Les clefs d'une vie - Line Papin
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- 0:00OuverteRéponse directe
Bonjour Line Papin. Alors on va évoquer votre nouveau livre Anoy Stories chez Albin Michel qui sort pour la rentrée littéraire.
- 0:42OuverteRéponse directe
Ce jour-là, vous vous en souvenez ?
- 1:24OuverteRéponse directe
Et c'est vrai que vous avez toujours comme une élève studieuse, vous avez toujours aussi bien travaillé vos livres que vos études.
- 2:06OuverteRéponse directe
Et votre prénom c'est Guan Lin. Alors c'est mon nom vietnamien Swan Lin et ça veut dire esprit du printemps.
- 2:48OuverteRéponse directe
Alors je crois que votre père est historien Philippe Papin c'est un spécialiste du Vietnam.
- 3:27OuverteRéponse directe
Et votre mère, je crois qu'elle est traductrice.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:42Line PapinFait
« Ce jourlà, ouais, tout à fait. Une surprise d'avoir une mention très bien. »
- 2:06Line PapinFait
« C'est la fin de l'époque, c'est la levée de l'embargo américain. »
- 2:48Line PapinFait
« C'est mon nom vietnamien Swan Lin et ça veut dire esprit du printemps. »
- 3:27Line PapinFait
« Il est devenu directeur de l'École française d'Extrême Orient. »
- 4:44Line PapinFait
« À l'époque, les expatriés ne pouvaient pas vraiment vivre avec les Vietnamiens. »
- 5:20Line PapinFait
« On était un peu une ribambelle d'enfants qui venait de partout. »
- 6:01Line PapinFait
« On appelait ça les cycl. Je crois que l'inventeur du pousce-pousce, c'est un missionnaire américain qui s'appelle Jonathan Glob. »
- 6:38Line PapinFait
« Mon rapport au langage, à la langue a été beaucoup nourri par ces univers différents, par le fait de grandir avec trois langues, le vietnamien, le français, l'anglais. »
- 7:18Line PapinFait
« Quand j'étais au Vietnam, le fait d'être française était plutôt mis en valeur parce qu'il y avait très peu d'enfants métisses à l'époque. »
- 8:00Line PapinFait
« La seule règle, c'est c'est ta route, tu y vas. »
- 8:36Line PapinFait
« La musique au Vietnam est très particulière. »
- 9:00Line PapinFait
« Nous, on écoutait beaucoup Rly. »
- 9:38Line PapinFait
« On vous appelait à l'époque bébé mangue. »
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Sud Radio Les clés d'une vie Jacques Pis. Les clés d'une vie celle de mon invité. Les livres ont fait de vous une femme à la page qui a désormais voix au chapitre. Ils sont le sel de votre vie et pas seulement parce que vous avez grandi au pays des risières. Bonjour Line Papin. Bonjour. Alors on va évoquer votre nouveau livre Anoy Stories chez Albin Michel qui sort pour la rentrée littéraire. Mais le principe des clés d'une vie vous le savez c'est d'évoquer votre parcours et vous avez un parcours imposant à travers des dates clés. La première que j'ai trouvé, c'est le 5 juillet 2013. C'est le jour où vous avez les résultats du bac avec une mention très bien. Ah bon ? D'accord. Vous vous en souvenez ? Oui. Oui. Oui. Ce jourlà, ouais, tout à fait. Une surprise d'avoir une mention très bien.
Euh, pas tellement. Je dois dire que j'étais plutôt bon élève avec voilà un papa qui me mettait pas mal la pression. Oui. Donc évidemment, on était heureux. D'autant plus que c'était le le passage aussi. J'allais au lycée Fenlon, enfin c'était il y avait tous les amis. Donc j'ai plus ce souvenir là d'être avec mes amis, de d'être heureux ensemble. Oui. Le lycée Felon, je crois que c'est le premier lycée pour jeune fille de l'histoire. Exactement. Et il est resté très féminin d'ailleurs. Ce qui est pas désagréable. Ce qui est pas désagréable. Alors, [rires] il se trouve que ce ce bac, bon, il est quand même plus difficile en 2013 de l'avoir qu'aujourd'hui. Ah ça, je sais pas. Parce que il faut travailler énormément. Oui. Ah oui, plus qu'aujourd'hui. Ah, ça je savais pas. [rires] Et c'est
vrai que vous avez toujours comme une élève studieuse, vous avez toujours aussi bien travaillé vos livres que vos études. Oui, mais ça je pense que c'est un héritage familial. Enfin, c'est l'éducation de mes parents. Mais c'est vrai qu'on a été mon frère et moi, voilà, très euh éduqué à à bien travailler, à réussir, à être un peu dans les clous, on va dire. et et vous êtes né à Hanoï et curieusement l'année de votre naissance lors d'une cérémonie à la Maison Blanche, Bill Clinton annonce la normalisation des relations diplomatiques entre les États-Unis et le Vietnam. Oui, tout à fait. C'est la fin de l'époque, c'est la levée de l'embargo américain. Et donc, c'est vrai que j'ai grandi moi dans un Hanoï qui était très festif, très joyeux parce que c'était
l'ouverture après la guerre. Donc les produits américains arrivés, le chocolat, le lait, les couches pour moi pour le vernis à ongles, les barrettes et donc tout ça était très nouveau et c'est vrai qu'il y avait une euphorie dans dans la ville dont nous qui sommes nés en 95 94, on a on a pu profiter. Et votre prénom c'est Guan Lin. Alors c'est mon nom vietnamien Swan Lin et ça veut dire esprit du printemps. Voilà. Et euh et donc mais on m'a toujours appelé Line Lane voilà en fait Line je sais pas si vous le savez c'était un il y a Line Renault qui a donné qui a été la marine d'un journal qui s'appelait Line qui était le pendant féminin de Tintin qui a duré quelques années et qui a
disparu et qui est devenu à la place mademoiselle àchtetendre. Je vois parce que je vois une couverture de ce journal Line avec une jeune fille dessus. Exactement. Alors je crois que votre père est historien Philippe Papin c'est un un spécialiste du du Vietnam. H exactement. Ouais, c'est je crois qu'il est né à Vlois où il y a des rendez-vous d'histoire et le Vietnam est toujours passionné. Oui, il est arrivé au Vietnam pour faire son service militaire. Il était à l'époque étudiant du quartier Latin. Il faisait une thèse sur les guerres de religion en France et en arrivant au Vietnam, il a eu un coup de foudre pour ce pays et donc il a tout plaqué. Il est resté vivre là-bas. Il a abandonné sa thèse et il a ouvert le fond d'archive voilà de de l'histoire du
Vietnam. Il est devenu directeur de l'École française d'Extrême Orient. Voilà. et qui a été créé en 1898 par Paul Douer à l'époque. Ah ouais, d'accord. Donc c'est quand même une école très ancienne dont il a assuré la Et votre mère, je crois qu'elle est traductrice. Exactement. Ouais. Elle est vietnamienne. Elle est vietnamienne. Ouais. Et je crois qu'elle a elle a grandi dans un milieu diplomatique et un autre plus populaire. C'était ça un mélange assez particulier. Euh bah ça c'est moi qui a grandi entre le milieu donc de mon père qui était plus qui travaillé en lien avec les ambassades et celui d' mère qui était le milieu typique vietnamien où voilà on mangeait par terre. Enfin, c'était donc j'ai grandi entre ces deux univers là. La tradition de manger par terre, c'est
c'est quelque chose de très important au Vietnam. Euh oui, ben dans toutes les familles, enfin en tout cas à l'époque dans les maisons, il y avait pas de table, on mangeait, on s'asseyait en cercle sur le sol et puis on partageait les plats euh sur le sol quoi. Et il y avait une grosse différence effectivement entre le l'éducation de votre mère avec et et la maison d'expatrié que vous occupiez dans jeunes années. Oui. Oui. Oui, bien sûr. Parce qu'en plus à l'époque, les expatriés ne pouvaient pas vraiment vivre avec les Vietnamiens. qu'on était quand même un peu parqué dans des résidences et euh et donc j'ai vraiment vécu entre deux deux univers assez assez différents. Et pourquoi les Vietnamiens ne pouvaient pas vivre entre eux ? euh bah parce que c'était l'ouverture, le pays s'ouvrait
