François Bayrou, nomination du gouvernement... L'interview en intégralité d'Olivier Faure
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BFM TV, face à face. Apolline de Malherbe.
Il est 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Olivier Faure.
Bonjour.
Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions et réagir évidemment à la constitution de ce gouvernement. A annoncé hier le gouvernement de François Bayrou, vous êtes le premier secrétaire du Parti Socialiste. Vous êtes également député de Seine-et-Marne. Olivier Faure, François Bayrou, qui hier soir à notre micro avec Benjamin Duhamel et moi-même sur BFM TV, nous disait qu'il était plutôt persuadé de ne pas être censuré. Est-ce qu'il croit au Père Noël, François Bayrou ?
S'il y a un jour pour y croire, c'est aujourd'hui. Donc effectivement, c'est bien. Bon, pour le reste, j'ai trouvé ça navrant. Navrant parce que nous avons nous-mêmes fait, ici d'ailleurs à votre micro, volonté d'ouverture, de chercher des compromis. De faire en sorte que ce pays aille mieux. Et je vois que François Bayrou a traité ça par le mépris. Mépris aussi à l'égard des Français de Mayotte. Parce que hier, c'était un jour de deuil national. Et ce que chacun a pu constater, c'est qu'au fond, même cette journée de deuil n'était pas respectée.
Pour quel autre département français aurait-on accepté de ne pas aller jusqu'au bout de la journée et de saturer les antennes dès le soir sur la nomination d'un nouveau gouvernement ?
Pour vous, la minute de silence qu'il dit avoir respectée ne suffisait pas ? Il aurait dû repousser d'une journée la nomination du gouvernement ?
Mais est-ce que quelqu'un attendait vraiment ce gouvernement ? Est-ce que quelqu'un se disait que c'est absolument impératif de passer Noël avec ce nouveau gouvernement ? La réponse est non. Et c'est vrai qu'imaginer que ce soit, je ne sais pas, un département d'Île-de-France, un département breton, un département de quelques régions que ce soit, qui aurait connu une telle tragédie, dont on ne sait même pas quel est le nombre de morts au moment où on se parle, et que ce moment-là ne soit même pas respecté. Il y a une forme de mépris. Est-ce que c'est parce que c'est loin ? Est-ce que c'est parce que ces gens ne sont pas totalement blancs ? Quelle est la raison pour laquelle...
Ça veut dire quoi, Olivier Faure ? C'est-à-dire que vous estimez qu'il y a une forme de racisme ?
Je pense qu'il y a une forme de mépris. Une forme de mépris absolue. Mais vous imaginez que... Je ne sais pas dans quelle département vous vivez, mais à Paris, j'imagine. Et si aujourd'hui, à Paris, il y avait eu une catastrophe climatique, et que vous aviez à pleurer des centaines, voire des milliers de morts, est-ce qu'on aurait accepté un seul instant que ce jour, qui devait être celui d'une journée de deuil national, soit consacré à un nouveau gouvernement ?
Je précise simplement, parce que vous avez évoqué des centaines ou des milliers de morts, qu'en fin d'émission hier, François Bayrou a estimé qu'il y avait probablement plutôt des dizaines de morts, et non pas des centaines ou des milliers.
Oui, alors...
Ça vous a surpris, visiblement ?
Oui, ça m'a surpris, et ça m'a choqué. Il n'en sait rien, personne n'en sait rien pour l'instant.
En fait, c'est une espèce de grand flou, et la réalité, c'est que même si c'était simplement quelques dizaines, comme il dit, mais quelques dizaines de morts, ce sont des Français qui sont morts, parce qu'il y a aujourd'hui un cyclone qui s'est abattu sur un archipel, qui est un archipel français, et on considère que ça n'est pas grave, mais imaginez, quand vous avez une catastrophe en métropole, qui concerne 3, 4, 5, 10 personnes, c'est déjà en soi, toutes les antennes ne parlent que de ça, pendant 2 jours, 3 jours, 4 jours, et là, vous avez en fait une catastrophe absolue, et le Premier ministre considère que c'est en fait un sujet qu'on traite en fin d'émission, alors qu'il aurait même dû consacrer une partie de l'émission à ce qui est une catastrophe nationale.
