Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 10 mai 2025 23 min

Sommet des dirigeants européens à Kiev, sanctions contre la Russie... Le "8h30 franceinfo" de Valérie Hayer

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour Valérie Ayet. Bonjour. Ce matin, Emmanuel Macron est arrivé aux côtés de Donald Tusk, le Premier ministre polonais, de Kirst Armer, le Premier ministre britannique, et de Friedrich Merz, le chancelier allemand. Ils sont arrivés tous les quatre pour une visite inédite dans ce format à Kiev. Cette image, on va les voir place Maïdan, là où les Ukrainiens ont demandé à deux reprises à se rapprocher de l'Europe plutôt que de la Russie. Les voir aux côtés de Volodymyr Zelensky, ces cinq leaders côte à côte. Comment vous qualifieriez cette rencontre ?

0:34
Valérie Hayer

Historique. C'est un moment historique pour l'Ukraine et pour l'Europe. Effectivement, ces cinq leaders européens qui viennent aujourd'hui, au lendemain de la parade militaire et de la démonstration de force avec révisionnisme et impérialisme à l'appui de Vladimir Poutine, envoyer ce message de soutien indéfectible à l'Ukraine, à Volodymyr Zelensky et au peuple ukrainien qui se bat avec un courage incroyable et qui, vous l'avez dit, aspire à rejoindre l'Union européenne et se bat pour nos valeurs. La présence de ces leaders est très forte et ça restera, à mon sens, un moment historique pour l'avenir de l'Ukraine et pour la construction européenne.

1:19
Présentateur

Alors, vous restez avec nous, évidemment, Valérie Ayet, on va développer tout ça. On va rejoindre à Kiev, sur la place Maïdane, justement, l'envoyé spécial de France Info, Maxence Lambrecq. Les quatre dirigeants européens, donc, sont sur la place au centre de Kiev et vous y êtes aussi.

1:33
Invité

En effet, à l'instant, oui, l'une des images fortes de ce déplacement sous un ciel bleu azur, place Maïdane, Volodymyr Zelensky et son épouse accueillent Emmanuel Macron, Kirst Armer, Frédéric Schmerz et Donald Tusk. Chacun vient déposer une grande bougie rouge devant un parterre de drapeaux ukrainiens et de petits portraits, les visages de civils et de soldats tués dans cette guerre. Minute de silence impressionnante, pas un bruit dans la capitale ukrainienne sous haute surveillance. Tous les six s'arrêtent ensuite un instant devant le mur de caméras et d'appareils photos. Derrière eux, de grosses lettres blanches entourent un cœur rouge.

« J'aime l'Ukraine », est-il écrit dans la langue de Kiev.

2:11
Présentateur

Maxence, on suivra évidemment cette journée avec vous. Concrètement, que peut-on en espérer ?

2:18
Invité

Eh bien, ces quatre dirigeants, ces cinq dirigeants veulent poser un ultimatum à Vladimir Poutine, lui dire que sans cesser le feu immédiat, de nouvelles et fortes sanctions vont tomber. Pour cela, les Européens ont besoin des Américains. Et ce fut tout le travail de ces derniers jours, depuis le tête-à-tête Trump-Zelensky dans la basilique Saint-Pierre. Un représentant de l'administration américaine pourrait participer aux échanges en visio tout à l'heure. Et l'autre objectif, c'est de préparer la suite. De quoi garantir le respect du cesser le feu des forces aériennes, maritimes, terrestres. Emmanuel Macron a emmené avec lui le chef d'état-major des armées.

« Nous sommes à un tournant historique. L'Europe se pense désormais en puissance », vient-il de déclarer Place Maïdan. Il sait qu'un cesser le feu durable est quasiment hors de portée, mais espère une trêve partielle, précaire, une brèche pour que des pourparlers de paix commencent.

3:06
Présentateur

Merci beaucoup Maxence Lambrec, envoyée spéciale de France Info à Kiev, avec les moyens techniques de Jérémy Thuil, Valérie Ayet. Un accord américano-européen de cesser le feu, et alors pas trois jours pour amuser la galerie, comme dit Emmanuel Macron hier à la télévision polonaise, mais 30 jours. Tout ça dans les prochaines heures ou les prochains jours. Est-ce que c'est réaliste ?

