"J'ai mis pendant 18 ans un déguisement de super-héros" : ce rugbyman témoigne de sa dépression à la fin de sa carrière
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Questions et réponses
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- 0:52OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui se passe à ce moment-là ? Qu'est-ce qui contribue à cette descente aux enfers ?
- 1:58OuverteRéponse directe
Et la peur du vide qui se concrétise, on passe... mais voilà, des gens aussi entourés, aussi connus, aussi célèbres.
- 3:45OuverteRéponse directe
Vous racontez que cette dépression, ces addictions, ça a amené à des comportements graves.
- 5:08OuverteRéponse directe
Est-ce que les choses vont dans le bon sens ?
- 5:46OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qu'ils vous disent, les anciens comme vous ? Ou alors les plus jeunes aussi ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:34Invité politiqueFait
« Nous sommes en 2020, vous annoncez que c'est votre dernière saison chez les pros. »
- 0:48Invité politiqueFait
« C'est là que vous sombrez, sombrez vraiment, le mot n'est pas trop fort, dépression, alcool. »
- 3:17InvitéFait
« J'étais convaincu que j'étais un super-héros. Et que j'ai mis pendant 18 ans, voilà, ces déguisements de super-héros. »
- 3:39InvitéFait
« Parce qu'aujourd'hui, une dépression, c'est une maladie, comme l'alcoolisme ou comme les addictions. »
- 5:10Invité politiqueFait
« la Ligue nationale de rugby a adopté un programme justement sur la santé et la santé mentale notamment. »
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- ?3 %
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7h46, notre invité ce matin, c'est un ancien joueur de rugby professionnel. Deux fois champion de France et Simon, son combat maintenant, c'est de prévenir la dépression et les addictions chez les sportifs. Bonjour Rodrigo Capot-Ortega.
Bonjour, comment ça va ? Très bien et vous, vous êtes ancien capitaine du Castre Olympique et vous allez participer aujourd'hui à Perpignan aux assises départementales de la santé mentale. Ça se passe au Palais des Congrès. Rodrigo Capot-Ortega, vous venez notamment témoigner de votre descente aux enfers. Nous sommes en 2020, vous annoncez que c'est votre dernière saison chez les pros. Mais le Covid débarque, la saison de top 14 s'arrête brutalement et les adieux dont vous rêviez au stade Pierre-Antoine à Castre, ces adieux n'auront jamais lieu. C'est là que vous sombrez, sombrez vraiment, le mot n'est pas trop fort, dépression, alcool. Qu'est-ce qui se passe à ce moment-là ?
Qu'est-ce qui contribue à cette descente aux enfers
? Qu
'est-ce qui se passe ? Bon, déjà, il y a quelque chose de très important, c'est de ne
pas
avoir su anticiper. En fait, moi, je pense qu'au long des 18 ans de carrière, j'ai rempli une seule caisse sans savoir et remplir toutes les autres. Qu'est-ce que j'ai envie de ça
? De
ne
pas
avoir été plus curieux, plus intéressé par des autres choses. Que je pense que peut-être ça m'aurait permis de cette transition la faire pousser du sort parce que peut-être j'aurais trouvé
des
choses que j'aurais aimé faire justement après le rugby.
C
'est-à-dire que jamais dans votre carrière,
on
vous a parlé de l'après, on vous a parlé d'une reconversion
?
En fait, si, il nous parlait, il y a eu plein de gens bienveillants qui venaient ici à Rodrigues parce que tu as commencé à préparer ton après-carrière. Et moi, je le regardais, je lui disais, oui, oui,
oui.
Et à mon intérieur, je lui disais, laissez-moi tranquille. En fait, on est constamment dans ce déni d'essayer. Et
moi,
je n'arrêterai jamais, moi, je serai toujours un joueur de rugby.
Et la peur du vide qui se concrétise, on passe, parce qu'il faut le dire, vous êtes un dieu vivant dans le Tarn, 18 saisons à Castres, deux fois champion de France. Vous étiez capitaine, vraiment l'une des visages de ce Castres olympique. Vous êtes très entouré. On ne pense pas que ça peut arriver à des gens comme vous, excusez-moi, mais voilà, des gens aussi entourés, aussi connus, aussi célèbres.
Oui,
mais écoute, la preuve, la preuve, ça peut arriver à tout le monde. Parce que, simplement parce que,
avant
tout, avant d'être un joueur professionnel, avant d'être un homme ou une femme,
on
est des humains. Et un humain, et aujourd'hui, l'homme et la femme d'aujourd'hui, ce n
'est
plus l'homme et la femme de quelques années en arrière. Aujourd'hui, il faut qu'on accepte notre vulnérabilité. Et qu'est
-ce
que
ça
veut dire ça ? Accepter de se tromper. Accepter d'aller pas bien. Accepter d'être triste, de pleurer, de rire, et surtout, de demander
de
l'air. Et alors ça, c'est extrêmement difficile pour un joueur de rugby. Encore plus pour vous, international uruguayen, un guerrier hors normes sur le terrain. Ce n
'est
pas dans votre ADN, ça, d
'appeler à l'aide
?
