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interviewRadio Classique — L'invité de la matinale· 18 mars 2021 14 min

Jordan Bardella

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

... de Guillaume Durand avec le Figaro. Est-ce que vous attendez, puisque vous êtes candidat en Ile-de-France à un confinement, et en fait vous souhaitez lequel, puisque vous êtes candidat, Jordan Bardella ? Vous vous préférez le week-end, toute la semaine ? Qu'est-ce que vous disent les conseillers médicaux du Rassemblement National, si ils existent ?

0:17
Jordan Bardella

Je fais partie de ceux qui pensent qu'un nouveau reconfinement aurait des effets pires que le Covid lui-même sur la population. Moi j'ai entendu la Société Française de Pédiatrie indiquer qu'elle voyait arriver dans les hôpitaux, dans les établissements médicaux, chez les médecins, un déferlement d'enfants qui vont de plus en plus mal, une augmentation des suicides significative chez les moins de 15 ans, on voit de plus en plus de chefs d'entreprise qui ont des difficultés à rembourser, qui auront des difficultés à rembourser le prêt garanti par l'État. Donc je pense qu'on est arrivé au bout d'une logique dont on peine à voir d'ailleurs l'efficacité. Quelle efficacité pour le coup ?

Quelle efficacité pour un couvre-feu le week-end alors que les écoles resteraient ouvertes ? Donc pour être totalement transparent, je suis extrêmement réticent à l'idée d'un troisième reconfinement en Ile-de-France. Je pense qu'on peut encore l'éviter. Et on peut l'éviter pour une raison très simple, c'est qu'on n'a pas fait l'essentiel. On a mis en place des opérations de com' qui ont visé à exfiltrer quelques dizaines de patients très loin de la région Ile-de-France. Ça n'a pas tout le marché avec les trains en plus. Alors que vous avez parfaitement raison, c'est pour cela que je le souligne, ça coûte très cher, ça demande des moyens humains qui sont considérables.

Et le bon sens, je voudrais plutôt qu'on fasse venir des soignants des régions où le virus circule moins, vers les régions en tension et qu'on fasse en sorte de créer des lits. Parce que moi, je veux bien, si vous voulez, qu'on se pose la question du confinement ou pas du confinement. Mais le confinement, c'est quand on a tout raté. Et la première des choses qui a raté le gouvernement, c'est que nous avons aujourd'hui les mêmes capacités hospitalières qu'il y a un an, qu'on a continué à fermer des lits. D'ailleurs, des lits qui avaient accueilli des patients Covid.

1:53
Présentateur

Martin Herch a dit que par exemple, en Seine-Saint-Denis ou par exemple en Seine-et-Marne, actuellement, la situation était beaucoup plus explosive qu'elle ne l'était lors du début dramatique de l'épidémie il y a un an. C'est-à-dire qu'on était en sur-capacité pour les hôpitaux de la région.

2:06
Jordan Bardella

Mais pour une raison très simple, c'est que nous avons, d'abord, l'intégralité des capacités du privé n'ont pas encore été exploitées. La Fédération de l'hospitalisation privée, j'ai entendu le patron dire elle-même, qu'elle pouvait encore pousser jusqu'à 5 à 10% d'admission en réanimation. Et surtout, on voit bien qu'on est en train de payer, non pas les dégâts du Covid, mais les dégâts de nos politiques d'austérité que nous avons menées pendant des années dans l'hôpital public. Et lorsque vous avez dans un département comme le mien, à la Seine-Saint-Denis, 100 lits de réanimation pour 1,6 million d'habitants, effectivement qu'on ne peut pas faire face à une épidémie.

Donc il faut créer des lits de réanimation, il faut faire venir du personnel, il faut généraliser les autotests salivaires, dont la Haute Autorité de Santé s'est chargée de valider le dispositif depuis maintenant quelques jours. Mais encore une fois, ce gouvernement, il leur a tout raté. La première des choses qu'il a raté, ce sont évidemment les commandes de vaccins, parce que des pays qui ont vacciné massivement, comme Israël, ont pu évidemment rouvrir les restaurants, reprendre un semblant de vie normale, et en tout cas, ce Waterloo vaccinal que nous vivons en France et plus largement en Europe, a évidemment des conséquences à la reprise économique.

3:14
Présentateur

Vous n'auront plus si vous étiez au pouvoir à AstraZeneca ? Je ne suis pas médecin, je n'ai pas les données scientifiques,

3:22
Jordan Bardella

mais il faut évidemment que des tests soient effectués par les autorités françaises. J'ai plus confiance, je peux vous le dire, entre les autorités françaises que dans les autorités européennes, mais la décision qui a été prise, si vous voulez, quelques heures après l'Allemagne, alors même que M. Macron, M. Véran, M. Castec nous ont expliqué pendant plusieurs jours qu'il n'y avait aucun problème avec AstraZeneca, est extrêmement révélateur d'une forme d'amateurisme, et on voit bien qu'à suivre l'Allemagne, on y perd l'intérêt national, l'intérêt français.

