L'INTERVIEW AUGMENTÉE DE BENOÎT HAMON - PRÉSIDENTIELLE 2017
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 85 %Attaque 10 %Défensif 5 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 94 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 2:01OuverteRéponse directe
Quelle gauche souhaitez-vous incarner pour cette élection ?
- 5:01FerméeRéponse directe
Le 49.3 citoyen : risque de blocage des réformes ?
- 8:01OuverteRéponse partielle
Problème d'orientation post-bac et échec en L1 ?
- 12:01OuverteRéponse directe
Revenu universel : montant, modalités, pour qui ?
- 17:01OuverteRéponse directe
Reconnaissance du burn-out et droit à la déconnexion : comment les appliquer ?
- 22:01OuverteRéponse directe
Contrôle du budget par l'UE : inquiétudes sur les dépenses publiques ?
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Salut c'est Hugo, j'espère que vous allez bien. Je vous souhaite une excellente année 2017 puisque c'est la première vidéo pour la chaîne cette année. Exceptionnellement pour des raisons d'agenda, on a dû changer de vie en dernière minute, mais on sera au tank pour les prochaines interviews.
Bonjour Benoît Hamon, on sait quoi vous souhaitez pour 2017 évidemment. Merci d'avoir accepté cette interview, vous êtes le premier candidat de la primaire citoyenne ou de la primaire de la gauche, je ne sais pas comment on doit l'appeler, mais à venir sur la chaîne pour répondre à mes questions. Une petite présentation pour débuter pour ceux qui ne vous connaissent peut-être pas encore.
Dans les grandes lignes, vous avez un gros parcours politique, vous avez été député européen et surtout vous avez été ministre durant le quinquennat de François Hollande. Dès son élection en 2012, vous êtes chargé d'économie sociale et solidaire et de la consommation. Et puis en 2014, vous êtes devenu ministre de l'éducation et de l'enseignement supérieur.
Mais après seulement 4 mois, vous quittez le gouvernement suite à des désaccords sur la ligne politique que vous n'y jugez pas assez à gauche. Pour faire simple, on va en parler. J'ai l'impression, et aujourd'hui donc, vous êtes député des églises et concilié régional de ville de France.
J'ai l'impression, et je pense que ce n'est pas qu'une impression d'ailleurs, que les divergences entre les candidats de cette primaire de la gauche sont beaucoup plus importantes que les candidats de la primaire de la droite. Entre vous et un candidat comme Manuel Valls, avec un possé qui s'est creusé ces dernières années. C'est quoi pour vous la gauche aujourd'hui ?
Quelle gauche est-ce que vous voulez interner pour cette élection ? Déjà, pas la gauche du siècle passé en matière de solution. Les valeurs restent les mêmes, la justice sociale, l'égalité, la fraternité.
Et à mes yeux, elles ne se déclinent pas de la même manière aujourd'hui qu'elles pouvaient l'être il y a 10, 15, 20, encore plus. Ils doivent en survivre, 30 ou 40 ans. Je prends un exemple, c'est largement la gauche qui inspire le Conseil national de la résistance quand on crée la sécurité sociale.
En 1945, pour autant aujourd'hui, ce qui m'apporte, si on veut protéger nos compatriotes, notamment les plus jeunes qui vont avoir des carrières beaucoup plus hachées que leurs parents ou leurs grands-parents, il s'agit de penser la protection sociale qui correspond à ce que va être l'impact de la révolution numérique sur le travail. On sait que la révolution numérique, c'est une formidable opportunité au sens où, grâce au progrès des technologies, tout ce dont l'humanité a besoin en service, en bien, nécessitera moins de travail humain. C'est génial, c'est une très bonne nouvelle, mais ça veut dire aussi que le travail va se raréfiner.
