Marche contre l’antisémitisme : "Nous avons invité les concitoyens, pas les partis politiques"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Eh bien, on les retrouve à l'instant. C'est à vous, Elsa. Oui, bonjour, Madame la Présidente de l'Assemblée nationale. Bonjour, Monsieur le Président du Sénat. Tout d'abord, merci d'accorder cette interview exclusive aux chaînes parlementaires. Dans quelques instants, vous allez rejoindre le cortège de cette grande marche civique que vous avez appelée de vos voeux. Madame Brompivet, vous avez sonné la mobilisation générale. Pour quelles raisons ?
Parce qu'avec le Président du Sénat, nous nous sommes dit que face à la situation que notre pays connaît, avec cette montée des tensions, cette montée des actes antisémites, cette montée de la haine et des fractures, nous ne pouvions pas ne pas agir et que les fonctions que nous exercions nous enjoignaient de faire quelque chose et de faire un acte fort. Et c'est la raison pour laquelle nous avons décidé ensemble de faire un grand appel à une marche civique. C'est très important pour nous que cette marche rassemble au maximum nos concitoyens.
Oui, c'est une démarche inédite, Gérard Larcher. Cet appel conjoint de la Présidente de l'Assemblée nationale et de vous-même Président du Sénat, pour vous, le moment l'imposait, il le fallait ?
Il faut un sursaut républicain. C'est ce que nous nous sommes dit lundi, tous deux, dans le cadre de rencontres habituelles que nous avons, et nous avions un ordre du jour. Mais le vrai ordre du jour, c'était la République. Et notre ordre du jour, aujourd'hui, ce dimanche, c'est la République. Et la lutte absolue contre l'antisémitisme, qui est le contraire des valeurs de la République. C'est donc un sursaut que nous avons appelé. Et nous souhaitons que ce sursaut, ce soit un sursaut citoyen.
Est-ce que vous avez regretté certaines polémiques ? Mais il y en a eu, notamment sur la présence du Rassemblement national dans cette manifestation. Est-ce que vous comprenez ceux qui se sont interrogés ou ceux qui ont refusé de venir à cause d'une telle présence, Mme Yelbron-Pivet ?
Vous savez, notre appel, c'est un appel pour. Ce n'est pas un appel contre. Et donc, nous, nous appelons à marcher pour la République, pour les valeurs qui nous réussissent, et contre l'antisémitisme. Et donc, nous n'avons invité que les concitoyens. Nous n'avons interdit, évidemment, personne de manifester. Mais nous n'avons pas fait un appel au parti politique. Nous aurions pu le faire, compte tenu des responsabilités qui sont les nôtres. Ça n'a pas été notre choix. Nous avons décidé de nous adresser directement au peuple.
Et pour nous, les polémiques ne sont pas à la hauteur, ni à la hauteur des enjeux qui sont, comme vient de le rappeler le président Larcher, c'est l'enjeu, c'est la République. Et donc, les polémiques ne doivent pas salir l'initiative inédite que nous avons portée et l'enjeu qui est un enjeu qui nous dépasse tous.
Mais Gérard Larcher, l'Union nationale, elle est impossible aujourd'hui en France ?
Nous allons le voir avec les citoyens. L'Union, c'est peut-être les citoyens qui vont la faire. Et j'ose espérer que ce sont les citoyens. Je pense à ce qui va se passer à Paris. Je pense à ce qui se passe actuellement devant les préfectures. À l'appel des maires, il y a cette réaction de cette trame aussi des 500 000 élus locaux qui disent « ça ne peut pas être comme ça dans la République ». Chaque citoyen doit être respecté pour ce qu'il est, quelle que soit son origine, sa race ou sa croyance. Et c'est ça, la République. Et au fond, nous sommes vraiment les héritiers d'Aristide Briand, y compris sur l'aspect religieux.
La loi doit protéger la foi tant que la foi n'entend pas dicter la loi. Et nous pensons que c'est la valeur de la République.
C'est effectivement extrêmement important de voir que notre appel a été démultiplié sur tous les territoires. Et moi, j'ai eu beaucoup de bonheur et j'ai du bonheur à voir ces images des foules réunies à Nice, à Strasbourg, à Valence. Parce qu'on voit que c'est toute une nation qui répond à notre appel. Et ça, peut-être que c'est la première bonne nouvelle de la journée et qu'il y en aura d'autres aujourd'hui.
Je vais vous parler d'un absent. Emmanuel Macron, le chef de l'État, ne sera pas présent dans cette marche. Gérard Larcher, est-ce que vous le regrettez ?
Écoutez, c'est sa décision. Elle lui appartient. J'ai compris qu'il soutenait notre démarche. Et moi, ce qui compte aujourd'hui, c'est vraiment ces Françaises et ces Français qui ont besoin de se retrouver. Nous avons besoin de nous retrouver sur des causes essentielles. Et la République, l'antisémitisme, ce sont deux causes majeures et essentielles qui nous rassemblent.
Même question à Mme Broun-Pivet. Cette absence du chef de l'État, vous comprenez ce choix ? Le chef de l'État n'est pas absent. Il a écrit hier une lettre aux Français pour justement expliquer à quel point il tenait aux valeurs de la République. Il tenait à ce que cette marche soit une réussite. Et il entendait cet appel. Donc il en est parfaitement solidaire. Il le salue. Il est avec nous grâce à cette lettre, en pensée et en acte. Comme il l'a dit, chacun maintenant est à sa place. Et ce qui est important, c'est que nous, nous sommes à la nôtre, à la tête de cette manifestation.
Madame la Présidente de l'Assemblée nationale, Monsieur le Président du Sénat, merci infiniment de nous avoir raccorté...
...que deux institutions, avec nos sensibilités différentes, nous soyons là, nous soyons aujourd'hui rassemblés, réunis. C'est parce que pour nous, la République, ça passe au-dessus de tout.
Exactement. Mais nous avons... Ça a été noté dans la presse. Nous avons des parcours politiques différents. Nous appartenons à des familles politiques différentes. Mais nous avons effectivement cette République en partage. Et je crois que c'est ça que nos concitoyens attendent aujourd'hui, des hommes et des femmes politiques de ce pays, que nous sachions nous dépasser, que nous sachions dépasser ce qui peut être constitué des clivages pour nous rassembler autour de l'essentiel. Et c'est ce que nous faisons aujourd'hui.
Eh bien, merci infiniment d'avoir partagé cette interview sur les chaînes parlementaires. On va vous laisser rejoindre la tête de cortège. Et on suivra évidemment sur les chaînes parlementaires cette marche contre l'antisémitisme. Merci.
Merci beaucoup.
Merci.
Yaël Braun-Pivet