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AutreFrance Inter — Le débat de midi (sur Site radio)· 11 août 2023 56 minContradictoireMixte

Les séries vont-elles finir par tuer le cinéma ?

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0:15
Présentateur

Bonjour à tous, très heureux de vous retrouver pour ce débat de midi où une fois n'est pas coutume, il sera autorisé de garder son écran à table et même de voir ce qu'il se passe sur les plateformes de streaming puisque nous allons parler des séries, sont-elles en train de tuer le cinéma ? Voilà une étrange question alors que les salles obscures font actuellement le plein, hurle l'estivant auditeur de France Inter tranquillement à l'écoute dans son hamac.

Et c'est vrai puisque selon les estimations du CNC depuis le 1er janvier 2023 les cinémas ont enregistré 91 millions d'entrées soit plus de 25% de plus par rapport aux 6 premiers mois de 2022 et vu les files d'attente pour Barbie et Oppenheimer cet été on peut s'attendre à un beau fixe qui se maintient. Mais alors, d'où vient cette impression d'un 7ème art un peu à la peine face aux séries ? Successions, The Last of Us, Salad Grec ou Extraordinary, autant de noms qui résonnent de plaisir de spectateurs et toujours du même cri. Non, ne spoil pas la fin, je t'en prie !

Le cinéma et la salle au front à cocon ont parfois du mal face à l'attrait du canapé si sur Netflix, Amazon ou Disney+, on a l'impression de passer plus de temps à chercher une série qu'à la regarder. Le modèle proposé a changé la donne aussi bien au niveau créatif que social qui se soucie encore de qui fabrique tel ou tel programme alors que les plateformes de streaming parlent de contenu plutôt que de programme. On aime le cinéma mais on aime aussi être chez nous. Alors est-il possible d'avoir le niveau de série que nous avons actuellement et la qualité cinématographique où les deux ne peuvent pas cohabiter dans le même monde ?

Le débat de midi, on attend vos réactions de spectateurs et de gourmands de culture via l'appui inter pour vos notes vocales et messages. Par WhatsApp également au numéro suivant, le 07 64 13 70 07, 07 64 13 70 07, le débat de midi. Bon, je peux vous le dire maintenant, je n'ai jamais vu un épisode de Game of Thrones mais ça arrête bien, je l'assure quand même. Le débat de midi à les moteurs. Et pour en parler autour du débat de midi, de la table du débat de midi, nous recevons Marie Telling, bonjour.

Vous êtes journaliste au Huff Post, co-présentatrice des podcasts PIC TV et Amie chez Slade et vous êtes co-autrice également du livre Le Petit Éloge des Antiroïnes de séries aux éditions Les Pérégrines. Également, Renan Croce, bonjour. Bonjour. Vous êtes journaliste, critique cinéma, rédacteur en chef du Cercle Séries. Frédéric Sauchère, bonjour. Bonjour. Vous êtes réalisateur, notamment votre dernier film Le cours de la vie qui est sorti en mai dernier. Vous êtes professeur de cinéma et responsable du master scénario, réalisation et production à l'université Paris 1, Panthéon Sorbonne et également Emmanuel Tailleb. Bonjour. Bonjour.

Vous êtes rédacteur en chef de Saison, la revue des séries et professeur de sciences politiques à Sciences Po Lyon. Alors, nous avons donc intitulé cette série, cette émission Les séries vont-elles tuer le cinéma ? Mais c'est un peu une série, débat de midi. Renan Croce, est-ce qu'aujourd'hui, on peut le dire, les séries sont plus fortes que le cinéma ?

3:07
Invité

Non. C'est vraiment une... Alors, je suis désolé. Votre question, elle est chouette, mais en même temps, c'est facile d'y répondre. En fait, j'ai l'impression qu'il n'y a pas du tout de compétition. C'est-à-dire, c'est comme opposé depuis... Je ne sais pas, c'est comme si on opposait la lecture et le cinéma, le théâtre et la série, la radio et la télévision. C'est quand même des très, très vieilles questions. Et j'ai l'impression qu'aujourd'hui, cette question-là, elle est plus à poser dans la nuance. C'est-à-dire, qu'est-ce qu'apportent les séries ? Qu'est-ce qu'apporte le cinéma ? Plutôt que de les confronter.

Aujourd'hui, j'ai l'impression que les spectateurs sont autant des spectateurs de séries que des spectateurs de cinéma.

3:39
Présentateur

Oui, c'est ça. On ne se pose plus véritablement la question, Marie Téling. C'est-à-dire, aujourd'hui, on ne se dit pas, tiens, je vais plutôt regarder des séries que du cinéma. C'est-à-dire, si ça nous plaît, on y va ?

3:47
Invité

Oui, bien sûr. Je pense que ça a toujours été un peu le cas. Ce qui est intéressant, moi, dans la question un peu provoque du titre de l'émission, c'est que quand je l'ai entendu, est-ce que les séries ont tué le cinéma ? Je me suis dit, s'il y a quelque chose qui a tué le cinéma, et je ne pense pas que le cinéma soit mort, mais si on se pose la question, c'est plus le cinéma en lui-même qui a tué le cinéma.

4:04
Présentateur

On va y revenir dans cette question, en effet.

4:06
Invité

Et donc, les séries ont apporté, ont offert un champ des possibles à des créateurs de cinéma ou à des acteurs et des actrices qu'ils ne trouvaient plus dans le cinéma. Et c'est pour ça que les séries ont joué ce rôle-là.

4:19
Présentateur

Alors, Frédéric Chaussure, vous êtes, je le disais, réalisateur, également professeur de cinéma. Donc, on peut dire vraiment aussi, le 7e mars, c'est votre vie. Quand vous voyez aujourd'hui ces séries télé qui, aujourd'hui, ont meilleure réputation, même qu'auparavant, on me disait, ce ne sont que des saupes opéra, comme on disait. Maintenant, on voit l'industrie de la série si forte. Est-ce que ça, ça peut vous faire peur ?

4:40
Invité

Non, ça ne fait pas du tout peur. Ça fait, c'est un courage à essayer de faire des films meilleurs pour le cinéma, d'abord. Et puis, j'étais tout à fait d'accord avec les précédentes interventions. C'est-à-dire que c'est complémentaire, ce n'est pas antagoniste. Je rappellerai aussi qu'on a annoncé la mort du cinéma à de multiples reprises. C'est défi, quasiment. Pour rester dans le domaine de la télévision, quand la télévision est apparue, on a dit que ce serait la fin du cinéma. D'ailleurs, il y a eu une baisse de fréquentation en salles à l'époque, puis avec le DVD, puis avec les plateformes. Le cinéma, je pense, est toujours vivant.

Mais bien sûr, il y a des films plus ou moins intéressants. Les critiques sont là, entre autres, pour les révéler. Comme il y a d'ailleurs des séries plus ou moins intéressantes. Et donc, je pense que c'est très important, d'ailleurs, peut-être qu'on y reviendra, qu'il y a un regard critique à la fois sur le cinéma et sur la série, parce que c'est la critique aussi qui fait d'une expression quelque chose d'artistique. Je pense qu'il y a besoin de cette expertise-là, qui est un retour sur les séries et, bien sûr, sur les films de cinéma.

5:30
Présentateur

Et pourtant, Emmanuel Tailleb, là, j'ai quelques chiffres qui ne sont pas très, très bien pour le cinéma, puisque 12% des abonnés aux plateformes disent ne plus aller au cinéma. Et selon une étude IFOP, 41% des abonnés à un service de vidéo par abonnement disent aller moins souvent en salle au cinéma. Donc, ça veut dire qu'il y a un véritable impact, tout de même.

