Donald Trump: le président des patrons ? avec Julien Vaulpré
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Chapitres
Questions et réponses
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- 2:51OuverteRéponse directe
Il a fondé sa carrière sur le mensonge ou le culte de l'apparence ?
- 4:01OuverteRéponse directe
Wall Street soutient-il Trump ou Kamala Harris ?
- 8:03OuverteRéponse directe
Pourquoi Trump capte-t-il la classe moyenne ?
- 10:52OuverteRéponse directe
Quel impact a eu la tentative d'assassinat sur Trump ?
- 13:17OuverteRéponse directe
Elon Musk a-t-il contribué à réhabiliter Trump dans le milieu des affaires ?
- 13:32OuverteRéponse directe
Pourquoi le protectionnisme de Trump n'effraie-t-il pas le milieu des affaires ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:12PrésentateurChiffre
« il dit toujours qu'il est parti avec un million de dollars. »
- 1:16PrésentateurChiffre
« Les faits montrent que c'est plutôt 400, 500 millions. »
- 1:29PrésentateurFait
« il dit très rapidement qu'il est milliardaire alors qu'il n'est pas milliardaire »
- 6:13PrésentateurChiffre
« il a perdu un contrat fédéral à 10 milliards de dollars »
- 7:22PrésentateurChiffre
« Entre Kamala Harris et Donald Trump, c'était l'équivalent d'une perte de 250 milliards de dollars »
- 14:27PrésentateurChiffre
« Trump a dit en privé que le soutien, ou tout le soutien, direct ou indirect, d'Elon Musk, c'était 500 millions de dollars »
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D'où vient Donald Trump ?
Donald Trump, il vient du monde des affaires, il vient du monde de l'immobilier. C'est une tradition familiale. Son grand-père a ouvert des hôtels et des bordels au moment de l'art vers l'or.
On n'avait peut-être pas tous cette information. Non, c'est vrai.
Son père était dans l'immobilier et lui va commencer dans l'immobilier. Et donc il va devenir un mania de ce secteur qui n'est pas le plus inventif ni le plus sophistiqué du capitalisme américain. C'est un secteur très particulier dans lequel il va acheter beaucoup d'immeubles à bas prix, dans le Queens, à Brooklyn, parfois avec des subventions publiques, dans lequel il va commencer à faire fortune. Et avec deux, quand même, la fortune de Trump et lui-même, ça a beaucoup été dit, il y a une espèce de double mensonge auquel on a beaucoup de mal à savoir quelle réalité. C'est d'abord le montant que lui a donné son père. Donc il dit toujours qu'il est parti avec un million de dollars.
Les faits montrent que c'est plutôt 400, 500 millions.
C'est rigolo, c'est vraiment américain. J'ai commencé avec un million de dollars dans ma pocket.
Et puis il va également exagérer sa fortune. C'est-à-dire qu'il dit très rapidement qu'il est milliardaire alors qu'il n'est pas milliardaire, en tout cas pas à l'époque. Et donc il parvient à faire un peu effraction, à rentrer dans l'establishment new-yorkais et du monde des affaires, avec déjà ce personnage un peu hors norme, mais avec une dimension jet-set qui fait qu'il est voyant, déjà bruyant, en tout cas très visible. Donc ça c'est son histoire. Ensuite il va faire fortune avec les hôtels, la Trump Tower, etc. Donc il vient de ce monde-là, il va en garder quand même quelque chose qui est quelque chose du deal et de l'opération.
C'est-à-dire que dans l'immobilier, on fait une bonne affaire ou on fait une mauvaise affaire. Et donc il écrira un livre là-dessus, The Art of the Deal. Et donc c'est un personnage qui est très transactionnel, qui est, on est contre lui ou avec lui, on passe un accord. Donc toute la dimension, je dirais, de cette dimension du capitalisme et de sa conception du monde des affaires va quand même beaucoup irriguer ça, non pas sa pensée politique, mais la manière dont il fait de la politique.
Ça éclaire, oui. Effectivement, déjà bien sa façon de faire de la politique. Et vous l'avez dit, il a déjà fondé quand même sa carrière très tôt sur le mensonge, ou en tout cas le culte de l'apparence, c'est ça ? Vraiment ?
Alors oui, il y a ce personnage que désormais on connaît. C'est-à-dire qu'après cela, il a quand même passé quelques temps un peu sous les radars, et puis il revient dans les médias. Il revient comme une star de la télé. Donc c'est une sorte de... Et là, il invente ce personnage très kitsch américain, en fait. Et donc il a beaucoup d'hôtels, d'ailleurs, à Las Vegas. Enfin, tout ça est un espèce d'ensemble qui forme un peu son écosystème, son esthétisme, si je peux me permettre, sur le sujet. Et donc la notoriété est un élément très important qu'il va rechercher assez vite, au moins autant que l'argent, son mariage, son divorce, la Trump Tower. Tout ça, ça fait partie...
