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interviewFrance Culture (sur YouTube)· 3 juin 2025 8 min

Politiques anti-tabac : LA CIGARETTE fait ses adieux à l'espace public

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Alors, vers un espace public sans tabac. Oui, c'est Catherine Vrin qui l'a annoncé jeudi dernier dans une interview au quotidien West-France. Dans un peu moins d'un mois, à compter du 1er juillet prochain, le tabac sera banni dans les parcs des jardins publics, sur les plages, près des écoles, des abribus, des équipements sportifs.

Bref, la cigarette qui n'était déjà plus franchement la bienvenue partout fera ses adieux à l'espace public. Enfin, pas complètement. Les terrasses des cafés ne sont pas concernées par cette interdiction.

Les cigarettes électroniques non plus. Alors, s'agit-il d'un tournant comparable à celui déjà pris en 2007 ? Allons-nous vers un espace public sans tabac.

Nous parlons de ce dossier, de ses implications sanitaires avec vous Loï Joseran. Bonjour. Bonjour et merci beaucoup d'être avec nous ce matin.

Vous êtes président de l'Alliance contre le tabac là. C'était le président de l'université de Versailles Saint-Quentin. Je précise que vous êtes médecin et spécialiste des politiques de santé.

Alors cette interdiction annoncée par Catherine Vrin, une étape importante Loï Joserran dans cette lutte contre le tabagisme. Alors une étape importante mais malheureusement non décisive dire qu'elle est importante parce qu'elle va participer à sortir de notre espace public cette cigarette. Nous nous n'allons plus la voir effectivement sur les plages et dans et dans et dans quelques autres lieux.

Donc ça c'est une très bonne chose. Les enfants n'y seront plus ne seront plus soumis à à la vue de ce produit, à la tentation qu'ils pourront représenter quand ils seront un petit peu plus grand. Les adultes réaliseront que le fait de fumer ne rend pas le paysage plus joli, ne rend pas le moment plus agréable quand on est à la plage dans un parc.

Simplement parce que c'est la cigarette est là. Non, c'est pas la cigarette qui crée le moment. C'est la beauté du paysage et la relation humaine qui est en train de s'y dérouler.

Alors, il y a les interdictions très concrètes que je mentionnais dans les lieux que je mentionnais il a quelques instants. Il y a aussi les les comportements induits par ces interdictions. Est-ce qu'on est à l'aube d'un changement de la nature de celui qui a pu avoir lieu en 2007 ?

Alors, on peut rappeler pour nos auditeurs peut-être les plus jeunes 2007, c'est la la fin de l'autorisation de fumer dans les lieux publics. Alors, 2007 avait marqué effectivement une étape importante et c'est grâce à ce décret à l'époque de de de décret Bertrand que nous avons vu sortir la cigarette de bon nombre d'endroits publics et que nous pouvons effectivement respirer de façon plus qualitative dans un certain nombre d'espaces publics. À l'époque, les restaurants avaient fait partie de ce décret.

Aujourd'hui, ils n'y sont pas. Autrement dit, les terrasses vont rester des lieux fumeurs et notamment c'est ce que j'appelle les aquariums à fumeur ou qui sont des pièces maintenant quasiment sur le trottoir en extérieur complètement fermé avec des parois vitrées avec avec une tinture par-dessus. Voilà, donc ça ça va demeurer.

Donc on va continuer à exposer le fumeur au tabagisme passif. On va priver les non fumeurs de ces terrasses. Donc je trouve ça particulièrement regrettable.

C'est certainement un effet marqué du lobby des buralistes et des cafetiers, souvent les deux d'ailleurs se rejoignant sur la même dans les même lieux. Donc c'est certainement un effet positif de ce lobby. Malheureusement, nous hypothéquons encore un peu plus la santé publique.

Pas d'interdiction générale du tabac à vous entendre le Jerran, est-ce que cette mesure, ces mesures sont trop limitées à vous entendre ? On entend que que c'est le cas, mais au vu du nombre de morts par an, on donne souvent ce chiffre qui est donné par Santé publique France, 75000 morts par an. Euh est-ce qu'on peut déjà préciser d'où vient ce chiffre et est-ce qu'on est aujourd'hui toujours dans dans euh euh cet ordre de grandeur ?

Alors ce chiffre répertorie l'ensemble des décès qui peuvent être rapprochés à la consommation de tabac soit passif ou actif. Euh alors c'est un chiffre qui est assez stable depuis un certain nombre d'années maintenant. Avant que nous ne puissions le voir baisser, nous allons devoir attendre un certain nombre d'années, voir décennies.

