vrai. Mais attention avec les chiffres.
On peut lire cette situation avec un autre indicateur : le halo autour du chômage. On y retrouve les personnes sans emploi qui en recherchent un, mais qui ne sont pas disponibles dans les deux semaines pour travailler. On retrouve aussi les personnes sans emploi qui souhaitent travailler, mais qui n'ont pas cherché de travail le mois précédent.
Et ces personnes-là ne sont pas considérées comme au chômage, alors qu’elles en sont proches. Le nombre de Français se trouvant dans ce halo lui, ne cesse d'augmenter depuis 2008, y compris pendant le dernier mandat. On est passé de 1 million 500 000 à 2 millions de personnes dans cette situation.
De plus, tous ceux qui ont des emplois précaires ou inadaptés ne sont pas non plus comptés dans les chiffres du chômage. Bref, on peut effectivement dire que le chômage a baissé, mais dans la réalité, la précarité de l’emploi se maintient voire augmente. Mais pour Emmanuel Macron, le problème se trouve plutôt du côté des chômeurs.
Tous les entrepreneurs me disent peiner à recruter aujourd'hui. Au moment où trois millions de nos compatriotes se trouvent encore au chômage, cette situation heurte le bon sens. Pour la dépasser, pour faire en sorte que toutes les offres d’emploi soient pourvues, nous devons agir sur tous les fronts.
À cette rhétorique, un syndicaliste répondait ainsi en décembre 2017. Évidemment que vous avez du mal à trouver du monde. Je veux dire : Il y a un moment, il faut aussi mettre les choses en réalité.
Quand je vois sur l’offre raisonnable “une heure ou 30 kilomètres de déplacement”, quand vous êtes payé 2000, 2500, que vous ayez une heure de train pour venir travailler tous les jours à Paris, ça ne pose de problème à personne et, à la limite, on trouvera un peu étonnant que les gens râlent. Quand vous êtes smicard ou même smicard et pas à temps plein caissière chez Franprix, quand on vous dit que vous allez une heure ou deux heures de transports tous les jours… Moi j’ai même accompagné des gens à qui on proposait quatre heures de ménage par semaine, il y avait plus de temps de transport que de ménage, on leur disait : “Il faut que vous le preniez”. C’est normal qu’il y ait un moment où on ait aussi du mal et que des gens puissent se dire : “Mais je ne peux pas.” et pourtant l’immense majorité des chômeurs l’accepte.
Mais bon, pour Emmanuel Macron, la solution, c’est sa réforme de l’assurance-chômage. Plus largement, pour que le travail permette de vivre dignement et paie toujours davantage que l’inactivité, nous conduisons en ce moment même une indispensable réforme de l’assurance-chômage. On gagnerait donc plus en étant au chômage qu’en travaillant.
Le président avait déjà utilisé cet argument lors de son dernier discours. Seulement, c’est tout simplement faux. 96 % des chômeurs indemnisés perçoivent, sur un an, une allocation mensuelle inférieure à leur ancien salaire, et alors ces 4% restants sont des personnes qui touchent en moyenne 290 euros net par mois d’allocation.
Pas des sommes qui donnent envie de rester au chômage a priori. On entend toujours le gouvernement nous dire : “Il faut inciter les chômeurs à retourner sur le marché du travail”, comme s’ils préféraient se languir ou utiliser leur chômage pour passer leurs vacances aux Bahamas. Pour Éric Berr, c’est une question de rapport de pouvoir, et le pouvoir n’est clairement pas du côté des chômeurs.
Je n’ai jamais vu un salarié obliger une entreprise à l’embaucher. En revanche, l’employeur a lui le pouvoir d’embaucher ou pas. Mais ce n’est pas terminé.
Cette réforme réduit les possibilités d’accès aux allocations : il faudra désormais avoir travaillé six mois sur les deux dernières années au lieu de quatre, et le montant des allocations sera aussi plus dégressif. Plus le temps passe, plus votre indemnité se réduit. Et à tout cela s’ajoute une nouvelle mesure.
Enfin, Pôle Emploi passera en revue les centaines de milliers d’offres d’emploi disponibles sans réponse, dès les prochaines semaines. Les demandeurs d’emploi qui ne démontreront pas une recherche active verront leurs allocations suspendues. On ne sait pas exactement comment on va prouver la recherche active, mais il faut rappeler qu’il y a treize fois plus de demandeurs d’emplois que d’emplois en France.
Je traverse la rue, je vous en trouve, ils veulent simplement des gens qui sont prêts à travailler. Même si tous traversent la rue, outre que ça va faire des embouteillages, tous ne vont pas arriver sur le trottoir d’en face et trouver un emploi. C’est cette logique-là qui est derrière cette réforme de l’allocation-chômage.