C'est très voyant, c'est très clinquant, et c'est lui, dès le départ.
Ça bling comme la casquette de Léa. Merci pour le parallèle. Tu avais une question, Julien ? Oui, quand il s'est présenté en 2015, Trump avait été un peu rejeté, justement, par Wall Street, par ses élites financières qui le prenaient un petit peu de haut. Est-ce qu'aujourd'hui, Wall Street soutient plutôt Trump ou plutôt Kamala Harris ?
Alors, le monde des affaires américains, il est quand même très varié, très nombreux, etc. Donc il y a beaucoup d'écosystèmes. Mais ce qui est certain, c'est que le monde des affaires, où les grands patrons américains ne l'ont pas du tout soutenu au départ. Soit ils étaient démocrates, soit ils étaient républicains, façon George Bush, c'est-à-dire très traditionnels et pas du tout sulfureux. Et donc ils trouvaient, lors des dernières élections, qu'il était absolument infréquentable, aussi bien en termes de style qu'en termes de politique. Ils étaient d'ailleurs, par ailleurs, très inquiets quand même de tous les sujets de barrières douanières.
L'Amérique, c'est un empire qui a été créé parce que justement, il y a une surproduction. Et donc c'est un pays qui a besoin de vendre ce qu'elle produit à l'étranger. Donc les barrières douanières, un peu, mais pas trop quand même. Donc voilà. Donc ça, ça a été très longtemps le cas, avec quand même une mise à distance de l'establishment des affaires sans aucun doute, de la Silicon Valley, encore pire, de Trump. Là, désormais, le vent a vraiment tourné, de manière assez flagrante, avec des raisons diverses. Donc il y a, je dirais, il y a les militants qui sont devenus des militants pro-Trump, qui ont peur d'être assaillis par le wokisme, etc.
Il y a, je dirais, les personnes intéressées, parce que son programme économique fait la part belle aux baisses d'impôts très, très fortes sur les entreprises. Alors que celui de Kamala Harris, c'est vraiment l'inverse. Donc il y a une partie, comme le monde de l'entreprise peut être assez myope à des moments. Là, évidemment, les choses sont, à court terme, sont très bénéfiques pour le vote-train. Et puis, il y a les personnes qui ne veulent pas être emmerdées, en deux mots. Et c'est-à-dire que, ça c'est le cas, c'est tout à fait le cas de Jeff Bezos. Donc lui, il a eu, la dernière fois, il a perdu un contrat fédéral à 10 milliards de dollars. Cette fois-ci, il ne veut pas que ça recommence.
Donc il a demandé au Washington Post ce que tout le monde sait, en plus avec la libide, la neutralité.
Parce que Jeff Bezos est le propriétaire du Washington Post, pour ceux qui ne le sauraient pas.
Et quant à la Silicon Valley, c'est quand même un monde qui est menacé d'être brisé, dont le monopole est menacé d'être brisé. Donc là aussi, c'est une manière de s'acheter du temps. Donc voilà, il y a une crainte, quand même, assez forte. Il y a le fait de ne pas vouloir, de vouloir un peu passer sous les radars. Il y a Goldman Sachs qui a quand même publié une étude, elle est certes probablement objective, mais le fait de la publier en soi n'est déjà pas complètement objectif, dans lequel l'écart d'impôt entre les deux, c'était 250 milliards de dollars. Donc évidemment, c'est quelque chose qui a fait assez grand bruit.
L'écart d'impôt pour ?
Entre Kamala Harris et Donald Trump, c'était l'équivalent d'une perte de 250 milliards de dollars. Dans leur programme, en fait. Pour les entreprises américaines. Donc évidemment, quand ça sort d'une très grande banque à Wall Street, ça a un impact sur l'écosystème boursier, financier. Et même Jamie Dimon, qui est le grand patron de J.P. Morgan, qui est une très grande banque américaine, lui étant très démocrate, etc., il ne s'est pas exprimé cette fois-ci. Alors qu'il a toujours été très favorable aux démocrates, qu'il votera probablement démocrate, et qu'il était jusqu'à présent très vocal. Donc il y a un très grand silence, un peu assourdissant, de la part du monde économique américain.
Léa, tu as une question ? Oui, j'ai vu sur de nombreuses études, d'ailleurs, que Trump avait une certaine popularité auprès de la classe moyenne, essentiellement. Et je n'étais pas totalement surprise, mais finalement, on voit que les très riches, ou plutôt riches en tout cas, considérés comme riches, vont plutôt voter démocrate, pour 60% en moyenne, et que les personnes avec des revenus les plus bas vont aussi voter démocrate. Et là où finalement, Trump arrive à vraisemblablement capter le plus de voix, c'est la classe moyenne. Comment expliquer ça ?