On en a parlé, bien sûr, il avait aussi été sur France Télévisions pour la soirée spéciale consacrée à Mayotte, et il sortait d'ailleurs de la cellule de crise, d'où, d'après lui, cette nouvelle précision, cette nouvelle évaluation de la question du nombre de victimes. Olivier Faure, on va y revenir, mais je vous repose la question, cette question de la censure, c'est vous qui avez les clés, on le sait bien, il s'était tourné davantage vers vous, espérant changer le centre de gravité du gouvernement, par rapport à celui de Michel Barnier, vous tendant la main, estimez-t-il, vous avez les clés, est-ce que ce matin, vous nous dites que vous ne censurerez pas ce gouvernement ?
Mais Apolline de Malherbe, quelle main a-t-il tendu vers la gauche ? La main droite alors ? Mais pardon, je n'ai rien vu. Nous avions expliqué la chose très clairement, nous avions dit que nous étions prêts à un accord de non-censure, ça voulait dire que nous étions prêts à accorder un délai, la possibilité pour ce gouvernement de se déployer, à trois conditions. La première, c'était de ne pas dépendre de l'extrême droite. Qu'a-t-il fait ? Il s'est déjà plié aux demandes, aux oucases de l'extrême droite, sur la nomination de...
De Xavier Bertrand. Il conteste, mais Xavier Bertrand effectivement précise...
Mais même, est-ce que vous avez... Non mais, Apolline de Malherbe, franchement, hier soir, quant à votre micro, il explique que c'est parce qu'il a un différent sur la façon dont on va payer les procès-verbaux. Est-ce que vous avez cru un seul instant que ça pouvait être ce qui justifiait le fait que Xavier Bertrand ne soit pas de nom de grandement ?
On va d'ailleurs aller jusqu'au bout de cette histoire, de ce moment hier soir, puisque François Bayrou a d'abord dit qu'en effet, il n'était pas d'accord avec la vision de la justice que lui proposait Xavier Bertrand. Il a ensuite dit, je lui ai proposé un grand ministère de l'Agriculture qu'il a refusé, et il a enfin précisé effectivement que l'expression « casser les mâchoires du RN » qui avait été utilisée par Xavier Bertrand était à ses yeux une manière trop violente de s'adresser aux électeurs du RN qu'il ne voulait pas mépriser. Voilà pour être tout à fait exhaustif sur la réponse de François Bayrou.
On a compris qu'il avait maintenant les yeux de Chimène. Il est en train de commettre la même erreur que Michel Barnier. Plutôt que de se trôner vers la gauche, de se trôner vers ceux qui ont constitué le front républicain. Rappelons-nous quand même que le 7 juillet, il y a quand même une victoire incontestable du front républicain. Et le front républicain, c'est contre qui ? Contre l'extrême droite. La volonté de ne pas laisser l'extrême droite gouverner. Et voilà que le même, plutôt, non, pas le même, que François Bayrou commet la même erreur que Michel Barnier en se tournant vers l'extrême droite, préférant l'extrême droite à la gauche. Vous avez dit, Olivier Faure, j'avais proposé...
Voilà exactement la même leçon qui l'a appartenue.
Nous avions proposé, nous, socialistes, un pacte de non-censure. Est-ce que ce matin, vous nous dites, ce pacte n'existe plus, il a volé en éclats ?