3:27
Valérie Hayer

D'abord, je crois que l'un des objectifs de ce sommet, c'est aussi de saisir le moment, le nouveau moment dans lequel on est. On voit bien que Donald Trump, quand il est arrivé en responsabilité, il a pris tout le monde de haut sur la question ukrainienne. Il s'en est remis à 100% à son ami Vladimir Poutine. Il a mis de côté les Européens. Il a cherché à humilier Volodymyr Zelensky. Et on voit depuis quelques jours, quelques semaines, que Donald Trump prend conscience que son ami Vladimir Poutine n'est peut-être pas aussi fiable qu'il le pensait, et qu'il commence à mettre la pression sur Vladimir Poutine. Le vrai changement, c'est ça ? C'est le changement de pied des Américains pour vous ?

Effectivement, parce que nous, côté européens, on a depuis le premier jour assuré un soutien indéfectible à l'Ukraine, soutien militaire, soutien humanitaire, soutien économique et financier. Et le changement aujourd'hui, c'est effectivement le changement de pied, la prise de conscience, le retour au réel de Donald Trump sur ce dossier.

4:22
Présentateur

Mais c'est pérenne ou c'est parce qu'il est un peu piqué dans son orgueil ?

4:25
Valérie Hayer

On voit Donald Trump depuis quelques semaines maintenant. J'espère que c'est pérenne, mais il faut toujours être prudent avec l'administration américaine. Ce qui sera un bon test, c'est de savoir si effectivement les Américains participent à la visioconférence aujourd'hui.

4:39
Présentateur

C'est ce que semblait dire Maxence Sobrek.

4:41
Valérie Hayer

Exactement. Donc ça, c'est déjà un signal intéressant. Moi, je crois vraiment qu'il y a une évolution majeure dans l'esprit de Donald Trump, qui prend conscience que Vladimir Poutine n'est pas fiable, qui prend conscience qu'effectivement, il y a un seul partenaire fiable pour lui, c'est Volodymyr Zelensky, et les Européens évidemment, Volodymyr Zelensky, qui lui recherche effectivement la paix, qui a accepté de faire du business avec Donald Trump. Et peut-être que c'est l'un des seuls critères qui comptent aussi pour Donald Trump. Vous parlez de l'accord là. L'accord sur les minerais, effectivement.

Donc on a tous ces éléments-là qui sont des indices assez probants du fait que Donald Trump peut-être peut revenir du côté des Ukrainiens et souhaiter faire pression sur Vladimir Poutine. Jeudi dernier, Donald Trump a redit qu'il souhaitait un cessez-le-feu de 30 jours. Eh bien, ce sommet aujourd'hui à Kiev, il va permettre symboliquement de réaffirmer le soutien indéfectible des Européens, de Keir Starmer, de cette coalition des volontaires, parce que ce n'est pas uniquement, même si évidemment la présidence de ces quatre leaders est forte. Ce n'est pas uniquement le président français, le chancelier allemand, le premier ministre polonais, le premier ministre britannique.

C'est aussi tous ces pays qui se sont inscrits dans la coalition des volontaires qui a été mise en place il y a trois mois maintenant par Emmanuel Macron pour, un, continuer à aider l'Ukraine militairement pour qu'elle soit dans la meilleure situation possible au moment où les négociations arriveront, et deux, préparer ses garanties de sécurité à la fois pour l'Ukraine et pour nous, européens, pour s'assurer que Vladimir Poutine, une fois la trêve, l'accord de cesser le feu signé, ne soit pas tenté d'attaquer de nouveau.

6:15
Présentateur

Sauf que Vladimir Poutine, on l'a tous vu hier, qui exalte le courage de son armée, qui fait défiler les drones, il dit qu'il se battra contre le nazisme, la russophobie, l'antisémitisme. Pourquoi il signerait ça ?

6:30
Valérie Hayer

Parce qu'on mettrait une pression maximale sur Vladimir Poutine. Aujourd'hui, Vladimir Poutine,

6:34
Présentateur

notamment, c'est surtout...