Le Trumpisme, il se base sur quand même une partie du parti républicain, la middle class du parti républicain, qui avait déjà été portée par les T-partis, par Sarah Palin, par toute cette partie de la droite américaine, qui se concentre en effet sur la middle class, qui sont les perdants de la mondialisation. Donc ça, c'est le cas dans tous les pays, dans toutes les démocraties occidentales. Il y a ce problème pour la classe moyenne, et c'est une partie de la classe moyenne qui se tourne vers des personnalités politiques, ou des partis politiques qui existaient assez peu jusqu'à présent. Donc ça, c'est un élément qui est quand même commun à toute démocratie.
Ce qui est très frappant, c'est qu'en effet, la partie la plus aisée vote démocrate, depuis longtemps, parce qu'en réalité, ce sont les plus diplômés. Et donc le diplôme est aux États-Unis le critère de distinction électorale le plus puissant. L'écart entre le vote des femmes et le vote des hommes est très important. Le vote des femmes pour Kamala Harris et le vote des hommes pour Trump. Mais l'écart le plus important, qui est je crois de 20 ou 30 points, enfin je n'ai plus les chevaux en tête, mais c'est absolument colossal, c'est entre les hommes non diplômés et les femmes diplômées. Et c'est encore plus important que le niveau de revenu.
Donc évidemment, on va dire que ça va avec, en partie. Mais c'est plus significatif. Et le Parti démocrate a perdu une partie de la classe moyenne depuis longtemps. Et depuis, Clinton avait réussi encore à les avoir, non pas par son programme, mais par son style personnel. Mais ensuite, ils les ont perdus, parce qu'il y a eu une décorrélation entre l'élite du Parti démocrate, qui est très éduquée, et donc qui n'a plus de problèmes économiques, qui n'est plus en phase avec les problèmes économiques de la population, en tout cas des classes moyennes, et puis la base historique du Parti démocrate, qui, elle, est restée avec tous les sujets de préoccupation économique prioritaire.
Merci beaucoup. Malek. Oui, petite question, revenir un peu sur cet événement majeur qu'a eu lieu sur la campagne, cette tentative d'assassinat sur Donald Trump en plein meeting. On l'a vu tout de suite se relever, l'oreille ensanglantée, et crier « Fight, fight, fight ». Là, on a reconnu un peu l'homme des médias, mais un, qu'est-ce que, selon vous, ça dit de lui, et de deux, quel impact ça peut avoir sur un électorat particulier ?
Moi, ce qui m'a beaucoup frappé dans cette image, c'est qu'il se débat du FBI, et donc qu'il se défait de l'État. C'est très frappant, subliminalement.
Oui, c'est vrai qu'on ne l'a peut-être pas tous interprété comme ça, l'image.
En réalité, il sort, il repousse ce qu'il protège, et donc les institutions qu'il protège.
Vous pensez qu'à ce moment-là, il a eu tout ça en tête ?
Pas du tout. Non, oui, c'est que c'était inconscient ou c'était volontaire, stratégique ? Oui, mais c'est... Peut-être qu'il repousse les institutions régulièrement. C'est un personnage physique. Oui. Donc, ça transparaît. Donc, je ne sais pas s'il avait ça en tête. Je ne suis pas dans sa tête. Mais, en tout cas, c'est un réflexe qui dit quelque chose de lui. Alors, ça, c'est un élément. Ensuite, j'ai plus la deuxième partie de l'autre question.
L'impact que ça pouvait avoir, je pense notamment à ces mecs qui ont un problème avec le fait de prouver une masculinité qu'il n'a pas prouvé ?
Oui, mais c'est sûr qu'il y a le côté combattant toujours, on ne lâche pas, etc. C'est une manière d'exalter son public qui est très, très forte. C'est vrai que c'est trois mots prononcés juste après ça. Et puis, c'est une espèce quand même de force physique. C'est vrai. On ne peut pas lui enlever. Donc, il fait quand même l'objet, en effet, d'une alternative d'assassinat. Et il trouve la force, un, de se défaire de ce qu'on vient de parler, et deux, de parler quand même encore à son électorat. Donc, c'est vrai que quelque part, c'est assez colossal.