tout juste. Donc quand mon père est arrivé dans les années 90, euh je pense que le régime communiste était encore très méfiant avec euh les étrangers et donc euh il préférait qu'il reste voilà les Russes, les Français, tout ça restait entre eux et c'était difficile euh d'avoir par exemple, on pouvait pas ouvrir un compte en banque, on pouvait pas avoir une carte bancaire, on pouvait pas, il y avait beaucoup de choses, le pays était encore assez fermé quoi. Et en même temps, vous avez grandi euh euh Line Papin dans un dans un univers où il y avait des ambassadeurs, des fils d'ambassadeurs très diplomatique. Oui. Bah ça c'était le côté expatrié. En effet, moi j'étais à l'école française et donc c'était avec beaucoup d'élèves finalement qui venaient des quatre coins
du monde, euh de la France, du Canada, de l'Australie et donc on était un peu une ribambelle d'enfants qui venait de partout. On parlait en anglais ensemble donc c'était une enfance assez riche en contraste. Ouais. et d'ailleurs euh un contraste total avec les enfants vietnamiens qui avaient pas beaucoup d'argent et qui étaient même obligés de travailler sur les marchés. Oui. Oui. Oui, tout à fait. L'école Vietnam est est payante en plus à partir du collège de la 6e. Donc très peu d'enfants euh poursuivent après l'école primaire et puis surtout ils sont en uniforme. Donc ça, je me souviens très bien des enfants en uniforme qui allaient à l'école, il chantaient le matin des champs patriotiques. Voilà, à la gloire du pays et et nous on était un peu plus on était un peu plus
voilà. Moi, j'avais des j'avais des chaussures à semelle lumineuses. Enfin, on était plus dans le dans le jeu, dans le l'aspect ludique. Et je crois aussi que le moyen de transport le plus classique, c'était le poucepce. Oui, à l'époque on a on circulait en pousse-pousce. Aujourd'hui, c'est vraiment pour les touristes. Mais à l'époque, je me souviens, on allait à l'école en cyclo. On appelait ça les cycl. Je crois que l'inventeur du pousce-pousce, c'est un missionnaire américain qui s'appelle Jonathan Glob qui aurait conçu vers 1869 pour transporter sa femme invalide. Ah bon ? Oui, mais il y a un inventeur qui s'appelle Izumi Yosuke qui a été le premier à demander une licence d'autorisation pour le pousse-pousce au Japon. Ah oui, d'accord. C'est fou, hein.
Donc ça vient de C'est un américain, un japonais qui inventé le pouce-pusce comme quoi alors vous avez à chaque fois en observant ces ces sociétés, ces microsciétés, vous avez tiré quelque chose de tout ça ? Line Oui, bien sûr. Bah déjà c'était, je pense que mon rapport au langage, à la langue a été beaucoup nourri par ces univers différents, par le fait de grandir avec trois langues, le vietnamien, le français, l'anglais. Et je me rendais compte que selon notre maîtrise de la langue, en fait, on était plus ou moins à l'aise avec les autres. Ça enrichissait notre rapport au monde. C'està-dire plus on a de mots, plus notre rapport au monde est riche. Et donc déjà le voilà le le rapport au langage, je pense, a été forgé à ce moment-là, à l'écriture aussi. [grognement]
Et puis aussi, j'ai eu une observation assez fine de des différentes classes sociales puisque j'ai navigué entre différents milieux sociaux et aussi entre entre différentes identités, entre différentes cultures. Et donc ça, je pense que ça m'a toujours habité ce cette observation. On vous appelé l'étrangère mais ça vous gênait pas. Disons que quand j'étais au Vietnam, le fait d'être française était plutôt mis en valeur parce qu'il y avait très peu d'enfants métisses à l'époque. On était un peu les premiers mélanges. Et les Vietnamiens voyaient ça d'un œil curieux et plutôt d'un d'un bon œil en fait d'avoir des Je me souvens, ils me touchaient les cheveux, il se disent "Elle est pas de chez nous". Mais c'était plutôt positif. Mais c'est vrai qu'en arrivant en France euh qu'on
j'avais l'impression d'être étrangère mais dans un sens peut-être un peu moins positif. Donc voilà, il y a toutes ces nuances là que j'ai observé aussi en étant enfant. Ce qu'il fallait observer aussi, c'est la droite et la gauche quand on traversait. Bah, je crois que la circulation c'était n'importe quoi là-bas. Bah, il y a pas de feu déjà. Quand j'ai grandi, il y avait pas de feu rouge, pas de feu vert, pas de feu piéton. Donc c'est la jungle. Et comment on se débrouillit ? Alors, il faut être sûr de soi. Donc quand ma mère a passé son permis de conduire, le son maître lui a dit qu'il y avait une seule règle pour le code de la route au Vietnam. La seule règle, c'est c'est ta route, tu y vas. Ouais. Donc il faut avancer avec assurance sans hésitation.
C'est le cas en Tunisie aussi où c'est le premier qui qui démarre au feu rouge qui a raison. Les autres se débrouillent. [rires] Alors il y a aussi la musique et je crois que la musique est très particulière. J'ai retrouvé un enregistrement de la chanteuse la plus populaire au Vietnam qui s'appelle Maitam. [chant][musique]
Dans vos jeunes années, le rock est arrivé au Vietnam. Je sais pas si vous le saviez mais avec cette chanteuse qui est considérée comme la reine de la pop. Ah ouais, d'accord. Nous, on écoutait beaucoup Rly. Oui. Qui était la chanteuse préférée de mon père et voilà. Mais mais la musique au Vietnam est très particulière. Est-ce qu'elle est traditionnelle ou plus rock quelquefois ou plus moderne ? Plutôt traditionnelle. Plutôt traditionnelle. En même temps, au Vietnam, vous interrogez déjà sur votre avenir en disant "Mais qu'est-ce que je vais devenir ensuite [rires] Bah ça comme tous les enfants, je pense. C'est dire non mais c'est les enfants se posent pas tous des questions, ils n'imaginent pas l'avenir. Euh bah c'est vrai que je si moi je me projetais beaucoup mais je
m'imaginais surtout grandir au Vietnam évidemment puisque j'ai étais née et que tous mes amis étaient là-bas. Donc je m'imaginais comme les adultes que je voyais autour de moi enfourcher ma moto, foncer dans la la jungle de moto, aller à l'entreprise, puis me m'habiller comme les femmes vietnamiennes quoi. C'est comme ça que j'imaginais mon avenir. Et et c'est vrai, on vous appelait à l'époque bébé mangue. [rires] Voilà. Oui, parce que je mangeais beaucoup de mangues, donc on m'appelait bébé mangue. D'ailleurs, c'est une tradition au Vietnam d'offrir des fruits. Ouais, ça c'est vrai que c'est une tradition qui ne s'est pas perdu. Euh les les gens pour voilà témoigner de leur affection euh vous offrent des fruits. Et puis vous parliez en même temps anglais et français. D'ailleurs, il il y
a des desor il y a des mots vietnamiens qui correspondent à la France comme chocolat et quelques autres. Il y a beaucoup de mots communs vietnamiens qui sont des mots français. le chocolat, gare, auto, enfin plein plein de mots en effet qui assez particulier. Bah, je pense que ce sont des restes de la colonisation de l'Indochine française et et en fait, il en reste beaucoup même à la surface de la ville. Il y a beaucoup de bâtiments où c'est écrit encore en français et c'est vrai qu'en France, on a un peu oublié cette histoire commune, mais là-bas, les les les vestiges, les traces sont encore très présentes. Et en même temps, on apprenait des chansons françaises à l'école comme frère Jacques. Oui. Oui, exactement. Mam mam Reine et les gens qui sont voilà qui ont vécu
avant connaissent beaucoup de chansons en français. Ouais. En tout cas, vous connaissez aussi beaucoup de livres mais en français et dans notre langue. Et on va évoquer une autre date de votre parcours le 15 septembre 2016. À tout de suite sur Sud Radio avec Line Papin. Sud Radio les clés d'une vie Jacques Pis Sud Radio les clés d'une vie mon invité Line Papin. Nous parlerons tout à l'heure de votre nouveau livre Anoy Story qui est sorti chez Albin Michel. Euh on a évoqué vos débuts au Vietnam et puis 15 septembre 2016, c'est votre première télé dans l'émission Au fil des mots pour vous présenter votre premier livre l'éveil. Vous vous souvenez de cette télévision ? Je me souviens de ma toute première télévision parce que j'étais très intimidée. J'ai j'étais assez mauvaise, je crois.