6:36
Valérie Hayer

Avec Donald Trump, ce n'est pas le cas. Avec Donald Trump, ce n'est pas le cas. Depuis le premier jour, nous, Européens, l'administration américaine sous Biden, aussi a été en soutien de l'Ukraine. Au Parlement européen, on a toujours appelé les États à faire plus, à livrer plus d'armes, plus de munitions pour permettre à l'Ukraine d'être dans la meilleure situation possible sur le terrain. Et on a vu le revirement au moment de l'arrivée de Trump au pouvoir. Plus d'aide militaire, suspension du partage du renseignement pendant quelques jours. Mais c'est quand même cette réalité-là.

Et donc, Vladimir Poutine se gargarisait parce que les États-Unis avaient à leur tête un responsable politique qui n'était plus du côté de l'Ukraine, mais qui était assurément du côté de Vladimir Poutine et qui demandait aux Ukrainiens de faire des efforts, mais à Vladimir Poutine, aucun effort. Donc là, la situation, je l'espère, est en train de changer avec une pression maximale qui sera mise par les Européens. On a déjà adopté 15 trains de sanctions. Le Président de la République l'a annoncé. On peut avancer et accélérer sur l'extension et compter sur les Américains aussi pour aller dans cette direction.

7:39
Présentateur

Le 830 France Info, Bérangère Bonte, William Giacosta. Ce matin, Valérie Ayier, présidente du groupe Renew au Parlement européen pour évoquer ce sommet européen exceptionnel en Ukraine. Je rebondis sur ce que disait notre envoyé spécial Maxence Lambrecq, Emmanuel Macron, qui dit, place Maïdan, l'Europe se voit désormais comme une puissance. Il a fallu du temps pour en arriver là.

8:01
Valérie Hayer

Alors, vous savez que c'est l'agenda et une priorité portée par Emmanuel Macron depuis 2017 autour de cette idée aussi d'autonomie stratégique. Et il a été progressivement rejoint par ses partenaires européens. Et aujourd'hui, c'est le moment de l'Europe. C'est le moment où on doit assumer la puissance qui est la nôtre d'un point de vue militaire, d'un point de vue économique, d'un point de vue politique et géopolitique.

Et effectivement, cette configuration géopolitique, la guerre en Ukraine, la menace russe, l'isolationnisme agressif de Donald Trump, oblige les Européens à avancer vers cette idée d'autonomie stratégique pour sortir de nos dépendances, de toutes nos dépendances, et en l'occurrence spécifiquement d'un point de vue militaire, évidemment.

8:41
Présentateur

Mais l'Europe a tout de même du mal à se montrer unie. On le rappelle, hier, dans la tribune du défilé de Vladimir Poutine sur la Place Rouge à Moscou, il y avait Robert Fizzo, qui est le Premier ministre slovaque. On connaît les proximités idéologiques entre Vladimir Poutine et Viktor Orban, qui a de temps en temps fait de l'obstruction au niveau européen. Comment l'Europe peut être une puissance ? Se voit désormais comme une puissance, dit le chef de l'État, alors qu'elle est quasiment incapable de parler d'une seule voix.

9:09
Valérie Hayer

Alors effectivement, on a ces deux leaders, slovaques et hongrois, qui sont problématiques.

9:15
Présentateur

Peut-être roumains la semaine prochaine avec le Président ?

9:17
Valérie Hayer

Alors on va tout faire sur le terrain, et nos partenaires pro-européens sur le terrain vont tout faire pour s'assurer que le prochain Président roumain soit pro-européen va mener une campagne active, faire prendre conscience aux Roumains, qu'ils soient en Roumanie ou la diaspora roumaine, qu'il y a un enjeu démocratique et de projets importants pour l'avenir du pays et pour l'avenir de l'Europe. Soit un projet pro-européen respectueux des valeurs et de l'État de droit, soit un projet qui va venir saper l'État de droit comme Viktor Orban le fait en Hongrie, et pro-russe avec un soutien assumé à Vladimir Poutine. Donc c'est vraiment deux projets totalement différents.

9:56
Présentateur

Sur la Roumanie, puis on reviendra au niveau plus large européen, mais ça veut dire que vous parlez de la diaspora ?