Eh bien, penser la protection sociale, penser un système qui permet à chacun d'entre nous d'être protégé contre le risque de la maladie, de pouvoir avoir une retraite, de pouvoir être protégé s'il y a un accident du travail, une maladie professionnelle, ça suppose d'être adapté à ce que sont les réalités du monde dans lequel on va vivre, et pas simplement au schéma qui était ce du XXe siècle. Donc voilà, j'essaie de penser les transitions, et parmi ces transitions, il y a la question du rapport au travail, lié à la révolution numérique, et l'autre transition qui paraît de la plus importante d'ailleurs même, c'est celle de notre système économique. On a un système économique qui s'accommode de la destruction de l'environnement, qui s'accommode de continuer à prélever des ressources qui sont de plus en plus rares, qui pour autant vont devenir de plus en plus précieuses, qui s'accommode de bouger l'atmosphère, de nous faire respirer des particules fines, et de provoquer des maladies chroniques qu'elles explosent en France, notamment sous forme de cancer.
Moi je pense que c'est plus supportable et acceptable. Alors on va parler maintenant de votre programme. Une première mesure déjà, c'est forte de votre côté, qui concerne votre façon de gouverner.
Vous proposez ce qu'on appelle un 493, enfin ce que vous appelez plutôt, un 493 citoyen. Alors concrètement, ça permet à 1% du corps électoral, soit environ 400, 500 000 personnes, si j'ai bien compris, à chaque fois, par le biais d'une pétition, de faire deux choses, soit d'imposer au Parlement d'examiner une proposition de loi, soit de suspendre l'application d'une loi adoptée par le gouvernement avant de la soumettre au référendum. Ma question elle est très simple, est-ce qu'il n'y a pas un risque de blocage et d'impossibilité de mener des réformes si à chaque fois 450 000 personnes peuvent suspendre une loi et la soumettre au référendum de cette façon ?
Ah ça, je serais croire que 450 000 signatures c'est facile à obtenir. Ça n'est pas facile. Dans le travail, il y a eu plus d'un million de signatures.
Mais sur internet, là on parle d'une pétition qui serait aussi sur internet, mais où encadrée par des règles strictes, où il faudrait laisser son nom, son prénom, son adresse. On est donc dans une démarche qui est une démarche plus officielle. Première chose, cela étant dit, je pense que sur la loi travail, c'est le bon exemple, il y aurait probablement eu 450 000 personnes à exiger que cette loi votée par le Parlement soit soumise à référendum.
Était-ce illégitime ? Non, tant la mobilisation était forte contre cette loi. Non, tant cette loi était contraire aux engagements pris par le Président de la République lors des élections.
Donc là, oui, c'est exactement à cela que je pense. À la possibilité pour les citoyens de faire irruption dans les processus politiques pour dire, entre deux élections, vous n'avez pas le droit de faire n'importe quoi. Moi, je ne me satisfais pas d'un discours qui consiste à dire, donneront tous les pouvoirs à une personne jugée providentielle et elle nous sauvera.
Pour autant, on peut penser que 450 000, malgré la procédure officielle de votre pétition, ça peut être assez peu pour faire un référendum qui n'est pas assez mince. Moi, je ne le pense pas. Si, au bout du compte, on devait dans la concertation qui sera celle qu'on aura pendant le débat démocratique que j'aurai avec les citoyens français, il a pareil qu'il faille monter le seuil parce qu'il est de quelques dizaines de milliers de signatures, pourquoi pas, mais ça me semble être correct, un pourcent du corps électoral.
Et vous verrez qu'il n'y aura pas tant que ça de textes. Moi, je n'anticipe pas plus de 3-4 textes, et encore au mieux, par qu'un quennat qui soit soumis à référendum. Alors, on va parler d'éducation maintenant.
L'université en France est ouverte à tous, mais elle rencontre parfois des difficultés, notamment les taux d'échec importants en première année de licence. Selon une note ministérielle qui a été publiée là, l'été 2015, seulement 27% des étudiants inscrits en première année en L1 décrochent leur diplôme 3 ans plus tard. Est-ce que c'est un problème que vous souhaitez résoudre, et si oui, comment ?
