Accueil des migrants, transport ferroviaire en France et "pass rail", union de la gauche... Le "8h30 franceinfo" de Carole Delga
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Bonjour Carole Delga, Emmanuel Macron hier a défendu un devoir de solidarité européenne avec l'Italie face à l'afflux de migrants sur l'île de Lampedusa. Gérald Darmanin doit s'exprimer tout à l'heure. Que doit faire la France Carole Delga ? Faut-il accueillir une partie de ces migrants ?
Oui, la France a un devoir d'humanité, de solidarité et la France doit porter une voie forte, une voie ferme au sein de l'Europe pour qu'il y ait une solidarité de tous les pays pour pouvoir partager l'accueil de ces migrants et la France doit y prendre ses parts.
Il y a évidemment le principe notamment de répartition des migrants et puis il y a des cas, notamment l'Allemagne qui commence à dire que l'Italie ne joue pas le jeu et que donc peut-être elle n'acceptera pas non plus des migrants. On est encore dans le chacun pour soi.
Oui, et c'est vraiment très malheureux parce que la question des migrants va continuer à se poser dans les prochains mois, dans les prochaines années de par le réchauffement climatique. Ces gens-là dans leur pays ne peuvent plus vivre dignement de par aussi les guerres et donc il faut avoir une réponse européenne et une réponse pleine d'humanité. C'est absolument indispensable. On ne peut pas être dans le chacun pour soi parce qu'à ce moment-là, ça va créer des tensions dans les pays. Et à ce moment-là, quand certaines populations se sentiront vraiment trop impactées par l'accueil de migrants, on arrivera à ce que l'extrême droite gagne des élections.
Vous, dans votre région, vous êtes prête à recevoir une partie de ces migrants ? Oui, mais nous le faisons et la région Occitanie consacre un million d'euros par an pour l'accueil des migrants, pour qu'ils puissent apprendre le français, pour qu'ils puissent être intégrés. On a un devoir d'humanité et on a aussi un devoir de leur expliquer ce que c'est que la République française pour qu'ils puissent s'intégrer de façon positive.
Carole Delga, dans un contexte d'inflation, le communiste Fabien Roussel appelle à envahir les stations-essence, les grandes surfaces, les préfectures, parce que l'État est responsable, selon lui, de la situation. Que pensez-vous de cette démarche ?
Je pense que l'inflation, c'est le vrai sujet de nos concitoyens. Mais qu'est-ce que vous pensez de la démarche de Fabien Roussel ? Avec Fabien Roussel, vous le savez, nous partageons la nécessité de s'occuper des vrais problèmes des gens. Bien sûr, dans des démarches de non-violence, mais nous devons apporter une réponse à ce pouvoir d'achat qui est en train d'être le vrai problème des français. Aujourd'hui, vous avez des françaises et des français qui se privent de plusieurs repas dans la semaine. Vous avez des françaises et des français qui n'arrivent plus à payer le loyer, qui sont en train de rogner sur des produits d'hygiène de première nécessité.
Donc, on ne peut pas continuer avec cette inflation et il faut traiter le problème à la base, c'est la question de l'électricité. Nous avons une inflation qui est liée à un prix de l'électricité beaucoup trop élevé et il faut revoir complètement les questions énergétiques en France et il faut décorréler le prix de l'électricité au prix du gaz.
Donc, l'urgence nécessite ce genre d'appel à envahir les préfectures, les stations et l'électricité ?
L'urgence, c'est d'apporter des vraies réponses. On est en train de désespérer nos concitoyens en n'apportant pas des solutions à leurs problèmes du quotidien.
Mais sur l'appel de Fabien Roussel, vous pouvez le dire ce que vous avez pensé ?
Sur l'appel de Fabien Roussel, il a rappelé que c'était dans la non-violence. Moi, ce que j'indique, c'est que nous devons, nous, les politiques, nous occuper des vrais sujets. Moi, j'incarne cette gauche populaire qui connaît la réalité de mes concitoyens et qui amène des solutions. Pour la rentrée scolaire, en Occitanie, c'est la moins chère de France parce que nous fournissons les livres, les ordinateurs et le transport scolaire, il est gratuit. C'est ça, des solutions qui sont concrètes pour le pouvoir d'achat de nos concitoyens.
On va revenir aux solutions, mais l'une des dernières fois où il y a eu des appels à envahir notamment des lieux comme les préfectures, c'était les Gilets jaunes avec des violences qui sont allées avec. Est-ce que là, finalement, Fabien Roussel ne va pas un peu loin dans la parole politique pour créer un électrochoc ?