Ce qu'il faut dire, c'est qu'il est revenu sur les lieux de ce meeting. Pour terminer son meeting, il est revenu quelques semaines après. Donc, ça prouve aussi son sens de la séquence. Carrément. On voulait quand même parler de Trump et les affaires. Et je crois que, Sacha, tu avais une question en ce sens. J'ai deux questions même. La première, c'est qu'on sait que l'un des soutiens premiers de Donald Trump dans le milieu des affaires, c'est Elon Musk. À quel point Elon Musk a contribué à le réhabiliter, justement, dans ce milieu des affaires ? Et est-ce qu'il y a contribué ? Et la deuxième question, c'est qu'on voit Donald Trump pousser pour un protectionnisme ultra-renforcé.
Comment expliquer que ça n'effraie pas, justement, ce milieu des affaires aussi ?
Alors, sur Elon Musk, je ne pense pas que c'est un effet d'entraînement, en réalité, sur le monde des affaires. Je pense que c'est un personnage très particulier dans l'univers des affaires américains. Il est à la fois trop puissant pour être intégré. Enfin, c'est un statut très singulier qu'il a. Donc, ce n'est pas quelqu'un de prescripteur. C'est quelqu'un de très puissant. Ce n'est pas tout à fait la même chose. Et donc, je ne pense pas qu'il ait eu un effet d'entraînement. Je pense que ça donne un effet de puissance considérable, de puissance financière. Trump a dit en privé que le soutien, ou tout le soutien, direct ou indirect, d'Elon Musk, c'était 500 millions de dollars.
J'ai vu un article du New York Times, là, il y a quelques minutes, indiquant qu'Elon Musk payait des personnes pour faire du porte-à-porte dans les États, les swing states, et en ciblant des personnes qui n'avaient pas voté jusqu'à présent. Donc, il met énormément de puissance financière. Donc, ça, c'est colossal. Et après, il y a un côté un peu... Elon Musk, on dirait un petit côté, c'est le stagiaire de Trump. Enfin, il y a un minétisme. Donc, je pense que c'est une énorme puissance financière. Je pense que ça aide beaucoup. Est-ce que ça joue un rôle dans l'effet d'entraînement pour le monde des affaires ? Je ne suis pas sûr. Sur les tarifs douaniers, c'est toute la problématique.
C'est-à-dire que je pense qu'on verra, et puis c'est beaucoup trop tôt, mais s'il est élu, les tarifs douaniers seront complètement à géométrie variable. D'abord, l'Union européenne a prévu de riposter immédiatement. Donc, il y a 12 mesures, que personne ne connaît d'ailleurs, qui sont prêtes pour être indiquées immédiatement. Je pense que ce sera très différent sur la Chine, l'Europe, qui aura quels mots envers son élection s'il est élu. Enfin, je pense qu'il y a beaucoup de choses qui sont indéterminées, en réalité.
Mais c'est sûr qu'il y a une contradiction entre le monde des affaires américain, qui a besoin d'un monde qui lui soit quand même non pas trop hostile pour pouvoir faire des affaires, et puis ces mesures-là.
Moi, j'avais eu vent d'un sentiment presque de menace de la part d'un certain nombre de grands patrons et du monde des affaires, qui, par exemple, typiquement... Alors, autant Musk est effectivement un cas un peu particulier en l'espèce, qui ne peut pas vraiment refléter le monde des affaires, comme vous le disiez plus tôt. Néanmoins, quelqu'un comme Jeff Bezos, typiquement, qui se sentirait presque menacé en se disant « Bon, il vaut mieux pas trop que je fasse chier, il vaut mieux que je reste, comme vous le disiez, par rapport au Washington Post et le fait de ne pas avoir endorse Kamala Harris, qui est quand même assez inédit.
» C'est aussi une certaine forme de prudence, en fait, en se disant qu'il peut potentiellement y avoir des mesures de rétorsion de la part de Trump. C'est-à-dire, à quel point est-il dangereux, dans une certaine mesure, même pour le monde des affaires ?
C'est un personnage vengeur.
Oui, c'est ça.
Donc, par conséquent, il y a une anticipation. Le monde des affaires, c'est l'asymétrie d'informations, c'est l'anticipation. Et donc, en effet, ils veulent avoir le moins de rétorsions possibles, et donc ils se mettent à l'abri de toute rétorsion possible. Donc, c'est quelque chose d'à très courte vue. Il y a beaucoup, quand même, dans les donateurs américains, dans les donateurs en faveur de Trump, il y a beaucoup de compagnies pétrolières, il y a beaucoup de fonds de private equity, il y a beaucoup d'entreprises qui...
Il y a même beaucoup d'entreprises qui ont été des entreprises qui ont été très favorables à des mesures en faveur de l'environnement, qui, dans certains États, ont eu des baisses d'investissement de la part des lecteurs ou d'investisseurs américains. Donc, l'engagement, par exemple, environnemental, se paie très cher aux États-Unis, pour certaines entreprises. Donc, elles, elles ne disent plus rien.