5:50
Invité

Oui, en tout cas, il peut y avoir un effet, disons, du fait que les plateformes ne coûtent pas très, très cher et que les séries, c'est très démocratique et qu'on peut les regarder depuis son salon sans se déplacer. Il faut dire aussi que les salles de cinéma, celles qui ne sont pas subventionnées, en tout cas, peuvent pratiquer des prix qui sont un peu élevés et qui peuvent être décourageants si on veut y aller régulièrement ou si on veut y aller en famille. Mais encore une fois, moi, je souscris à ce qui a été dit et je pense que les deux médias ou les deux supports sont complémentaires.

Et c'est des mondes qui sont extrêmement poreux en termes, on en reparlera, de circulation des producteurs, des acteurs, des réalisateurs. C'est un peu le même monde, en réalité.

6:31
Présentateur

Alors, Marie Telling, est-ce qu'on peut dire aussi, tout de même, aujourd'hui, on lit souvent des articles quand on parle des séries, de l'âge d'or de la série. C'est un peu un cliché. Est-ce qu'aujourd'hui, on arrive, après des années, c'est vrai que longtemps, engager un comédien célèbre dans une série, lui-même ne voulait pas y aller parce qu'il disait, c'est gênant, c'est beaucoup plus noble d'être au cinéma. Et aujourd'hui, tout le monde tourne dans des séries télévisuelles. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, la série télé, pour reprendre ce terme, a acquis ses lettres de noblesse, véritablement ?

7:00
Invité

Alors, je pense que ça dépend de quel point de vue on se place, parce que je pense que pour les fans de séries, la série n'avait pas besoin d'acquérir des lettres de noblesse. C'est-à-dire qu'il y a des séries brillantes et révolutionnaires qui ont été diffusées bien avant que la critique, que l'univers du cinéma ne s'intéresse aux séries. Je pense à Urgence, à Twin Peaks, à X-Files, à Buffy contre les vampires. Ce qui est vrai, c'est que le regard du monde du cinéma sur les séries a changé.

Et c'est ce que je disais tout à l'heure, c'est lié à un manquement aussi au niveau du cinéma, en tout cas au niveau du cinéma hollywoodien, où dans les années 2010, on se retrouvait avec énormément de blockbusters, des grosses franchises, des films Marvel ou des choses comme ça. Et par exemple, un réalisateur comme Soderbergh, qui est un réalisateur...

7:48
Présentateur

Stephen Soderbergh, oui, qui a réalisé notamment, on va dire Ocean Eleven, qui a réalisé aussi...

7:54
Invité

Sex, Lesby et Vidéotape.

7:57
Présentateur

Sex, on change des vidéos.

7:58
Invité

Oui, pardon. C'était un réalisateur de films à budget moyen en général, de films indépendants. Et lui, en 2013, ce qu'il dit, c'est j'abandonne le cinéma. Bon, au final, il n'a pas vraiment fait. Oui, c'est ça. Mais il dit, j'abandonne le cinéma. Et pourquoi ? Parce qu'il dit, les studios ne respectent pas la vision des réalisateurs, les studios ne veulent pas avoir de vision d'auteur. Et il dit, là où on peut avoir cette vision et ce champ de créativité, c'est dans les séries. Et il décide de faire Zonic en 2015. Après, il est retourné vers le cinéma. Mais ce mouvement qu'il a eu, c'est... Beaucoup de créateurs l'ont eu. Et du côté des acteurs et des actrices, c'est pareil.

Par exemple, les actrices après un certain âge... Alors, un certain âge à Hollywood, c'est 35-40 ans pour une actrice. C'est beaucoup plus compliqué de trouver un rôle. Et une actrice comme Jessica Lange, qui est doublement oscarisée quand même, il a fallu qu'elle attende American Horror Story pour retrouver un rôle à la soixantaine et avoir un Golden Globe. Et à ce moment-là, elle dit qu'elle n'arrivait pas à trouver de rôle. D'accord. Et elle s'est tournée vers les séries pour ça. Et il y a énormément d'actrices qui se sont tournées vers les séries pour ça, comme Reese Witherspoon ou Nicole Kidman, qui voulaient aussi être productrice et avoir un peu plus de pouvoir.

Mais si les acteurs et les actrices se tournent aussi vers les séries, c'est que ce qu'on appelle les streamers, donc ces plateformes, ont inventé quelque chose qui n'existait pas, qui est la fameuse mini-série. Vous savez, c'est ces séries en 5, 6, 7, 8 épisodes. Et puis, après, il n'y a pas de saison 2. Donc en fait, l'engagement, il est beaucoup moins fort. Parce qu'avant, et on peut citer Glenn Close, par exemple, qui est l'une des premières à avoir fait ça avec Damagees, elle s'est engagée pour plusieurs saisons. Et donc, tout d'un coup, c'était un contrat qui était beaucoup plus difficile à gérer.

Aujourd'hui, Nicole Kidman peut venir faire 5 épisodes de séries, puis repartir faire autre chose. Et tant mieux. Mais en fait, l'industrie s'est aussi adaptée aux besoins, et le besoin s'est aussi adapté à l'industrie.

9:44
Présentateur

Et Emmanuel Taillef, c'est vrai qu'on l'a vu, ce mouvement, moi, en tête, là, me vient aussi, je me souviens, au début des années 2000, toute une publicité, par exemple, de grandes chaînes de télévision, en disant, ah, Gérard Depardieu va jouer dans une série sur le compte de Montecristo. Et c'était exceptionnel de voir un acteur très connu jouer, finalement, dans une série télé. Aujourd'hui, ce n'est plus du tout le cas. Ce n'est plus du tout exceptionnel.

10:06
Invité

Non, non, c'est ce que je vous disais tout à l'heure. C'est-à-dire que c'est des mondes, on circule entre ces mondes, et les séries ont acquis leur lettre de noblesse. Le fait que ces acteurs-là aillent faire des séries, ça a permis aussi de les légitimer. Il y a des réalisateurs, on parlait de Soderberg, qui ont navigué entre les deux mondes. On peut aussi penser à Michael Mann, enfin voilà, il y a beaucoup de gens, David Lynch, qui sont allés faire des séries.

Donc tout ça participe de ce qu'on peut appeler un âge d'or, ou en tout cas d'une montée en puissance des séries, mais aussi d'un passage des séries à une écriture cinématographique, à une écriture complexe pour des séries un petit peu plus longues. Donc maintenant, ce n'est plus du tout un problème pour les acteurs, ce n'est plus une mise au placard, et ce n'est pas un travail de seconde zone que d'aller faire une série, au contraire.

10:47
Présentateur

Oui, mais Emmanuel Tailleb, lorsque David Lynch, pour sa série Twin Peaks, qui est devenu culte, qui était diffusée dans les années 90 sur la 5, même à l'époque, il est l'un des seuls, à l'époque, non, à vouloir le faire. Un réalisateur aussi capé, aussi apprécié des critiques, se lancer dans la série télé, à l'époque, comment c'est vu ?

11:05
Invité

Ça a été très compliqué, ça n'a pas été forcément très très bien vu. La série, vous le disiez, a été diffusée sur la 5, ce qu'il faut préciser, c'est qu'au début, elle a été diffusée en prime time, et puis qu'après, elle est passée en deuxième partie de soirée. Donc ça a été très délicat, on ne mettait pas de série en prime.

Et puis Lynch, pour le coup, a pris des risques, il a été pionnier, mais il est clair qu'il a senti quelque chose, et que lui, au stade où il en était de sa carrière, et des histoires qu'il avait envie de raconter, ce n'étaient plus les longs métrages qui étaient adaptés, c'était vraiment une narration au long cours, une narration complexe, beaucoup de personnages, on appellerait ça aujourd'hui une série chorale, mais beaucoup d'arcs narratifs, et puis une exploration de la question du mal, qui est quand même au centre de cette série. Là, Lynch, vraiment, a été très très fort, vraiment dans le mouvement qu'il a lancé, et dont l'écho se fait entendre jusqu'à aujourd'hui.