Donc, d'une manière plus générale, il faut évidemment faire des tests, mais je crois que l'absence de doses n'est pas sans lien avec la suspension de la campagne vaccinale. C'est ça.

4:02
Présentateur

C'est en tout cas ce que disent beaucoup de médecins. C'est ce que vous soupçonnez, c'est qu'en fait on a suspendu, derrière les Allemands pour ne pas les vexer, mais qu'en plus on l'a fait parce qu'on n'avait pas les doses. C'est ça le sous-entendu du Rassemblement Général ce matin.

4:15
Jordan Bardella

J'ai la conviction que le fait que nous n'ayons pas de doses et que nous ayons échoué à anticiper les commandes de vaccins ne soit pas sans lien avec la suspension d'AstraZeneca. C'est ma conviction. Voilà, c'est ma conviction. Maintenant, je ne suis pas dans la tête du gouvernement. Et si vous voulez, on voit bien qu'on paye à la fois la baisse des moyens dans la recherche publique qui ont été la conséquence des politiques d'austérité qui ont été menées et surtout de l'abandon de notre souveraineté sanitaire parce que nous sommes aujourd'hui le seul pays de l'industrie pharmaceutique à ne pas avoir de vaccins et ça pose évidemment un problème d'indépendance et de liberté.

4:52
Présentateur

Quand les sondages montrent que Marine Le Pen est en position intéressante, c'est le moins qu'on puisse dire pour la présidentielle qui aura lieu maintenant dans plusieurs mois et qu'elle parle d'un gouvernement du nom national, c'est extrêmement commenté dans les journaux parce que les gens ne voient pas très bien ce qu'elle veut dire à travers les réunions nationales.

C'est-à-dire, est-ce que si jamais, par hypothèse, elle gagne, elle va prendre des gens comme l'a fait Emmanuel Macron dans chacun des partis qui existent ou est-ce qu'elle va appeler, ça c'est la formule à l'allemande, à une sorte de coalition qui ira des républicains aux partis socialistes en passant par sa nièce, vous et tous ceux qui pourraient être...

5:27
Jordan Bardella

L'indépendant d'accord qu'on a avec Emmanuel Macron, c'est que le clivage entre la gauche et la droite est totalement dépassé et que si les Français font le choix d'élire Marine Le Pen en 2022, ça ne sera pas le rassemblement national qui arrivera au pouvoir mais un rassemblement qui ira bien au-delà avec probablement des gens qui viendront de la droite, des gens qui viendront de la gauche, qui partagent en grande partie les convictions que nous avons et le programme que nous allons défendu et nous voulons faire cette union autour de deux grands principes, la défense du bien commun, de l'intérêt général et le rétablissement de l'autorité.

5:54
Présentateur

Vous savez très bien qu'il y a une différence entre, par exemple, ce n'est pas du tout péjoratif de ma part, c'est une question entre récupérer Thierry Mariani ou Jean-Paul Garraud d'un côté, qui viennent des républicains, et demander carrément aux républicains une alliance ou une coalition allemande. Non mais nous aussi, on n'est pas dans des alliances... Il faut être créé, mais c'est très important.

6:13
Jordan Bardella

Je pense qu'on est dans la situation...

6:16
Présentateur

Est-ce que tout ça est une illusion ?

6:18
Jordan Bardella

Non, je pense qu'on est dans la situation de la France à la fin des années 50, qui était la démarche du général de Gaulle où après 15 ans de gouvernance des partis, il est nécessaire d'engager un dépassement parce que la situation du pays exige aujourd'hui que des gens qui viennent d'horizons politiques puissent travailler ensemble à la fois au rétablissement de l'ordre et de l'autorité en France et à la défense du bien commun. Donc notre projet, ce n'est pas une synthèse entre la gauche et la droite, c'est une forme de dépassement d'un vieux clivage des partis qui est complètement désuet, archaïque.

6:47
Présentateur

Vous ne répondez pas vraiment, c'est-à-dire débauchage ou coalition réelle, ce n'est pas tout à fait pas mal.

