Mélanie Vogel - Le Barbier du matin du 13/09/23
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Nous allons parler des sénatoriales, même si votre siège est préservé pour encore 3 ans. Vous avez été élu il y a 3 ans, c'est un mandat de 6 ans. Mais on parlera de l'enjeu du Sénat, mais on va commencer par l'image géopolitique de la matinée, avec cette rencontre entre Kim Jong-un, le dictateur nord-coréen, et Vladimir Poutine. Certains se gaussent en disant que ça montre la faiblesse de la Russie, obligée d'aller quémander des munitions auprès de la Corée du Nord. D'autres disent, attention, il pourrait y avoir une alliance qui aiderait la Corée du Nord à devenir une puissance nucléaire encore plus rapidement. De quel côté êtes-vous ?
Non, mais je crois que les deux observations sont justes. A la fois, la Russie est de plus en plus isolée sur la scène géopolitique mondiale. A la fois, évidemment, l'alliance des dictateurs, des dictatures à l'échelle internationale est une possibilité et un danger. Et face à ça, il faut que les démocraties, l'Europe en particulier, soient encore plus uniques possibles et fassent tout leur possible pour pouvoir faire reculer la Russie de l'Ukraine et au fond faire gagner le camp de la démocratie, de l'état de droit, des libertés publiques.
Pendant ce temps-là, on voit, on constate que le prix des carburants augmente, que la Russie continue à réussir à exporter son gaz. On est piégé quand même par cette dépendance énergétique ?
On n'est pas piégé, on s'est piégé en montant un système économique qui est fondé sur la dépendance aux énergies fossiles que nous importons majoritairement de dictature. Donc c'est un piège dans lequel on est nous-mêmes rentrés et duquel nous pouvons sortir en faisant dès maintenant des politiques climatiques qui visent évidemment à court terme, là tout de suite, à réguler les prix pour que les plus précaires n'aient pas eux seuls et elles seules à subir les coûts de nos erreurs passées, mais aussi un plan pour pouvoir se libérer de la dépendance aux énergies fossiles.
Alors regardons les deux aspects. Pour ce qui est de l'impact à court terme sur les prix, quand vous voyez Total dire qu'on va prolonger notre plafonnement des prix, quand vous voyez le gouvernement dire merci, bravo, on laisse les distributeurs faire les efforts, vous êtes satisfaites ou vous pensez qu'il faudrait aider les plus pauvres par des chèques ?
Voilà, ce n'est pas assez. Il faut qu'il y ait une opération par les prix, réguler les prix. Il faut aussi qu'il y ait une aide directe aux plus précaires. Mais il faut aussi, je crois, qu'on puisse agir sur quelle est la raison principale aujourd'hui de l'inflation au niveau mondial. Ce n'est pas la guerre en Ukraine. La guerre en Ukraine a un impact. Mais la Banque Centrale Européenne et le Fonds Monétaire International, qui ne sont, je ne crois pas, des gros repères de gauchistes, nous disent que la cause principale de l'inflation, c'est les marges des grandes entreprises. Et on peut agir là-dessus. On peut réguler l'actionnariat. On peut imposer aux entreprises d'augmenter les salaires.
On peut augmenter le SMIC. Tout ça, c'est la redistribution de cette richesse. Et donc, il faut à la fois agir sur les prix, bien sûr, mais aussi agir sur toutes les conditions qui font que les prix augmentent.
La taxation des super-profits, ça sera un thème de l'automne, notamment pour les oppositions.
C'est un thème extrêmement important, puisque, au fond, c'est le simple bon sens qui consiste à dire qu'il y a, dans le moment, certains qui s'enrichissent au-delà de l'imaginable et certains qui s'appauvrissent jusqu'à ne plus pouvoir donner à manger à leurs enfants. On a vu les restos du cœur qui n'arrivent pas à survivre, etc. Et on ne peut plus accepter qu'il y ait, à un moment où tant d'enfants sont à la rue, où tant de personnes ne peuvent pas manger trois fois par jour, des grandes entreprises qui augmentent à des niveaux jamais vus leurs profits.
Alors, ce n'est pas son lien avec l'appauvrissement du travail salarié. Il y a une tribune transpartisane publiée dans Libération hier et qui a été concoctée depuis plusieurs semaines. Elle regroupe la gauche de la Macronie, des écologistes, des socialistes, des communistes, à propos de la régularisation des travailleurs sans papier. Elle demande une régularisation de tous ceux qui travaillent dans ces fameux métiers en tension. Est-ce que vous avez un bon espoir d'aboutir ? Et est-ce que vous, personnellement, vous soutenez cette démarche ?