Et Frédéric Chaucher ? Non, je voulais juste rajouter que David Lynch n'était pas le premier cinéaste connu à faire des séries, si on parle de la France, on peut citer Maurice Piala, on peut citer Berkman, on peut citer en Allemagne Fassbinder, donc il y avait des grands cinéastes, en tout cas reconnus comme tels, de cinéma, qui, avant Lynch même, ont commencé à faire de la série.

12:16
Présentateur

C'était assumé, par exemple, pourquoi je vous dis, la semaine dernière, on a appris la disparition d'un grand réalisateur américain qui était William Friedkin, et on dit, oui, au départ, pour se former, il fait quelques épisodes, vous voyez,

12:26
Invité

on dit, on a l'impression que c'est pour se former. Mais c'est quand même très important, là, on parle de Lynch, on oublie de citer Marc Frost, donc ils ont créé Twin Peaks ensemble, Lynch et Frost. La politique des auteurs, qui est un peu la manière dont on parle du cinéma depuis des années, c'est-à-dire le film égale le réalisateur, en série, c'est un peu plus compliqué.

Et donc, en fait, c'est là où ça devient intéressant, parce qu'au fond, ces réalisateurs qui font des séries, je pense à une femme très importante qui s'appelle Michelle McLaren, qui est une réalisatrice très importante, qui, aujourd'hui, n'est pas un nom très connu, et pourtant, elle réalise, alors, je sais que vous n'avez pas vu Game of Thrones, mais qui a réalisé des grandes scènes d'affrontement de Game of Thrones, qui est vraiment une femme très importante en termes de réalisatrice aujourd'hui, qui fait presque des scènes de blockbusters, et son nom est moins connu, et il faut le travail aujourd'hui, par exemple, je pense au travail de Charlotte Bloom, qui est une réalisatrice de documentaire, qui a fait un portrait d'elle pour raconter qui sont ces gens derrière les séries qu'on ne connaît pas, ces réalisateurs, réalisatrices, The Art of Television, qui est une série passionnante, pour raconter qu'il n'y a pas que les auteurs de cinéma qui font des séries, et ça, c'est un peu l'iceberg un peu joli, parce que c'est la politique des auteurs, peut-être qu'on peut penser, et je sais que dans le podcast de Marie, ils le font souvent, de réfléchir aussi à qui est derrière, les acteurs, les scénaristes, les producteurs, la série est presque plus un truc d'équipe que le cinéma est un truc d'auteur, en tout cas tel qu'on l'a pensé aujourd'hui.

Frédéric Chauchin. C'est une question, c'est une vraie question, la place du réalisateur dans la série, et qui est le véritable auteur de la série, il y a évidemment la question du showrunner.

13:58
Présentateur

Showrunner, donc juste expliquer ce que c'est.

14:00
Invité

C'est la personne qui est à l'idée de la série, et qui va coordonner, par exemple, il y a une équipe de scénaristes qui vont être sous sa direction, et donc qui va veiller à ce qu'on appelle la Bible, c'est dans le jargon des séries, soit respectée, c'est-à-dire qu'il y a différents personnages qui ont des caractéristiques, différents arcanes dramaturgiques qui doivent être respectés d'un épisode à l'autre, même si ce sont d'autres réalisateurs, ou même si ce sont d'autres scénaristes, ce qui veut dire, qu'on pourrait dire que le véritable auteur de la série, c'est le showrunner.

Tout comme à Hollywood, je pourrais faire un parallèle avec le Hollywood classique de l'âge d'or, souvent le producteur avait une très grande importance, il suffit de lire les mémos de Zelzny, qui était un grand producteur hollywoodien, comme beaucoup de producteurs, et comme beaucoup de réalisateurs aussi d'ailleurs, mais qui voulaient tout contrôler. Et pourtant, si on voit les classiques hollywoodiens, il y a des grands réalisateurs qui ont pu marquer de leur empreinte artistique des films dont ils n'étaient pas le scénariste et qui étaient produits dans le cadre des studios hollywoodiens. Donc c'est ça qui est passionnant.

Quand on analyse quelles sont les parts artistiques de chacun, à mon avis, il serait caricatural de dire que c'est forcément le réalisateur qui est le porteur, mais il serait aussi caricatural de dire que le réalisateur n'a aucune importance. Et donc c'est comment il y a la conjonction entre les deux. Oui, mais tout le monde n'est pas égal dans ce travail et ça dépend d'un film à l'autre aussi qui est le véritable porteur ou porteuse du projet.

15:20
Présentateur

Marie-Théning, est-ce qu'on peut dire aussi le succès de ces séries qu'on regarde tous avec passion et parfois un peu aussi d'une manière très addictive, est-ce que c'est aussi un peu la victoire d'une culture populaire ? Parce qu'il est vrai, longtemps, par exemple, quand on aimait N'importe quoi, Magnum ou MacGyver, toute personne ne se disait ah bah oui, ça peut être artistique, ça peut être bien. Et aujourd'hui, c'est ça qui est mis dans l'argent.

15:43
Invité

Alors oui, je pense aussi, c'est le succès d'une culture un peu geek aussi, mais aussi ce qui est intéressant et c'est marrant parce que vous avez donné deux exemples de séries qui sont assez masculines, mais historiquement, les séries, c'est un médium beaucoup plus féminin parce que c'est le médium de l'intérieur, du domicile, donc c'est le médium de l'aménagère.

Et donc, le public cible en général, c'était des femmes et c'est pas un hasard si quand la série a acquis ses lettres de noblesse, entre guillemets, et qu'elle a enfin attiré la critique et des visions positives, en tout cas de la critique et du milieu du cinéma, c'est avec des séries comme Les Sopranos, Oz ou The Wire qui sont des séries typiquement codées masculines qui peuvent plaire à un public mixte. Moi, j'adore Les Sopranos et The Wire mais qui sont dans des milieux ultra masculins et qui sont dans des types de films, mafia, policiers, trafic de drogue, prison, qui en général attirent plutôt un public masculin et c'est pas un hasard pour moi.

C'est-à-dire qu'on a réhabilité les séries une fois qu'on sait un peu qu'elles se sont masculinisées aussi. Et ce qui est intéressant, c'est qu'au même moment, on a Buffy contre les vampires et Sex and the City. Sex and the City qui est diffusée sur HBO aussi et qui pour le coup attire énormément de public sur HBO est plutôt responsable du succès d'audience d'HBO plus que The Wire en tout cas. Et Sex and the City n'est pas mentionnée en général dans les discussions sur la téléprestige alors qu'elle a contribué au même niveau que ces séries.

17:10
Présentateur

Juste, Marie-Thélie, pour bien expliquer, HBO, c'est donc une chaîne américaine ?

17:15
Invité

C'est une chaîne du câble américaine et c'est la chaîne où s'est située vraiment la révolution des séries avec l'arrivée de la téléprestige parce que c'est une chaîne qui a donné beaucoup plus de place à la création, aux auteurs, à l'écriture avec des séries plus courtes mais de qualité un peu plus qui se suivaient aussi et avec des séries comme Les Sopranos, The Wire, Oz, Sex and the City et après ça a continué Game of Thrones aussi mais voilà. C'est ça,

17:47
Présentateur

mais est-ce que c'est ça aussi parce qu'il est vrai Renan Croce, il ne faut pas se cacher la chose, les séries elles-mêmes ont évolué en qualité par rapport à ce qu'on pouvait regarder à un moment, je citais par exemple des exemples, c'est pour ça que je citais tout à l'heure Mike Giver. Mais c'est formidable Mike Giver, vous devriez le revoir, c'est vraiment très bien. Mais j'en suis sûr, mais on n'est pas du tout, là on a l'impression que ce sont des films découpés en chapitres. Est-ce qu'on avait cette idée-là

18:06
Invité

au départ ? Ce que disait Marie, je suis totalement d'accord avec elle et c'est vraiment très important de le noter, c'est que la télévision au départ était associée à la ménagère avec des fissons, c'est ce qu'on appelle le daytime soap, c'est soap d'après-midi qui n'étaient que pensés autour d'intrigues amoureuses parce qu'on imaginait que la ménagère, la seule chose qui l'intéressait c'était les histoires d'amour. Et puis quand tout d'un coup on s'est rendu compte que ça marchait et qu'il a fallu mettre toute la famille devant la télévision, donc notamment monsieur, il a fallu rajouter quoi ?