D'abord, c'est un problème d'orientation post-bac. À l'évidence, on a un problème d'orientation fin 3e, on a un problème d'orientation post-bac, il y en a un problème d'organisation de notre système universitaire, dès lors que, je vais prendre un exemple, les bacs pro sont censés, pour poursuite d'études, aller vers les BTS, les bacs techno aller vers les IUT, c'est le cas marginalement. Et nous sommes aujourd'hui dans un système où nous avons pensé des poursuites d'études dans l'assignement supérieur en fonction de l'organisation de notre système éducatif, filière technologique, filière professionnelle, filière générale, et dans les faits, l'orientation ne fonctionne pas comme celle-là.
Ça, c'est la première chose. Donc, nous avons un problème d'orientation post-bac. Mais par rapport au choix des filières et à l'orientation des élèves au lycée, est-ce que vous proposez un changement du lycée, ou est-ce que vous le gardez avec les filières qu'on connaît actuellement ?
Moi, je pense qu'il faut continuer à avoir une filière technologique, une filière professionnelle, une filière générale, mais on va se parler franchement. Au moment où les parents sont amenés à faire un choix entre un excellent philosophe ou une excellente auxiliaire de vie, ils diront quoi ? Au mieux être excellent philosophe qu'être excellente auxiliaire de vie.
Pourquoi ? Parce qu'on n'a pas le même respect à l'égard de l'enseignement professionnel qu'on l'a vis-à-vis de l'enseignement général. C'est un changement des mentalités.
Notre système éducatif est pensé pour trier les générations et faire en sorte que l'élite de l'élite, finalement, choisisse ses filières générales, puis ensuite les grandes écoles, puis ensuite l'agrégation, l'ENA, etc. Je pense que ce modèle-là est un modèle dangereux. Pourquoi ?
Parce qu'aux inégalités sociales, on rajoute les inégalités scolaires et les inégalités scolaires renforcent les inégalités sociales. Donc moi, je veux que ces trois filières, qu'on avoue, qui restent pertinentes, aboutissent à de l'excellence et que cette excellence bénéficie de la même reconnaissance, de la même gratification dans chacune de ces filières. Sur votre proposition du revenu universel, moi, j'ai reçu il y a quelques semaines un interview de Nathalie Cusco-Mauréisée qui est, elle aussi, favorable à un revenu universel, mais un revenu universel qui remplace toutes les aides sociales existantes.
De votre côté, justement, qu'en est-il ? Donc quel montant, quelle modalité ? Personnellement, moi, j'ai 19 ans aujourd'hui.
Si vous êtes élu en mai, concrètement, qu'est-ce que ça voudra dire le revenu universel pour moi ? Vous avez plutôt de la chance. En fait, vous allez vous le percevoir dès l'année 2018.
Moi, je préconise que le revenu universel d'existence qui vise à être versé à tous les Français au terme du quinquennat commence dès le budget 2018, c'est-à-dire dès l'année 2007 où nous le voterons, à être versé aux 18-25 ans, qu'ils soient apprentis, travailleurs, étudiants, en formation ou en situation ou au chômage, que le revenu universel, qui sera d'un montant de 600 euros, les concerne. Le but, c'est quoi ? C'est qu'on est le pays, en Europe probablement, qui est le plus dur à l'égard de sa jeunesse.
Vous êtes jeune et vous n'avez pas d'emploi, vous ne pouvez pas toucher le chômage parce que vous n'avez pas déjà travaillé. Vous êtes jeune, vous ne pouvez pas avoir accès aux minimas sociaux parce qu'on considère qu'en France, qu'on n'y est légible qu'à partir de 25 ans. Au nom de quoi ?
Et que nous qui le disons, en France, le but du revenu universel, ce n'est pas qu'il vienne se substituer, par exemple, à l'assurance maladie. Vous êtes aujourd'hui remboursé d'une grippe, il y a un remboursement en sécurité sociale, si vous avez une complémentaire, une mutuelle, elle vient compléter votre remboursement. Ça, c'est la base.
Ça, ça restera. De la même manière, l'objectif du revenu universel, ce n'est pas qu'il complète toutes vos indemnités chômage, c'est qu'il vous donne la possibilité d'être plus autonome que vous ne l'êtes aujourd'hui dans votre vie, et notamment autonome par rapport au travail. Mon objectif, c'est quoi ?
Mon objectif, c'est de prendre...