Non, je suis complètement d'accord avec toi. Moi, je me croyais un super-héros. Vous appelez super-capot ? Oui, super-capot. Voilà, en fait, j'étais convaincu que j'étais un super-héros. Et que j'ai mis pendant 18 ans, voilà, ces déguisements de super-héros, que je me croyais tout, que je pouvais me débrouiller tout le temps tout seul. Sauf que voilà, ça arrive un moment que je me suis rendu compte que non, et qu'il fallait que je demande de l'air. Et en fait, mon premier grand pas vers la sortie, ça a été l'acceptation, quand j'ai accepté que j'étais malade. Parce qu'aujourd'hui, une dépression, c'est une maladie, comme l'alcoolisme ou comme les addictions.
Et vous le racontez, ça, dans votre livre, Rugby sous pression, écrit avec le journaliste Gilles Navarro, vous racontez que cette dépression, ces addictions, ça a amené à des comportements graves. Vous êtes parfois devenu violent. Votre femme avec vos deux enfants a pris peur. Par moment, vous êtes allé ensuite en clinique. Vous avez fait un mois en clinique. Vous avez peu à peu retrouvé justement le goût de la vie. Vous vous êtes rendu compte aussi, peut-être, qu'à ce moment-là, vous n'étiez pas un cas isolé dans cette clinique
? Oui,
en fait, déjà, ça permet de se rendre compte qu'on n'est pas seul, qu'il y a des gens comme toi qui traversent ça. Moi, en tout cas, à la clinique, pour raconter vite fait, les jours qu'on arrivait pour faire la rentrée, j'oublie à ce moment-là,
il
me regarde et me dit, Rodrigo, regarde-toi par rapport aux autres, t'es bien, je ne
peux
pas te laisser là. J'ai la regardée et j'ai dit, Xavi, je vais rester, je ne
vais
pas bien, je suis malade. Je vais beaucoup apprendre. Et c'est ce que j'ai fait. J'ai beaucoup parlé avec eux. Et c'est des gens qui me sont apportés énormément parce qu'ils sont contribués aussi à cette remise en question, à ce travail interne que j'ai fait pendant mon séjour à la clinique où j'ai pu me poser de bonnes questions et commencer à trouver de bonnes réponses.
Et vous avez donc remonté peu à peu la pente. Aujourd'hui, votre combat, c'est donc de lutter contre la dépression, les addictions chez les sportifs pour ne
pas
que ça arrive à d'autres champions comme vous. Les choses sont peut-être en train de bouger. En tout cas, 2023, il
y
a trois ans, la Ligue nationale de rugby a adopté un programme justement sur la santé et la santé mentale notamment. Est-ce que c
'est
une prise de conscience ? Est-ce que vous diriez que les choses vont dans le bon sens
?
Oui, totalement, en fait, petit à petit. Après, voilà, chacun a son rythme et il faut des fois se donner les droits et se donner du temps. Et voilà, je pense qu'on va
pour
le bon chemin. En tout cas, on fait des choses, on met des actions en place pour sensibiliser de plus en plus les joueurs. Et on a de très beaux retours.
Alors
justement, vous êtes passé à l'USAP, c'était l'an dernier, vous faites le tour des clubs de rugby professionnels. Qu
'est
-ce qu'ils vous disent, les anciens comme vous ? Ou alors les plus jeunes aussi ? Est-ce qu'ils ont l'oreille ?
Est
-ce qu
'ils
sont capables d'entendre ?
Est
-ce qu'à 20 ans,
on
est capable d'entendre aussi ce discours
?
Oui, ils sont capables parce que bon, déjà, le discours, ce n'est pas quelqu'un qui a fait des études de psychologie ou en baisseur de médecine qui parle des addictions, des dépressions.
En
fait, c'est quelqu'un qui a été à leur place ça fait quelques années et qui s'est croyé un super-héros comme on peut être à leur place. Et ils prennent conscience parce qu'il est palpable, la personne. Moi, je suis devant eux. Et ça peut arriver à n'importe qui et n'importe quand.
Merci beaucoup, Rodrigo Capot-Ortega, d'être passé par notre studio ce matin. Je rappelle que vous serez donc au Palais des Congrès toute la journée à Perpignan pour les assises départementales de la santé mentale. Et puis, je renvoie vers votre livre, donc, Rugby sous pression, écrit avec le journaliste Gilles Navarro, qu'on connaît bien dans le département. C'est aux éditions privates. C'est touchant, c'est passionnant. On apprend plein de choses. Et effectivement, je pense que c'est un message qui peut être envoyé à plein de gens du rugby ou d'ailleurs. Merci beaucoup pour votre témoignage. Merci beaucoup à vous.