Du sexe et de la violence et c'est l'arrivée de Dallas par exemple avec des intrigues beaucoup plus compliquées et par exemple revoir Dallas aujourd'hui c'est une série qui est passionnante parce que tout d'un coup elle donne un portrait de l'Amérique regarder Dallas avec J.R c'est comprendre pourquoi l'Amérique va voter Trump des années plus tard parce que tout le monde adorait J.R qui était cette espèce de cow-boy qui incarnait la virilité dangereuse qu'on appellerait virilité toxique aujourd'hui et donc ce rapport-là à la série il est intime en fait c'est-à-dire que ça aurait été très vite un miroir des gens parce qu'on se regarde dans la série télévisée alors que peut-être le cinéma a quelque chose de l'ordre plus du fantasmatique et donc Sex and the City c'est une série passionnante Friends aussi parce que ce sont des portraits d'une époque à un moment et on se regarde à travers elle et évidemment que les publics marginalisés je pense donc évidemment le public féminin les publics LGBT tout ça se sont très vite reconnus dans des séries qui n'avaient pas de place au cinéma et tout d'un coup on leur disait en fait tu peux exister à l'écran Dallas un des premiers personnages homosexuels à la télévision américaine

19:35
Présentateur

on va en parler dans un instant juste avant Emmanuel Tailleb je voudrais vous lire une question laissée par Greg sur Whatsapp au 0764 1370 07 alors lui il dit j'adore le cinéma j'adore les séries ça ne m'empêche pas d'aller deux fois par semaine au cinéma mais surtout ce qui a changé pour moi dans la passion des séries c'est tout simplement que désormais le grand changement des séries c'est la sortie quasi simultanée des séries partout dans le monde et la possibilité de voir une saison en entier avec tous les épisodes fournis et ne plus attendre pendant 5 semaines un nouvel épisode comme on avait pu le voir on avait l'habitude auparavant est-ce que c'est ce comportement de consommation aussi qui a changé ?

20:15
Invité

oui même si les plateformes sont en train de revenir un peu sur ce mécanisme-là qu'on appelle la délinéarisation c'est-à-dire le fait de ne pas attendre chaque semaine pour avoir un nouvel épisode donc c'est Netflix qui a un peu lancé le mouvement notamment avec House of Cards donc des séries qu'on peut binger comme on dit c'est-à-dire qu'on peut regarder tout d'un coup sans attendre effectivement que la télévision et que ses horaires voilà qu'il y ait une diffusion donc on n'est plus contraint par les horaires et par la grille de télé on est son propre maître donc effectivement c'est un peu ce que vous disiez tout à l'heure c'est-à-dire qu'on a l'impression de voir un très très très long film qui serait découpé en 10, 12 ou 24 épisodes mais en même temps donc voilà c'est une expérience de spectateur qui est nouvelle de regarder un film très très long et de ne pas vouloir attendre puis évidemment comme on a placé ce qu'on appelle des cliffhangers c'est-à-dire des petits moments de suspense à la fin d'épisode on a évidemment envie de voir l'épisode suivant mais ça c'est pas nouveau en revanche les plateformes commencent un peu à y revenir si vous regardez là Les Anneaux de Pouvoir House of the Dragon etc on a remis quand même la semaine d'attente parce que c'est mieux pour des tas de raisons en termes d'audience de publicité etc de laisser passer une semaine pour avoir fidélisé les spectateurs et pas tout donner donc les plateformes changent un petit peu de politique là-dessus

21:30
Présentateur

Alors je précise juste les Anneaux de Pouvoir donc c'est la série adaptée qui raconte les débuts du Seigneur des Anneaux on va continuer à parler des séries et de la réponse que pourrait apporter le cinéma ou voir si les deux sont complémentaires dans un instant dans le débat de midi c'est juste après Alyosha Schneider avec Avant Elle Il n'y a rien à espérer

22:04
Locuteur

de moi

22:05
Invité

Passer ton chemin t'arrête pas Non, il n'y a rien à espérer de moi Tout me glisse entre les doigts Le bonheur fui arrivé à sa porte J'ai pas osé Non, j'ai pas osé Le bonheur fui arrivé à sa porte J'ai pas osé Non, j'ai jamais eu peur de pertes Non, j'ai jamais eu peur de pertes Je suis arrivé à Ceux qu'on aime nous aiment

24:22
Locuteur non identifié

Le débat de midi

25:07
Présentateur

Le débat de midi juste avant le week-end Peut-être allez-vous au cinéma Peut-être allez-vous regarder les séries Eh bien on oppose justement séries et cinémas en se demandant qui va finir par manger l'autre dans le débat de midi avec Marie Théling journaliste au off-post Également Renan Crow journaliste, critique cinéma rédacteur en chef du cercle séries et Frédéric Jocheur réalisateur notamment avec votre dernier film Le cours de la vie et professeur de cinéma et Emmanuel Tailleb rédacteur en chef de saison la revue des séries dans un instant on va parler de la réponse du cinéma mais Marie Théling vous vouliez juste réagir on parlait avant la musique de notre manière de consommer aujourd'hui la série qui avait totalement changé avec notamment ce qu'on appelle tous ces épisodes qu'on peut avoir en même temps sur les plateformes

25:56
Invité

Oui c'est ce qu'on appelle le binge on regarde tout d'un coup en fait et ce qu'on y perd

26:00
Présentateur

On se saoule de séries

26:01
Invité

Exactement et ce qu'on y perd c'est ce que Renan disait tout à l'heure il y a une forme d'intimité avec les séries et quand on suit des séries sur des années qu'on doit attendre la série fait partie de notre quotidien elle fait partie de notre vie en fait et il y a quelque chose de très très intime qui se lie avec ces personnages et aujourd'hui on perd vraiment ça avec la façon dont les séries sont diffusées en sortant toute une série d'épisodes d'un coup alors c'est vrai qu'il y a des plateformes qui maintenant font de façon hebdomadaire comme Prime ou comme Disney Plus mais on perd quand même ça et surtout avec des saisons plus courtes des séries plus courtes aussi on perd cet aspect Friends on a suivi pendant 9 ans et pendant 9 ans on a suivi il y avait 22 épisodes c'est ça on a l'impression d'avoir été amis avec eux mais en même temps les dernières séries grosses séries dont on a parlé ce ne sont que des séries qui ont été diffusées une fois par semaine Succession Game of Thrones White Lotus c'est à dire que en fait la frustration fait partie de la série télévisée c'est le plaisir de la frustration le bon épisode de série s'arrête toujours trop tôt c'est le moment où vous voulez voir la suite et donc dans cette frustration il y a une fiction qui se crée à l'intérieur de nous on se dit est-ce que machin va faire ci est-ce que en fait c'est le frère de truc est-ce que dans Succession ils vont finir par s'aimer non finalement ils ne finiront jamais par s'aimer dans Succession mais en fait et c'est ça qui est intéressant c'est que la série télévisée produit la fiction du spectateur et le binge watching en fait a un peu accéléré ça comme une sorte de produit de consommation et d'ailleurs rien ne vous oblige à regarder l'intégralité des épisodes disponibles on peut aussi pratiquer une sorte de yoga de la série où on cherche comme ça à étirer comme ça

