Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewLe Figaro· 29 août 2025 24 min

Surendettement: l'intégralité du discours de François Bayrou à Chalons-en-Champagne

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
François Bayrou

au temps où la loi est devenue celle de la force. Et ceci change tout pour nous tous, parce que, au même instant, on a senti que partout les empires prenaient acte de ce nouvel état du monde et que tous ceux qui étaient puissance moyenne ou plus petit pays encore allaient devoir s'adapter à un nouvel état du monde. Et nous avons vu se développer la crise énergétique, l'inflation, tous ceux qui nous ont plongés dans un univers déstabilisé. C'est dans cet univers-là que nous devons vivre.

Et nous imaginions que nous avions l'Europe, beaucoup d'entre nous, avaient en tête cet idéal que nous avions construit un ensemble pour que ceux qui n'avaient pas l'immense puissance du nombre aient au moins la puissance de leur alliance. Puis nous avons découvert dans les derniers mois, les dernières semaines, que face aux empires, face à la puissance chinoise qui, commercialement et industriellement, essaie d'inonder nos marchés avec des productions à des prix sous-estimés, bradés, des prix de dumping. Alors nous avons découvert que c'était difficile de résister et nous avons découvert que notre plus ancien allié, les États-Unis, sous l'autorité de son président, M.

Trump, avait décidé de nous imposer lui-même sa propre loi. Et on voit très bien de quoi il s'agit. Nous avons accepté la décision des États-Unis sans rien opposer en échange. Je dis cela dans un pays producteur du plus grand vin du monde. Nous avons accepté, probablement parce que nous ne pouvions pas faire autrement, je dis entre nous qu'on aurait pu s'économiser de dire que c'était formidable, nous avons accepté les 15% de droits de douane et hier nous avons annoncé que l'Europe mettrait 0% de droits de douane sur toutes les productions des États-Unis. Alors, économiquement, je comprends.

Il y a un raisonnement qui ne m'est pas totalement étranger, que j'arrive à suivre, parce que même dans les Pyrénées, on arrive à comprendre les raisonnements économiques. Le raisonnement est très simple. Les droits de douane, qui les paie, c'est les consommateurs. Donc, si tu abaisses les droits de douane, tu rends service aux consommateurs.

Mais symboliquement, géopolitiquement, du point de vue de la force de ce que nous sommes et de la parole que nous portons, ce déséquilibre accepté et puis voulu a une signification dont je ne suis pas sûr qu'elle soit fidèle à ce que nous, qui avons, dans notre tradition, été parmi les fondateurs de l'Union européenne, je ne suis pas sûr que ça ressemble à ce que nous voulions, si je puis dire ça, au nom de cette tradition. Et il y a eu un discours très important sur lequel j'appelle votre attention de Mario Draghi. Vendredi, il y a une semaine exactement, à Rimini, et Mario Draghi a dit « Ce mois d'août, nous avons vu s'évaporer le rêve d'une Europe respectée.

» Et je dis ça en Champagne, naturellement. Et puis, dans cet état du monde-là, la France. Et la France devant un rendez-vous qui est, à mes yeux, un rendez-vous crucial que j'ai voulu parce que je n'imaginais pas qu'on puisse vivre et vivre les décisions que nous avons à prendre pour la rentrée sans avoir clarifié un point fondamental. Est-ce qu'il y a, je dis ça devant Charles de Courson, est-ce qu'il y a, dans notre pays, une situation à laquelle nous devons faire face, qui est une situation qui a deux caractéristiques. La première, c'est qu'elle est grave. Et la deuxième, c'est qu'elle est urgente.