Oh non, vous répondez gentiment. Christophe Dibio qui présente l'émission. Euh au départ ça s'appelait au fil de la nuit avec Michel Field, c'est devenu au fil de la nuit et il y a des chroniqueuses parmi lesquelles Day de Clair Montonner qui a eu une réussite de romancière ensuite. Donc ce ce livre se passe à à Hanoï et vous évoquez ce livre qui est une histoire d'amour à quatre voix. C'est ça. C'était mon tout premier roman et se passait déjà à Hanoï. Mais c'était un roman très sensoriel avec beaucoup d'atmosphère et donc l'éveil c'était un chapitre l'homme parlait, un chapitre la fille parlait. Et en même temps, vous expliquez dans cette interview que vous vous gagnez de l'argent de poche dans votre enfance en disant des poèmes.
Tout à fait. Mon père nous faisait apprendre des poèmes et on avait 20 € à la fin du mois quand on récitait convenablement le poème. Et dans cette émission, vous vous dites un poème de Jean de Spondé. Ouais. Qui est dur. qui est un un po du 15e siècle, un peu oublié aujourd'hui. Oui. Oui. Totalement oublié parce que mon père nous faisait apprendre des poèmes obscurs. [rires] Alors, il se trouve que tout de suite ce livre marche à votre peut-être à votre grande surprise. À ma grande surprise parce qu'à vrai dire, moi j'écrivais, je pensais en fait, je connaissais pas le système de radio, de télé, de signature en librairie, tout ça, mais était totalement inconnu. Je pensais qu'on écrivait un livre, qu'on l'envoyait à l'éditeur, l'éditeur le sortait et puis
nous on travaill enfin on apparaissait pas quoi, on travaillait pas. Et donc c'est vrai que ça a été une surprise. Ça a vraiment changé ma vie 2016 parce que je suis devenue écrivaine. C'est-à-dire que j'ai interprété ce rôle et j'ai rencontré plein de gens hyper intéressants. J'ai découvert j'ai travaillé avec cette maison d'édition avec les éditions stock. Donc ça a été vraiment un tournant pour moi. Oui. D'autant plus que vous avez eu trois prix. Il y avait d'abord à l'époque Gonzac Saint-Brise faisait le prix de la forêt des livres. Vous avez eu un prix et puis il y a la fondation de la vocation. Oui, c'est vrai. Et qui vous a donné une je crois une bourse. Oui. Qui était bah le prix de la de la vocation c'est un prix pour les moins de 30 ans et c'est un prix voilà qui qui
encourage un jeune auteur à poursuivre son œuvre et c'est vrai que ça m'avait beaucoup soutenu. Tout ce tout ça m'avait m'avait encouragé dans mon parcours et et soutenu. Et la fondation de la vocation c'est Marcel Bleen Blanchet qui l'a créé. Elle a beaucoup de gens aujourd'hui. Et en fait c'était un vœu. Il était à Londres pendant la guerre. Il dit, il était aviateur. Il me dit, il dit "Si je sors vivant de la guerre, je créerai un prix pour aider les jeunes." Ah ouais, mais c'est un très beau prix parce qu'il aide pas seulement les écrivains mais toutes sortes de d'autres artistes. Il faut bien dire que la littérature vous a sauvé Line Papin, parce que vous êtes arrivé en France et là ça a pas été simple pour vous parce que vos parents je crois voulent revenir en France.
Euh mes parents oui, voulaient revenir en France. Mon père voulait qu'on ait une éducation française. Enfin, il y a peu d'écoles, on va dire, au Vietnam pour la suite. Et c'est vrai que pour moi, ça a été très très dur parce que bah j'avais tous mes amis au Vietnam, c'était vraiment mon univers, j'avais mes grands-parents, j'avais ma nourrice, enfin et donc d'être coupé de de tout ça. Puis à l'époque, il y avait pas internet, on téléphone, on faisait pas des WhatsApp avec les gens. Donc quand on partait, on partait vraiment. Et donc pour moi, ça a été une forme de mort. Ça a été une forme de voilà de de mort de de tout ce que j'avais connu. Donc ça a été euh particulièrement difficile. Ça a mis quelques années à se déclencher cette anoraximental dont vous avez souffert.
Euh bah je pense que j'avais une forme de mal-être mais que je compensais. J'étais quand quand je quand je suis arrivée, je me suis beaucoup repliée sur les animaux. par exemple, j'ai fait du cheval, j'avais des chats, enfin voilà, j'avais trouvé des des palliatifs pour à mon manque et et en effet vers 14 15 ans, je pense que j'en avais un peu marre et du coup, je me suis laissée mourir, on va dire. J'ai je me nourrissais plus et je me c'est je dis souvent c'est comme une fleur quand elle est déracinée bal fan. Et donc ça a été une année difficile. J'ai été sauvée et soutenue par une maison d'adolescents qui m'a voilà avec des médecins qui m'ont soutenu et puis c'est le moment effectivement où la littérature est devenue vraiment ma planche de salut. Comment c'est venue cette passion pour
la littérature ? Je pense qu'elle a toujours été présente parce que même au Vietnam, j'avais beaucoup d'imagination. J'ai j'ai toujours été beaucoup dans l'imaginaire et dans la création. Euh ensuite, bon, ma famille est quand même très grandi entourée de livres et de gens qui lisaient. Donc voilà, donc c'était pas très loin. Mais c'est vrai que je pense que dans les moments de grand désespoir euh on se on se réfugie dans quelque chose et dans une passion. Et moi, bah ça a été du coup ça a été les livres. Ça commencez commencé à tout lire. J'ai lu énormément. Je lisais à ce moment-là, je lisais enfin vraiment tout le temps énormément. Et euh et surtout je me suis mise à j'avais toujours écrit mais je me suis mise à écrire de manière un peu plus cruciale.