Puisqu'il faut bien imaginer que le moment où on fume et le moment où on va décéder de sa consommation, il va s'écouler entre 20 et 30 ans. Donc les baisses que l'on constate aujourd'hui, notamment chez les plus jeunes où là nous sommes passés de 25 % des 17 ans qui fument à 15, avant que nous voyons réellement un impact sur les chiffres, il va nous falloir 20 ou 30 ans. Donc là, on est en train de se parler d'une baisse qu'on pourra voir à l'orée de allez 2045 2050. le rendant quelles autres pistes, quelles autres mesures possibles pour lutter contre le tabagisme au-delà ce qui a pu être annoncé peut-être la fiscalité, les limitation de la vente encore fiscalité c'est un des leviers qui marche le plus avec ce qu'on appelle une élasticité négative de 4 % c'est-à-dire que chaque fois qu'on augmente le prix de 10 % la consommation baisse de 4 % c'est mathématique ça se voit dans tous les pays c'est pas propre à la France c'est c'est un chiffre d'ordre général et c'est ce qui est recommandé par l'OMS l'autre mesure que l'on voit aujourd'hui qui est mise en place chez les anglais en Royaume-Uni C'est la décommercialisation, ce qui revient à étendre l'interdiction de ventaux mineurs au-delà de 18 ans.

Mais comme 90 % des des fumeurs ont commencé avant 18 ans, en réalité passer à 19 20 ans n'est que la prolongation. Et ne pas acheter de clope quand on soi-même on est non fumeur et qu'on l'a jamais été et qu'on est entouré de non fumeur ne n'est pas vraiment une une privation quoi. On peut s'arrêter le je quelques instants sur cet exemple britannique extrêmement intéressant.

Donc c'est une interdiction générationnelle. En réalité, c'est une inter c'est une forme d'interdiction générationnelle d'achat. C'est c'est la prolongation comme je vous le disait de de cette interdiction de vente au mineur.

Aujourd'hui normalement le tabac est interdit au mineur. Or les 2 tiers des bururalistes vendent siamment au mineur parce qu'ils savent très bien que cette mesure est efficace. C'estàd que si on ne vend plus de tabac au mineur dans 20 dans 20 ans, on ne parle plus de tabagisme en France, l'affaire sera réglée.

Donc en réalité en vendant au mineur, ils s'assurent des consommateurs pour encore 20 ou 30 ans. Donc ils savent que c'est efficace. C'est pour ça que cette loi est bafouée.

Et donc aller au-delà, renforcer les contrôles, mettre de vraies amendes et des sanctions réelles. Parce qu'il faut savoir que les les les buralistes sont des préposés de l'État et de l'administration fiscale quand ils vendent du tabac, donc il bafou la loi. Mettre vraiment une pression pour que la loi soit enfin respectée de ce point de vue-là serait une vraie avancée.

Et donc cette décommercialisation vise à prolonger l'interdiction de vente au mineurs au-delà de 18 ans. Alors, c'est quelque chose qui est difficilement imaginable en France, le fait qu'on qu'on puisse interdire la vente de cigarettes à toute personne née après une certaine date. Est-ce qu'on pourrait y arriver Lon, c'est une volonté politique et une forme de courage politique.

Il faut bien avoir en tête qu'aucun homme ou femme politique n'a jamais été battu parce qu'il a pris des mesures fortes contre le tabac. Il faut également avoir en tête que 7 français sur 10 réclament des mesures pour protéger la santé de leurs enfants parce que c'est véritablement ça dont on est en train de parler hein, c'est l'entrée dans le tabagisme des plus jeunes et neuf adolescents sur 10 souhaitent également aboutir à une génération sans tabac. Donc ça ce sont des chiffres que nous avons travaillé avec BVA.

Donc ce sont les résultats et qui s'inscrivent dans le temps de les résultats d'enquête et de l'état d'esprit des Français. Donc il y a aucun risque politique à aller contre les les à promulguer pardon des lois qui protègent la santé des gens et notamment vis-à-vis du tabagisme. Que faites-vous le exerçon de l'argument qu'on est obligé d'entendre qui est l'argument de la liberté individuelle des fumeurs qui est pas un argument anecdotique hein puisque la la nicotine est une drogue.

On le rappelle évidemment elle a ses adeptes aussi et ses représentations parfois très populaires. On se souvient des atmosphères toujours très enfumées des films de Claude Sauteil. Il y a comme ça tout un imaginaire de la cigarette et il y a des adeptes de la cigarette.

Alors la la première chose, c'est que c'est pas une liberté, hein, c'est une dépendance. Donc c'est une dépendance extrêmement forte. Parlons-nous de liberté face à quelqu'un qui a une consommation d'alcool excessive.

Je pense pas que on considère ça comme étant une liberté de la même façon sur d'autres produits psychoactifs. Donc et alors oui dans les il y a quelques années de ça, on avait un cinéma qui était un peu plus enfumé qu'il ne l' aujourd'hui. Mais nous avions aussi des wagons fumeurs dans lequel on ne pouvait pas respirer.

Des avions fumeurs dans lequels nous ne pouvions pas plus respirer. Était-ce à l'époque une forme de liberté ? J'en suis pas intimement convaincu.

Je pense qu'au contraire voir disparaître cette cigarette et les écrans sont aujourd'hui encore extrêmement mobilisés pour faire de la publicité au tabac. Chaque film français, c en moyen de 3 minutes de pub tabac. Merci beaucoup Loï Joseran pour tous ces éclairages.

Je rappelle que vous êtes président de l'Alliance contre le tabac, président de l'université de Versailles Saint-Quentin, médecin et spécialiste des politiques de santé publique. Merci.