6:51
Jordan Bardella

Mais il n'y aura pas de coalition. Vous savez qu'on est dans un modèle, dans un type de scrutin en France qui n'est pas le scrutin... qui compose l'intégralité des pays européens, à savoir un modèle à la proportionnelle. Nous nous souhaitons intégrer un modèle de proportionnelle avec une prime majoritaire pour la liste qui arrive en tête. Et permettez-moi de souligner que c'était l'un des engagements de campagne d'Emmanuel Macron auxquels il a renoncé et qui aura évidemment des conséquences sur la confiance qu'accordent aujourd'hui nos concitoyens aux institutions françaises.

7:13
Présentateur

Qu'est-ce qui a changé chez Marine Le Pen ? Puisqu'elle envisage de rembourser la dette Covid, que les tabous européens qui s'exprimaient en 2017 n'existent pratiquement plus. Donc qui l'a convaincu ? Et pourquoi ce changement ? Et est-ce que ce changement, je vais être franc, est un changement de façade de quelqu'un qui a l'impression qu'elle se rapproche du pouvoir mais qui au fond, derrière le match, serait toujours la même ?

7:36
Jordan Bardella

Non, pas du tout. Oui, oui, je vois beaucoup ces questions animer les salles de rédaction. Vous savez, Marine Le Pen arrive à sa troisième élection présidentielle et beaucoup de gens voient que tout ce qu'elle a dit depuis des années, que ses analyses étaient justes et que ses propositions sont nécessaires. Qu'elle a fait le bon constat sur les dangers des délocalisations de nos entreprises, sur l'abandon de notre souveraineté, sur l'affaiblissement de l'ordre aujourd'hui dans de plus en plus de territoires, dans la gestion des politiques publiques. Et beaucoup font le constat qu'elle a peut-être eu raison avant tout le monde.

Et évidemment que lorsqu'on aborde cette campagne présidentielle, on ne va pas se mentir, en 2016, 2017, un an avant la dernière élection présidentielle, nous savions qu'il allait être difficile de l'emporter, qu'il était possible de l'emporter mais que ça allait être difficile. Or, on voit bien aujourd'hui que l'intégralité des sondages nous place à quasi égalité avec les marges d'erreur avec le président Emmanuel Macron et qu'aujourd'hui, Marine Le Pen est la candidate de l'alternance. Vous ne croyez pas

8:29
Présentateur

à retour des Républicains ?

8:30
Jordan Bardella

Moi, je pense que beaucoup d'électeurs des Républicains ont été trompés par les dirigeants de leurs mouvements politiques. Ils ont vu le quinquennat Sarkozy, qu'ils ont vu un certain nombre d'affaires, certaines étaient justifiées, d'autres un peu moins. Ils ont vu les un million de personnes qui sont rentrées dans notre pays, c'est-à-dire plus d'immigrés que sous Lionel Jospin. Ils ont vu le renoncement à la double peine. Ils ont vu un certain nombre de mensonges et de trahison. Et je pense que beaucoup d'électeurs des Républicains, mais aussi de gauche, se reconnaissent dans le programme de bon sens que nous défendons.

Et nous avons évidemment vocation à travailler autour d'eux, y compris avec Thierry Mariani et le magistrat Jean-Paul Garraud qui ont fait le choix de nous rejoindre.

9:07
Présentateur

Vous savez que c'est aussi ça la question, c'est qu'on dit Marine Le Pen pour gouverner, on ne parle pas avec leur nombre d'électeurs. Combien de divisions qui sont-ils ou sont-ils ?

9:16
Jordan Bardella

Oui, mais viendra le temps où nous présenterons notre gouvernement. Vous savez, il n'y a aucun autre candidat à l'élection présidentielle où l'on demande un an et demi avant avec qui va-t-il composer son gouvernement ? Lorsqu'Emmanuel Macron a gagné l'élection présidentielle en 2017, le lendemain, personne n'était capable

9:30
Présentateur

de citer le nom

9:31
Jordan Bardella

de l'un de ses ministres. Eh bien, face à cette... Eh bien, dans ce contexte, je pense que nous allons apparaître comme une candidature de solidité, de fiabilité, d'équilibre et de raison et que, encore une fois, beaucoup de Français voient bien que ce que nous avons dit depuis un certain nombre d'années est aujourd'hui partagé par de plus en plus de nos compatrières.

9:49
Présentateur

Deux dernières questions, est-ce que sa nièce pourrait revenir ?

9:53
Jordan Bardella

Je ne crois pas que ce soit d'actualité. Je sais que ça vous plaît beaucoup dans les salles de... Là aussi, dans les rédactions, je sais que ça fait partie des fantasmes et des sujets qui animent, mais...

10:04
Présentateur

Non, mais sur un versant libéral, là, je ne parle pas simplement d'un problème personnel, je parle sur un versant libéral puisqu'elle semble-t-il elle est dans le domaine de l'économie et là, il y a une évolution plus libérale que...