Ensuite, en ce qui concerne ces fameux emplois “non-pourvus”, dans un tiers des cas, l’employeur retire lui-même son annonce car le besoin a évolué ou disparu. Dans d’autres, l’offre demande des compétences inexistantes sur le marché, ou alors propose des conditions de travail et de rémunération qui ne sont tout simplement pas acceptables. Dans une tribune signée par une centaine d’économistes parmi lesquels Thomas Piketty, il est écrit que cette réforme a pour seul objectif de faire des économies, plus de deux milliards d’euros, et cela au prix d’une augmentation de la pauvreté des chômeurs et de leurs familles.
Bref, ce qu’il faut retenir, c’est que selon eux, cette réforme est inefficace, injuste et punitive. Pour la lutte contre le chômage et l’amélioration du pouvoir d’achat des plus précaires, on repassera. En parlant pouvoir d’achat justement, mardi, le président s’est targué d’une réussite en la matière.
Et nous sommes l’un des seuls pays du monde où le pouvoir d’achat a continué à progresser, en moyenne, et où la pauvreté n’a pas augmenté. Alors, pour la pauvreté c’est assez simple : Lorsqu’Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir, le taux de pauvreté en France était de 14,1% et aujourd’hui il est de 14.6%.
Ce mardi, un indicateur montrait qu’au dix du mois, les Français les plus modestes doivent vivre en moyenne avec 55 euros pour finir le mois. En octobre dernier, un rapport qui accompagne le budget 2022 a affirmé que grâce aux mesures d’Emmanuel Macron, les 10% les plus pauvres verront leur niveau de vie augmenter de 4% et les plus riches verront leur niveau de vie augmenter de 2% seulement. Et ça, cela va complètement à rebours de l’idée de “président des riches” que l’on peut s’en faire.
Mais là encore, il faut être prudent avec les chiffres. Ils ne sont pas tout à fait faux mais pas tout à fait vrais non plus. Tout dépend de comment on regarde les choses.
Le problème, c’est qu’ici on regarde les choses en pourcentage. Avec quelques euros, on arrive facilement à une augmentation de 4% pour les plus pauvres par exemple. Mais si on regarde tout cela en euros, en valeur absolue, là, c’est une autre histoire.
En valeur absolue, ce sont bien les plus aisés qui gagneront plus avec un niveau de vie moyen de 8650 euros en 2017, les 10% les plus modestes profitant d’une hausse de 4% connaîtront un gain moyen annuel de 346 euros en 2022. À l’autre bout de l’échelle, les 10% les plus aisés dotés d’un niveau de vie moyen de 58 880 euros bénéficieront avec une progression de 2% seulement d’une hausse de 1178 euros de leur pouvoir d’achat, soit 3,4 fois plus en valeur absolue que les plus modestes. À l’horizon 2022, les 10% les plus aisés récupéreront donc 22% des 24 milliards de hausse de pouvoir d’achat liés aux mesures Macron contre 6,5% pour les 10% les plus modestes.
En résumé, plus vous êtes riche, plus votre part du gâteau augmente. Mais le président le martèle, les salaires des plus pauvres ont augmenté. Depuis quatre ans, le travail paie mieux avec l’augmentation de la prime d’activité, de 100 euros au niveau du SMIC.
Seulement petit bémol pour notre économiste Éric Berr, cette augmentation de 100 euros n’est pas aussi avantageuse qu’elle en a l’air. Ce n’est pas une augmentation du SMIC puisque c’est une prime. On sait que les primes ne sont pas incluses dans le calcul des retraites.
Et justement, en parlant d’argent qu’on croit gagner, mais qu’on perd ailleurs en réalité, parlons impôts. Nous sommes la majorité qui a le plus baissé les impôts. Ceux des Français d’abord, la taxe d’habitation, l’impôt sur le revenu et ceux des entreprises.
Et effectivement, Bercy a calculé que ces cinq dernières années se sont traduites par près de 50 milliards d'euros d'allègement de la pression fiscale. Seulement attention, alléger les impôts oui, mais alléger les impôts pour qui ? Et là, le bilan est assez simple à faire.
La seule baisse d’impôts dont beaucoup de français ont bénéficié, c’est la suppression de la taxe d’habitation qui est sur le point d’être étendue à l’intégralité de la population. Ça peut paraître égalitaire, mais une nuance doit être apportée. Plus vous êtes aisé, plus votre taxe d’habitation est importante.
Donc cette suppression de la taxe vous fait gagner plus d’argent si vous êtes aisé que si vous êtes modeste. Quand on dit : “On va supprimer la taxe d’habitation pour 80% des ménages voire tous”, ça profite donc à ceux qui payaient la taxe d’habitation. Mais déjà, les plus pauvres des plus pauvres, un certain nombre d’entre eux étaient exonérés de taxe d’habitation.