10:01
Valérie Hayer

Alors moi je suis présidente de groupe, je suis engagée dans une famille politique, et je vais soutenir le candidat centriste pro-européen en organisant des réunions dans tous les pays, en France aussi, pour appeler la diaspora, les Roumains qui vivent en France, à participer à cette élection et à continuer à construire le projet européen qui est le leur et qui leur permet de vivre en France avec autant d'opportunités économiques, sociales, culturelles, grâce à la protection et au projet européen.

10:30
Présentateur

Mais on rappelle que l'extrême droite a fait 40% au premier tour en Roumanie.

10:33
Valérie Hayer

Oui, il y a un enjeu démocratique fort, et j'appelle tous les responsables politiques roumains et au-delà à rappeler l'enjeu de cette élection et à soutenir le candidat centriste, parce que quand on est socialiste ou élu responsable politique de droite en Roumanie, on est pro-européen et on est pro-démocratie. Et donc il faut qu'il fasse front uni. Là on est bien au-delà de la question de la nuance, on est sur quel projet politique on veut pour l'avenir de la Roumanie et pour l'avenir de l'Europe.

11:03
Présentateur

Valérie, justement, si l'extrême droite arrive au pouvoir éventuellement en Roumanie, à cette présidentielle, on parlait de Robert Fizzo en Slovaquie, on parlait de Viktor Orban, là pour faire pression sur Vladimir Poutine, une des menaces, c'est des sanctions européennes. Un nouveau train, il y en a eu à plus d'une quinzaine. Comment espérer encore appliquer des sanctions alors que ces membres-là, ces États membres, eux, refusent de continuer à sanctionner la Russie ?

11:26
Valérie Hayer

Effectivement, vous l'avez rappelé, on a ces deux membres-là qui sont en soutien de Vladimir Poutine, qui se sont opposés jusqu'à présent à certaines sanctions, mais on a réussi à lever leurs oppositions, et qui se sont opposés aussi au soutien à l'Ukraine. Eh bien, moi je dis, on peut faire sans. N'ayons pas peur d'aller chercher d'autres formats. Ce qui est intéressant, c'est qu'on voit l'engagement de Keir Starmer, le premier ministre britannique. Alors évidemment, moi je suis pro-européenne, et j'ai envie qu'on continue d'avancer à 27. Mais il faut aussi être pragmatique, et avancer avec cette Europe des cercles concentriques. Alors à quoi sert l'Union ?

12:00
Présentateur

À quoi sert l'élargissement ? Si à partir du moment où on n'est plus d'accord avec les pays, on fait sans, on fait autrement ?

12:07
Valérie Hayer

Alors écoutez, ce sont des positions marginales, d'abord, aujourd'hui, dont on parle. Et puis il faut continuer à essayer de convaincre. Je le redis, Victor Orban notamment, il a essayé de poser des vétos à de nombreuses reprises. On a réussi à les contourner. Donc il y a toujours un espace de discussion possible sur ces questions-là. Et puis si, à un moment, on voit que ça bloque, eh bien, on ne va pas cesser de continuer à aider l'Ukraine, parce qu'on a un leader en Europe qui représente une position minoritaire qui nous empêche de le faire. Il faut savoir être pragmatique.

Je l'ai dit, c'est le moment de l'Europe, l'Europe dans toutes ses dimensions, Union européenne, mais aussi Europe au sens large. Et moi, vraiment, je salue le retour de Kirsten Mer, sa volonté de se rapprocher de l'Union européenne. On a aujourd'hui, je crois, une configuration extrêmement favorable dans un monde en crise, grâce à un alignement stratégique entre quatre pays qui comptent, d'un point de vue militaire, d'un point de vue économique, en Europe. Kirsten Mer, Premier ministre britannique, qui, dès son arrivée, a souhaité se rapprocher de l'Union européenne. Emmanuel Macron, qui, dès 2017, a poussé l'idée d'une autonomie stratégique.