Dans tous les cas, moi, je défends des actions qui sont non-violentes. La violence n'est jamais acceptable et on ne doit jamais jouer avec la colère des gens. Donc, clairement, ce que je dis, quand on est politique en responsabilité au gouvernement, c'est mon message au gouvernement, nous ne pouvons pas continuer à avoir nos ménages se faire asphyxier par le prix de l'essence quand même parce que quand on est dans un territoire rural, on a absolument besoin de la voiture et par des factures d'électricité qui ne font que flamber, qui sont multipliées par trois en quelques années et également un pouvoir d'achat qui est en train de s'éroder.
La misère progresse dans ce pays, la misère progresse.
On va parler du pouvoir d'achat. Le ministre des Transports veut mettre en place un passeraille à moins de 50 euros par mois pour des trajets illimités en TER et intercités, ces trains du quotidien. Est-ce que vous êtes d'accord ? Vous avez fait des choses dans la région Occitanie sur cette question-là. Est-ce que vous voulez que, néanmoins, l'État mette la main à la poche ?
Que les choses soient claires, je suis aussi présidente des régions de France et nous avons répondu au président de la République, dès le lendemain de sa annonce, que nous étions prêts à y travailler. Mais la question du passeraille, tout d'abord, en France, ça existe déjà. Je l'ai rappelé à Emmanuel Macron, plusieurs régions mettent en place le dispositif. Dans ma région, en Occitanie, les salariés payent le trajet maximum 1 euro. C'est-à-dire que ce n'est pas 49 euros par mois, c'est 45 euros. Les moins de 26 ans ont la gratuité et donc nous devons travailler sur ces initiatives. Mais surtout, l'État français doit être à la hauteur comme l'État allemand.
En Allemagne, l'État central donne 50% du financement de ce pass. Moi, je défends les mobilités décarbonées, je défends la gratuité des transports. Donc ils font un 50-50 entre l'État et les régions sur ce passeraille ? Bien entendu qu'il faut avoir un 50-50, mais ce n'est pas suffisant. Parce que moi, je pense que par rapport au réchauffement climatique, il faut développer au maximum le rail. On a besoin de tarifs attractifs, on a besoin de trains à l'heure. Et pour avoir des trains à l'heure, il faut avoir un investissement massif dans le ferroviaire. Les 100 milliards qui nous ont été annoncés il y a 9 mois, je n'ai pas encore vu un euro.
Et ensuite, il faut aussi avoir de la capacité à transporter la population. Et là également, il faut que l'État donne les moyens aux régions de pouvoir acheter des trains à hydrogène ou des trains à batterie ou des trains hybrides.
En quelques mots, dans votre région, vous avez mis en place des trains à 1 euro le premier week-end de chaque mois. Est-ce que ça marche ?
Oui, ça marche. Ça marche fortement parce que nous avons en fait, sur le premier week-end de septembre, nous avons eu le double de fréquentation que l'année dernière. Donc clairement...
Mais c'est des gens qui abandonnent la voiture au profit du train ?
Ce sont des gens qui abandonnent la voiture au profit du train, c'est-à-dire le week-end, ils se disent plutôt que de prendre la voiture pour aller voir une expo, pour aller voir de la famille, je prends le train. Mais on doit avoir un investissement ferroviaire qui est majeur. En France, on n'investit que 45 euros par habitant alors qu'en Allemagne, c'est 124. Nous avons du retard dans l'investissement ferroviaire. C'est une condition de pouvoir d'achat, c'est une condition de transition écologique.
Carole Delgale, on se retrouve dans un instant, juste après le fil-info de Sophie Echen.
En Libye, les secours français ne peuvent toujours pas commencer à venir en aide aux sinistrés, un peu moins d'une semaine après des inondations meurtrières. Le troisième avion de la sécurité civile qui devait atterrir près de Derna, la ville la plus touchée, n'a pas encore reçu l'autorisation de survol du territoire. Le matériel pour construire l'hôpital de campagne envoyé par la France se trouve à l'intérieur de l'appareil. Pas de nouvelle peine prononcée contre Salah Abdeslam, reconnu coupable lors du verdict des attentats de Bruxelles en 2016. Le djihadiste français est déjà condamné à la perpétuité incompressible en France pour les attentats du 13 novembre 2015.
Et il avait déjà écopé de 20 ans de prison pour une autre affaire en Belgique. Deux cosmonautes russes et une astronaute américaine sont arrivés sur la station spatiale internationale hier soir à bord d'une fusée Soyouz. Le domaine spatial est l'un des rares secteurs où Washington et Moscou travaillent ensemble. Et puis les journées du patrimoine ce week-end pour sa 40e édition et à moins d'un an des JO de Paris, elles seront consacrées au patrimoine sportif avec des accès à des stades, des piscines et des milliers d'autres infrastructures. France Info
Le 830 France Info, Agathe Lambret, Jean-Rémi Baudot.