10:14
Jordan Bardella

Non, il n'y a pas d'évolution plus libérale. Vous savez que le contexte européen a beaucoup évolué et vous m'avez dit tout à l'heure, on souhaite rembourser la dette ? Oui, on souhaite rembourser la dette parce que la dette, c'est un gage de... La dette, c'est d'abord et avant tout de la confiance. Voilà, on n'annule pas la dette de l'État français. On peut annuler... Je ne crois pas que nous ayons changé.

Mais nous avons probablement évolué sur un certain nombre de points et au premier desquels, effectivement, le rapport que nous avons à la construction européenne parce qu'encore une fois, on voit apparaître aujourd'hui sur tout le continent européen des partis populaires, souverainistes, qui partagent la volonté avec le Rassemblement national de réorienter de fond en comble cette construction européenne, de tout changer sans rien détruire. Et c'est vrai aussi sur notre rapport à l'euro. Sera-t-il question de sortir de l'euro si Marine Le Pen arrive aux responsabilités ? La réponse est non. Et que je crois que beaucoup de nos entreprises... Donc, ça arrive quand même

11:06
Présentateur

considérablement à changer.

11:07
Jordan Bardella

Sur ce point-là, oui. Je vous l'accorde. Sur ce point-là, oui. Je vous l'accorde. Nous avons évolué parce qu'encore une fois, nous avons aussi entendu le message lors de la dernière élection présidentielle. Il y a beaucoup de chefs d'entreprise qui nous ont dit « On est d'accord avec vous sur la réforme des droits de succession. On est d'accord avec vous sur la baisse de la fiscalité pour les entreprises. On est d'accord avec vous sur le patriotisme économique. Mais c'est vrai qu'on a des critiques à formuler à l'égard de la Mollinique. Mais nous ne souhaitons pas en sortir. Et je crois qu'en politique, il faut aussi être capable de se remettre en question.

Notre objectif, c'est la souveraineté nationale. C'est de permettre aux Français de reprendre le contrôle. Mais en tout cas, merci de me permettre de le rappeler. Il ne sera pas question, en tout cas en 2022, Marine Le Pen présentera son programme, de rompre avec la monnaie unique ni de rompre avec les institutions européennes dans une manière qui a pu apparaître lors de la dernière élection présidentielle comme assez brutale.

11:54
Présentateur

Est-ce que vous croyez à une candidature d'Éric Zemmour il y a des années, enfin quelques années, dans un entretien qu'elle m'avait accordé à l'opinion, Mme Le Pen disait « Zemmour, ministre de la Culture, pourquoi pas ? »

12:02
Jordan Bardella

Je ne crois pas du tout à sa candidature. Je pense qu'Éric Zemmour a, peut-être, si nous arrivons en responsabilité, vocation à travailler avec nous. En tout cas, c'est un journaliste de talent. Personne, je crois, ne me dira le contraire. Mais, vous voyez, je pense qu'il ne faut pas prendre le risque non plus de diviser...

12:21
Présentateur

Là, c'est un souhait que vous exprimez ou c'est un contact

12:23
Jordan Bardella

qui existe ? Il ne faut pas prendre le risque de diviser les souverainistes à l'heure où la candidature de Marine Le Pen est en passe de dépasser les 50% et de réunir une majorité de Français. Mais il vous intéresse ? Moi, à titre personnel, je lis Éric Zemmour, je regarde Éric Zemmour, j'apprécie le travail éclairant qu'il fournit dans un système médiatique et parfois, on a le sentiment occupé par une seule et même idéologie, enfin, en tout cas, un seul et même courant d'idées. Mais, encore une fois, je ne crois pas du tout à sa candidature à l'élection présidentielle.

Et je dis effectivement que lorsque nous avons une candidate qui est en capacité de battre Emmanuel Macron, il faut se rassembler autour d'elle et ce n'est qu'à cette condition qu'on remportera l'élection présidentielle. En tout cas, nous n'avons pas d'ennemis et des gens comme Éric Zemmour feront évidemment toujours partie de gens avec qui nous souhaiterons travailler.

13:12
Présentateur

Jean-Alain Bardella était l'invité politique de la matinale. Je vous rappelle qu'il est candidat au Régional. Reste à savoir si les Régionales auront lieu à la date puisqu'elles ont déjà été repoussées. On verra ça en fonction évidemment de l'évolution de la pandémie. Conférence de presse de Castex à 18h, décision de l'autorité européenne de santé sur AstraZeneca aussi dans la journée. Beaucoup de choses vont évoluer. Merci, bonne journée à vous. Bonne journée. Il est 8h29, esprit libre dans un instant et surtout la revue de presse de David Abiquet.

13:38
Locuteur

à plus. ... ... ... ... ...