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interviewC dans l'air· 19 septembre 2024 10 min

Qui a eu la peau de Thierry Breton ? #cdanslair l'invité 17.09.2024

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

... - C.Roux: Bonsoir.

Bienvenue dans "C dans l'air". Je suis heureuse d'accueillir J.-D.Giuliani.

Vous êtes spécialiste des questions européennes, président de la Fondation Robert-Schuman et vice-président d'Arte. Je vous reçois pour évoquer ce coup de théâtre qui s'est joué à la Commission européenne. T.Breton, le commissaire français européen, a été débarqué de son poste à la surprise générale, remplacé par un proche d'E.Macron. "Jamais dans l'histoire européenne un grand pays comme la France n'a changé de candidat pour la Commission à la dernière minute." E.Macron a-t-il lâché T.Breton? - J.-D.Giuliani: Je crois qu'il ne l'a pas défendu.

Il aurait pu l'imposer. Après, l'a-t-il lâché? Je n'en sais rien.

Etait-il sur le reculoir face à une rebuffade d'U.von der Leyen, qui a eu sa tête? Je crois qu'il ne s'est pas battu. - C.Roux: E.Macron avait assuré vouloir garder T.Breton.

Il avait dit: "C'est mon seul souhait. Il a l'expérience et les qualités pour." Il y a quelques jours, il était le candidat de la France. - J.-D.Giuliani: A la Commission, les Etats membres envoient les candidatures.

Ensuite, il y a une procédure. La présidente de la Commission a son mot à dire. C'est son équipe et elle qui la dirigent.

Ensuite, tout ça passe sous les fourches caudines du Parlement. Ce n'est pas le candidat de la France. C'est le candidat que la France a proposé. - C.Roux: Quand le président d'un grand pays comme la France dit que son candidat, c'est T.Breton, logiquement, on accède à sa demande.

Pourquoi, cette fois-ci, non? Quelle est votre lecture? - J.-D.Giuliani: C'est que T.Breton, avec son style, ses méthodes...

On le surnomme le bulldozer, à Bruxelles. Il a cassé de la porcelaine, mais il a eu des résultats. Cette culture du résultat, qui vient vraisemblablement du privé, ce n'est pas du tout habituel dans les milieux européens. - C.Roux: Est-ce qu'U.von der Leyen a eu la peau de T.Breton?

On sait qu'à un moment donné, il a pris position contre elle. Il avait dit à l'époque: "Malgré ses qualités, U.von der Leyen, mise en minorité par son propre parti...

Est-il possible de confier la gestion de l'Europe au PPE?" - J.-D.Giuliani: Il s'est surtout opposé à des décisions un peu difficiles et douteuses.

Quand U.von der Leyen a proposé qu'une Américaine vienne conseiller la direction de la concurrence, lui-même a emmené un groupe de commissaires pour dire que ce n'était pas sérieux. Il a obtenu satisfaction.

Une 2e fois, lorsqu'il a fallu nommer un représentant pour les PME...

C'était des combines un peu politiques. Il s'y est opposé et il n'était pas tout seul. Il a eu le courage de coaliser un certain nombre de membres du collège, des commissaires, pour s'y opposer. - C.Roux: Quand il évoque "la gouvernance douteuse"...

La lecture qu'il faut en faire, c'est qu'U.von der Leyen a méthodiquement instauré un pouvoir vertical, voire autoritaire, à la Commission? C'est le problème?

C'est ce qui se joue avec cette éviction de T.Breton? - J.-D.Giuliani: Un peu.

Il y a un problème de gouvernance. Tout le monde en convient, à Bruxelles et dans les Etats membres. C'est un collège, donc on doit décider ensemble.

C'est très compliqué. Il y a la Commission européenne qui garde les traités. Les Etats membres ont leurs propres intérêts.

C'est compliqué d'avoir des consensus. Elle est très personnelle. Elle a fait construire à côté de son bureau un petit studio dans lequel elle s'enferme volontiers.

Elle gouverne plutôt avec ses proches, son directeur de cabinet et beaucoup d'Allemands. Ca pose un problème d'équilibre politique. - C.Roux: Est-ce que cette histoire ne traduit pas un affaiblissement de la France?

Le fait que la présidente de la Commission puisse dire non à E.Macron? - J.-D.Giuliani: Pour être franc, oui.

C'est un incontestablement la preuve qu'on a mis un genou à terre. Celui qui était le leader de l'Europe il y a encore quelques semaines, pour des raisons que j'ignore, peut-être la dissolution, la politique intérieure ou l'analyse qu'il fait de l'UE, il ne s'est pas battu comme il aurait pu le faire facilement. Un mot de lui et c'était plié. - C.Roux: Ca n'est plus le cas aujourd'hui.