Est-ce que vous aviez envie d'écrire ? J'ai toujours écrit depuis que j'étais enfant, je faisais des petits livres mais je pense que sans cette crise, peut-être que ça aurait mis plus de temps. C'est-à-dire que peut-être j'aurais fait ça davantage sur le côté comme un loisir. Mais là, c'est devenu voilà le centre de ma vie. Et donc à 16 ans, j'ai présenté mon premier manuscrit. J'ai aux éditions Christian Bourgois. Oui, il faut Christian Bourgot a été un très important. Il a traduit, il a édité des étrangers y compris sa génitine et puis il a été l'éditeur de Boris Viant, du vivant de Boris Viand. Il a été celui qui a encouragé Boris Vian alors que personne ne lisait Boris Vian. Ah oui, je savais pas ça. Et et il a récupéré des milliers de pages de Boris
Vian inédites qui sont à la fondation et qui ont été publié ensuite. Et donc vous lu avez adressé un manuscrit mais en général on une jeune adresse un manuscrit. Bon, en général, il est pas lu, il vous revient même pas même pas ouvert. Il m'est revenu mais avec une lettre de refus et donc j'ai trouvé que c'était très bon signe parce que la lettre était argumentée et donc je me suis dit ils l'ont vraiment lu. Ils le refusent mais ils l'ont vraiment lu. Et euh et donc je je me suis penchée de nouveau sur ce texte que j'ai retravaillé pendant 3 ans. Ensuite 3 ans pour retravailler un texte mais avec aucun conseil de qui que ce soit. Avec le conseil de des éditions de Bourgois. Oui. Oui. Mais c'est c'était une base de travail. de travail bien sûr. Et ensuite vous avez publié Steve et
vous avez dit un jour s'il était resté dans vos tiroirs, bah ça vous aurait pas traumatisé pour autant. Euh je pense que c'est pour moi les livres sont un peu comme des tapis volants, c'est-à-dire que je ne relis jamais un livre une fois qu'il est sorti, je l'oublie une fois qu'il est sorti. Mais en revanche, je dis des tapis volants parce que la publication d'un livre me permet toujours de rencontrer des gens, de voilà de de naviguer dans la vie. Donc en fait, chaque livre est a été précieux pour moi parce que chaque livre a m'a permis de de vivre des choses. Mais vous avez quand même réécrit votre livre tout en faisant vos études parce que vous avez fait des études histoire de l'art. Oui, j'ai fait aussi une hippocagne et une cagne pendant laquelle
j'écrivais et mon tout premier livre est sorti. J'étais en effet en licence d'histoire de l'art. Ouais. Et pourquoi on peut faire les deux en même temps ? Vous aviez envie de faire quoi avec ces ces licences ? Euh ben je savais pas trop à l'époque. Je m'intéressais à l'art. Je savais pas trop. Je me disais bon peut-être je pourrais travailler dans une galerie. Mais c'est vrai que finalement j'ai eu du mal à faire les deux parce que la promotion a pris beaucoup de temps et c'est pour ça que je me suis arrêté au master et après j'ai voilà je me suis Alors vous avez un succès avec votre premier livre, le problème c'est le second parce qu'il peut très bien être rejeté par la critique. [rires] Ce qui s'est pas passé avec Tony qui était aussi un livre très très particulier lié
à une histoire authentique. C'est un livre qui se passa à Berlin dans le monde de la nuit. Euh il a eu moins de succès que l'éveil. On dit toujours que le deuxième livre est plus difficile, mais encore une fois, il m'a permis de rencontrer des gens géniaux. Donc donc voilà, c'est c'est une histoire authentique. C'était un un adolescent que vous connaissiez qui est tombé dans la dépression et qui s'en est sorti par les boîtes de nuit. Ça a été encore plus grave. [rires] Mais ce qui était non ce qui était ce qui était intéressant, ce qui moi m'intéressait, c'était la manière dont à Berlin il construisait un monde parallèle avec ses boîtes de nuit. avec qui le monde de la nuit comme monde parallèle de la même manière que le monde imaginaire créatif. Donc c'était
plus ça. Mais évidemment dans le monde de la nuit, il y a aussi tous les les fantômes de la nuit quoi. Donc c'était un peu ça le livre. Mais c'est vrai que que que Berlin ou l'Allemagne ont été des lieux très particuliers pour le monde de la nuit. Oui, tout à fait. BM nous on a on a connu ça un peu dans notre jeunesse. On allait beaucoup à Berlin faire la fête et c'est vrai que c'était bah ça il y a une histoire intéressante puisque c'était la chute du mur de Berlin. Enfin pendant le mur de Berlin la musique électronique permettait de faire le le lien entre les deux mondes. C'était une musique sans parole qui était donc ni de l'ouest ni de l'est enfin et donc cette idée de d'aller underground donc sous le mur c'était lié à ça et et après c'est resté et c'est vrai que nous on a on a
beaucoup fait la fête à Berlin. Oui. Il y avait Hambour aussi avait en bour où il y a ce groupe qui a débuté.
[musique] Ah ouais, les and ont débuté à ils sont partis, ils ont quitté l'Angleterre à 18 ans. Ils sont partis vivre leur vie. Ils sont tombés dans un dans un dans un cabaret de seconde zone où il y avait des gangsters, des travestis, des prostituées et les gens les indic était excitant. On a appris notre pitié comme ça et ensuite ils sont repartis en Angleterre. Ah mais je savais pas. C'est fou hein. Ouais, c'est fou. Alors, vous avez échappé à tout cela car vous avez mené une vie pas monacale, mais la lecture et l'écriture demande beaucoup de temps et d'énergie. Euh, mais cela dit, ça a été c'est une vraie rampe pour moi. Je dis souvent que c'est comme une rampe d'escalier. C'est quelque chose que je tiens qui me tient et ça m'évite de me perdre ou d'être
perdu. Enfin, l'écriture me ramène toujours sur le je sais pas si c'est le droit chemin, mais en tout cas mon chemin. C'est votre chemin [rires] et ce chemin vous le continuez. Et j'ai une autre date qui est dans votre parcours qui est qui est une date aussi que j'ai retenue, c'est le 12 juin 2017. À tout de suite sur Sud Radio avec Line Papin. Sud Radio les clés d'une vie, Jacques P6. Sud Radio les clés d'une vie, mon invité Line Papin. Nous parlerons tout à l'heure de Ioy Stories, votre nouveau roman chez Albin Michel. On a évoqué vos débuts, cette surprise du succès de votre premier livre à votre retour en France. Alors le 12 juin 2017, j'ai trouvé cette date parce que vous êtes
reçu à Monaco avec des lycéens et pour la fondation Prince Pierre de Monaco. Ahou ! Oui oui, tout à fait. Vous êtes une jeune romancière et vous allez dans une école déjà ? Oui, mais en fait, j'ai fait beaucoup de rencontres avec des lycéens et je pense que c'est le public que je préfère parce qu'ils sont très spontanés, ils posent des questions sans réfléchir et et puis comme je suis encore assez jeune et je l'étais je l'étais encore plus en 2017, mais je pense que j'arrive à avoir un bon rapport avec eux. Et donc c'est les lycéens, c'est un un public que j'aime beaucoup et j'ai fait beaucoup de rencontres. Ouais. Oui. Parce qu'en plus l'éveil a touché les jeunes. L'éveil a touché les jeunes. Les EOS défis aussi. Les EOS défis. Donc est mon livre qui a parlé. Ouais. Ouais. Mais il
a été étudié au bac et je trouve que c'est un public vraiment très spontané et donc j'aime bien. À moins de 30 ans, être étudié au bac c'est quand même une consécration non ? Ouais. Oui oui c'est bon. On se rend pas forcément compte mais ce qui est assez rigolo, c'est que je reçois des messages sur Instagram. Madame pouvez-vous me donner la réponse ? C'est vrai ? Ouais je trouve ça drôle. Mais moi je me souviens d'un chanteur qui s'appelait Hervé Christiani. Son son neveu a une il avait écrit il est libre Max et son neveu a une sorte de dicté à faire de commentaire sur les libres Max. Donc Hervé Christianie l'auteur fait le commentaire le donne à l'élève qu'il remet au professeur et la note était 4/ 20 bien compré au texte. Voilà, on n'est pas forcément les
mieux placés et c'est vrai que vous êtes à peine plus âgé que les élèves et il y a une complicité qui s'installe et en même temps ça vous permet d' presque d'initier les jeunes à la lecture. Oui, je pense et puis ce qui me faisait rire moi, c'est que souvent les professeurs nous me présentaient en disant "On a la chance d'avoir un auteur vivant." [rires] Et c'est vrai que souvent dans l'esprit des jeunes et des gens euh bah c'est voilà Molière, Voltaire, enfin c'est des vieux auteurs masculins morts et donc je pense que pour eux c'était peut-être rafraîchissant de de se dire d'avoir un autre point de vue et une autre une question qui me posait souvent c'était mais madame est-ce que ça vous gêne pas quand il y a des gros mots dans les textes ? Mais en fait la littérature
est pleine de gros mots aussi. Enfin, je veux dire, il y a pas de c'est pas quelque chose de policé quand on lit par exemple Céline, quand on lit c'est même Antonio. Voilà, en fait les mots quels qu'ils soient sont littéraires. En même temps, c'est encourageant que des jeunes lisent des livres parce qu'aujourd'hui on dit "Les jeunes ne lisent plus le livre, ils sont sur leur tablette." Mais les vieux aussi. Oui. [rires] Euh tout le monde en fait. Mais que c'est pas inquiétant. Euh bah si, je pense que c'est inquiétant pour comment ? Pour l'altruisme, pour la curiosité, pour lire. Je trouve que c'est vraiment aussi prendre le temps d'écouter quelqu'un d'autre et d'avoir son espace imaginaire. Mais maintenant, on est tous parasités par les écrans. Moi aussi, hein.