Toujours avec Carole Delga, présidente socialiste de la région Occitanie. Il n'y a pas de trace de ristourne pour le carburant ou de baisse des taxes dans le budget 2024. Est-ce que le gouvernement doit faire quelque chose face au prix de l'essence qui augmente aussi ?
Oui, en effet, il doit y avoir un geste pour les plus modestes, pour ceux qui n'ont pas le choix que de prendre la voiture. C'est ça la réalité. Moi, je vais vous parler de ces gens qui habitent dans des territoires ruraux où on ne peut pas mettre de transport collectif, parce qu'il n'y a pas assez de densité, mais qui doivent faire 40 kilomètres tous les jours pour se rendre à leur travail. Un plein, aujourd'hui, c'est 100 euros. Et quand vous devez faire 4 plaines dans le mois, c'est 400 euros. Vous vous rendez compte, quand vous gagnez 1500 euros, ça veut dire que vous avez quasiment un tiers de votre budget pour pouvoir se déplacer.
Mais ce n'est pas incompatible ou contradictoire avec ce que vous nous disiez tout à l'heure sur le fait qu'il fallait développer le train.
Non, mais moi, je vis dans le réel. Je vis dans le réel. Donc, le train, quand c'est possible de développer, je le fais. Je suis la région qui investit le plus dans le train. Mais il n'y a pas des lignes ferroviaires partout. Vous avez des territoires où on ne peut pas proposer un transport collectif. Et donc, la voiture, elle est nécessaire. Et puis, moi, j'en ai ras-le-bol de cette société où on stigmatise ceux qui prennent la voiture ou qui mangent de la viande. Alors, en menant des solutions, et sur la question des plus modestes, il faut qu'ils aient une aide pour pouvoir se déplacer.
Parce que moi, je ne veux pas une société où les gens sont enfermés, où ils n'ont pas le droit de se déplacer. Et cette société de l'immobilisme, on doit amener des solutions aux Français. C'est ce que je défends dans la gauche populaire qui aime les gens et qui n'est pas la gauche de l'interdiction ou de la stigmatisation.
Carole Delga, si vous étiez présidente de la République et que le pape se rendait à Marseille, est-ce que vous assisteriez à la messe ?
Non, je n'assisterai pas à la messe. J'accueillerai, bien sûr, de par la fonction présidentielle, avec respect. Mais, en tant que présidente de la République, je n'assisterai pas à une messe ni à aucun événement religieux.
Vous vousz corréler de vos propres convictions religieuses ?
Tout à fait. Je suis de culture catholique et ma foi, elle est pour moi et elle n'a pas à s'exprimer dans des fonctions politiques, qu'on soit présidente de région ou qu'on soit président de la République. Nous sommes dans un État laïque, c'est-à-dire que les religions ont à être respectées, considérées, mais dans la sphère privée. Et quand on est dans une fonction politique, je pense qu'on n'a pas à assister à une messe.
Vous étiez hier, Carole Delga, comme tous les ans, à la fête de l'Huma, mais dans un contexte de pouvoir d'achat mis à l'épreuve, ce n'est pas vers la gauche que se tournent les classes populaires. Comment vous l'expliquez ?
Ça dépend. Ça dépend. Sur des territoires, il y a la gauche qui amène des vraies solutions. Au niveau local, quand même, je me permets de le rappeler, que la gauche est quand même très implantée. En Occitanie, il y a 12 départements sur 13 qui sont de gauche.
Et c'est aussi là-bas que le Rassemblement National fait sa rentrée.
Tout à fait. Oui, mais je pourrais vous citer aussi la ville de Nancy, qui est dirigée par la gauche, la ville de Lyon, la ville de Nantes. Donc, on doit être clair que la gauche, elle doit reparler aux classes populaires. Et c'est pour ça que la gauche, elle doit travailler sur les questions de pouvoir d'achat, sur une révolution éducative. Parce qu'aujourd'hui, nos enseignants, ils n'ont pas les moyens de permettre d'éduquer nos enfants pour qu'ils puissent rêver en grand. On doit travailler sur les questions de santé. Ce n'est pas possible d'attendre trois semaines pour avoir un rendez-vous chez un médecin généraliste. On doit travailler sur les questions de sécurité.
Et on doit arrêter de parler de wokisme, de parler de droit à la paresse. Le travail, c'est fondamental. Moi, je suis cette gauche qui aime le travail et qui bosse.