27:38
Présentateur

le temps de la fiction Frédéric Socher est-ce que vous diriez aussi on l'entend souvent ça par rapport à la série et on dit souvent les personnes qui préfèrent regarder des séries aussi qu'aller au cinéma en gros les séries sont plus modernes dans les thèmes abordés on le voit qui seraient plus finalement focalisés sur la société aujourd'hui notamment sur les affaires de genre sur les minorités sur les intrigues également est-ce que vous trouvez que la série est plus moderne aujourd'hui que le cinéma

28:03
Invité

alors plus moderne je ne sais pas mais en tout cas elle permet d'être davantage ouvert aux questions de société contemporaine parce que notamment il y a différents personnages il y a beaucoup plus de personnages dans une série et donc on peut par les personnages avoir la diversité qu'on n'aura pas forcément dans un film de cinéma c'est pas toujours le cas mais souvent dans un film de cinéma il y a un ou deux protagonistes et des personnages secondaires tandis que dans une série on peut avoir une galerie de personnages qu'on va retrouver grâce à la durée de la série donc ça permet d'avoir un plus grand éventail sociologique mais c'est pas pour ça que c'est plus moderne ou moins moderne d'être plus en phase effectivement avec la question de société par contre je pense qu'il y a une vraie spécificité au cinéma j'aimerais qu'on en parle aussi qui remonte aux origines puisque la France a l'habitude de dire que c'est le pays qui a inventé le cinéma et en fait elle ne l'a pas inventé le cinéma elle a inventé le cinéma en salle puisque l'invention des frères Lumière c'était de projeter des films en salle c'est effectivement les premiers qui ont permis de faire ça tandis qu'Edison au même moment aux Etats-Unis avait inventé un autre appareil qui s'appelle le kinétoscope et qui permettait de voir un film uniquement de manière individuelle un petit film qu'on pouvait voir dans un petit appareil tout seul et c'est un peu la question qui se pose avec les séries aujourd'hui et la salle de cinéma la salle de cinéma reste une expérience collective qu'on vit surtout avec des gens qu'on ne connait pas c'est ça qui est formidable qu'on se retrouve et c'est essentiel d'ailleurs c'est-à-dire que les gens qui ont un home cinéma et qui pensent faire comme au cinéma à moins d'inviter des gens que vous ne connaissez pas chez vous vous ne serez jamais au cinéma le cinéma c'est la société c'est être avec des inconnus c'est ça oui je voulais juste rebondir sur l'aspect diversité des personnages ce qui est intéressant aussi dans les séries c'est qu'il y a une diversité dans aussi l'équipe de création c'est-à-dire que c'est on en parlait tout à l'heure en règle générale les scénaristes qui écrivent des séries c'est dans ce qu'on appelle des writer's room donc c'est des salles de scénaristes où en général c'est en train de changer et malheureusement c'est une des raisons pour lesquelles il y a la grève des scénaristes en ce moment mais normalement dans traditionnellement à Hollywood il y a un groupe de scénaristes qui travaillent sur une série et sur des épisodes ce qui veut dire que pour chaque épisode il va y avoir plusieurs voix qui vont pouvoir s'exprimer c'est pas parfait il y a eu là sur Lost on a appris par exemple que des scénaristes noirs ou des scénaristes issus de minorités s'étaient sentis souvent lésés ou pris à partie ou des choses comme ça ou harcelés mais ça permet aussi d'avoir souvent des voix différentes qui s'expriment ce qui n'est pas le cas le plus souvent dans des films avec un scénariste qui va exprimer sa voix à lui ou à elle et qui va être plus unique

30:32
Présentateur

Emmanuel Tailleb justement aussi la série par rapport au cinéma il y a un phénomène maintenant assez étonnant quand on le voit avec toute cette offre que l'on a pléthorique de séries c'est en fait cette pression c'est à dire on a l'impression c'est vrai qu'on a toujours du retard par rapport à ce qui peut se passer il y a tellement de nouveautés tellement de choses on nous dit ah t'as pas vu ça il faut voir ça on a l'impression d'être tout le temps en retard est-ce que ce phénomène aussi ça n'accentue pas un peu la pression qu'on peut avoir aujourd'hui en tant que spectateur avec une offre si pléthorique ?

31:00
Invité

en tout cas c'est un problème voilà c'est à dire qu'il y a toujours eu si on parle du cinéma il y a toujours beaucoup de sorties de films chaque semaine il est clair que la multiplication des plateformes la multiplication des productions parce que les séries c'est une production internationale donc on peut aussi voir des séries de plein de pays fait que ça devient très très compliqué à suivre et qu'à une époque quand on avait loupé un film c'était possible de voir un film là quand on vous dit vous avez loupé les trois premières saisons de telle ou telle série ça va être très très compliqué de les voir parce qu'évidemment c'est chronophage alors là il y a des mécanismes Netflix permet de voir les séries en allant une fois et demie plus vite je déconseille ça accélère aussi la musique donc c'est un vrai problème dans l'expérience du spectateur mais oui oui ça accroît la pression ça donne un sentiment d'ailleurs assez réel de profusion et de multiplicité donc d'un univers un peu compliqué qui devient un peu une jungle mais on peut aussi se réjouir de cette offre et se dire qu'il y a encore plein plein d'univers fictionnels à explorer c'est marrant parce que moi quand je dis à mes étudiants de découvrir Toulouse Beach pareil ils me disent mais c'est impossible il y a trop de films tout John Ford il y a trop de films donc en fait c'est la question de la sérophilie et de la cinéphilie c'est à dire qu'est-ce qu'on doit regarder en fait ce qui est intéressant c'est que la cinéphilie c'est vraiment basé sur un truc d'autorité il faut avoir vu je sais pas 2001 l'Odyssée de l'espace il faut avoir vu la sérophilie j'ai l'impression qu'elle est en train en tout cas elle travaille quelque chose de beaucoup plus large c'est à dire qu'on peut très bien vivre sans avoir vu Game of Thrones vous en êtes c'est vrai c'est vrai aujourd'hui sur France Inter je n'ai pas vu Game of Thrones et je pense qu'il faudrait il ne faudrait pas que la sérophilie se calque sur la cinéphilie c'est à dire en fait on est aussi très libre d'aimer ce qu'on aime d'être curieux alors évidemment c'est la curiosité qui est importante mais moi je vois dans mon émission au cercle séries je dis toujours à la bande attention de ne pas être dogmatique c'est à dire si vous n'avez pas vu The Wire comment vous pouvez The Wire qui a une série sur écoute très connue et très importante donner aux gens l'envie d'eux et je crois que la sérophilie et tout ce travail aujourd'hui des critiques c'est déguiser la curiosité que peut-être la cinéphilie avec ses autorités d'arguments comme ça cette façon a un tout petit peu perdu

33:10
Présentateur

alors il y a pas mal de messages justement sur via l'application France Inter Stéphanie qui nous dit Netflix me permet de voir mes films et séries en VO j'habite en province et les films en VO sont assez rares alors il y a aussi des critiques contre les séries des critiques contre le cinéma mais il y a une critique qui est assez intéressante de la part de Sylvain et Frédéric Chauder et vous allez peut-être pouvoir y répondre les évolutions de format dû essentiellement au phénomène Netflix participent parce que les films prennent maintenant des longueurs totalement démesurées personnellement je me refuse d'aller voir certains films parce que trop long ou en plusieurs parties par exemple là il dit Mission Impossible donc on avait une saga en effet on en est au 7ème ou 8ème je ne sais plus ça dure 3h voilà ça dure 3h est-ce qu'en effet aujourd'hui il y a eu une tentation à part des producteurs de se dire les gens sont capables de regarder 5-6 saisons de Peaky Blenders donc les films on va suivre le même mouvement