En tout cas, d'abord, il y a un constat. Moi, je fais partie de ceux, il y a ceux qui disent non, ceux qui disent oui. Moi, je pense que le travail va se raréfier à raison du fait que la révolution numérique est en train, justement, de nous amener à constater que même dans des métiers de service, même dans des métiers de direction, d'exécution extrêmement pointus, des algorithmes, des robots, des machines se substituent ou au bras des hommes ou au cerveau des hommes.
Et donc, le travail va se raréfier. Bonne nouvelle, on va pouvoir être beaucoup plus autonome par rapport au travail, à la seule condition qu'on ait les moyens d'être autonome, c'est-à-dire qu'on puisse choisir de travailler moins, qu'on puisse choisir de passer à temps partiel. Le revenu universel, qu'est-ce que concrètement il va changer ?
Prenez une mère célibataire qui a un travail, je parlais tout à l'heure, auxiliaire de vie. Elle va gagner 1300 euros par mois. Elle a sa charge des enfants, elle a un peu d'allocations familiales et ça ne lui permet pas aujourd'hui correctement de consacrer du temps à l'éducation d'un jeune enfant ou alors d'un enfant adolescent.
Eh bien, le revenu universel lui permet de passer à temps partiel sans perdre un euro de pouvoir d'achat. Probablement plus, admettons, elle gagne 1300 plus 600. Alors qu'elle passe à deux tiers de temps, elle gagne encore de l'argent et on gagne par rapport à sa situation d'avant.
Son revenu baisse, mais le revenu universel qui a un côté, bien encompré. Si elle passe à temps partiel, forcément, si elle passe à deux tiers de temps, elle gagnera deux tiers de 1300 euros. Donc, on fait rapidement divider par trois.
Vous avez compris ? Oui, ça fait moins 450 à peu près. Donc, ça lui fait 850 euros plus 600.
Vous voyez ? Donc, elle gagne de l'argent, mais elle se retrouve dans la situation de pouvoir, elle, consacrer du temps à des enfants pour un temps de sa vie. Peut-être qu'après, elle reprendra à plein temps.
En plus de ces 600 euros. La question, c'est, est-ce qu'on se dote des instruments pour maîtriser cet avenir, maîtriser cette transition, le revenu universel y participe, ou pas ? Moi, je ne veux pas que le pays, ce pays, en l'occurrence, dans lequel grandissent mes filles, soit un pays dans lequel elles ne choisissent pas leur vie, ou en tout cas, elles la choisissent moins que moi.
Il y avait un sujet du blague l'année dernière, c'était « Travailler moins, est-ce vivre mieux ? » Un sujet de philo. Je suppose que votre réponse, du coup, c'est oui.
Pour la plupart de ceux qui, aujourd'hui, ont un travail, sont heureux d'avoir un travail parce qu'ils en vivent, et un travail qui les broie, dans lequel ils ne s'épanouissent pas. S'ils ont autant d'argent en travaillant moins, je ne peux pas vous assurer que c'est mieux, mais à condition aussi qu'on ait une politique ambitieuse en matière culturelle, qu'on ait une politique ambitieuse en matière éducative, une politique ambitieuse en matière associative. Se réaliser en dehors du travail, ça suppose aussi qu'on ait un environnement qui nous permette, à vous, à moi comme à d'autres, d'avoir accès à des services publics, à des biens culturels, à des services culturels, à des opportunités de se réaliser, de s'accomplir un peu différentes.
Vous voulez instaurer de nouveaux droits pour les travailleurs, notamment la reconnaissance du burn-out comme responsabilité de l'entreprise ou alors le droit à la déconnexion qui, il me semble, a été appliqué avec la Wacommerie...
Mais qui est facultatif. Qui est facultatif. D'accord.
Vous pouvez ajouter quelque chose à ça. Le progrès, c'est génial, mais c'est facultatif. Alors justement, comment faire s'appliquer, c'est la ma question, comment faire s'appliquer concrètement ces droits ?
Est-ce que vous allez les pénaliser des entreprises dont les salariés font des burn-out ou qui n'appliquent pas le droit à la déconnexion ? Alors, je vais prendre un exemple très simple. Avant, on a constaté que dans la construction des bâtiments, il y avait beaucoup d'accidents du travail.
