Aller au contenu
Tous les transcripts
Discours / meetingLes Éveilleurs· 22 juin 2026 9 minAutoproduitFond programmatiqueSanté

François-Xavier Bellamy sur la loi fin de vie

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 85 %Attaque 10 %Défensif 5 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:34Invité politiqueFait
    « promettre que il faudrait mourir vite pour mourir digne, c'est une manière de retirer la vie à la vie »
  • 3:01Invité politiqueFait
    « La dignité est ce qui est conféré à ceux qui sont le plus haut, à ceux qui sont au pouvoir, à ceux qui possèdent la richesse »
  • 4:28Invité politiqueFait
    « La dignité devient désormais le fait de servir le plus faible, le fait de servir le plus petit »
  • 5:55Invité politiqueFait
    « On voudrait nous faire revenir en arrière que personne ne s'y trompe. Il ne s'agit pas d'un progrès »
  • 7:55Invité politiqueFait
    « la souffrance, l'épreuve, la tristesse, les limites de notre existence, la finitude de notre condition ne sont pas seulement réservé à ceux qui sont proches de la mort, mais à chacun d'entre nous tous les jours »

Temps de parole

  • François-Xavier Bellamy100 %

≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:07
François-Xavier Bellamy

Chers amis, je suis tellement désolé de ne pas pouvoir être parmi vous aujourd'hui. Je crois qu'il n'y a pas de lieu plus important où être que celui que vous avez choisi, ni pas de sujet plus important à aborder surtout. Et je voudrais dire de tout cœur ma profonde reconnaissance aux éveilleurs qui une fois de plus font ce travail d'éveiller les consciences sur les enjeux les plus importants qui engagent l'avenir de notre pays et qui engage, je crois que le mot n'est pas trop fort, l'avenir de notre civilisation.

À mon immense regret, je suis retenu ce soir par un engagement que j'avais pris de longue date, mais j'ai accepté l'invitation de Benoît qui me proposait de vous dire quelques mots de la dimension philosophique peut-être de ce débat sur la fin de vie. Il y aurait tant à en dire et je ne doute pas que ceux que vous entendrez ce soir auront bien des contributions précieuses à apporter. Derrière cette question de la fin de vie, il y a en effet, je le crois profondément, un regard porté sur la vie. Et c'est bien de la vie qu'il s'agit quand nous parlons de la mort. Il n'y a pas de possibilité de séparer ces deux termes qui n'en forment en fait qu'un seul. Le propre de la vie humaine.

Le propre de la vie, c'est sa finitude. Et cette finitude, elle implique que la mort soit ce qui en finissant la vie constitue aussi l'occasion de sa signification profonde. Or, dans le regard porté sur la mort ici, dans le regard porté sur la vieillesse, sur la maladie, la souffrance, nous voyons la tentation de dévitaliser la vie. Paradoxalement, ceux qui prétendent la servir en fait lui retirent son sens. Lorsque ceux qui promuvent cet agenda nous promettent de mourir dans la dignité, que veulent-ils dire en réalité ?

Si ce n'est que ceux qui s'obstinent à ne pas mourir, ceux qui sont malades, souffrants, ceux qui sont parmi nos aînés en train d'ar d'arriver au terme de leur existence et qui pourtant sont toujours là, cela ne serait pas digne d'être encore parmi nous. Cela ne serait pas digne de vivre. En réalité, promettre que il faudrait mourir vite pour mourir digne, c'est une manière de retirer la vie à la vie, de retirer son sens à la vie, de retirer à la vie son terme et ce terme même de vie, de lui faire perdre sa signification profonde. Mourir dans la dignité. Le terme [raclement de gorge] même de dignité a une histoire assez longue dans l'histoire des des idées.

Et ce terme de dignité, nous l'avons vu changer de sens au cours de l'histoire de notre civilisation. Au tout début et notamment dans la Rome antique, le mot dignitas est attaché à des individus qui singulièrement occupent la première place dans la société. La dignité est ce qui est conféré à ceux qui sont le plus haut, à ceux qui sont au pouvoir, à ceux qui possèdent la richesse. La dignità, c'est ce que l'on acquiert par le cours sonorum, ce que l'on acquiert dans la Rome de l'Antiquité par la progressive ascension d'une personne au sein de la hiérarchie sociale.

Ce mot de dignité dignitas, il est retiré en revanche à ceux qui sont tout en bas, aux esclaves, à ceux qui ne sont pas libres, mais aussi à ceux qui sont pauvres, à ceux qui sont aux marges de la société, aux enfants qui sont la propriété des parents, aux femmes qui sont la propriété des hommes ou en tous les cas dont les hommes peuvent disposer. Nous savons que le monde latin, le monde antique était un monde fait de hiérarchie où seule la force comptait et c'est la force qui donnait cette dignité qui n'était conférée qu'à quelques-uns d'une manière infiniment élitiste.

Le mot de dignité, nous le voyons disparaître ensuite avec la chute de l'Empire romain et il réapparaît petit à petit dans le latin du Haut Moyen-Âge. Il réapparaît dans les poèmes de chevalerie, dans les poèmes de la ministérialité, mais cette fois-ci dans une exception totalement renversée parce qu'entre les deux, s'est produit ce grand événement que constitue la prédication évangélique, le partage de la foi chrétienne qui s'est diffusé petit à petit en Europe et qui a apporté avec elle dans la littérature patristique, dans celle des pères de l'église, un renversement complet de l'idée de dignité.