Je le dis ce matin à votre micro, à Pauline de Malherbe. Le pacte de non-censure, aucune des conditions n'a été respectée par François Bayrou. Je rappelle, donc, pas de dépendance de l'extrême droite, plus de passage en force avec le 49-3, et enfin, un changement de cap. Je n'ai rien entendu de la sorte. Je n'ai pas vu quoi que ce soit. Et donc, je me dis, mais en fait, à quoi ont servi ces heures passées ensemble ? À quoi ont servi ces moments où nous avons, nous, cherché loyalement, pour les Français, à faire avancer les sujets sur les retraites, sur le pouvoir d'achat, sur les services publics, sur la démocratie ? Rien de tout cela n'a été respecté.
Et donc, je me dis, effectivement, que finalement, ces gens n'ont aucun respect pour personne, et surtout pas pour les Français, parce que quand je dis ça à votre micro, je ne le dis pas pour moi. Je n'ai jamais voulu rentrer dans ce gouvernement. Nous l'avons dit dès le départ. Nous n'étions pas en quête de quelques... Est-ce que ça veut dire... De quelques marocains ministériels que ce soit.
Est-ce que ça veut dire, Olivier Faure, on va revenir quand même sur la composition de ce gouvernement et sur le casting, en quelque sorte, mais est-ce que ça veut dire qu'il faut tirer les conséquences de ce que vous venez de dire ? Il n'y a pas de pacte de non-censure. Y aura-t-il donc censure ?
Ça veut dire qu'à ce stade, il y a un pacte de non-censure qui n'a jamais existé et qui n'existera pas, parce qu'il n'y a aucune raison d'accorder quoi que ce soit à ce gouvernement. Maintenant, nous verrons ce qu'est sa réalité. Parce que hier, moi je ne sais pas ce que vous avez compris sur le fond, mais c'était le grand flou.
Vous ne dites pas en tout cas ce matin, nous censurerons au préalable, comme vous l'aviez fait pour Michel Barnier.
Ce que je dis, c'est qu'il y a déjà eu une censure, que l'avertissement a déjà été donné, que désormais, c'est à François Bayrou, à son gouvernement de comprendre que s'il n'y a pas de changement de cap, il y aura censure. Et donc, je verrai avec mes amis ce qui se passe le 14 janvier, quand il y aura ce discours de politique générale. Si le discours de politique générale ressemble à un grand gloubi-boulguin qui, en réalité, masque une grande continuité avec ce qui s'est passé depuis 7 ans, alors oui, effectivement, il y aura la censure.
Olivier Faure, c'est un peu gonflé quand même.
Ah oui, gonflé ?
Parce qu'il y a à la tête du très grand ministère à Bercy, un homme dont en réalité, en sous-main, vous comme d'autres socialistes, faisiez campagne pour qu'il prenne carrément Matignon. Éric Lombard.
Mais je ne sais pas qui vous a raconté cette histoire. Nous n'avons jamais fait campagne pour quiconque. Mais non, on n'a pas fait campagne.
On est sur BFM TV, on se dit les choses. Il y a 10 jours, je vous ai reçu ici. J'ai reçu même le lendemain Raphaël Glucksmann. Et tous les deux, en sortant dans les couloirs, lorsque je vous raccompagnais, vous évoquiez la figure d'Éric Lombard. Bien sûr. Vous évoquiez la figure d'Éric Lombard comme d'un homme de gauche qui aurait pu avoir votre satisfaction à Matignon. Il est à la tête de Bercy. Vous ne pouvez pas dire que ce n'est pas un homme de gauche après m'avoir dit le contraire il y a 10 jours.
Mais je ne vous dis pas le contraire. Je vous dis que c'est un homme de gauche. Je le connais depuis longtemps. Et je peux même vous dire que c'est un ami dans la vie. Mais est-ce que ça veut dire que demain, il aura les mains libres à Bercy ? Est-ce que c'est lui qui permettra la justice fiscale ? Est-ce que c'est lui qui permettra la suspension de la réforme des retraites ?