Est-ce que ceux d'entre nous qui, depuis des années, Franck a eu la gentillesse de le rappeler, qui, depuis des années, disons, le recours perpétuel à la dette, ce n'est pas une solution, ni pour une famille, ni pour une entreprise, ni pour une association, ni pour un pays. Passer son temps à dire, écoutez, on va dépenser de l'argent pour notre vie d'aujourd'hui, et c'est ceux qui viendront après qui paieront. Est-ce que c'est digne ? Est-ce que c'est respectueux ? Entre nous, est-ce que c'est moral ? De laisser aux travailleurs et aux enfants la charge des dépenses que le pays ne veut pas réduire. Merci. Je ne sais pas qui est la jeune femme qui s'est exprimée, pardon. Merci beaucoup.

6:48
Locuteur

Je suis désolée d'avoir accueilli.

6:49
François Bayrou

Non, non, mais vous avez très bien fait parce que le brouhaha, au fond de la salle, vous avez raison de dire qu'il méritait d'être rappelé à l'ordre. Et c'est bien que ce soit vous qui l'ayez fait. est-ce que c'est normal et est-ce que c'est moral ? C'est ça le constat, le point de départ. Après vient la discussion sur les mesures. Après le constat, après le choix d'une stratégie, est-ce qu'on peut redescendre à un point d'équilibre en quelques années avec prudence mais détermination ? Et après, quelles sont les mesures ? Alors, le point d'équilibre, j'entendais hier un journaliste qui disait « On n'a toujours pas compris pourquoi il faudrait 40 et quelques milliards.

» Alors, je vais le rappeler, nous avons, nous sommes, nous étions l'année dernière. tout près d'un déficit de 6% de notre production annuelle dans le budget de l'État. Ça veut dire plus de 10% du budget de l'État, déficit. Puisque le budget de l'État, c'est à peu près la moitié de la production annuelle. et donc, nous étions à ces sommes-là. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que tous les ans, la charge de la dette, les annuités, quand vous empruntez, vous avez des mensualités à la banque. pour la France, c'est la même chose. Vous empruntez et vous avez à rembourser vos créanciers, je dis tout bas, qui sont, pour 60% d'entre eux, étrangers.

Ce n'est pas une dette à l'égard des Français, c'est une dette à l'égard de l'étranger, des partenaires, des prêteurs. Donc, vous devez rembourser tous les ans. On était, en 2020, à 30 milliards de remboursements annuels. Pour vous donner une idée de ce que c'est, parce que c'est des sommes tellement astronomiques qu'on n'arrive pas à les mesurer, la France, toute entière, toutes les productions, tous les salaires, tous les revenus, la France produit chaque année, si elle est en France, en croissance, environ 50 milliards de plus que l'année précédente. Chaque année. Et la charge de la dette, elle était de 30 milliards. Elle est passée, l'année dernière, d'étape en étape, à 60 milliards.

Elle sera, cette année, à 67 milliards. Elle sera, l'année prochaine, à entre 75 et 76 milliards. Et la Cour des comptes se dit, en 2029, elle sera à plus de 100 milliards. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que tout le travail et toute l'énergie des Français est pompée par le remboursement de la dette. Et donc, la question qui est devant nous, c'est, est-ce que c'est vrai ? Est-ce que ce que le Premier ministre, le gouvernement raconte, est-ce que c'est vrai ? Est-ce que c'est vérifié ? Alors, il y a ici toutes les compétences disponibles qui peuvent garantir, si quelqu'un se pose la question, que c'est vrai. Deux, est-ce que c'est grave ?

Parce qu'il y a un certain nombre de gens qui disent, c'est pas grave du tout. Ça n'a pas d'importance. On n'aura pas besoin de rembourser. Ah, ceci est une question très intéressante, parce que, si votre voisin ou votre cousin ou votre meilleur ami vous prête 1 000 euros, parce que vous avez un passage difficile, et que, le jour venu du remboursement, vous lui dites, écoute, j'ai deux choses à te dire. La première, je ne te rembourserai pas. La deuxième, est-ce que tu peux me prêter 1 000 euros de plus ? Je, mais, c'est exactement la situation. Ni je ne déforme, ni je n'exagère, ni je dramatise. La France ne peut pas au rythme où nous sommes entrés depuis 50 ans.