Alors, il se trouve que dans cette journée à Monaco, vous êtes au lycée Albert Ier et c'est un professeur de français qui vous interview. Euh oui, euh si je me souviens bien. Oui. Oui, c'était pour le prix Prince Pierre. Voilà. Et bah, c'était un c'était un contexte original. Enfin, on avait pas l'habitude nous d'aller à Monaco, donc c'était assez chouette. Et on a fait en effet des rencontres avec les lycéens là-bas. Et le lycée le le lycée Albert Ier, c'est un un hommage à Albert 1er qui était le l'arrière grand-père de Albert I et qui a été un pionnier de l'environnement. Il a navigué beaucoup pour défendre l'océanographie qui n'existait pas et je crois que le prince Albert le considère comme un modèle. C'est on appelait le prince navigateur. Ah ouais. Et c'est vrai que les les
grands-parents, c'est aussi important pour vous, notamment votre grand-mère qui a été quelqu'un qui vous a profondément marqué. Line Papin. Euh oui, ma grand-mère maternelle, ma grand-mère vietnamienne. Bah en plus, c'est vrai qu'elle est partie euh assez tôt, trop tôt. Et donc et c'est quelqu'un qui voilà avec qui j'ai grandi, qui était quand même très particulière, qui est née pendant la guerre, a grandi pendant les guerres. Donc c'était une vraie battante parce qu'elle a voilà, elle s'est s'est battue pour élever ses trois filles avec vraiment pas grand-chose. Ils avaient des tickets de rationnement, pas grand-chose à manger. Donc c'est des parcours qui forcent le respect comme on dit. Et en même temps, elle rêvait d'écrire. C'est vrai qu'elle a toujours
rêvé. Elle écrivait un peu des petits poèmes. Elle rêvait de de ça. Et et c'était quelqu'un de très original qui connaissait pas sa date de naissance puisqu'elle est née pendant la guerre. Et quand [grognement] je suis née moi le 30 décembre, elle a dit "Bah tiens, moi aussi je vais me mettre ma date de naissance le 30 décembre comme ça on sera né en même temps." Elle changeait de nom. Elle changeait de nom et de date de naissance. Comment c'était possible ? Oh, je pense qu'au Vietnam de l'époque, il y avait beaucoup de choses qui étaient possibles et finalement, elle ça nous a mis un peu dans le pérain parce qu'elle changeait de nom régulièrement et donc à à son décès la maison qu'elle avait acheté bah était au nom de quelqu'un qui n'existait plus et donc on
a eu beaucoup de mal à justifier qu'elle était à nous quoi. Voilà. Mais c'est vrai que c'était au cas le cas de Mistinguette qui s'appelait Jeanne Bourgeois qui se rajunissait sans arrêt. Donc elle allait de temps en temps à Huin voir l'office d'état civil et dès qu'il y avait une jeune une jeune bourgeois qui avait 20 ans de moins, elle prenait sa fiche d'état civil. Elle disait aux gens voyez, j'ai 20 ans de moins que ce qu'on raconte. B voilà [rires] en même temps, elle a grandi au milieu des bombes parce que on oublie un peu que le Vietnam, ça a été la guerre d'Indochine et la guerre du Vietnam. Oui. Oui. Et puis la guerre aussi contre les Japonais. Enfin, je veux dire, il y a eu des guerres sans cesse en fait finalement. Euh mais ce qui est particulier avec le Vietnam, c'est que
ils ont gagné toutes les guerres. Donc en effet, il y a eu beaucoup de guerres mais le pays euh comment est ressorti victorieux. Donc quand on y va, je trouve qu'on n pas le sentiment d'un poids. Au contraire, on a le sentiment d'une grande fierté nationale. Moi, j'ai grandi dans cette fierté là, cette fierté du "Le Vietnam est fort." Il criait ça dans les haut-parleurs, "On est les plus forts." Et donc je dis souvent, il y avait comme des aires de de coupe du monde. Voilà, il y avait quelque chose d'assez qui nous portait quand même. Vous l'avez raconté dans un livre qui s'appelait, je crois, les oses des filles. Oui. Et et dans ce livre, vous racontez effectivement euh combien la guerre d'Achine a été importante, combien même votre mère a grandi sous les bombes et dans une petite cabane.
Oui, ils avaient fabriqué un petit bon et il il disait aux filles, euh bah si les bombes tombent, cachez-vous en dessous. Et donc le Vietnam était polygame à l'époque et euh la une des mères, on va dire, de mon grand-père est est morte, elle partait au marché et elle a pris une balle perdue et elle est morte. Donc c'est vrai que ma mère a vraiment grandi dans ce contexte qui même pour moi est difficile à imaginer. Oui. Elle vous en parlait votre mère ? Euh non très peu. Ils en parlaient très enfin très peu et c'est vraiment quand j'ai entrepris d'écrire les autres des filles que je suis allée interroger mon grand-père et et voilà. Mais c'est vrai que souvent les personnes de cette génération qui ont vécu même l'Algérie. C'est vrai que l'Algérie mon grand-père
paternel n'en parle jamais et il faut vraiment poser des questions pour qu'ils acceptent ou non d'en parler. Voilà, euh nos parents euh ne parlaient pas de la Seconde Guerre mondiale qu'ils avaient vécu. C'est seulement quelques décennies plus tard qu'elle est entrée dans l'histoire. Ben, je pense que c'est les enfants qui s'intéressent à à ça parce qu'on veut savoir un peu d'où d'où l'on vient. Il y a quelqu'un qui a grandi dans les risières et qui a dû fuir d'urgence parce que son son père avait quelques soucis avec les Japonais, c'est Chantal Goya. Ah ou qui est né à Saï et qui a grandi dans dans les environs de Saïon. Et puis ben un jour les les Japonais sont venus arrêter le père, ils en est sortis et ils ont fuit par le premier bateau pour venir en France.