Oui. Alors, cette tribune, elle est importante puisque son objectif, c'est de montrer au gouvernement qu'il existe une majorité possible au Parlement pour trois mesures qui sont des mesures minimales, mais des mesures d'urgence à propos des sans-papiers et au-delà des demandeurs d'asile, ainsi que des personnes qui ont des papiers mais qui doivent les renouveler. Elle demande trois choses. La régularisation des travailleurs sans papier, c'est une chose. Elle demande aussi que les demandeurs d'asile puissent, dès qu'ils sont demandeurs d'asile, accéder à l'emploi.
Puisqu'on est aujourd'hui dans une situation aberrante, nous avons des gens qui sont sur notre territoire légalement qui sont demandeurs d'asile, qui n'ont pas le droit de travailler.
Ils attendent la réponse parce que si on leur demande de repartir et qu'ils ont un travail, il y aura un problème.
Ils attendent la réponse parfois pendant des années. Et pendant ces années-là, alors que ce sont des personnes qui sont diplômées, ce sont des personnes qui, en plus, doivent avoir accès à des ressources pour pouvoir vivre, ils n'ont pas le droit de travailler. Et la troisième chose, c'est pousser les préfectures, obliger les préfectures à donner des rendez-vous. Vous savez qu'il y a beaucoup de personnes qui se retrouvent dans l'irrégularité simplement parce qu'on ne leur a pas donné à temps un rendez-vous pour refaire leur papier. Donc on crée nous-mêmes des situations qui n'ont pas lieu d'être. Sur ces trois mesures qui n'épuisent pas, évidemment, mes positions sur...
Vous voudriez quelque chose de plus large encore, mais ça, c'est l'urgence.
Mais c'est surtout la possibilité qu'on a aujourd'hui d'avoir une majorité là-dessus. On dit au gouvernement, il est possible, vous avez au Parlement une majorité possible sur ces trois mesures minimales et d'urgence.
Est-ce que vous seriez prête à échanger cette loi, parce qu'en effet, il y a une majorité possible, contre une autre loi que vous laisseriez passer avec la droite de la Macronie et les LR, et peut-être l'extrême droite, sur un durcissement pour le renvoi chez eux, des clandestins et des demandeurs d'asile déboutés ?
Moi, je ne voterai jamais une loi liberticide qui enlève des droits.
Non, mais elle peut passer avec la droite et vous fermez les yeux.
Je ne vais pas fermer les yeux. Personnellement, en tout cas au Sénat, vous savez que le PJ et l'immigration sera au Sénat le 6 novembre, et en l'état du texte, c'est un texte liberticide qui fait reculer les droits et qui est absurde du point de vue, de tout point de vue, du point de vue des libertés publiques, des droits fondamentaux, mais aussi du point de vue économique, et nous voterons contre. Je ne vais pas regarder ailleurs. Voilà. Donc, il n'y a pas d'échange. La seule chose, d'ailleurs, qu'il faudrait faire, c'est à minima ces trois mesures. On ne va pas échanger.
Alors, le G20 à New Delhi a été un échec sur le climat. Le président de la République l'a reconnu, ça n'était pas à la hauteur de ses espoirs. Qu'est-ce que l'on peut faire ? On a l'impression que les BRICS, les nouveaux pays et les producteurs de pétrole ont pris le pouvoir dans le G20 et que ce n'est pas par là que les solutions vont passer.
C'est évidemment un échec. On a les 20 pays les plus riches du monde qui émettent 80% des émissions de CO2 qui ne sont pas capables de se mettre d'accord pour dire qu'il faudrait quand même sortir des énergies fossiles qui sont la première cause des émissions de CO2 dans le monde. Donc évidemment, alors que la même semaine, on a aujourd'hui 10 000 disparus en Libye du fait des inondations qui sont une cause directe du dérèglement climatique. Et on regarde ça et on se dit qu'est-ce que ça provoque ? Une peur immense. Les personnes qui sont aux responsabilités, qui ont le pouvoir de régler le problème, ne veulent pas le régler.
Donc moi, ce que ça me fait, la réaction que j'en ai, c'est simplement de dire on a dans quelques mois des élections européennes. L'Union européenne, c'est le niveau pour la France qui est le plus important pour la lutte contre le réchauffement climatique. La plupart des législations environnementales, des normes liées au changement climatique, ça vient du Parlement européen. C'est voter au Parlement européen. Allez voter aux élections européennes. N'ayez pas peur. Il ne faut pas les laisser dans cette position de pouvoir qu'ils ne veulent pas prendre puisqu'ils refusent de prendre les mesures nécessaires. Allez voter écologiste aux élections européennes.
Je n'ai pas de meilleure réponse aujourd'hui face à l'irresponsabilité des dirigeants.
Alors avant les élections européennes, il y a les élections sénatoriales. On en parlait. Quels sont les espoirs des Verts ? Le Sénat, on a l'impression que ce n'est pas la tasse de thé des Verts. C'est un peu la politique à l'ancienne.
