Dette : retraités, épargne... Où trouver les milliards ? - Reportage #cdanslair 13.04.2024
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
A Bercy, ces derniers jours, des annonces, des mauvaises nouvelles et des promesses. Pour 2024, le déficit public est révisé à 5,1% du PIB au lieu des 4,4% initialement prévus et promis à Bruxelles. Il va falloir faire des économies et préparer les esprits.
Nous avons eu une mauvaise surprise pour les recettes. On gagne moins, on dépense moins. C'est le bon sens. On fait des économies quand c'est nécessaire et là où c'est utile pour rétablir nos comptes publics.
Reste à trouver 10 milliards d'euros supplémentaires pour rééquilibrer les comptes de 2024. Un défi très politique.
Nous ne voulons pas augmenter les impôts des Français. La stabilité, la visibilité fiscale, c'est la solidité et le choc de notre économie. Nous n'augmenterons pas les impôts des Français.
Ça ne pouvait pas tomber plus mal à quelques jours de l'arbitrage des agences de notation internationales qui pourraient bien dégrader la note de la France. Alors, à l'Assemblée, au Sénat, les ministres tentent de rassurer.
D'abord, nous avons plus de 7 milliards d'euros de réserve de précaution au sein des ministères, précisément pour faire face à ces risques et ces difficultés. D'autre part, nous avons engagé un dialogue avec les collectivités territoriales parce qu'elles doivent, vous le savez, elles doivent avec nous participer à cet effort de redressement des finances publiques.
Mais même avec ces réserves, le compte n'y est pas. Alors, différentes pistes sont envisagées, notamment une contribution financière de la GIRC-ARCO. Le régime de retraite complémentaire, géré par les partenaires sociaux, affiche un excédent de plus de 4 milliards d'euros à faire palir dans vie l'exécutif. Mais voilà, en octobre dernier déjà, le gouvernement Borne avait tenté de s'approprier les recettes de la complémentaire.
– Nous considérons qu'à l'horizon 2026, sur le total des excédents de la GIRC-ARCO, 1,2 milliard sont des excédents qui n'existeraient pas sans la réforme des retraites que nous avons mise en place.
– Réaction immédiate des syndicats à l'époque, on ne touche pas à la cagnotte.
– C'est l'argent des salariés du secteur privé et c'est l'argent qui est dédié à leur retraite complémentaire. C'est de l'argent qui est géré paritairement, organisation syndicale et patronale, donc l'État n'a pas son mot à dire sur cette partie. – Ah là oui, vraiment, j'alerte vraiment le gouvernement. Pas question que le gouvernement remette en cause cet accord et aille se servir dans les caisses. – Sinon il se passe quoi ? – Ah bah sinon on en décidera collectivement.
– Le gouvernement avait fini par faire marche arrière, pas sûr que les partenaires sociaux aient changé d'avis. D'autres pistes sont envisagées pour trouver ces 10 milliards d'euros. Pour les connaître, il faut interroger ceux qui ont l'oreille de l'exécutif. Cet ancien de la Cour des Comptes et de Bercy a été reçu par Bruno Le Maire très récemment.
– Aujourd'hui les retraités actuels, ils ont un niveau de vie qui est supérieur à celui du reste de la population. Il n'y a qu'en France et en Italie où c'est comme ça. Et donc il ne serait pas absurde de faire des économies sur les retraités actuels. Il y en a une qui est très simple, qui est très mécanique, qui consiste à ne pas indexer les retraites totalement sur l'inflation. Là, on vient de les revaloriser de 5%, on a mis 14 milliards d'euros sur la table. Si on les avait revalorisés de 4%, on aurait fait une économie de 3 milliards.
Peu à peu, une petite musique s'installe. Les retraités seraient des nantis.
On est dans des rares pays qui a une chose si absurde que le fait que les retraités ont un niveau de vie supérieur aux employés du secteur public qui ont eux-mêmes un niveau de vie supérieur aux employés du secteur privé. Alors que normalement, ça devrait être exactement l'inverse. Il n'est pas normal que les retraités gagnent, aient un pouvoir d'achat qui augmente plus que ceux dont le revenu est fragile.
Le gouvernement va-t-il oser toucher au portefeuille des retraités ? Un pari risqué à deux mois des élections européennes. Et chacun a sa petite idée sur le plateau, mais on va y revenir dans quelques minutes sur la question des retraités. D'abord, Emmanuel Macron disait il y a quelques jours, attention, il ne faut pas que ce soit la foire à la saucisse dans les jours qui viennent. C'est raté, non ?
Oui, forcément, en même temps qu'on a un trou pareil dans les caisses et qu'on se dit qu'il va falloir faire quelques sacrifices, il y a des idées qui jasent à droite, à gauche. Emmanuel Macron prône le calme des vieilles troupes. Très bien, il est quand même comptable de ce résultat catastrophique qui fait qu'on se retrouve avec plus de 150 milliards d'euros de déficit cette année. On perd un peu la grandeur des choses avec ces milliards qu'on jette de partout. Il faut quand même rappeler qu'un déficit à peu près moyen public il y a 10 ans, c'était entre 60 et 80 milliards, allez, 70 milliards en moyenne.