Ah ouais, d'accord. Je sais, il y avait beaucoup de gens comme ça qui ont dû fuir à cette époque là. Puis la guerre du Vietnam, elle a aussi marqué votre pays ? Euh bah oui, oui, complètement bien sûr. C'est vrai que après voilà, moi c'est particulier parce que je suis née au lendemain de la guerre, donc j'ai une enfance radicalement différente de celle de de ma mère. Mais euh mais quelque part euh nous on est on on a hérité de ça. Alors vous avez aussi beaucoup voyagé mais dans des conditions beaucoup plus favorable en temps de paix et chaque voyage pour vous a été une façon d'enrichir vos livres. Par exemple aux États-Unis, ça a été aussi un moment important. Ah oui parce que le les défis a été traduit en anglais et donc je l'ai présenté aux États-Unis et j'ai été
frappée de découvrir qu'il y avait un tel lien entre le Vietnam et les États-Unis. Évidemment, moi j'avais la perspective française donc de l'Indochine, mais mais ça remonte un peu plus loin. Mais quand je suis allée le présenter aux États-Unis, je me suis rendu compte que le mot Vietnam euh était quasiment un nom commun là-bas. C'est-à-dire que ça raisonne très fort avec toutes les familles. Pour eux, le Vietnam, c'est un peu comme l'Algérie pour nous, c'est-à-dire que ça reste encore quelque chose de très euh voilà vivant à fleur de peau quoi. Oui, la guerre du Vietnam a marqué une génération qu'on soit pour ou qu'on soit contre. Oui. Oui. Et puis il y a forcément quelqu'un dans la famille qui a fait la guerre ou qui a protesté contre ou et puis il y a aussi beaucoup
de de bot people en fait. Il y a une grande grande communauté vietnamienne aux États-Unis et même en Indochine, on on s'interroge, il y a ceux qui sont pour pour la pour les États-Unis et ceux qui sont contre. Euh oui, parce que le Vietnam est divisé en deux. Donc c'est vrai que moi je venais du Nord Vietnam, ma famille était du Nord et donc on était plutôt avec les communistes qui ont gagné la guerre. Mais en fait le Sud Vietnam a perdu contre le Nord et le Sud était avec les États-Unis. Donc bref, tout ça, je l'ai beaucoup découvert en allant aux États-Unis et en me disant "Ah tiens, finalement pour moi, moi j'ai grandi avec au Vietnam avec les images de l'agent orange en pensant que les Américains c'étaient les méchants quoi, en gros." Mais quand j'arrive aux
États-Unis, je me rends compte qu'il y a une grande communauté vietnamienne pour qui c'est le Nord-Vietnam, les méchants entre guillemets et les États-Unis qui les qui les ont soutenus. Donc en fait tout ça est très très complexe. Et puis et puis vous avez aussi découvert aux États-Unis le monde de l'art puisque ce sont vos études et notamment Christis car vous avez été faire un tour chez Christ pour l'un de vos romans. Euh j'ai écrit exactement une vague se passe aux États-Unis. La c'est un roman qui a en effet été inspiré euh par la grande enfin j'ai fait trois tournées aux États-Unis donc j'ai passé beaucoup de temps et les paysages américains m'ont beaucoup inspiré. J'ai le sentiment que la littérature américaine est plutôt une littérature de l'extérieur des grands espaces alors que
la littérature européenne est plutôt une littérature de l'introspection et de l'intériorité. Moi, j'avais écrit pas mal de livres sur l'intériorité, l'introspection. J'en avais un peu marre. J'avais envie d'écrire un livre d'aventure et donc voilà, ce livre-là se passe à San Francisco, à New York et avec en effet une grande partie chez Christ dans le le monde de des ventes aux enchères. Oui, et c'est vrai que Christi est un univers très particulier. Je crois qu'ils ont vendu, ils ont qu ils ont 80 salles de 85 salles de vente dans le monde entier et ils ont vendu le tableau le plus cher du monde, le Salvador Mundi de Léonard de Vincy pour 400 millions de dollars. Ah ouais, moi c'est un autre univers quoi. Et les commissaires Priseurs aussi vous vous ont passionné ? Oui, ben en fait
c'était toute cette histoire était construite autour d'un tableau qui a disparu et qu'on retrouve des années plus tard et enfin bref tout tout il y avait une intrigue autour de ce tableau et et c'est vrai que ça me ça me plaisait bien. Bah j'avais fait j'ai fait Histoire de l'art. Donc voilà, c'était tout ressurgit dans les livres hein de toute manière. Et vous avez aussi failli écrire un livre sur le Louvre, je crois. Oui, tout à fait. Qui est un peu voilà qui est dans les tiroirs comme beaucoup de manuscrits d'ailleurs. Mais mais je m'étais intéressée au Louvre. Ouais. Pourquoi ? euh parce que c'est un musée qui est fascinant mais qui a une histoire tellement longue et tellement euh riche et et ça ça s'inscrivait dans cette collection Manu au Musée qui est
une collection chez Stock où un écrivain passe la nuit dans un musée et j'avais un peu une fascination pour la salle des Cariatides et je m'imaginais un peu dormir là-bas et puis bon finalement les projets se sont enchevétrés et puis voilà celui-là est passé à la trappe pour l'instant. Voilà et je crois que toute une génération celle qui vous a précédé a été marquée par le Louvre à cause d'un feuilleton de télévision. [musique] Je sais pas si vous vous souvenez de Belfor. Belfor est un feuon qui en 64 a été tellement célèbre qu'il n'y avait plus personne dans les salles de cinéma le samedi soir on regardait Belfor à la télévision avec Juliette Greco. Ah ouais, c'est fou hein. Et puis et et c'est vrai que ça a marqué une génération parce que justement
les les séries de ce genre n'existaient pas beaucoup à l'époque. Oh, je sais plus. Nous bah moi quand je suis arrivé quand j'étais au Vietnam, j'ai regardé beaucoup de choses américaines puisque c'est ce qui passait, c'était Cartoon Network donc on regardait les dessins animés américain. C'est assez marrant d'ailleurs parce que quand j'étais toute petite, il y avait les dessins animés soviétiques. Après nous, on a eu les dessins animés américains. Donc c'est rigolo comment nos histoires individuelles sont finalement forgées par les l'histoire politique et la grande histoire. On s'en rend pas compte mais en fait on est vraiment on hérite de tout ça. Ce qui est étonnant aussi c'est votre façon de travailler. Vous n'êtes pas une romancière qui s'installe chaque matin à son bureau pour écrire.