C'est déjà mieux que rien d'avoir un homme dont vous partagez les convictions. Je l'avais d'ailleurs dit à l'antenne dès le lendemain. J'avais dit que ça faisait partie des personnes que vous espériez, vous la gauche, globalement voir accéder à Matignon. Ça veut dire qu'il va sans doute quand même pouvoir peser un peu dans ce gouvernement.
Mais j'espère qu'il pèsera. C'est pour ça que je vous dis que j'attends de voir ce qui se passera le 14 janvier. Simplement, ce que je vous dis aussi, c'est que je vois aussi la panoplie qui a été déployée et qui en réalité a noyé Éric Lombard au milieu de toute une série de personnalités qui sont en contradiction complète avec ce que sont ces convictions. On va évidemment parler du couple. On verra bien ce qu'est en fait la politique conduite. Mais pour l'instant, il n'y a rien qui me laisse penser quoi que ce soit. Sur les retraites, on pourrait effectivement espérer qu'il y a quelque chose qui arrive, je pense que c'est à vous du Premier ministre. Il a promis, François Bayrouillère,
une grande conférence sociale avec tous les partenaires sociaux autour de la table sur six mois.
Oui, très bien.
Il a parlé notamment de la retraite à points qui avait plutôt sa faveur.
Mais moi, ce que j'entends, c'est qu'il a dit une chose très simple. Il a dit, soit il y a un consensus et dans ces cas-là, je suis prêt à changer. S'il n'y a pas de consensus, dans ces cas-là, on ne changera rien. Mais le consensus, est-ce qu'on pense vraiment le trouver ? Ici, si c'est ça la règle du jeu, ceux qui veulent garder la réforme bande feront tout pour qu'il n'y ait pas de consensus. Dans ces cas-là, c'est tout simplement un espèce de grand leurre qui va nous amuser pendant six mois et au bout de six mois, ce sera la même chose. Moi, ce que j'avais dit au Premier ministre, d'abord, c'est qu'un, il fallait la suspension. Deux, une conférence sociale.
Et trois, derrière, s'il n'y avait pas de consensus, soumettre aux Françaises et aux Français la loi.
Par référendum.
Par référendum. Et donc, faire en sorte que nous puissions se donner toutes les chances d'un changement. Si c'est simplement pour amuser la galerie pendant six mois et à la fin, dire on revient à la réforme bande, comme c'était prévu, alors, effectivement, on n'est pas des pigeons. Voilà. Et donc, il y a quelque chose qui cloche aujourd'hui. C'est qu'il y a une espèce de volonté de durée et en plus, qui ne voulait être durée jusqu'à quand ? Jusqu'au moment où on pourra à nouveau dissoudre.
On n'est pas des pigeons. Voilà ce que vous dites ce matin, Olivier Faure. Si on regarde quand même le casting, Elisabeth Borne, ancienne première ministre d'Emmanuel Macron, bien sûr, mais qui est issue des rangs de la gauche, qui était proche de Ségolène Royal, au Parti Socialiste. Manuel Valls, ancien premier ministre de François Hollande, président socialiste. Il y a, on l'évoquait à l'instant, Éric Lombard à la tête du ministère de l'Économie. Il y a François Repsamen, François Repsamen, un de vos proches, extrêmement proche de François Hollande, qui est un socialiste reconnu et qui est le maire de Dijon et désormais le ministre de l'aménagement du territoire.
Si on va un peu plus loin, on retrouve aussi quelqu'un comme Juliette Méadelle qui est aussi issue des rangs du Parti Socialiste. Pas mal quand même !
Non mais là, vous allez me faire croire qu'en fait, c'est un gouvernement socialiste qui m'aurait échappé.
Oui, j'ai l'impression que ça vous a un peu échappé.
Ça m'a totalement échappé. On ne va pas dire qu'ils sont encore encartés.