Ecoutons ce que dit M.Bompard, très remonté contre la nomination d'un très proche d'E.Macron, S.Séjourné, à la place de T.Breton. - M.Bompard: C'est une double humiliation.

C'est une humiliation pour la France. U.von der Leyen a révoqué, licencié monsieur Breton.

C'est une humiliation pour monsieur Barnier. Il est censé être Premier ministre. - Il a validé le choix. - M.Bompard: Mais en 1999, quand il y avait une vraie cohabitation, le communiqué du commissaire français était signé par le président et par le Premier ministre.

Là, E.Macron a recasé un de ses amis, qui ne pourra plus être au gouvernement. - C.Roux: Humiliation pour la France et pour M.Barnier? - J.-D.Giuliani: Je ne le crois pas.

Il a été associé d'une manière ou d'une autre à ce choix-là. Je ne sais pas quelles sont les relations exactes entre Matignon et l'Elysée, mais je n'imagine pas qu'il ne soit pas au courant. - C.Roux: Le choix de S.Séjourné, très proche d'E.Macron...

Il hérite d'un portefeuille. Il est en charge de la politique industrielle. Ce portefeuille a le périmètre de celui qu'avait T.Breton? - J.-D.Giuliani: Non.

Ce qu'a fait T.Breton, c'est que le pouvoir, on le prendre. Quand on a des résultats, on a la confiance du Parlement.

On s'impose. Parfois, on casse un peu de porcelaine. C'est vrai qu'il a marché sur les pieds des uns et des autres, mais il a obtenu des résultats. - C.Roux: Il en faisait trop?

Voici la réaction de l'ex-directrice de Twitter. Il a mené un bras de fer face aux grandes plateformes américaines. Elle s'est réjouie de l'éviction de T.Breton. - J.-D.Giuliani: Elle a dit que c'était un grand moment pour la liberté d'expression, ce qui prouve bien qu'elle avait des résultats, qu'il avait réussi à avoir plusieurs lois européennes encadrant le numérique et les grandes plateformes.

Ca n'a pas plu outre-Atlantique aux grandes plateformes qui espèrent et souhaitent diriger la réglementation. - C.Roux: Est-ce que S.Séjourné a été nommé parce qu'E.Macron avait peur de perdre de l'influence à la Commission européenne avec la nouvelle répartition des forces? - J.-D.Giuliani: Je ne crois pas.

Je crois qu'il avait une expérience de président de groupe au Parlement européen. Il connaît la mécanique. Il saura faire les négociations.

En revanche, là où on peut douter, c'est de sa compétence en matière économique. L'essentiel des dossiers sont économiques et financiers. Tout l'apport de T.Breton, c'est qu'il savait comment ça fonctionnait.

Son bilan repose sur sa connaissance de l'économie, de l'industrie. Il a sauvé l'Europe au moment de la fabrication des vaccins. - C.Roux: Il était en charge de la task force pour les vaccins. - J.-D.Giuliani: C'est grâce à lui, en faisant la tournée des usines, en vérifiant les choses...

C'est la même chose pour les munitions, dont on s'est aperçus qu'on manquait pour donner à l'Ukraine. On lui a reproché des choses, mais il y a des résultats. La culture du résultat, ce n'est pas toujours ce qui préside les travaux en Europe. - C.Roux: Mais quel est l'intérêt de nommer S.Séjourné pour E.Macron à la Commission? - J.-D.Giuliani: Je crois qu'il le souhaitait.

Il est très proche d'E.Macron, donc il a obtenu ce grand portefeuille du ministère des Affaires étrangères, puis ce portefeuille de commissaire. Il connaît les mécaniques parlementaires.

Ca l'intéresse. - C.Roux: Cette affaire va laisser des traces? - J.-D.Giuliani: Oui.

Ca dépend de la manière dont se passe l'entrée en fonction de la Commission. Dans la nouvelle Commission, il y a une vice-présidente très puissante qui est antinucléaire, qui s'occupe de la concurrence...

On a perdu du poids de manière faciale. Il va falloir le reconquérir. La France est quand même incontournable en Europe, mais il faut de temps en temps avoir des gens qui portent le combat... - C.Roux: Et qui tiennent tête à U.von der Leyen? - J.-D.Giuliani: Oui, et qui ont des convictions. - C.Roux: Merci, J.-D.Giuliani.

On a parlé de l'éviction de T.Breton. On vous retrouve bientôt sur notre plateau.

On va retrouver nos experts.

Qui a eu la peau de Thierry Breton ? #cdanslair l'invité 17.09.2024 — Gabriel Attal · Pourquijevote