Non, c'est vrai que parfois j'ai un peu de scrupule quand j'entends les collègues raconter voilà leur leur qui se lèvent à 4h, ils écrivent jusqu'à midi, ils font du sport. Moi, je suis un peu c'est c'est pas que je suis flegmatique, c'est que je suis je je pense que je suis une sprinteuse, c'est-à-dire je suis pas quelqu'un qui a des habitudes et qui est sur le long terme. Je souvent je j'écris quand l'inspiration est là, ça va vite et ça s'arrête. Et j'ai le sentiment que aussi les périodes de jacher sont bien. Donc je sais pas trop. J'ai un rapport assez aléatoire à tout ça. C'est Jack London qui a dit un jour il ne faut pas attendre que l'inspiration vienne, il faut courir après avec une massu. Bah peut-être peut-être que je m'y mette. Non non moi je je suis voilà,
j'ai un rapport assez aléatoire à tout ça. En tout cas vous ça ne vous empêche pas d'écrire et on va le démontrer à travers ce livre qui est sorti le 19 août 2026. À tout de suite sur Sud Radio avec Line Papin. Sud Radio, les clés d'une vie, Jacques P6. Sud Radio, les clés d'une vie. Line Papin, mon invité. On a évoqué votre parcours entre le Vietnam, la France et les autres pays avec vos tous vos romans. Et puis bah le 19 août 2026 est sorti Anoy Stories chez Albin Michel. C'est un retour aux sources. Euh oui, complètement. C'est voilà, c'est le roman du retour au pays natal à 30 ans. Donc comment 20 ans après, je reviens bah dans la ville où je suis née. Et pourquoi avoir voulu écrire ce livre
aujourd'hui ? Euh bah en vérité le début du livre est vraiment similaire à ce que j'ai vécu, c'est-à-dire que j'étais voilà à Paris dans une période un peu de flottement. Je savais pas trop quoi faire de moi et tout le monde me disait "Retourne là-bas, retourne là-bas." Bon, j'ai fini par écouter les gens et c'est vrai que ma Marine aussi vietnamienne voulait m'inttroduire au bouddhisme. Elle me parlait du bouddhisme. Bon moi ça me disait trop rien. Je suis pas tellement penchée sur la religion. Elle me dit que c'est une philosophie, pas une religion, et que c'est une philosophie qui vise à éradiquer la souffrance. C'est une philosophie qui va vers le bonheur. Bon, j'étais pas contre le bonheur, donc j'ai suivi euh ce chemin et c'est vrai qu'en arrivant
là-bas, j'ai retrouvé voilà mon père, mes amis d'enfance et j'ai suivi ma marine qui m'a embarqué dans des monastères vers cette quête du bonheur à travers voilà la découverte du bouddhisme. Oui, car le bonheur était est présent dans votre livre, vous êtes en quête de bonheur. Oui, ben je comme beaucoup de gens, je pense. Mais ce qui la question qui traversait le livre, c'était aussi pour deux sociétés qui s'opposent, c'est-à-dire la société occidentale et la société orientale. Et la question que je me posais, pourquoi dans une société où bon, on a quand même le nécessaire vital pour la plupart et c'est une société qui est capitaliste, qui est occidentale et pourquoi en fait sommes-nous si malheureux, si
insatisfaits ? Pourquoi finalement le lien social est-il aussi brisé ? et je me posais beaucoup de questions que voilà que j'ai mis en contraste avec la société orientale communiste vietnamienne. Voilà. Il se trouve que le bonheur, il y a une chanson qu'il évoque, c'est une chanson de Charles Traînet. Le bonheur ne passe qu'une fois. Prenez-le quand [musique] il vous appelle. Le bonheur ne passe qu'une fois. Prenez-le quand il vous enlèvera. Ça correspond un peu à ce que vous pensez du bonheur. Oui. Est-ce que c'est lui qui dit le bonheur c'est pas grand-chose ? C'est du chagrin qui se repose ? Oui. Il a il a surtout dit quand on a rêvé sa vie, il faut vivre son rêve et
que la vie est un rêve en attendant un cauchemar, on le digère et et le rêve recommence. Ah ben c'est très bouddhiste, ça c'est la réincarnation. [rires] Effectivement, vous évoquez le monde d'aujourd'hui en comparaison. Vous vous parlez d'ailleurs d'un mag de connard. Ça c'est oui le début en fait le début j'ai voulu écrire un début un peu sur voilà des jeunes gens de 30 ans qui sont un peu perdu sur la définition du bonheur, la définition de l'amour la qui sont qui savent plus en fait définir tous ces concepts là. Et c'est vrai que le le début est plein d'autodérision et avec beaucoup d'humour aussi sur euh l'amour aujourd'hui. Comment finalement on a du mal à s'aimer, du mal à s'engager. Donc maintenant, on parle de plein de choses. On parle du trouble,
on parle de la relation libre, on parle on essaye les applications de rencontre mais j'ai l'impression que tout ça reste compliqué. Et donc la la copine Marianne dit que qu'elle ne veut plus d'hommes, qu'elle en a marre des hommes, il y a [raclement de gorge] que des connards selon elle. Et euh et il y a une scène où elles sont au restaurant avec des Américaines et les Américaines demandent avec leur accent "On voudrait deux magn rigole." Alors il se trouve que donc vous vous retournez à Noï et vous retrouvez 20 ans après une ville que vous ne reconnaissez absolument pas au départ. Une ville qui a changé, une ville qui s'est modernisée et en même temps les odeurs, les saveurs, les bruits de l'enfance sont encore là. Mais euh mais voilà, c'est une ville qui a grandi depuis 20 ans.
En même temps, les buildings sont arrivés, la modernité est arrivée, même la résidence de votre père a changé. Ah oui oui. Et puis les boutiques sont arrivées. Euh donc c'est bah comme toutes les villes finalement, toutes les villes en 20 ans ont changé. En même temps, les les Vietnamiens n'ont pas changé. Vous évoquez votre nourrice qui n'a jamais vu la mer ou la montagne. Oui, c'est une femme qui voilà qui m'a élevé, qui est une femme bah comme comme beaucoup de Vietnamiens qui vit dans quand même une une pauvreté certaine avec ses enfants. Elle vend des sacs à dos au marché et c'est quelqu'un qui bah qui n'a jamais vu la la mer ni la neige et qui a pris l'avion pour la première fois là l'année dernière [rires] pour la première fois de sa vie. Je crois que même elle est pas allée
très souvent au restaurant. Vous l'avez amené. Je crois qu'elle voulait même aider pour le service. Oui. Bah parce que c'est quelqu'un qui a toujours servi les autres et qui a dû enfin dont c'était le métier. Et c'est vrai que quand mon père l'a amené au restaurant, les serveurs l'ont servi. Elle s'est tout de suite levée pour les aider parce que c'était insupportable pour elle d'être servie. Elle avait jamais été servie et c'est quelqu'un qui est d'une grande bonté. Et donc ce sont des gens effectivement qui sont devenus de plus en plus rares et qui sont essentiels dans notre société. Euh bah je pense que le comment il y a une classe moyenne aujourd'hui qui fait que tout le monde a accès à certaines choses, ce qui est pas forcément le cas enfin au Vietnam. Et il y a quand même
beaucoup d'inégalités là-bas. Et c'est ce qui c'est aussi ce qui est frappant quand j'y retourne, c'est que c'est à la fois il y a le communisme, à la fois on a des boutiques de luxe qui relève complètement du capitalisme, à la fois il y a le bouddhisme, à la fois il y a des églises catholiques de l'Indochine française. Donc il y a une espèce de mélange de 1000 feuilles de de d'histoire et de de choses qui font que la ville est assez intrigante. Oui. Il y a il y a un club, je crois que ça s'appelle le Hanil Club qui est un club qu'on n'aurait pas pu imaginer au Vietnam il y a 20 ans. une Ah non non non, bien sûr. Bah c'est un c'est un club où on va faire du sport en gros. Donc il y a du golf, il y a c'est un hôtel mais où on peut nager. Ça vous existait pas quand vous étiez jeune à Hanoï ?