On a pensé la protection sociale comment ? En disant, les entreprises où on constate que pour construire quel ou tel bâtiment, beaucoup tombent, beaucoup se blessent, plus il y aura de gens à se blesser, plus vous paurez de cotisations. C'est le principe d'une cotisation qui est proportionnelle à ce qu'on appelle la sinistralité, c'est-à-dire le degré de risque que prennent les salariés.
Moi, je pense qu'il faut faire avec les maladies professionnelles dont les pathologies psychiques la même chose que ce qu'on a fait dans les entreprises du bâtiment. Une dépression grave, un stress généralisé, une anxiété généralisée, bref, c'est une maladie liée et directement imputable à votre travail. Donc moi, je souhaite qu'on ait le même modèle quand on sait qu'une dépression est imputable au travail, eh bien, la facture est payée non pas par l'assurance maladie, c'est-à-dire vous et moi, nos cotisations, mais par l'entreprise.
C'est aussi simple que ça. Pour le droit à la déconnexion, du coup ? Là, il faut qu'on puisse avoir un mécanisme de sanction.
Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, il a encore, selon des sondages et des déclarations des cadres eux-mêmes, un cadre français sur trois déclare travailler entre 20h et minie. Il trouve ça normal.
Donc il répond aux agences de son de sa hiérarchie, soit, et après, une fois qu'il a eu une instruction, il le reporte sur qui ? Sur ses collaborateurs. Et donc, par ruissellement, l'ensemble de l'entreprise continue à travailler au-delà du temps de travail.
Et finalement, on se rend compte que la durée légale du travail, ce qui est censé vous amener à travailler 35 heures, on a 35 heures à faire des heures supplémentaires, en réalité, cadre comme mon cadre continue à travailler bien au-delà et la durée légale du travail, même les heures supplémentaires, tout ça n'a plus de sens puisque votre domicile, vos transports en commun, votre bureau, tout ça, ce sont des lieux indifférents au fait que vous continuez à travailler. Et moi, je pense que le droit à la déconnexion, il consiste à dire qu'il n'y a pas que le travail dans la vie. Une dernière question maintenant sur l'économie.
Vous proposez de nombreuses mesures fortes pour l'État. On a parlé de relais universelles. On aurait pu parler aussi de l'augmentation du budget dédié à la culture, de recoupir de 40 000 enseignants, d'augmentation de leur salaire, etc.
En parallèle, vous annoncez une révolution fiscale. Est-ce que vous pouvez comprendre certaines inquiétudes qu'avec l'augmentation des dépenses publiques, quand l'Union européenne nous impose aujourd'hui un contrôle strict du budget, que ça ne pose pas un souci à un moment ? La question c'est est-ce que ce contrôle est légitime ou pas ?
Est-ce qu'il est justifié ou pas ? On a mené des politiques austéritaires dans toute l'Europe. Il y a plus d'inégalités, plus de pauvreté.
Prenons l'exemple de l'Allemagne. Est-ce que vous savez quel est le taux de pauvreté de l'Allemagne ? Je ne connais pas par cœur.
Non mais bon, je n'ai pas pour un test. Il est autour de 17%. Pourtant, ils ont entre 5 et 6% de chômeurs.
Nous, on est à 10% de chômeurs et on a 14% de pauvres. Donc, on a moins de pauvres qu'eux. Ça veut dire que vous avez beau baisser le taux de chômage, ça ne veut pas dire pour autant que vous baissez le nombre de personnes pauvres.
Et là, vous vous dites, mais quel est le sens d'une politique de gauche ? Si je retrouve, je permets à une personne de retrouver du travail, mais qu'elle est toujours pauvre, donc mal, donc vulnérable, donc malheureuse, quel sens cela a-t-il ? Et donc, la question qu'il faut regarder derrière, c'est, est-ce que ceux qui payent de l'impôt sont les bonnes personnes ?
Là, je ne le crois pas. Et oui, je vous le dis, le problème, c'est quoi ? C'est que ceux qui savent qu'ils vont payer plus sont ceux qui possèdent les journaux.