Vous parlez de la gauche au sens large. Mais la gauche, aujourd'hui, elle est notamment mise en avant à travers l'accord de la NUP que vous rejetez, que vous continuez à rejeter.
Non, mais la NUP, il faut être clair, ça n'existe qu'à l'Assemblée Nationale. Quand vous allez sur les territoires, en France, il n'y a personne qui vous en parle. Ce qu'il faut, c'est l'union de la gauche, bien évidemment. Mais il faut avoir une gauche qui amène des solutions pour le quotidien. Est-ce que vous n'êtes pas un peu isolée au sein de la gauche avec ce discours-là ? Et ensuite, qui doit continuer à avoir un idéal humaniste. Non, je ne me sens pas du tout isolée. Alors, vraiment, pas du tout. Au contraire, quand je suis sur le terrain, il y a beaucoup d'encouragement de citoyens. Et puis, il faut se parler vrai.
Si la gauche, elle veut gagner, à ce moment-là, il faut qu'elle ait une union. Mais il faut aussi qu'elle soit profondément républicaine, qu'elle rassure, qu'elle protège les gens. Et qu'elle arrête de faire des raisonnements, de donner des leçons à tout le monde. Et d'être une menace sur les modes de vie. On doit engager une transformation écologique qui est... La gauche menace les modes de vie. Laissez-moi finir. On doit engager vraiment une transformation manifeste sur la question écologique. Mais cela, ce n'est que possible que si les gens se sentent rassurés et que s'il y a une confiance dans l'avenir. Donc, en premier, on doit répondre à la question sociale.
Et en ayant répondu à la question sociale, on pourra créer la force d'entraînement. Et c'est comme ça qu'on doit travailler. Et c'est pourquoi j'ai toujours indiqué mon opposition à avoir une gauche réunie derrière la France insoumise. Tant qu'on aura comme leader la France insoumise, on perdra.
Quand la France insoumise et les écologistes critiquent l'interdition de la baïa ou invitent le rappeur Medine, vous leur dites qu'ils se trompent de combat.
Je dis que la baïa doit être interdite parce que c'est une manifestation, un port qui a une signification religieuse. Dans l'enceinte de l'école, il n'y a pas à avoir aucun port de vêtements ou de bijoux à signification religieuse. Et moi, je suis très attachée au principe républicain. Donc, la question de la baïa, il fallait qu'elle soit traitée. Ce n'est pas suffisant parce qu'on doit maintenir le dialogue avec ces jeunes filles pour leur expliquer ce que c'est que la liberté de pouvoir se vêtir. Mais également de ne pas être manipulée par des codes religieux.
Et puis, également, vraiment le rappeur Medine, en tant qu'intervenant dans un rassemblement de gauche, je pense qu'il n'a pas sa place avec les propos antisémites qu'il a tenus.
Un des premiers tests pour la gauche, ça va être les européennes. Est-ce que vous pourriez soutenir la candidature de Raphaël Glucksmann qui pourrait, semble-t-il, être tête de liste pour le Parti Socialiste ?
Je l'ai déjà soutenu il y a de ça 5 ans. Et oui, en effet, je pense que Raphaël Glucksmann serait une très bonne tête de liste de nouveau.
Il y a 5 ans, il avait fait 6% ?
Oui, tout à fait. Oui, mais il a fait du très bon travail. Oui, mais il a fait du très bon travail.
6% c'est du bon travail pour la gauche, au sens large.
Non, je vous dis que le travail qu'il a mené pendant 5 ans, c'est un très bon travail qui correspond aux valeurs de gauche. Et je souhaite en effet que Raphaël soit de nouveau la tête de liste de cette liste d'union de la gauche.
D'un mot, Carole Delga, on imagine que vous ne rendrez pas à la manifestation organisée notamment par les Insoumis le 23 septembre contre les violences policières et le racisme ?
Non, je n'y irai pas parce que je suis en désaccord complet quand on dit la police se tue. La police, elle nous protège. Et moi, vous savez, dans quelques heures, je vais avoir des orages diluviens, des orages sévenoles dans ma région. Je sais ce que je dois aux forces de sécurité, aux forces de police, aux gendarmes, aux pompiers. Et quand il y a des dérives, quand il y a des fautes dans la police, il y a des sanctions. Il faut être très ferme, mais moi, je n'accepte pas ces positions qui sont contre la police. Non, on a besoin de sécurité dans notre pays. Quand il y a des dérives, quand il y a des fautes, elles sont sanctionnées fermement. Mais moi, je fais confiance aux forces de l'ordre.
Merci beaucoup, Carole Delga, présidente socialiste de la région Occitanie, d'avoir été l'invité du 830 France Info. Merci beaucoup, Agathe.
Carole Delga