34:07
Invité

on peut prendre un autre exemple actuel qui est Oppenheimer donc il y a aussi un film de 3h et donc peut-être qu'il y a chez certains spectateurs ou chez certains distributeurs l'idée que quand on paye son billet d'entrée même si on a un abonnement UGC ou autre ou MK2 enfin on ne va pas tous les citer qui permet de voir un film régulièrement au cinéma qu'on en veut pour son argent entre guillemets et ça ce qui veut dire aussi qu'on irait plus voir les blockbusters ou les films à grand spectacle et ça c'est la vraie question c'est la question enfin en tout cas pour moi comme réalisateur qui est celle de la diversité des films en salle puisque ce que je trouve ce qui fait la grande richesse du cinéma français mais aussi de la programmation des films en France c'est la diversité je pense que c'est le pays au monde où il y a le plus d'offres en salle dans le rapport entre le nombre de salles et le nombre d'habitants et aussi la plus grande ouverture aux cinématographies étrangères puisque même aux Etats-Unis à Los Angeles ou à New York vous ne trouverez pas autant de films étrangers que vous en trouvez sur Paris ou dans les grandes villes françaises alors peut-être pas il y a le problème de la VO pour les plus petites villes et c'est une vraie question mais il y a quand même un réseau de salles à réessai en France qui est unique au monde et je pense qu'il y a un vrai enjeu là parce qu'on a beaucoup parlé des séries et c'est pas du tout incompatible c'est pas du tout antagoniste mais le cinéma en salle ça reste quelque chose de très important en France en particulier

35:27
Présentateur

il faut le souligner alors il y a également Antonin qui rejoint ce que vous disiez Marie Telling en début d'émission qui nous dit si le cinéma se meurt ce n'est pas nécessairement à cause du développement des séries le cinéma doit faire son introspection les films sont souvent inaccessibles par leur prix et leur longueur et aussi nous disent certains par leur intérêt on voit en effet un cinéma on a vu il y a eu des états généraux du cinéma c'était en octobre dernier à l'Institut du monde arabe à Paris on a vu que les plateformes étaient mises en cause mais en effet on se demande si le cinéma commence à se poser la question de sa santé à partir du moment où les plateformes les menacent mais en fait ça fait longtemps non ?

il devrait déjà s'interroger il devrait s'interroger sur sa santé

36:06
Invité

après beaucoup se sont interrogés sur la santé du cinéma depuis longtemps et je pense que les conversations autour justement de l'obsession autour des franchises ou des choses comme ça ça fait longtemps qu'on a des conversations autour de ça ce qui est intéressant là c'est qu'il y a une conversation sur la santé du cinéma et des séries c'est à dire qu'on a vraiment là les acteurs qui sont en grève et les scénaristes qui sont en grève c'est des scénaristes et des acteurs à Hollywood de séries et de cinéma donc la crise elle est partout elle est liée aux plateformes elle est liée à l'intelligence artificielle elle est liée à énormément de problématiques mais qui recouvrent les deux c'est à dire qu'il y a un côté algorithmique dans la façon dont on développe des films et des séries aujourd'hui où on se préoccupe plus de coacher des cases parfois et de séduire certains publics qu'autre chose et donc ces problématiques elles recouvrent les deux genres

36:53
Présentateur

alors ça tombe bien parce que justement on nous a laissé une note vocale sur l'application France Inter vous allez voir ça va dans le sens vous disiez Marie c'est incroyable voilà on va écouter cette note vocale laissée par Chancellevi

37:05
Locuteur non identifié

je ne pense pas au contraire je trouve que les séries ont perdu en qualité avec l'avènement du streaming Netflix Disney etc produisent énormément de séries c'est quantitatif mais ce n'est pas qualitatif les séries ont perdu en qualité on a de plus en plus de séries qui font une saison de plus en plus de séries où les personnages l'histoire des personnages n'est pas suffisamment développée alors qu'auparavant on arrivait quand même à voir le début et la fin de l'histoire ce qui permettait de s'attacher beaucoup plus aux personnages le cinéma garde cette qualité de pouvoir nous offrir un début et une fin

37:44
Présentateur

voilà une note vocale laissée par Chancellevi alors c'est vrai que c'est assez intéressant Renan ça veut dire qu'aujourd'hui les séries en effet connaîtraient un petit peu une petite fatigue ou pas sur l'intérêt qu'on peut porter

37:56
Invité

en fait c'est une sorte de développement logique c'est une forme elle se développe elle devient indépendante puis elle devient industrielle puis tout d'un coup elle arrive à son haut niveau puis tout d'un coup elle vit une crise ce que disait Frédéric tout à l'heure sur la place du blockbuster si on se reporte à Hollywood dans les années 50 c'est le même problème la télévision arrive donc tous les studios font des films de grands spectacles c'est l'arrivée de la comédie musicale c'est West Side Story donc on en prend plein les yeux et puis petit à petit il y a une contre-révolution qui apparaît c'est le nouvel Hollywood vous citiez Friedkin tout à l'heure donc ça veut dire qu'à chaque fois qu'il y a quelque chose qui se crée il y a aussi son envers qui se crée donc à l'inverse ces séries qui sont évidemment de plus en plus algorithmiques aujourd'hui et moi par exemple j'ai de plus en plus de mal à regarder une série Netflix parce que je sens bien qu'elle n'est pas pour moi ou en tout cas que ce qu'elle propose m'intéresse de moins en moins alors pas toutes évidemment mais en fait ça veut dire qu'il y a d'autres endroits qui vont créer quelque chose en série qui vont peut-être que c'est par exemple sur Youtube aujourd'hui c'est les fameuses qu'on a appelé des web-séries à un moment mais qui sont aujourd'hui des formats différents peut-être que le format série va se déplacer il faut le chercher ailleurs ce qui est intéressant c'est qu'une forme elle est vivante donc en fait la série oui aujourd'hui on peut dire qu'il y a trop de séries mais ça veut dire qu'il y a beaucoup de choses et il y a du bien du moins bien alors je prêche un peu pour notre paroisse c'est là où la critique c'est pour ça d'ailleurs que Canal Plus a créé le cercle séries c'est que tout d'un coup on s'est dit pourquoi depuis des années on parle de cinéma et pourquoi il n'y a pas des critiques de séries qui aiguilleraient le regard discuteraient et surtout réfléchiraient sur ce que les séries racontent de nous et c'est moi le principe en tout cas c'est ce qui m'anime de faire cette émission

39:23
Présentateur

on va continuer à parler des séries et du cinéma frères ennemis ou au contraire jumeaux et bien on voit ça dans un instant dans le débat de midi juste après Rosalia et Ro Alejandro avec Promesa

39:35
Invité

le débat de midi

42:57
Présentateur

le débat de midi nous parlons des séries télévisées sont-elles en train de manger ou non le cinéma ou est-ce le contraire on en parle avec Marie Telling journaliste spécialiste et bien des séries également Renan Croce journaliste critique cinéma rédacteur en chef du cercle série et Frédéric Jaugère réalisateur et professeur de cinéma et Emmanuel Taille rédacteur en chef de saison la revue des séries Marie Telling je vous ai vu danser un peu sur Rosalia oui c'était très sympa oui non mais très bien voilà c'est ça alors juste on va venir dans un instant sur cette différence aussi cinéma-série mais Renan Croce tout à l'heure vous disiez moi par exemple les séries Netflix je ne les regarde moins ou plus c'est à dire que comme dans un style de cinéma en fait on peut reconnaître une série Netflix