Donc eux, ils n’ont rien gagné. Et ça, c’est applicable à l’ensemble des baisses d’impôts. Au lieu de baisser des impôts que paient les plus modestes, comme la TVA par exemple, le gouvernement a globalement baissé les impôts pour une partie des classes moyennes et pour les plus riches.
Baisse des impôts de production, modification des impôts sur le revenu… Dans cet article de Marianne, on peut par exemple lire que si cinq milliards de baisses d'impôts ont bien bénéficié à 17 millions de ménages, ce qui est beaucoup, cinq autres milliards de baisse sont allés dans les poches de 400 000 personnes seulement. Les réformes de la fiscalité du capital par exemple ont rapporté 1 400 euros en moyenne aux 5% des ménages les plus aisés en 2018. Cet article de Libération montre que les allégements sur la fiscalité des plus riches ont surtout profité aux actionnaires-propriétaires qui se sont pris de passion pour les dividendes, moins imposés que les salaires.
On ne peut pas rentrer ici dans le détail de toutes les mesures fiscales, parce que si vous êtes arrivés jusqu’ici je pense que vous avez assez avalé de chiffres pour aujourd’hui et moi aussi, mais dans l’ensemble la tendance est toujours la même : alléger les taxes des plus aisés. Avant d’en finir avec la fiscalité, j’aimerais juste m’attarder sur une baisse d’impôt qui n’est pas vraiment un impôt à proprement parler, mais dont le principe est similaire, et leur baisse est particulièrement trompeuse, ce sont les cotisations sociales. Vous savez, c’est l’argent payé en partie par votre employeur, et en autre partie prélevé sur votre salaire brut pour être versé à la Sécurité sociale et aux organismes de protection sociale.
Elles paient, entre autres, l’assurance maladie, les retraites, le chômage. Et Emmanuel Macron a décidé de les baisser. Il y a eu déjà la baisse des cotisations sociales des salariés.
C’est très pervers parce que ça se voit tout de suite sur le bulletin de salaire. Vous cotisez moins, donc évidemment, votre salaire net, il augmente. Donc là tout le monde est content.
Sauf que la cotisation sociale, c’est peut-être ce qui est le plus intéressant et le plus juste et le plus important dans le système de protection sociale français. La cotisation sociale, c’est en quelque sorte du salaire différé. Ces cotisations sociales servent à quoi ?
Elles servent à financer les retraites, elles servent à financer le chômage, etc. Donc si vous réduisez ça, vous réduisez aussi les sommes qui vont servir à financer le filet de protection sociale. On résume, sur le court terme on se dit “Chouette, mon bulletin de salaire augmente”, mais en réalité, sur le long terme, nous sommes à peu près tous perdants.
La cotisation sociale pourquoi c’est important ? Parce que c’est aussi la gestion paritaire des salariés et des entreprises. Donc les salariés, via leurs représentants syndicaux, ont un poids dans la gestion.
Quand vous réduisez les cotisations sociales, ce poids des salariés diminue aussi dans la négociation. Cette dynamique, Emmanuel Macron entend bien la poursuivre s’il est réélu. Il faudra dans les années à venir poursuivre ces choix et financer notre modèle social en taxant moins le travail, encore.
Et cette question des cotisations et des impôts me permet de faire la transition vers ma toute dernière partie : comment est dépensé l’argent récolté par l'État, notamment dans les services publics. Parce que toutes ces baisses d'impôts créent un manque à gagner pour la collectivité. Moins on a de recettes fiscales, moins on a d’argent à dépenser de manière générale, surtout quand on fait du remboursement de la dette publique une priorité.
Alors financer la transition écologique, c'est forcément plus compliqué quand on a moins de recettes. Pour ce qui est du bilan écologique du quinquennat, il est désastreux, Paloma Moritz a déjà fait de nombreux sujets là-dessus que vous pouvez retrouver sur notre chaîne, notamment un sur la loi climat. Dans ce reportage, nous allons vous raconter ce qui se joue véritablement autour de la Convention Citoyenne.
Un rapport de force déséquilibré qui questionne notre démocratie. Du côté du bilan économique en ce qui concerne la jeunesse dont se targue le président. Pour notre jeunesse aussi nous avons déployé un effort spécifique avec la réforme de l’apprentissage, de l’alternance, atteignant en ce moment-même des chiffres records.
J’avais déjà consacré une émission entière à ce sujet avec l’économiste David Cayla qui était catégorique. Moi je pense qu’il s’occupe de la communication auprès des jeunes, et que ce n’est pas du tout la même chose que mener une politique. On ne demande pas à un type qui fait le guignol sur les réseaux sociaux, on demande quelqu’un qui prenne des décisions.