La dignité devient désormais le fait de servir le plus faible, le fait de servir le plus petit. Et dans les poèmes de chevalerie où ce mot de dignité revient, nous le trouvons désormais invoqué pour décrire le fait de s'engager au service du plus fragile, au service de l'enfant, au service de la femme, au service de ceux qui ne peuvent pas se défendre eux-même. C'est à travers ce service là que se reconstitue le principe d'une dignité qui ne vient plus d'en haut mais qui désormais vient d'en bas. l'expression magnifique d'un poète de langue germanique qui s'appelle Milon de Sevillingun.

Je crois de mémoire que c'est au début du 11e ou du 12e siècle, Milon de Sevelingen écrit "C'est la dignité de ceux que je ser digne." Ces poèmes de la chevalerie montrent que le chevalier est celui qui trouve sa dignité dans le fait de combattre pour les plus faibles et les plus fragiles.

Bien sûr, l'histoire de l'Europe n'a pas toujours correspondu à cela et il aura fallu du temps avant que ce principe de dignité finisse par traverser notre droit, finisse par conduire à des actes aussi forts que l'abolition de l'esclavage par exemple qui aura été si long si lent mais dont l'Europe peut s'en orgueillir d'avoir été le continent qui a permis qu'il parvienne jusqu'à son terme considérer que toute vie est digne, qu'aucune vie n'est indigne et que tout être humain par sa propre condition est d'une dignité infinie et que si je veux moi-même être digne de cette humanité, alors c'est en servant cette humanité dans le plus fragile et le plus vulnérable que je pourrais devenir digne à mon tour de cette de ce beau nom d'homme, de cette belle condition humaine.

Chers amis, c'est exactement ce qui se joue aujourd'hui. On voudrait nous faire revenir en arrière que personne ne s'y trompe. Il ne s'agit pas d'un progrès. Et nous ne sommes pas nous qui nous y opposons de ceux qui voudraient retourner au passé. Non, nous voulons repartir en avant. Nous voulons éviter ce retour scandaleux qu'on voudrait nous imposer d'une instrumentalisation de la vie humaine qui nous ferait regarder certaines vies seulement comme digne. C'est le même débat que celui qui se joue sur tant d'autres champs de bataille. Je pense à la GPA où le corps des femmes serait de nouveau l'occasion d'un échange marchant où la vie humaine pourrait de nouveau être l'objet d'un contrat.

Non, nous croyons que la vie humaine est d'une dignité absolue et que la vie d'un enfant, la vie d'une femme, la vie d'un homme, la vie de toute personne quelle qu'elle soit, souffrante, vieillissante, handicapée, vulnérable de toute personne est la source de toute dignité lorsque nous nous mettons à son service que c'est notre société elle-même qui se rend digne lorsqu'elle choisit de soutenir ceux qui sont dans l'épreuve. Chers amis, ce qui se joue aujourd'hui, ça n'est pas la possibilité pour certains de mourir dans la dignité. D'autres que moi expliqueront bien mieux. Soignant, médecin, malade, patient.

À quel point en réalité la demande de mort, elle est d'abord l'expression de cette espèce de délaissement auquel l'échec de notre système de santé condamne malheureusement tant de ceux qui souffrent aujourd'hui dans notre pays. D'autres expliqueront mieux que moi la dimension très incarnée de ce débat. Mais je voulais vous rappeler simplement cette chose-là. La promesse qui nous est faite aujourd'hui, ça n'est pas celle de mourir dans la dignité, mais c'est celle qui consistera au contraire à rendre notre société indigne de son histoire. Personne n'est indigne de vivre.

C'est notre société qui est indigne de sa propre vocation si elle abandonne l'idée que toute vie est digne d'être vécue, d'être soigné, d'être entourée, d'être admiré. Toute vie est digne d'émerveillement même dans la souffrance et dans l'épreuve. Et d'ailleurs, ne vivons-nous tous en réalité de ce mystère de la vie qui fait que la souffrance, l'épreuve, la tristesse, les limites de notre existence, la finitude de notre condition ne sont pas seulement réservé à ceux qui sont proches de la mort, mais à chacun d'entre nous tous les jours.

Et c'est cela qui fait aussi la beauté de l'existence parce que c'est cela qui fait l'ouverture de nos individualités à la relation dont nous recevons le soin, l'aide, le soutien dont nous avons besoin pour pouvoir retrouver chaque jour le sens de la dignité de notre propre existence et de celle de tous les autres. Merci encore infiniment aux éveilleurs d'attirer la lumière sur cette question si fondamentale. Nous continuerons de mener ce combat pour le dire de manière très concrète avec nos nos collègues parlementaires. D'ailleurs souvent de bords différents mais aussi avec ceux de ma propre famille politique.

Nous avons la chance de disposer d'une majorité au Sénat et le Sénat, vous le savez, a majoritairement refusé par deux fois cette réforme scandaleuse. Il a d'ailleurs rappelé la nécessité que la loi redise le principe de l'aide à vivre et non de l'aide à mourir. Et nos collègues à l'Assemblée nationale mène aussi ce combat avec beaucoup de détermination, de courage.

Je pense que chacun d'entre nous ici pouvons encourager nos élus à l'Assemblée, au Sénat, quel que soit leur bord, encourager nos élus à tenir bon et leur rappeler que c'est le combat de tout notre pays qu'il porte pour une société qui reste digne de son histoire, de ses principes, de ses valeurs, mais aussi de cette aspiration magnifique à retrouver le sens même de la condition humaine. Merci encore infiniment aux éveilleurs. Merci à vous tous d'être là et à très bientôt. It's