L’extension du domaine de la conversation
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
6h57 sur France Culture, l'heure de votre humeur du jour, Guillaume, et ce matin, l'extension du domaine de la conversation. Oui, parce que c'est très compliqué en ce moment de se parler entre humains, donc il nous faut chercher de nouveaux interlocuteurs. Alors on parle bien sûr avec les machines, mais le mieux c'est de poursuivre avec les animaux, comme si la conversation humaine était trop conflictuelle, trop chargée, trop risquée. Discuter avec un voisin, un collègue, un parent, vous le savez, Alexandra, c'est désormais courir le risque du désaccord. Discuter avec son chat et son chien, en revanche, ça offre toutes les vertus du dialogue sans aucun de ses inconvénients.
Et c'est pourquoi l'information donnée hier par Anne-Laure Chouin, le collier Pet Pool, qui est censé vous permettre de comprendre votre chien, votre chat, et réciproquement, a suscité tant d'intérêt, ici même, dans ce studio, parce que donc la promesse, c'est de comprendre enfin son animal domestique, mais aussi trouver un être qui enfin nous écoute, nous répond, et nous ne nous contredit jamais vraiment. Enfin, en tout cas, c'est ce qu'on postule, parce qu'on n'a pas encore ce collier, donc on ne le sait pas.
Donc, après les réseaux sociaux qui nous enferment dans des conversations avec nos semblables, après les IA qui nous renvoient une version polissée de nos propres questions, voici donc de vrais interlocuteurs, enfin, votre chat, votre chien. On pourrait y voir un progrès moral, l'effort enfin entrepris pour comprendre d'autres formes de vie avant de s'intéresser aux martiens, mais on peut aussi y lire le signe d'une difficulté croissante à habiter la conversation humaine, comme si nous préférions désormais chercher du sens dans les aboiements de notre chien plutôt que dans les phrases de notre voisin.
Et pourtant, le paradoxe est là, car ce qui nous fascine chez les animaux, c'est précisément leur altérité. Nous voulons savoir ce que pense un chat lorsqu'il fixe un mur pendant une heure, ce que ressent un chien lorsqu'il court après une balle. Est-ce que vous y avez déjà songé, Alexandra ? À quoi pense un chien lorsqu'il court après une baballe ? Moi, je pense qu'il pense bien. Je pense qu'il est très heureux.
Mais on ne sait pas si finalement tout cela ne va pas diminuer justement cette étrangeté, parce que nous ne cherchons peut-être pas à comprendre les animaux, nous cherchons à prolonger la conversation et faute de parvenir à nous entendre entre nous, nous l'étendons désormais aux machines, aux chiens, aux chats, une extension du domaine de la conversation qui dit peut-être moins notre amour des animaux que notre solitude parmi les hommes. Les Matins de France Culture