Le chancelier Mertz, atlantiste convaincu, qui est élu cette semaine et qui dit, « Jamais je n'aurais pensé dire ça, mais je pense qu'il faut être indépendant vis-à-vis des États-Unis. » Et qui bat en brèche tous les tabous ancrés historiquement en Allemagne. La question du lien avec les États-Unis, la question de l'endettement qui est inscrit.

13:36
Présentateur

Oui, il est d'accord pour dépenser autant que nécessaire. Exactement.

13:39
Valérie Hayer

Et qui, d'ailleurs, appelle la France à élargir, à faire bénéficier l'Allemagne du parapluie nucléaire français. Et Donald Tusk, qui arrive en Pologne en 2023, qui veut faire revenir la Pologne dans le jeu européen, après huit années au pouvoir des conservateurs d'extrême droite, qui ont sapé l'État de droit et qui ont mis la Pologne en retrait de l'engagement européen. Et Donald Tusk, qui souhaite continuer, s'engager en Europe, et qui est en train de construire la plus grande armée en Europe, avec près de 5% de son PIB dédié aux efforts de défense. On a cet alignement stratégique, Varsovie, Berlin, Paris, Londres, qui nous donne une dynamique...

14:16
Présentateur

Et tous sont d'accord pour le même effort que ce que fait la Pologne. On ne le fait pas du tout, nous, chez nous, ni les Britanniques, ni les Allemands.

14:20
Valérie Hayer

Alors, la Pologne a un engagement très, très fort et va probablement atteindre les 5% du PIB pour l'effort de défense. La France a accéléré nettement sous Emmanuel Macron. On est loin des 5% du PIB. On n'y est pas, ou en tout cas, pas encore. On n'est pas en première ligne. Mais les engagements sont là, et clairement, il y a eu un revirement complet par rapport aux années précédentes. Donc, cet engagement militaire, sécuritaire, cette nouvelle culture stratégique qui est en train d'être mise en place, grâce à cet alignement extrêmement important entre ces 4 capitales, c'est décisif pour notre avenir.

14:53
Présentateur

Bonjour avec Valérie Ayet, l'eurodéputée, présidente du groupe Renew au Parlement européen. Et on est en direct avec Isabelle Labéry, l'envoyée spéciale de France Info. Bonjour Isabelle. Bonjour. Vous êtes à Kharkiv, à l'est du pays, donc au plus près du front. Qu'est-ce qu'on attend, là, de cette visite européenne ?

15:15
Invité

Alors, c'est assez frappant, d'ailleurs, de voir à quel point les habitants des zones frontalières avec la Russie sont sceptiques face à l'idée d'un cessez-le-feu. Et pourtant, c'est le message, vous le disiez, qui sera porté par les Européens avec le soutien américain. Il s'agit de faire pression sur la machine de guerre russe pour la contraindre au silence des armes sans condition. Mais ici, quand vous allez du côté de Liman, d'Izium ou de Soumy, dans l'Est, et même à Kiev, eh bien, vous ne rencontrez que des Ukrainiens très méfiants, qu'ils soient civils ou militaires. Parce qu'eux ont vécu les soi-disant trêves précédemment décrétées par Moscou.

Une première à Pâques, une autre cette semaine. Eux ont vu les bombes planantes qui continuaient à tomber. Ils ont vu les assauts russes se poursuivre sur la ligne de front. Mensonges, jeux de dupes, manœuvres dilatoires. L'histoire nous a appris à ne pas faire confiance à Moscou, disent-ils. On ne voit pas comment les Occidentaux pourraient y arriver aujourd'hui, malgré leurs efforts. En même temps, une profonde fatigue morale et physique a gagné la population. Beaucoup, aujourd'hui, souhaitent que la guerre s'arrête, même si le prix à payer est élevé, et qu'il faut pour cela renoncer à certains territoires, aujourd'hui annexés par Moscou.

16:20
Présentateur

Merci beaucoup Isabelle Labéry, envoyée spéciale de France Info. À Kharkif, Valérie Ayet, on a évoqué brièvement, mais j'aimerais bien qu'on rentre dans le détail, les sanctions supplémentaires qui peuvent être infligées à la Russie. « Sanctions économiques », a dit Emmanuel Macron hier. Concrètement, ça veut dire quoi ?