On n'a pas eu un budget en équilibre depuis 1974. Depuis 50 ans, tout courant politique confondu, et je ne jette la pierre à personne, mais pour avoir dénoncé cette situation depuis 20 ans, ça me donne la liberté de dire nous ne pouvons pas vivre sans emprunter. Ce n'est pas le cas de nos voisins. nos voisins qui ont fait des efforts, l'Italie, par exemple, des gens qui pourraient vivre sans emprunter. Nous, on ne peut pas pour payer les fonctionnaires, pour payer les retraites. Nous avons besoin tous les ans d'emprunter. Est-ce que c'est viable longtemps ? Non, ça n'est pas viable longtemps si nous sommes responsables, si nous sommes adultes, si nous sommes un peuple qui a les yeux ouverts.

et donc, cette question-là, qui est une question centrale, est-ce que ça peut continuer comme ça ? Notre réponse est non, il faut que nous corrigions les choses et il faut que nous le corrigions nous. J'ai été très frappé parce que, dans les débats auxquels j'ai participé, j'ai, pour la première fois, pu faire entendre de manière plus perceptible par nos concitoyens une question qui est terrible, qui est la question des générations.

Et j'ai reçu énormément de messages de jeunes qui disent pour la première fois qu'on a parlé de nous, parce que j'ai employé le mot qu'ils avaient choisi, eux, de boomers pour les générations de l'après-guerre, pour les générations du baby-boom, qui ont beaucoup travaillé, qui ont beaucoup fait marcher le pays, qui ont bien mérité de la patrie, comme on dit, mais qui ne peuvent pas se désintéresser de la situation qui est faite aux jeunes Français. Ils ne peuvent pas s'en désintéresser, à mes yeux.

on peut faire semblant, mais si on est responsable, si on a des enfants, c'est notre cas à beaucoup d'entre nous, si on a des petits-enfants pour quelques-uns d'entre nous, est-ce qu'on peut se désintéresser de la situation ? On ne peut pas. C'est ça la question qui est devant nous. Et vous voyez bien que c'est une question séquencée. La première question, c'est est-ce que c'est grave, est-ce que c'est urgent, est-ce qu'il faut faire quelque chose ? Et est-ce qu'on peut s'entendre sur l'effort ? Alors, je disais que j'allais justifier les 44 milliards. C'est assez simple. Nous étions à 6% de déficit l'an dernier.

Et tout le monde, tous les économistes, ont défini le seuil approximatif à partir duquel la dette ne grandit plus. Ce seuil approximatif, c'est un peu moins de 3%. Et donc, on a dit, bien, écoutez, on va, en plusieurs années, en 4 ans, on va se fixer comme objectif de revenir à ce seuil où la dette ne grandit plus. Parce que quand elle ne grandit plus, alors la croissance remet le bateau à flot, si je puis dire. Et pour arriver à ce seuil en 2029, auquel la dette ne grandit plus, il faut des marches. Et la première marche, c'est la marche qui va nous faire passer entre 4,5% et 5% de déficit venant de 6% pour arriver à 3%.

Et donc, je dis aux journalistes qui s'interrogeaient en disant, mais on ne nous a toujours pas expliqué pourquoi, peut-être qu'ils n'ont pas suivi exactement les explications que nous avons données, voilà l'explication du seuil qu'il faut franchir. Alors, il y a des gens qui disent, mais il faut aller beaucoup moins vite. Je traduis en français ce qu'ils disent. Ils disent, il faut encore augmenter la dette pendant des années. C'est ça, la vérité. ce n'est pas avoir une dette stable et aller lentement pour la réduire. Ce n'est pas ça.