C'est un petit peu la politique à l'ancienne, je vous le confirme. J'en fais moi-même l'expérience quotidiennement. Non, mais néanmoins, ça reste... Écoutez, c'est la deuxième chambre parlementaire. Il faut y être. Évidemment, les écologistes ont vocation à être partout. Partout où il y a des décisions démocratiques à prendre et à construire. Et nos espoirs... Enfin, nos espoirs, ce n'est pas de l'espoir. C'est lié à des faits tout à fait concrets. Nous avons grandi aux élections locales.
De là devrait découler un renforcement, que j'espère important et substantiel, du groupe écologiste au Sénat, avec l'arrivée de sénatrices, surtout de sénatrices, puisque nous avons comme ambition de féminiser notre groupe, de le rajeunir aussi.
Et donc, nous attendons, avec impatience, de voir les résultats des élections et de voir notre groupe, qui est un groupe qui est aujourd'hui le plus petit groupe au Sénat, mais qui est, je crois, proportionnellement à sa taille, un des groupes les plus à la fois travailleurs et efficaces, puisque malgré notre petite taille et le fait que nous soyons dans l'opposition, nous arrivons à faire passer des choses, comme l'année dernière, enfin en février dernier, le vote de l'inscription du droit à l'IBG dans la Constitution, qui est une des victoires aussi de notre travail. Et donc, nous attendons de nous renforcer.
C'est chacun pour soi dans ces sénatoriales du côté de la NUPES. Pour les élections européennes, vous disiez qu'elles étaient un enjeu très important. Est-ce que vous croyez encore à l'union possible de la gauche ou est-ce que c'est fait, chacun va y aller sous son drapeau et on se retrouve à la sortie ?
Non, je crois que les élections européennes, à l'inverse complet des élections présidentielles et législatives, déjà, leur sujet principal, c'est l'Europe. Donc, c'est là-dessus qu'il faut regarder où sont les projets, où sont les projets cohérents et différents. Nous avons des projets différents au sein de la NUPES sur l'Europe, mais aussi, ce sont les seules élections en France qui sont des élections à la proportionnelle intégrale. Les élections législatives, elles sont au scrutin majoritaire, elles nous forcent, si on veut gagner... Il faut s'unir avant. Voilà, s'unir avant le scrutin.
À la proportionnelle, la chance formidable que nous avons, c'est pour ça que les écologistes ont toujours défendu la proportionnelle. C'est qu'on peut présenter aux électeurs notre projet, sans le négocier avant. Et les électeurs choisissent. Vous voulez les écologistes, vous votez pour les écologistes. Vous voulez les insoumis, vous votez pour les insoumis. Et on discute après. C'est le scrutin le plus démocratique possible, c'est le scrutin le plus représentatif possible, et ça ne dit rien de ce qu'on fera, parce que j'imagine que c'est peut-être votre question suivante, en 2027, pour... Les élections où là, il faut s'unir avant. Évidemment, évidemment.
La famille écolo s'est divisée sur la fermée d'une, votre entrée a été perturbée, c'est terminé, on a tourné la page ?
C'est pas qu'on a tourné la page, on n'a pas tourné la page, en tout cas dans la société. L'antisémitisme, il est grimpant. On a vu la semaine dernière, Marine Le Pen publier sur les réseaux sociaux un visuel où elle est au volant d'une Volkswagen en levant le bras droit. Personnellement, ça m'a...
Vous ne croyez pas à l'erreur, à la bêtise, à la boulette ?
Non, franchement, non.
Vous pensez qu'il y a un message sur l'imminal ?
Évidemment. Je ne pense pas qu'elle soit entourée de 100% de personnes qui ne savent pas ce qu'elle fout. C'est un référentiel visuel à l'Allemagne nazie. C'est extrêmement grave. Et on n'en est pas sorti, bien sûr qu'on n'a pas tourné la page. J'aimerais d'ailleurs qu'on pose autant de questions à Marine Le Pen qu'à toutes les autres personnes qui ont eu des propos et qui participent à renforcer l'antisémitisme en France. Nous, le travail, en tout cas, qui reste à faire, c'est d'être indéfectiblement engagés sur la question de la lutte contre l'antisémitisme, contre le racisme en général, contre toutes les formes de discrimination.
Cette séquence, voilà, bien sûr que la page n'est pas tournée puisque l'antisémitisme n'a pas disparu, bien sûr.
Mélanie Vogel, bonne campagne sénatoriale auprès de vos camarades. Merci et bonne journée.
Merci, Christophe Barbier. On retiendra dans les nombreuses choses que vous avez dites ce matin. Toujours continuer de lutter contre l'antisémitisme, taxer les super-profits, régulariser les travailleurs sans papier et les personnes susceptibles pour parler de l'environnement et de l'écologie, susceptibles de régler des problèmes et qui ne veulent manifestement pas les régler. Merci, Christophe Barbier. Demain, vous recevez Sarah Elahiri. Oui, et qui est une nouvelle ministre de la biodiversité.
Mélanie Vogel