Ceux qui savent qu'ils vont payer plus sont ceux qui parlent à la télévision. Et vous disent, c'est horrible, vous avoir à cause de M. Hamon une augmentation des impôts.
Je leur dis, à vous, oui. Ça tombe bien, les châteaux, ce n'est pas délocalisable. Alors, il y a des châteaux pour les entreprises, est-ce que vous ne prenez pas un départ d'entreprises qui sont en salant dans ce jour d'hui, des délocalisations ?
Enfin, c'est des problèmes qui se sont apportés. Oui, mais vous avez raison. À condition que là aussi, on soit faible, il ne faut pas avoir la main qui tremble.
C'est quand même incroyable que le Conseil constitutionnel ait remis en cause le principe de la taxe Google. La taxe Google, elle disait quoi ? Google fait d'énormes profits en Europe, mais elle remonte par des systèmes de licence, de redevance, en gros, à la holding, la société mère, qui, elle, est installée dans les paradis fiscaux.
En l'occurrence, il y en a aussi en Europe. Et c'est comme ça que l'activité réalisée chez nous, les bénéfices réalisés par ces entreprises, Apple, Google, ce qu'on appelle les GAFA, Facebook, etc., échappent à l'impôt chez nous.
Ça, c'est inadmissible. La lutte contre l'évasion fiscale et la fraude fiscale et sociale, la fraude aux cotisations, elle peut ramener et rapatrier des dizaines de milliards d'euros. Il faut juste ne pas avoir la main qui tremble.
Et c'est autant valable en matière de coopération internationale. Il faudra regarder M. Juncker.
Vous vous rendez compte qu'on a choisi pour mettre à la tête de l'Union européenne quelqu'un qui a été Premier ministre du Luxembourg, un pays qui a organisé une évasion fiscale de tous les pays européens vers le Luxembourg où il y avait le secret bancaire. On se choisit. Honnêtement, la personne la moins qualifiée aujourd'hui pour organiser la transparence.
Et personne n'est choqué. Mais moi, je suis choqué. Moi, je ne trouve pas ça admissible.
Moi, je trouve cela même choquant qu'on en soit arrivé là. Et après, on va jouer les vierges et farouchées au moment où les citoyens européens vont se détourner du projet européen. Mais arrêtons aujourd'hui de jeter des cailloux au projet européen comme le font beaucoup de dirigeants européens quand ils refusent l'hospitalité aux migrants, quand ils refusent de taxer les grandes multinationales et internationales.
Quand ils placent un ancien Premier ministre d'un paradis fiscal à leur tête, oui, là, on est en train de creuser la tombe du projet européen. Je ne m'y résous pas. Alors, justement, vous avez parlé de la crise des réfugiés, un débat qui agite quand même beaucoup la France et les politiques ces dernières semaines.
Bien sûr, bien sûr, il n'y a pas de souci. Il n'y a pas de souci. Alors, sur la crise des réfugiés, vous prenez un visa humanitaire.
Il ouvrira, je cite, aux personnes en situation de détresse humanitaire, une voie d'accès légale et sécurisée au territoire français pour un accueil et une protection temporaire. Comment est-ce que vous définissez finalement les conditions d'autention de ce visa et en quoi est-ce que c'est différent de ce qu'on a aujourd'hui avec le visa humanitaire, il existe ? La question, c'est l'utilisation ou pas ?
Aujourd'hui, il n'est pas utilisé. Comme on ne l'utilise pas et qu'on n'autorise pas quelqu'un qui veut venir chez nous parce qu'il se sent persécuté, parce qu'il est en situation de détresse économique ou climatique à faire le trajet par avion ou par bateau qu'on affrèterait nous-mêmes, ils prennent quel bateau ? Ceux que les passeurs mettent à leur disposition au point qu'il y a eu 5000 morts recensés l'année dernière en Méditerranée.