43:39
Invité

ce n'est pas tant un style de cinéma qu'un style de studio et Frédéric en parlait dans les années 30-40 Hollywood les studios avaient des identités on allait voir un film Warner on allait voir un film MGM on allait voir un film Paramount alors si on était par exemple un peu chic on allait voir un film Paramount parce qu'on savait que la Paramount allait mettre en valeur les auteurs alors que si on était on voulait un truc un peu plus bourrin on allait voir un film Warner aujourd'hui par exemple si j'ai envie de voir un truc très efficace très carré très algorithmique je sais que Netflix va me donner exactement une sorte de milieu terrain un truc un peu fabriqué mais par exemple si je vais aller voir je ne sais pas par exemple les créations françaises de Disney Plus on pense à une série qui s'appelle Ousekin sur Maliko Seguin j'ai été très impressionné par l'ambition par exemple de Disney Plus les créations originelles de Canal Plus il y a une vraie ambition Arte par exemple les créations d'Arte enfin vous voyez il y a chacun des identités différentes et ce n'est pas grave en même temps de dire je ne suis pas un public Netflix on peut aimer des choses sur Netflix mais je ne suis pas la cible

44:34
Présentateur

par exemple ce qui est étonnant d'ailleurs avec Ousekin c'est qu'on se dit par rapport à cette affaire qui se déroule en 1986 qu'aucune télévision française ne l'avait fait il a failli attendre Disney tout de même pour réaliser et le faire si bien c'est bien voilà exactement Dominique Tailleb il y a une chose aussi par rapport à ces plateformes alors c'est vrai que le cinéma nous paraît assez simple on achète une place on arrive dans une salle on nous diffuse un film là on doit donc s'abonner à des plateformes il y a quelque chose aussi du rapport à l'oeuvre artistique avec ces plateformes qui préfèrent plutôt que de films et séries parler de contenu est-ce que finalement ce n'est pas un mot terrible pour parler de séries et de films

45:11
Invité

oui c'est un mot terrible c'est un mot qui fait obstacle c'est un mot qui vient du monde qui vient du monde industriel et qui peut être effectivement très inquiétant sur ce qu'on a envie de donner à voir aux spectateurs et c'est un mot qui est effectivement très gênant quand on essaye de voir c'est mon cas et c'est le cas de vos invités des choses qui des productions mais qui sont pour nous des oeuvres d'art qui relèvent de l'esthétique qui relèvent d'un langage cinématographique donc je pense qu'il ne faut pas du tout nous être prisonniers de ce mot-là qui est le mot des producteurs qui le proposent mais essayer de voir plutôt ce qui est produit ce qui est écrit qui écrit est-ce que c'est de bonne qualité ou pas de bonne qualité est-ce qu'il y a des pépites et effectivement moi je souscris à ce qui a été dit par Renan Croce il y a une espèce de formatage et de fatigue un peu dans la production Netflix ce qui est intéressant c'est d'aller trouver des perles rares alors soit sur HBO soit sur des productions indépendantes je profite d'être à l'antenne pour conseiller à vos auditeurs une très très belle série qui s'appelle Rectify qui est une série un peu ancienne mais qui est sur les émotions et le bouleversement d'un homme qui sort de prison et qui va changer complètement toute sa famille on a une très très belle série américaine remplie d'émotions il y en aurait plein d'autres je donne celle-là parce qu'elle me vient à l'esprit mais c'est vraiment ça relève de l'oeuvre d'art la plus pure

46:28
Présentateur

Marie Telling sur ce terme de contenu

46:30
Invité

je pense que ce que ça reflète c'est l'invasion de la tech dans l'univers de la création de séries et de cinéma et c'est vraiment au coeur des préoccupations de la grève justement j'y reviens des scénaristes à Hollywood c'est un scénariste et comédien d'ailleurs voilà parce qu'on va quand même loin c'est à dire que maintenant ils veulent carrément utiliser des intelligences artificielles c'est réel ils veulent utiliser des intelligences artificielles pour créer des séries et pour aussi remplacer les acteurs dans des films et dans des séries et là vraiment on arrive au bout d'une logique qui était en train de se développer depuis des années et ça se voit en fait c'est pour ça qu'il y a une multiplication de contenus et une baisse de la qualité en particulier sur Netflix on le voit parce qu'au début Netflix quand même c'était encourageant le genre de série qu'on trouvait sur Netflix il y avait des super propositions je pense à Bojack Horseman Orange is the New Black et là aujourd'hui on se retrouve avec des séries de plus en plus à ce qu'on disait algorithmique et c'est cette invasion de la tech et on essaie de reproduire des choses sans avoir de propositions créatives derrière en fait il y a une très bonne explication de ça et d'ailleurs sur Netflix Charlie Brooker le créateur de Black Mirror dans la dernière saison a fait un épisode qui s'appelle Joan is Awful et c'est l'histoire c'est le premier d'ailleurs et voilà c'est l'histoire d'une jeune femme qui allume une plateforme de streaming vaguement netflixienne et qui découvre une série qui lui correspond tellement qu'elle en devient le personnage principal et elle est terrorisée parce qu'elle devient elle-même un personnage et évidemment il y a plein de choses derrière tout ça mais ce que raconte Charlie Brooker au fond l'air de rien c'est de nous dire que ces séries qui sont soi-disant comme disait Marie par la tech fabriquées pour nous satisfaire vont finir par nous transformer en personnages et ça ne va plus du tout nous plaire ce qu'on veut c'est l'altérité la différence ce qu'il y a de différent en nous si j'allume la télévision pour ne voir que moi ça ne m'intéresse pas je me regarde dans un miroir

48:18
Présentateur

c'est ce que nous dit un auditeur sans nous avoir laissé son prénom il dit moi j'ai arrêté de regarder les séries car j'ai l'impression de ne voir que 3-4 arcs narratifs qui se développent à chaque série à peu près les mêmes donc j'ai un peu arrêté j'ai diminué ma consommation de séries Frédéric Schosser aujourd'hui est-ce que vous avez l'impression en effet que le monde de la série on sait que le cinéma est une industrie qu'il y a un peu de tout on parlait des franchises Marvel en effet qui sont là de plus en plus pour vendre plus du jouet que nous proposait véritablement faire une proposition de cinéma mais aujourd'hui quand on voit en effet ce terme de contenu de ce milieu de la tech qui rentre dans la série est-ce qu'aujourd'hui le cinéma a aussi ça en avance par rapport à la série c'est qu'il n'est pas encore complètement grignoté par ça ?

49:03
Invité

Je suis difficile à vous répondre parce que je ne sais pas avec quelle casquette je vais vous répondre n'hésitez pas parce que derrière le mot cinéma il y a plein de cinémas différents et je souhaite qu'il en reste ainsi c'est-à-dire qu'il y a à la fois des démarches totalement commerciales et qui se revendiquent comme telles et qui parfois aussi ont une part artistique c'est le cas des grands films hollywoodiens et puis qu'il y ait aussi des films d'auteurs plus petits c'est mon parcours par exemple là je viens de le film qui est sorti le 10 mai il s'est fait pour 700 000 euros ce qui est un tout petit budget le cours de la vie et il a reçu 100 000 spectateurs alors 100 000 spectateurs c'est très peu dans l'absolu mais c'est beaucoup par rapport au budget et donc c'est important que ce genre de film évidemment je défends ma chapelle mais c'est normal bien sûr mais puisse continuer à exister par exemple il y a d'autres films actuellement comme Chienne Lacasse qui est un film que personne n'attendait qui est en salle qui fait 80 000 entrées il y a Yannick qui cartonne