16:41
Valérie Hayer

D'abord, si vous permettez, je voudrais réagir à ce qui a été dit. Moi, je comprends les Ukrainiens qui ne croient plus à la possibilité d'un cessez-le-feu, parce que depuis le début, ça a été dit, Vladimir Poutine n'a jamais respecté aucun des cessez-le-feu, auquel il a lui-même appelé. Et là, le cessez-le-feu à l'occasion des célébrations, c'était un leurre. Les chiffres sont là. Il y a eu plus de 60 opérations d'assaut. Il y a eu plus de 580 attaques de drones et de bombes le long de la ligne de front pendant la parade militaire. Donc évidemment, tout démontre là encore que Vladimir Poutine ne veut pas de la paix. Donc, dans ce contexte-là...

Précisément, les sanctions sont là pour les convaincre. Exactement, pour faire pression. Il y a deux leviers pour arriver à la paix. D'abord, continuer et accélérer le soutien militaire à l'Ukraine, pour permettre à l'Ukraine de regagner du terrain, du territoire, et être dans la meilleure situation possible au moment où les négociations vont arriver, parce qu'il n'y a pas d'autre choix. Cette guerre ne se gagnera pas par les armes. Et Vladimir Poutine le sait lui-même. Vous vous souvenez, en 2022, il avait dit, opération spéciale, en deux mois, on est à Kiev. On est encore aujourd'hui.

Donc cette guerre, elle a un prix, elle a un coût, elle fait mal à son économie, parce que nous avons pris des trains de sanctions majeurs, 16 trains de sanctions au niveau de l'Union Européenne. Les États-Unis aussi en ont pris. Maintenant, ça a été annoncé par les chefs d'État et de gouvernement qui sont aujourd'hui à Kiev. Si Vladimir Poutine ne souhaite toujours pas avancer vers un cessez-feu et une paix solide et durable, et bien les sanctions supplémentaires, quels moyens de sanctions supplémentaires ?

18:13
Présentateur

Il y a les hydrocarbures, c'est quasiment terminé, l'Europe n'en apporte quasiment plus, mais je dis quasiment, parce que c'est 90%. Est-ce que les 10% restants, par exemple, ont encore été touchés ?

18:22
Valérie Hayer

Là, ce sera encore à discuter avec les leaders, mais par exemple, cette semaine, je vous donne quelques exemples de ce qu'on peut encore faire et de ce qui a été annoncé. Utiliser les avoirs gelés aussi pour continuer à soutenir militairement l'Ukraine. Ça, vous souhaitez que ce soit débloqué ?

18:36
Présentateur

Aujourd'hui, ils sont bloqués, mais on ne peut pas les utiliser ?

18:38
Valérie Hayer

Non, pour des raisons juridiques, au Parlement européen, on a bien travaillé cette ligne de crête qui permet de les utiliser sans mettre à mal le droit international. Donc c'est possible, vous dites ? Alors, nous, nos analyses considèrent que c'est possible. Ensuite, il n'y a pas d'unanimité entre les chefs d'État et de gouvernement sur ce sujet-là. Je souhaite que le dossier soit de nouveau mis sur la table. Ensuite, on a encore, cette semaine, la Commission européenne a annoncé la fin totale des contrats gaziers avec la Russie. Ça aussi, parce qu'on avait encore une partie de contrat. Eh bien, ça, quand on y mettra un terme définitivement, ça fera mal à l'économie russe.

Donc ces leviers-là, on a déjà fait beaucoup, c'est vrai. Et vous savez que la première des décisions qu'on a prises, c'est de sortir les banques russes du système financier international, le système SWIFT qui est basé en Europe et qui a fait très mal à l'économie russe. On a encore des leviers qu'il faut explorer ensemble. À chaque fois, ça n'a pas marché, Valérie Ayet.

19:35
Présentateur

Vous avez plus d'espoir sur les nouvelles sanctions.