Donc oui, moi je pense qu'il faut la mise en place de couloirs humanitaires. Et ces visas humanitaires viennent permettre que l'Europe qui a échoué pour trouver une solution politique en Syrie, eh bien, s'honore d'être plus hospitalière qu'à qu'elle ne l'est aujourd'hui. Parce que, vous savez, j'ai été l'auteur d'un rapport sur le Liban, un rapport parlementaire en Commission Affaires étrangères où j'ai beaucoup travaillé sur ces questions-là. et le fait est que j'ai constaté quand j'étais au Liban que les pays européens sont ceux qui achètent des encarts dans les journaux arabophones libanais pour dire « ne venez pas en Europe ».
Les pays européens, plutôt que d'organiser la prise en charge des réfugiés au Liban, de payer le programme alimentaire mondial, le haut commissariat aux réfugiés, on préfère s'acheter des encarts pour dire « vous n'êtes pas les bienvenus ». Quand on en arrive à ce niveau de cynisme et quand c'est en Europe que l'on voit cela, moi, je me désespère du projet européen. Toute dernière question, rapidement, ceux que regardent régulièrement les interviews sur la chaîne Le Stable, c'est une question que je pose à tous les candidats.
Ma génération va voter pour la première fois à l'élection présidentielle en 2017. Qu'est-ce qui doit lui donner de raison de croire en la politique encore aujourd'hui ? C'est tellement difficile de répondre à une question pareille.
Qu'est-ce qui doit lui donner de raison de croire à la politique ? Tout simplement, le fait que si elle ne s'empare pas cette génération, votre génération, des questions qui la concernent, les décisions se prendront sans elle. Et non seulement elles se prendront sans elle, mais en plus, elles risquent de se prendre contre elle.
Et moi, je ne garantis pas que parce qu'il y aura une participation massive des jeunes, tout, du jour au lendemain, va s'améliorer pour eux. Mais ce qui doit les préoccuper, c'est que qui se décide pendant cinq ans et puis cinq ans après, c'est non seulement le monde dans lequel vous allez vous, trouver un travail ou pas, vous marier ou pas, faire une famille ou pas, mais dans lequel vos propres enfants respireront l'air vicié ou pas, absorberont ou toucheront des substances toxiques ou pas. Tout ça va se décider là.
Et ça s'est décidé dans les cinq dernières années comme ça se déciderait les cinq, dix, quinze, vingt ans. Alors, ne soyez pas obsédés, moi, je le dis, dans vos choix, comme d'autres l'ont été par le court terme. La politique, elle est là pour penser le long terme et le moyen terme.
Or, aujourd'hui, on n'a que des réponses de court terme. On ne pense pas à la révolution numérique, on ne pense pas à l'évolution de notre modèle de développement, on ne pense pas que doit être la démocratie. Moi, je pense que fondamentalement, ce qui est en jeu, c'est le futur des 5, 10, 15 ans, 20 ans peut-être à venir.
Encore faut-il que vous ayez imposé votre génération à ce nombre des thèmes qui seront ceux de la présidentielle. Obligez les politiques à adresser ces questions-là parce que vous aurez décidé de peser un débat public. C'est tout.
Ça s'appelle la démocratie. Faites-la vivre, tout simplement. Il faut que ça respire.
Inspirez, expirez. Merci beaucoup d'avoir pris le temps de répondre à toutes nos questions. Si cette vidéo vous a plu, pensez à déposer un maximum de pouces bleus et à vous abonner si ce n'est pas encore le cas.
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Vous retrouverez des vidéos sur la page Facebook dans les prochains jours. Je tiens à remercier Grégoire Lefeb, Yannis Enzali et Léo Boxelet qui ont participé avec moi à l'élaboration des questions de cette interview. Merci à Tom Prod pour la production de cette vidéo.
Merci quand même autant qu'il devait nous accueillir aujourd'hui mais que du coup, on retrouve pour la prochaine interview. C'est notre photo. Et merci à Laurent Hammer de Blog Press Agency.
Encore merci à Benoît Hamon. Yannis Enzali Yannis Enzali Yannis Yannis Yannis Yannis Yannis Yannis Yannis Yannis Yannis Yannis Yannis Yannis Yannis Yannis Yannis Yannis Yannis On va suivre la campagne attentivement et nous de notre côté on se dit à très vite.
Benoît Hamon