C'est que nous proposons d'aller en 4 années jusqu'à la stabilisation de la dette et ils proposent de continuer à augmenter la dette dans le pays qui a le plus de charges de la dette d'Europe et le plus d'impôts de toute l'Europe. Alors, voilà, ce n'est pas une discussion politique. ce n'est pas une discussion de parti politique. Ce n'est pas les avantages des uns contre les avantages des autres. Ce n'est pas des avantages particuliers défendus au détriment des autres. C'est une question de père et de mère de famille. Et c'est une question pour les plus jeunes.

Parce que ce qu'il y a d'absolument impensable, incroyable, ils ont réussi à enrôler un certain nombre de jeunes généreux autour de l'idée qu'il faut absolument augmenter la dette encore. Autrement dit, j'ai employé le mot hier qui est exactement ce que je pense, c'est l'esclavage des plus jeunes et on les a convaincus de demander encore plus de chênes, de porter encore plus de poids et de fonte sur les épaules. Eh bien, je dis que simplement comme citoyen et en tenant compte enfin des plus jeunes que nous ne regardons pas depuis des années. Il y a quelqu'un qui m'a écrit enfin dans ce que vous avez dit, j'ai eu le sentiment qu'on me voyait. et c'est le devoir qui est le nôtre.

Si on accepte de se mettre d'accord sur le diagnostic, après on aura toutes les discussions possibles sur les mesures à condition qu'on respecte le seuil. Voilà exactement la stratégie du gouvernement. Alors, est-ce que c'est un risque ? Oui. C'est un risque pour le Premier ministre. Bon, ça en remettra, c'est pas ça la question. C'est un risque pour le gouvernement. Il y aura toujours un gouvernement. Mais le risque maximal, c'est de ne rien faire dans une situation comme celle-là. Nous sommes sur un bateau. Il y a une voie d'eau sous la ligne de flottaison. Il y a de l'eau qui entre dans la cale. La responsabilité, c'est de s'attaquer à cette question-là et de réparer le bateau.

et de faire que la fuite soit de moins en moins importante jusqu'au moment dans quatre ans où elle n'existera plus. Voilà la stratégie. Alors, c'est une question, je ne disais pas politique, c'est une question civique. Mais je traduis, c'est une question de père et de mère de famille. C'est une question d'enfants pour leurs amis, leurs frères, leurs copains. c'est une question pour les jeunes qui sont bloqués par la charge qu'on leur impose, bloqués dans leur développement, dans leur projet de vie, dans leur carrière. Et vous voyez bien que la démoralisation des plus jeunes, elle est plus grave que toute autre démoralisation du pays.

nous nous croyons à ce que les jeunes adultes, les plus jeunes des Français portent l'élan de la nation, portent l'élan de la communauté que nous formons ensemble. Ils ont envie de vivre, ils ont bien le droit d'avoir les mêmes droits que les générations précédentes, ils ont bien le droit d'être respectés et soutenus au lieu d'être constamment ignorés et alourdis par des engagements qu'on a pris en leur nom sans leur demander leur avis. Et je dis que c'est précisément dans cette situation que les générations plus expérimentées, on va dire ça comme ça, doivent prendre leur responsabilité en disant nous, nous ne voulons pas laisser ça aux jeunes.

Vous voyez que c'est un combat comme on dit intergénérationnel. C'est un combat de toute la nation, c'est un combat de l'unité du pays. Et c'est pourquoi, oui, Franck, c'est un moment très important, c'est un moment critique. Moi, je crois qu'à ce combat, les Français vont s'associer. Je crois que quelque chose est en train de bouger. Les économistes commencent à dire quand même, c'est vrai, et les plus jeunes s'engagent dans ce combat. Et eux, ils ont des armes que d'autres maîtrisent mal. Ils ont les réseaux sociaux, ils ont l'engagement, ils ont la mobilisation de leurs amis et de leurs proches. Ils ne vont pas laisser le pays comme ça. Et nous n'allons pas laisser le pays comme ça.

Et c'est bien qu'on le dise à Chalon. Merci à tous. Monsieur le Président, qu'est-ce qu'on fait maintenant ? Allons-y.