Non mais nous quand on était petit, on allait à l'hôtel déjà nager. Je me souviens. On nous amenait au Deu hôtel pour qu'on puisse nager. En même temps, il y a le le presse club qui est un endroit parce que en France, il y a un presse club à Paris qui a été créé en 1996 par Jean-Claude Bouret et Emmanuel de la taille qui est un club de journalistes. Là, ça n'a rien à voir. Non, je sais pas pourquoi il en appelle ça comme ça, mais je sais qu'au Japon, il y a aussi des press clubs. Alors, je sais là, c'est un c'est un endroit bon, c'est un restaurant quoi. C'est un endroit où on se on se on se retrouve, on se réunit et et c'est vrai que en fait ce qui est amusant avec ce retour 20 ans plus tard, c'est que à la fois je retrouve le Vietnam de mon enfance avec
les lieux, voilà, le Deo, le Hellsplace, le l'école, le lac, one kem, tout ça. Et en même temps, je découvre un nouveau Vietnam que je connaissais pas du tout. euh bah le le presse club, le Hanoï Club euh et en même temps le Vietnam nocturne que évidemment et comme j'ai quitté le Vietnam à l'âge de 10 ans, je connaissais pas les péninsules, les bars, euh toute cette vie-là m'était inconnue. Et donc c'est assez fascinant d'avoir un nid, un endroit natal qui en même temps grouille et grandit et continue à nous surprendre. Oui. Et et des lieux qui ont changé en permanence. Il y a il y a les les la fête la nuit est courante là-bas. Ah oui, je pense que je ne la connaissais pas cette vie nocturne là-bas. Je l'ai découverte là
en y retournant mais c'est vrai que Oui. Oui. C'est Je crois que je crois qu'on fait bien la fête là-bas. Ouais. Oui. Et en même temps, il y a une tradition, ce sont les filles qui se marient à 20 ans et on a voulu vous marier là-bas. Ah ben moi, dès que j'arrive là-bas, la première question, c'est "Est-ce que tu as un mari ?" Et et comment à 30 ans ? Non non, c'est encore ça reste très traditionnel dans le sens où souvent les filles de mon âge avec qui je parle à 30 ans, elles ont elles ont deux ou trois enfants quoi. Et on a essayé de vous présenter à chaque fois des des prétendants. Bah oui, c'est classique. Et puis il y a les lieux traditionnels, il y a la citadelle qui est un lieu que vous évoquez qui est un lieu traditionnel du Vietnam. Euh oui, c'est un lieu c'est un lieu bah
qui est classé à l'UNESCO qui a un monument qui se visite he les touristes le visitent. Et euh bon, c'est une grande histoire mais c'est depuis voilà, il y a eu il y a eu des des empereurs, après il y a eu pendant l'occup pendant l'Indochine, il y a eu des soldats français. Enfin, c'est vraiment un lieu historique et il se retrouve dans mon livre puisqu'en effet une fête se passe là-bas dans le livre qui va être le point de rencontre de deux personnages. Et puis il y a le bouddhisme justement que vous découvrez et le bouddhisme finalement, le vrai bouddhisme, il est mal connu en France. Il y a quelques fausses informations qui circulent. Oui. Alors après, bon, je suis pas non plus spécialiste, je suis pas mature Iar, quoi, je veux dire. Mais euh dans le
livre, j'ai une figure de d'initiation et c'est vrai que c'est une philosophie qui est très intéressante parce que elle s'intéresse à beaucoup de choses. Elle n'exclut rien. Elle s'intéresse à la physique, à la physique quantique, à la philosophie. C'est beaucoup sur le temps et l'espace. C'est ce qui m'intéressait dans mon livre puisque ayant vécu dans deux espace-temps différents, c'est-à-dire deux géographies différentes et en étant tout le temps décalage horaire, c'est vrai que moi j'ai toujours été un peu décalée par rapport à l'espace et au temps. Je savais pas trop où me situer du coup entre le Vietnam, la France et le bouddhiste s'intéresse beaucoup à l'espace-temps. Il comment dire que l'espace et le temps sont créés par les humains. façon une maîtrie
inventée mais que au final en fait ça n'existe pas. En même temps, vous évoquez un un phénomène qui est quotidien en France mais pas du tout de la même façon, c'est la méditation. Oui. [rires] Bah la méditation qui est au cœur du bouddhisme et qui est euh que l'on comprend souvent comme ne rien faire, être assis, ne rien faire, mais qui en fait vient du terme sanscrit bavana et qui est en fait la culture comme un sport, comme une culture physique. Et donc c'est en fait euh d'après ce que j'ai appris, ce que les bouddhistes nomment en fait la culture, c'est vraiment surveiller son cheminement de pensée et la manière dont nos pensées ont une influence. nos pensées et nos actes ont une influence
sur l'extérieur, sur les autres et ce qu'on appelle le karma qui est en fait la manière dont nos actes et nos pensé se répercute sur l'extérieur. Et en même temps la méditation pour vous c'est une façon d'échapper au médicaments. Bah oui, c'est ce que c'est ce que disent les les bouddhistes, c'est que en fait au lieu de prendre du prosac ou des antidépresseurs, on peut muscler ce muscle du bonheur en fait qui est un peu atrophié parfois ici parce qu'on a on tombe dans une espèce de flemme du bonheur et qu'en fait le bonheur ça se cultive, c'est pas juste de la chance, c'est vraiment bah c'est un peu de la sagesse populaire mais savoir voir le bon côté des choses, s'entraîner à voir le verre à moitié plein plutôt qu'à moitié vide. Donc toujours aller vers le
positif et que le positif appelle le positif et que vraiment c'est un muscle. Vous êtes entraîné à ça ? Et je m'entraîne tous les jours. Alors, il y a aussi une chose étonnante, c'est que vous venez d'un temps où le français était la langue officielle au Vietnam, ce qui est plus toujours le cas aujourd'hui Line Papin. Oh, c'est plus le cas. Alors, parfois, on croise des très vieux des très vieilles personnes qui parlent encore français, mais c'est vrai que bah aujourd'hui, comme partout, je pense, l'anglais a pris le pas. C'est un peu gênant, non ? un peu triste. Bah c'est l'histoire du monde, c'est l'histoire politique, c'est voilà, c'est Et vous vous dites aussi que si vous n'ayez pas quitter ce pays à 10 ans, vous n'en seriez peut-être pas là aujourd'hui.
Oh bah oui, certainement. C'est vrai que en fait, je pense qu'avoir quitté à Noï, c'était prendre conscience et c'est et c'est encore du coup très bouddhiste, mais que les choses ont une fin, euh apprendre à à recommencer sa vie, à recommencer à zéro. Euh c'est apprendre à à s'adapter, avoir une nouvelle identité. Enfin, ça m'a je ça m'a clairement transformé. Oui. Oui. Parce qu'en plus quand vous arriviez au Vietnam, vous étiez au Vietnam à 15 ans, personne ne vous reconnaissait et quand vous vous revenez, vous êtes une romancière célèbre. Euh oui, bah ça c'est vrai que c'est une fierté aussi d'écrire sur le Vietnam, d'écrire sur ce sur mon pays, sur ce pays. Et ce que je voulais dans ce
livre, dans No Story, c'était aussi donner à voir les histoires euh bah des Vietnamiens mais à la fois pendant la guerre, mais aussi aujourd'hui. C'est-à-dire que souvent on a ses visions avec les films américains Apocalypse Now de Dear Hunter et tout, on a les visions voilà de du Vietnam pendant la guerre ou alors on a Indochine avec Catherine Deuve. Mais c'est vrai que j'avais envie de donner à voir aussi les Vietnamiens d'aujourd'hui avec euh autre chose que les que les clichés, que les images d'épinal mais euh mais vraiment les histoires euh bah d'aujourd'hui. Ils ont ils ont totalement changé de vie. Certains, c'est vrai que moi ma marine est à la tête d'une boîte voilà de de finances et de luxe. Donc c'est c'est pas le Vietnam parce que c'est c'est
cliché mais souvent on pense à la manicure ou les rouleurs de Dem quoi. Voyez ce que je veux dire ? Là, c'est un Vietnam qui est très moderne. C'est un Vietnam où bah voilàin c'est c'est du de la finance tout ça. Et donc c'est c'est un autre Vietnam. Il y a même des faux channels qui circulent. Ah ça il y en a beaucoup là-bas. [rires] C'est assez particulier. Euh bah c'est je pense que je pense qu'un vrai vietnamien a un faux channel. [rires] Alors, il trouve que vous allez continuer à écrire et vous dites de dans ce livre que vous ne pourriez pas ne ne pas écrire mais qu'en même temps vous savez que l'écriture est une souffrance. Line Papa euh bah c'est un un des thèmes du livre c'est je enfin le livre est aussi sur
l'écriture et je pense que c'est voir l'écriture, la littérature comme un pays à part entière. C'est-à-dire que quand je sais pas trop finalement est-ce que j'appartiens au Vietnam, est-ce que j'appartiens à la France, une chose est sûre, c'est que la littérature est un pays sans frontière, sans géographie et qui est à emporter avec soi. On peut l'emporter dans son sac où qu'on où que l'on soit et ça, je pense que c'est ma vérité, c'est-à-dire que j'ai trouvé refuge dans les lettres. La preuve, ce livre, An Story chez Albin Michel qui est justement un livre qu'on peut mettre dans sa poche parce que il est tout à fait acceptable. Je suis sûr que vous allez continuer à écrire et à produire d'autres livres comme celui-ci. Je pense j'en suis. Merci Line Papin. Continuez ainsi, ne changez rien.
Merci. Les clés d'une vie c'est terminé pour aujourd'hui. On se retrouve bientôt.