Ils ne sont pas actifs au Parti Socialiste aujourd'hui. Parce que la réalité, c'est qu'ils se sont échappés
depuis très longtemps. Ça fait sept ans qu'ils soutiennent, Emmanuel Macron. Et donc, vous n'allez pas me faire croire ce matin qu'ils se sont d'un seul coup réconciliés avec la gauche. Ces gens-là ont quitté la gauche. Ils n'ont plus du tout de gauche.
Ils n'ont plus rien de gauche. François Rapsamène, ce n'est plus un homme de gauche. Il se sentirait insulté si vous disiez cela.
Je ne suis pas... Ce n'est pas moi qui donne des brevets de gauche aux uns et aux autres.
Ah bah si, vous êtes quand même le premier secrétaire du Parti Socialiste. Ils ne sont pas socialistes.
Oui, mais je viens de vous dire, ce n'est pas moi qui donne des brevets sur qui est de gauche et qui ne l'est pas. En revanche, socialistes, c'est moi qui donne les brevets. Et ça, je vous dis, ils ne le sont pas.
Ils ne sont pas socialistes. C'est donc un leurre. Je voudrais qu'on parle aussi du couple Gérald Darmanin, Bruno Retailleau, l'un à la justice, l'autre à l'intérieur. Là, pour le coup, c'est un signal tout à fait à droite.
Oui, c'est un signal très à droite. Et c'est un signal aussi pour nos libertés publiques. Moi, ce que je crains, c'est de voir deux personnalités qui, au fond, partagent à peu près tout. Jusqu'ici, ce n'était pas un couple. On cherchait, c'était un équilibre entre les uns et les autres.
Il y avait Didier Migaud, figure de gauche.
Il n'y avait Didier Migaud.
Il n'était pas non plus socialiste, à proprement parler.
Mais qui, d'ailleurs, a souhaité ne pas rester. Et je pense que ça n'est pas tout à fait sans lien avec l'équilibre, comme vous dites, de ce gouvernement.
Pour autant, Bruno Retailleau dit qu'il n'y aura pas de loi immigration. Et ça, c'était une de vos lignes rouges.
Il dit qu'il n'y aura pas de grandes lois immigration, mais qu'il y aura des petites lois immigration. Vous vous redoutez,
une petite loi immigration.
Non, mais moi, je n'ai rien, en plus, contre l'idée d'une loi qui poserait les choses clairement. Je n'ai rien contre débattre sur l'immigration. Mais je ne veux plus tous ces fantasmes qui sont développés en permanence et qui ont pour seul objet de satisfaire l'extrême droite. Mais ce que j'ai entendu ici, il y a du Premier ministre, c'est qu'il dit que dans ces petites lois, il pourrait très bien y avoir une loi du Rassemblement National sur l'immigration. Mais enfin, le Front républicain, c'était il y a combien de temps ? Il y a combien de siècles ? Et à quel moment ? François Bayrou a-t-il été centriste ? La question se pose.
Vous nous estimez qu'il n'est même plus centriste ?
Je crois qu'hier soir, je n'ai pas entendu un centriste. J'ai entendu quelqu'un qui avait dérivé lui-même, qui considérait que finalement, Marine Le Pen, pourquoi pas ? Ce n'est pas si grave. Et donc, on peut maintenant même avoir des lois d'inspiration d'extrême droite. Ça ne gêne plus personne.
Vous estimez carrément que ce soit des lois d'inspiration d'extrême droite ? Il a dit, en effet, et j'imagine que c'est à cela que vous faites référence, il a dit hier, François Bayrou, qu'il serait favorable au fait d'écouter toutes les propositions d'où qu'elles viennent sur les questions notamment de l'immigration, y compris du RN.
Oui, enfin, pardon, mais... Enfin, à n'importe quelle autre époque... Vous n'avez même plus de mots, je vous sens dépité. Oui, je suis dépité parce que franchement, je pensais quand même qu'il y avait quelques repères dans la vie. Et sur la question migratoire, dire que l'inspiration pourrait venir de l'extrême droite, pardon, mais enfin, c'est qu'est-ce qu'il faut de plus ? Réveillons-nous, faisons en sorte... Mais que s'est-il passé dans le cerveau de François Bayrou ? Comment est-il possible qu'un homme qui dit avoir passé 40 années de sa vie à se battre contre l'extrême droite ait aujourd'hui de la bouillie à la place de... Pardon, mais...