19:37
Valérie Hayer

C'est faux de dire que ça n'a pas marché. Ça n'a pas mis fin à la guerre en Ukraine, c'est certain. Je le constate avec vous, mais ça fait mal à l'économie. Et l'idée, c'est de faire pression sur l'économie russe, sur Vladimir Poutine, pour qu'il soit essoufflé par cette guerre d'agression qui est la sienne. Et je le redis, pour tôt ou tard, quand les négociations arriveront, pour que Volodymyr Zelensky soit dans la meilleure situation possible pour négocier au nom des Ukrainiens, aux conditions des Ukrainiens, et affaiblir au maximum Vladimir Poutine.

20:06
Présentateur

Et si ces sanctions poussent à un cessez-le-feu, elles poussent Vladimir Poutine à un cessez-le-feu, les combats s'arrêtent pendant 30 jours. Et après, qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce que la France soutiendra comme concession qu'on demandera à l'Ukraine ou pas, ou l'Europe ?

20:17
Valérie Hayer

Alors, la paix ne pourra pas se faire sans les Ukrainiens, elle ne pourra pas se faire sans les Européens. Moi et le Parlement européen, nous soutiendrons tout accord de paix qui sera acceptable pour Volodymyr Zelensky. C'est à lui, et à lui seul, de juger quelles sont les conditions acceptables pour ancrer solidement cette paix.

20:40
Présentateur

Et puis, il y aura d'abord ces négociations,

20:44
Valérie Hayer

et ensuite, il faudra que ces négociations, elles s'accompagnent de garanties de sécurité pour s'assurer que Vladimir Poutine ne soit pas tenté de nouveau d'attaquer. Parce que les Ukrainiens, malheureusement, ils savent ce que c'est des engagements qui n'ont pas été respectés. Au milieu des années 90, ils ont dénucléarisé le pays en échange de la paix et de garanties de sécurité. Ils ont été attaqués ensuite par la Russie. 2014, accord de Minsk, signé par Vladimir Poutine. Il les a bafoués en 2022.

Donc, il faut des garanties solides pour une paix juste et durable et permettre, un, à l'armée ukrainienne d'être la plus forte possible pour dissuader la Russie d'attaquer de nouveau et, deux, offrir des garanties de sécurité par les Européens, par les Britanniques, par cette coalition des volontaires qui, en fonction des souhaits des Ukrainiens, pourront disposer des troupes au sol de manière à dissuader, là aussi, Poutine d'attaquer de nouveau.

21:42
Présentateur

Mais sur ce que souhaite la France, Emmanuel Macron dit hier à la télé polonaise, il évoque de possibles concessions territoriales. Là où Volodymyr Zelensky dit qu'il n'est pas question de faire cadeau d'aucun territoire. Alors, il y a une petite nuance, quand même.

21:56
Valérie Hayer

Là, écoutez, tout dépendra évidemment des discussions qui auront lieu entre le président de la République et Volodymyr Zelensky. Mais je le redis, aucun accord de paix ne pourra se faire sans les Ukrainiens et sans l'accord des Ukrainiens. Ce qui sera décisif, c'est qu'est-ce qui est acceptable pour Volodymyr Zelensky.

Et en tout état de cause, moi, ce que je constate, c'est que depuis le début de cette affaire, on voit en Volodymyr Zelensky un homme d'État, un chef de guerre, qui est d'un courage incroyable, qui suscite l'admiration partout dans le monde et qui est le seul à être responsable dans cette histoire, qui est le seul à chercher une paix durable, là où Vladimir Poutine ne la souhaite pas. Donc, je fais confiance à Volodymyr Zelensky pour à la fois défendre les intérêts des Ukrainiens, défendre les valeurs européennes. Il ne faut pas oublier que les Ukrainiens, ils se battent pour leur intégrité territoriale, mais aussi parce qu'ils veulent, ils aspirent à rejoindre un modèle démocratique.

Donc, je lui fais confiance pour défendre les intérêts des Ukrainiens et être responsable et véritablement chercher les conditions d'une paix juste et durable.

22:52
Présentateur

Merci Valérie Ayet, présidente du groupe Rigno Parlement européen, d'avoir été l'invité du 830 France Info. Merci d'avoir été avec nous. L'info continue sur France Info.

Sommet des dirigeants européens à Kiev, sanctions contre la Russie... Le "8h30 franceinfo" de Valérie Hayer — Valérie Hayer · Pourquijevote