On a augmenté de quasiment 100 milliards en vitesse de croisière, car l'année dernière, ce n'était pas une année de crise, le déficit public, le fonctionnement de tout cet argent public. On a eu le même déficit en 2023 qu'en 2020, année durant laquelle on a sociabilisé toute l'économie. Rappelez-vous, les salaires, les aides aux entreprises, une année de crise incroyable, on a dépensé comme jamais. Il se trouve que l'année dernière, où ce n'était absolument pas le cas, on a fini avec le même niveau de déficit.
Il y a eu la crise énergétique et les Français, les ménages français, ont été beaucoup plus protégés, c'est vrai, que beaucoup de ménages européens, les entreprises aussi, ce qui nous a permis de repartir plus rapidement, il est tout à fait anormal qu'en année normale, si je puis dire, on ait un tel niveau de déficit.
Question de téléspectateurs, à quel jeu joue Bruno Le Maire, ministre de l'Économie depuis 7 ans, qui semble affoler et affole les Français ?
Ce qu'on a dit, c'est que c'est lui le ministre des Finances, on a dit l'économie, c'est le ministre des Finances, c'est-à-dire c'est lui qui est en charge des budgets, c'est lui qui est en charge des engagements de la France, pour le rappeler, c'est-à-dire d'ailleurs, on évoquait la mi-avril, on va présenter notre trajectoire à l'Europe. C'est-à-dire que c'est important, normalement, c'est des engagements de l'État français, par rapport à tous ses partenaires, en disant, voilà, comment ça va se passer. Donc, c'est lui qui est logiquement en charge de cela, par rapport en plus à ces questions.
Il a mis en œuvre, il a mis en avant le fait que lui était notamment, vraiment garant l'année dernière. Il disait, il n'y aura pas un euro dépensé s'il n'y a pas de recette en face. Alors d'ailleurs, il faut toujours le dire, parce que là, on disait, on n'avait que... Oui, c'est ça, l'euro près. On est à 70 milliards de déficit, mais c'est-à-dire qu'on n'a jamais réduit, déjà, pour commencer. C'est-à-dire que quand on dit qu'on a l'argent pour les dépenses, ce n'est pas vrai, on ne l'a jamais. On a de la dette supplémentaire à chaque fois, puisque chaque déficit, chaque année, augmente la dette.
Alors qu'il y a des pays autour de nous qui réussissent à être à l'équilibre, voire même en excédent, en disant, il faut qu'on réduise notre dette. En Europe, ils y arrivent, y compris des pays qui ne sont a priori pas forcément plus avantagés que nous, comme par exemple le Portugal, on parlait de la Grèce, mais donc c'est faisable.
Là, c'est vrai qu'évidemment, ce que l'on voit, parce que Bruno Le Maire, ça fait 7 ans qu'il est aux commandes de Bercy, en réalité, bien sûr, comme vous disiez tout à l'heure avec l'expression « la foire à la saucisse », c'est-à-dire que là, on cherche des milliards, on va dire « ah ben 10 milliards, ah, 20 milliards », c'est une idée, alors on disait tout à l'heure improvisation, mais là, c'est une improvisation tragique, c'est-à-dire que la question du déficit de l'État français, elle est posée depuis 45 ans.
Mais elle est posée de façon de plus en plus forte depuis à peu près 10 ans, on dit « mais là, plus on avance, plus on va dans le mur, les autres ne font pas comme nous, on a vraiment quelque chose à faire », on a l'impression qu'il n'y a pas de plan, il n'y a pas de réflexion mise à part, dire « on attend la croissance », vous voyez, c'est la fumée blanche qu'on attend, en disant « ah ben oui, il y a plein d'argent qui va arriver quand on va réussir à avoir de la croissance, donc il n'y aura plus de problème ». Ben non, elle n'arrive pas, et ça fait des années qu'elle n'arrive pas.
Moi, quand j'étais au Conseil des finances publiques, tous les ans, on surestimait la croissance, et à la fois, on disait « ah ben oui, on est encore en déficit, encore plus que prévu ».
C'est-à-dire que non, il y a un vrai problème structurel, et là, effectivement, quand Emmanuel Macron est en train de dire à son ministre, mais peut-être, je dirais à son gouvernement et peut-être à ses amis, en disant « mais on n'a pas réfléchi, là, une solution structurelle, quand même, il n'y a pas un certain nombre de points sur lesquels il faut travailler, sachant, répétons-le, que les dépenses publiques sont les plus élevées du monde, de l'OCDE, on va dire, allez, on a même battu le Dalmarc de ce point de vue, et d'autre part, nos services publics, ça dégrade.
C'est-à-dire, si les systèmes français marchaient de façon formidable, qu'on avait la meilleure santé, la meilleure éducation, la meilleure armée, on dirait, bon, à la limite, oui, il faut que les citoyens contribuent, mais même pas, c'est-à-dire que tout le monde dit que ça se dégrade de partout, et c'est de plus en plus difficile à gérer cela, ou plutôt à gérer le déficit qui devient abyssal.
Bruno Le Maire