Vous alliez dire du cerveau.
Oui, j'allais le dire. Bon, je ne veux pas être méprisant parce qu'en réalité, j'ai du respect, y compris pour l'homme. Vous avez été... En fait, on va le dire à Olivier Fort,
lorsque vous avez été reçu par lui, vous en êtes sorti en disant « Je ne comprends rien. » « Je ne comprends pas. » Vous en êtes toujours là.
Mais j'en suis toujours là. « Je ne comprends pas. » Ou plus exactement, j'ai trop peur de comprendre. Et donc, je veux laisser une chance, non pas au produit, mais me laisser penser que peut-être que j'ai mal compris, que peut-être il y a la possibilité de faire en sorte que ce gouvernement dure et sur des bases qui soient celles de compromis utiles aux Français français.
Mais on l'entend quand même ce matin. En effet, vous ne censurerez pas a priori parce que vous voulez tout de même... Non, je n'ai pas dit ça.
Je n'en sais rien. Je veux savoir ce qu'il y a exactement de prévu dans ce gouvernement. Ce que j'entends hier, c'est du flou. J'entends qu'on ne sait même pas à quel niveau il veut fixer la barre du déficit. Je ne sais même pas sur tous les sujets, les grands sujets, exactement quelles sont ses positions. Que va-t-il faire sur la fiscalité ? À quelle sauce vont être mangés les Français ? Quelle est, en fait, la part de l'effort qu'il demandera aux grandes fortunes ? On n'en sait rien. Parce qu'hier, il n'y avait pas grand-chose ou si peu.
Et donc, ce que je voudrais, c'est qu'on ait enfin un gouvernement qui tienne sur ses deux jambes et qui considère qu'il y a une crise qui est une crise politique, qui va se muer en crise économique, puis en crise sociale, et qu'il y a besoin d'être gouverné. Et c'est ça que je voulais depuis le départ. Moi, je n'ai jamais dit que je voulais être dans le gouvernement. J'ai dit que je voulais être dans l'opposition, mais que j'étais prêt à être une opposition qui bâtit des compromis dans l'intérêt des Français. Aujourd'hui, ce que je vois, c'est que je suis dans l'opposition et que malheureusement, je ne comprends pas où est la main tendue par François Bayrou. Je ne vois rien de tout cela.
On va revenir sur ce mot. Manuel Valls, le retour de Manuel Valls, Premier ministre de François Hollande, qui sera ministre d'État, numéro 2 de ce gouvernement, chargé des Outre-mer. Votre réaction ?
Je ne veux plus commenter les uns et les autres. C'est vraiment... J'ai l'impression de... Ça a été dit par d'autres que moi, mais on attendait la nuit de Noël et on a eu celle des morts vivants. Et donc, c'est quelque chose de terrible que de voir toute une panoplie de revenants. C'est Halloween. En fait, que voulez-vous que je vous dise ? Les Français attendaient de la nouveauté, voulaient que ça change, que ça bouge. Pourquoi ils ont voté le 7 juillet ? C'était pour le changement. Ce n'était pas pour reprendre tout ce qui n'a pas fonctionné auparavant. Et le retrouver quelques années plus tard.
Et on l'entend, Olivier Faure, vous dites, nous sommes ce matin dans l'opposition. Au fond, est-ce que vous ne vous retrouvez pas surtout un peu entre deux chaises, si je puis me permettre ? Vous avez quitté la rive de LFI, vous avez pris vos distances il y a 10 jours de manière très claire. Et finalement, vous n'avez pas rejoint l'autre rive qui serait celle d'une sorte de grande coalition du centre. Est-ce que vous ne vous retrouvez pas un peu perdu ?