49:52
Présentateur

de Quentin Dupieux

49:53
Invité

et donc je pense que c'est très important qu'il y ait au cinéma des propositions alors pour les séries aussi d'ailleurs portées par un regard singulier ou des regards singuliers mais en tout cas que ce soit des objets singuliers et comme vous le disiez très justement je pense qu'on a besoin d'altérité on n'a pas besoin de se revoir soi-même dans un miroir c'est ça qui est la magie de la fiction que ce soit au cinéma ou dans les séries c'est comment on peut être emporté par une histoire qui nous dit quelque chose de notre monde mais qui nous apprend aussi quelque chose

50:18
Présentateur

Marie Théling on le sait à un moment les cinémas sont très critiqués aussi par rapport au prix des places là on reçoit des messages qui me disent moi je ne peux pas y aller ça coûte trop cher et en même temps on voit aujourd'hui des dépenses des plateformes qui représentent en France près de 37 euros par mois et des abonnements continuellement en haut je crois que Disney Plus a annoncé alors maintenant en plus de faire comme Netflix un abonnement moins cher si on met de la publicité ça ça arrivera donc d'ici Noël est-ce que ça peut poser à un moment un problème aussi à ces plateformes de dire bien sûr on vous propose des séries on adore ça c'est super c'est de mieux en mieux mais ça va devenir un budget aussi

50:58
Invité

ah bah c'est sûr que ça va être un problème et surtout c'est pas de mieux en mieux donc c'est aussi ça le problème c'est que l'offre de Netflix est de moins en moins bonne et son prix est de plus en plus cher et elle est en compétition avec de nombreuses autres plateformes si on veut avoir aujourd'hui en France accès à toutes les séries il faut s'abonner à une dizaine de plateformes c'est complètement fou et c'est un budget qui est inaccessible pour la plupart des gens on va pas voir tous les films donc on va pas regarder toutes les séries j'ai l'impression comme si la série il fallait absolument la consommer enfin non c'est à dire que parfois pour le coup c'est mon métier il y a plein de séries que j'ai pas vues et comme il y a plein de films que j'ai pas vues et même en picorant il faut picorer d'un côté de l'autre et puis on parlait Frédéric parlait de la créativité je pense là il y a une série qui va arriver de Xavier Giannoli qui est quand même un réalisateur cinéaste auteur moi ça m'intéresse de voir ce que Xavier Giannoli je crois que ça s'appelle d'argent et de sens et même à Venise au festival de Venise ça va être présenté moi je suis curieux de voir ce que ces cinéastes là ce que même ces créateurs là vont faire quand Valérie Donzeli fait Nona et ses filles sur Arte je retrouve le cinéma de Valérie Donzeli donc en fait il y a des voix singulières qui peuvent exister comme à côté de grosses machines comme il peut y avoir des blockbusters en salle ou des films d'auteurs c'est à dire qu'en ce moment on peut aller voir Barbie et puis on peut aller voir Yannick aussi et les deux ne sont pas incompatibles et on peut être le même spectateur qui va y avoir les deux bien sûr

52:18
Présentateur

ce qui a été notre cas Emmanuel Tailleb on voit aussi certains réalisateurs alors je ne sais pas si c'est une posture ou pas mais par exemple Christopher Nolan qui réalise actuellement l'excellent Oppenheimer lui a dit moi je ne réaliserai jamais de séries télé est-ce qu'il peut y avoir une posture aussi par rapport à des réalisateurs se dire non et moi je ne rentre pas là-dedans je ne suis pas dans le moule

52:37
Invité

en tout cas son frère a été showrunner d'une série qui s'appelle Westworld donc il va y avoir des discussions familiales passablement compliquées non non bien sûr c'est pas lui c'est son frère ça peut être une posture peut-être qu'il a envie de défendre le cinéma ou qu'il considère que c'est un format qui est plus intéressant bon peut-être qu'il se prive aussi d'un autre mode d'écriture voilà je pense qu'il s'est mis là dans une position très spécifique d'un peu de gardien du temple bon mais comme nous depuis le début de l'émission je crois que tous vos invités prêchent pour l'idée qu'on peut être cinéphile et sérophile on peut faire les deux quand on est réalisateur

53:13
Présentateur

est-ce qu'il peut y avoir entre guillemets je mets bien entre guillemets j'exagère une rébellion de certains réalisateurs qui dit moi jamais évidemment

53:20
Invité

et je comprends Nolan quand on voit ses films je comprends il ne les veut pas sur petit écran c'est très clair et il ne crée pas des films pour petit écran donc je comprends qu'il n'ait pas envie de faire des séries après c'est vrai que ça lui ferait peut-être du bien aussi de partager de découvrir l'altérité de discuter avec d'autres personnes que lui-même et d'être forcé aussi à être dans des formats dans lesquels il n'est pas à l'aise en fait et qui le contraignent d'une manière ou d'une autre pour moi la vraie révolution en tout cas s'il doit y avoir une révolution c'est le jour où Tom Cruise fera une série télé qui est un peu aujourd'hui le patron d'Hollywood là ce jour-là il va se passer quelque chose parce qu'on a vu avec Top Gun qu'il était l'homme qui réussissait à faire revenir les gens en salle c'est pas Christopher Nolan qui nous avait dit qu'il allait faire revenir les gens en salle avec Tenet c'est Tom Cruise avec Top Gun là ce serait vraiment quelque chose ce serait plus qu'un événement c'est-à-dire qu'on se dirait ok donc cette dernière star de cinéma devient une star de télévision et c'est pas la même chose d'être une star de télé qu'être une star de cinéma vraiment Tom Cruise je n'ai pas du tout envie de le voir en série bizarrement je ne sais pas pourquoi pour moi il est au cinéma Tom Cruise oui c'est ça non mais je me disais peut-être dans 20 ou 30 ans quand il sera enfin ce sera une série 3ème âge ou quelque chose comme ça comme Jane Fonda

54:29
Présentateur

ok ça d'accord vous pensez pour terminer Frédéric Socher qu'il y a aussi une expérience à un moment un tout réalisateur devrait se frotter à cet exercice de la télévision la contrainte aussi que ça peut

54:40
Invité

bien sûr si la possibilité existe c'est pas une obligation mais en tout cas pourquoi pas il faut se méfier des cinéastes qui disent qu'ils arrêtent de faire des films par exemple mais je voudrais juste citer Jean-Claude Carrière qui est scénariste et qui disait que pour lui c'était la particularité de l'être humain c'était ce besoin qu'on a de se raconter des histoires et ça on peut le retrouver au cinéma on peut le retrouver dans les séries et c'est très important qu'en France il y ait la création dans les séries et dans les films pour les salles

55:04
Présentateur

les histoires les histoires on n'en a jamais assez et on en trouve bien sûr en littérature en tout cas merci beaucoup à vous quatre d'être passés par le débat de midi merci à Marie Telling je conseille votre livre donc le petit éloge des anti-héroïnes de série Renan Croce donc journaliste critique cinéma rédacteur en chef au Cercle Série on vous retrouve sur Canal Plus Frédéric Chausser réalisateur professeur votre film le cours de la vie et Emmanuel Tailleb rédacteur en chef de saison la revue des séries merci à vous trois je remercie également Loïs Maud technicien de cette émission à la réalisation il y avait Étienne Bertin une émission préparée par Aloïs Noé Savana Ruelan et grand salut véritablement à Constance Villanova merci pour sa disponibilité on peut le dire un vrai combat en fait pour trouver autant d'invités passionnants en plein été et j'en profite d'ailleurs pour faire un appel à TF1 n'hésitez pas à nous envoyer l'intégrale des émissions Ma mère ton père l'amour et moi Constance attend de savoir ce qui se passe sur la suite et elle a hâte de savoir en tout cas elle veut les lire et on la remercie merci à elle et à très vite nous bien sûr on se retrouve lundi pour un nouveau débat de midi