Pour l’instant la politique économique à destination des jeunes relève davantage de la communication politique que de véritables mesures permettant de rétablir l’ascenseur social par exemple. Sur la santé, cette émission de mon collègue Antoine Etcheto que nous avons publiée il y a quelques jours résume une bonne partie de la politique d’En Marche depuis cinq ans. De manière générale, le secteur public qui profite à tous n’a pas été soutenu, il a souvent été dégradé, voire privatisé.
Le cas d’EDF à ce sujet est assez éloquent, surtout au regard de nos notes d’électricité actuelles. Denis Robert a fait une émission entière là-dessus, sur la privatisation en cours d’EDF et ses conséquences. Moi je vais plutôt vous parler de l’exemple de la SNCF.
Vous vous souvenez de ces grèves ? C’était juste avant les Gilets jaunes. Les grévistes manifestaient contre la réforme de la SNCF.
Alors, la réforme est quand même passée. Elle a, entre autres, fait disparaître le statut de cheminot et a ouvert une partie des lignes à la concurrence. Et ça, c’est pas vraiment une bonne nouvelle.
Dans le cas du train il y a un truc très simple, c’est que ça ne va pas être une vraie concurrence. Il ne peut pas y avoir deux trains qui circulent en même temps sur une même voie. Donc la concurrence, ça va être, en fait, que des entreprises privées vont desservir telle ligne et auront une situation de mini-monopole sur telle ligne.
Le résultat, comme à chaque fois, c’est : le service se dégrade et les prix augmentent. Tout au long de cette campagne présidentielle, nous allons continuer à produire des émissions qui vont dans le détail de toutes ces réformes et leurs conséquences. Mais le but de cette vidéo, c’était de vous donner un petit peu une vue d’ensemble sur la direction de la politique, et de montrer en quelques exemples que les chiffres avancés sont parfois trompeurs.
Il y a de nombreux points que je n’ai pas pu aborder comme la revalorisation des salaires des auxiliaires de vie, les aides aux personnes en situation de handicap, ou encore le décryptage point par point des différents “Ségur” et autres “Grenelle” qui ont permi des effets d’annonces sur les milliards investis dans certains secteurs. Ce que j’ai essayé de mettre en lumière aujourd'hui, ce sont les grandes tendances : réformes fiscales avantageuses pour les plus aisés, politique de l’emploi visant à précariser les travailleurs, assouplissement du Code du travail, dégradation voire privatisation des services publics ou augmentation de la pauvreté. A Blast, on considère que le bilan de ces cinq dernières années n’est pas vraiment reluisant.
Cette politique à la faveur des plus aisés, Emmanuel Macron entend bien la poursuivre s’il est réélu, en témoigne la réforme des retraites que j'ai choisi de ne pas exposer en détails puisque le président a annoncé qu’il la mettrait en application seulement après sa réélection. Mais elle est décriée par de nombreux économistes qui la décrivent comme injuste et favorisant là encore les plus aisés. En revanche, il faut préciser que sous pleins d’aspects, notamment en pleine pandémie, la situation aurait pu être bien pire.
Si le soutien de l’économie a été principalement dirigé vers les entreprises, et que de l’argent public a été massivement distribué à des multinationales sans contrepartie, le “quoi qu’il en coûte” a bien existé et il a permis à une partie importante de la population de ne pas plonger dans la pauvreté. Ce soutien a été plutôt “généreux” même si on peut toujours faire mieux et mieux cibler. Enfin, si Emmanuel Macron a accéléré la mise en place de politiques dites néolibérales, il ne s’agit pas d’un tournant, ces politiques ne sont pas uniquement de son fait.
À sa décharge aussi, dans tout ce que l’on a dit auparavant, il faut reconnaître qu’il n’est pas le premier à s’attaquer aux services publics, etc, il est dans la longue lignée de présidents depuis Jacques Chirac en passant par Nicolas Sarkozy voire même par certains côtés François Hollande. J’espère vraiment que cette vidéo vous a plu, dites-moi ce que vous en pensez dans les commentaires, si vous avez appris des choses, si c’était trop ou pas assez détaillé, et parlez-moi des sujets que vous aimeriez que je décrypte qui ont un rapport avec l’économie bien sûr. N’hésitez pas à partager cette vidéo autour de vous, sur les différents réseaux sociaux ou directement à vos proches.
Je rappelle que Blast ne vit que des dons et des abonnements et que j’ai regardé plus de dix fois l’allocution d'Emmanuel Macron pour préparer cette vidéo, ce qui en soi, mérite un salaire. Si vous voulez que je sois rémunérée pour écouter le président, ou plus sérieusement, si vous souhaitez encourager le travail de l’équipe de Blast de manière générale, n’hésitez pas à nous soutenir sur blast-info.fr, et moi je vous dis à bientôt.
Emmanuel Macron