Mais je n'ai jamais voulu rejoindre l'autre rive, comme vous dites. Je n'ai jamais dit que j'étais prêt à retrouver un gouvernement de François Beyrou. J'ai toujours dit exactement l'inverse. J'ai dit que nous sommes dans l'opposition. Simplement, on peut avoir une opposition qui s'oppose de manière outrancière, qui est toujours contre tout, etc. Et qui recherche, en réalité, la seule démission du chef de l'État. C'est ce que je reproche à Jean-Luc Mélenchon et ses amis. Mais il y a aussi une opposition qui peut être une opposition qui dit certes, nous ne sommes pas majoritaires, ni vous, ni nous.
Et donc, dans l'intérêt des Français, dans l'intérêt du pays, dans l'intérêt de nos services publics, dans l'intérêt du pouvoir d'achat, dans l'intérêt de l'hôpital, l'intérêt du pays. Mais est-ce que ça veut dire que vous pourriez être
dans cette sorte de deuxième cercle dont a parlé François Bayrou, qui a théorisé l'idée qu'il y avait trois cercles, le cercle de ceux qui participent activement à ce gouvernement, le deuxième cercle qui serait celui d'une opposition, mais avec une sorte de non-agression ?
Mais moi, je n'agresse personne. Je n'ai jamais agressé qui que ce soit. Je considère que la vie politique est dure, mais qu'on est là pour exprimer des idées et suggérer des positions aux Françaises et aux Français pour que la démocratie fonctionne et qu'ils aient le choix. Donc, je ne vais pas agresser qui que ce soit. Je dis simplement qu'il y a aussi des choix à opérer. Il ne s'agit pas de dire que nous allons penser exactement... Enfin, quelle est la démocratie dans laquelle tout le monde pense pareil ? Moi, je n'ai...
La raison du « en même temps », enfin, la raison pour laquelle j'ai toujours contesté le « en même temps » d'Emmanuel Macron, c'est que je ne crois pas à cette idée qu'il y aurait des femmes et des hommes de bonne volonté, de droite et de gauche, qui devraient s'embrasser et se dire qu'ils ont tout fait ensemble. Dans ces cas-là, l'alternative, ça devient l'extrême droite. Moi, je ne veux pas l'extrême droite au pouvoir en 2027. Donc, c'est la raison pour laquelle je me bats pour qu'il y ait une droite qui est au gouvernement, une gauche qui est dans l'opposition et qui incarnera le moment venu l'alternative.
Simplement, dans l'intervalle, il faut que le pays avance et comme il n'y a pas de majorité absolue pour quiconque, il faut bien trouver des compromis. Mais ces compromis, ça ne peut pas se faire sur la base de ce que dit « Monsieur Beyrouillasse » hier soir. Il va bien falloir qu'il comprenne que le 7 juillet, ce n'est pas le modem qu'il a emporté. Bonsoir, hier soir, enfin hier soir, non, oui, hier soir, il a laissé penser au fond qu'il avait la légitimité, qu'il avait gagné les élections, que c'était normal qu'il gouverne. Bien non.
Et on l'a bien compris, ce matin, vous nous le dites, aucune des conditions du pacte de non-censure ne sont réunies. Nous ne serons pas des pigeons. Merci Olivier Faure d'avoir répondu à mes questions ce matin. Je voudrais saisir cette occasion pour remercier aussi toute l'équipe d'Apolline Matin et du Face à Face. Je pense en particulier à Luc Cabrio, à Nathan Bretman, à Pierre Rigaud ou à Nicolas Ropère. Je vous souhaite à tous de très belles fêtes. Joyeux Noël. Je vous retrouve l'année prochaine et j'aurai le bonheur de vous accompagner jusqu'à 10h sur BFM TV.
Voilà, malgré tout, à tous et toutes. Bonne fête. Bonne fête à tous.
Olivier Faure