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interviewÉlysée· 2 septembre 2021 110 min

Marseille en Grand : discours du Président Emmanuel Macron

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:59
Locuteur non identifié

L'école, ça sert pour travailler, pour notre futur, pour avoir un bon travail, pour nous, pour se cultiver, pour savoir plus de choses et pour mourir moins bête. À travailler, les choses aussi des animaux qu'on ne connaît pas. C'est bien parce qu'on apprend, on peut faire des nouveaux amis. L'école, quand on sera grand, ça sert à conduire, ça sert à travailler dans un travail, ça sert à gagner des sous. Avec le travail, j'essaie de gagner des sous pour acheter des trucs pour mes élèves qui ont besoin de grandir. Pour moi, l'école, c'est d'accueillir plein d'autres gens, même s'ils sont différents que nous. On découvre pour la toute première fois à lire, à écrire.

Quand on lit, on lit des choses que les autres ont écrites avec tout leur cœur, par exemple comme des lettres. Si tu arrêtes l'école, tu ne sais pas lire, tu ne sais pas les terminaisons, tu ne sais pas écrire. Tu ne peux pas savoir les maths, tu ne sais pas combien ça fait en plus d'un. Ça sert à réviser, à avoir des bons résultats et à tout faire quand on va devenir grand. Peut-être docteur, maîtresse, tout ce qu'on veut. Si on ne veut pas lire et tout, on ne va même pas devenir, on va rester à la maison en train de faire du ménage.

Pour améliorer l'école, je ferai des tablettes pour mettre les devoirs dedans et tout, au lieu de porter les cartables, parce que des fois les cartables sont très lourds. Je préférerais être en petit groupe, parce que quand il y a moins de bruit, je reprendrai les murs. Je ferai un petit endroit pour jouer. Il n'y a rien dans la cour à part des bancs et des marrailles. Je veux dire que tous les enfants ont accès à l'école, même ceux qui sont malades et même ceux qui sont handicapés. On ne peut utiliser qu'une seule toilette, parce que les autres sont bouchés. Il y en a qui sont sales. Moi, j'aurais mis que dans les toilettes, ce serait propre. La peinture, elle serait magnifique, elle prie.

Dès qu'on voit qu'il y a un petit problème, on pourrait rénover l'école. En fait, l'école pourrait avoir une assurance. On pourrait améliorer l'école, comme la salle informatique. Je me rappelle, la dernière fois, on ne pouvait pas faire beaucoup de choses en informatique, parce que la connexion est partie. Je rajouterais les drapeaux de la France, parce que j'aime bien les drapeaux. Plus de jeux à la récré, par exemple, on joue à la corde à sauter. Un baby-foot à la récréation, parce que là, ils ne mettent que des baby-foot pendant l'école ouverte.

Par exemple, une cabane pour jouer à cache-cache, quelque chose comme ça, parce que du coup, quand on joue à cache-cache, il n'y a pas beaucoup de cachettes. Et les cachettes les plus connues, c'est sous les bancs, derrière les arbres, et on le trouve facilement. J'aimerais qu'il y ait des jeux, surtout qui est-ce et le uno. Il n'y a pas de uno ? Si, il y a des uno, mais il n'y en a pas dans toutes les classes. J'aimerais qu'il y ait une piscine avec des petites balles, des escaliers avec un petit toboggan, comme ça. Après, on se dirige vers la mer.

4:18
Invité

Un toboggan qui aille directement dans la mer ? Ils ont presque tout dit.

4:50
Emmanuel Macron

Monsieur le président de la République, mesdames et messieurs les membres du gouvernement, mesdames et messieurs les parlementaires, madame la présidente du département, mesdames, messieurs les élus, mesdames, messieurs. Monsieur le président de la République, le lieu que vous avez choisi pour vous adresser aujourd'hui aux Marseillaises et aux Marseillais est un symbole puissant. Bâti comme demeure impériale par Napoléon III, ce palais à peine terminé fut envahi par le peuple de Marseille qui détruisit les insignes impériaux lors de la proclamation de la République en 1870. Ce lieu, son histoire, dise ce qui nous unit, notre attachement profond à la République.

Monsieur le président, votre visite à Marseille est historique. Et je voulais, au nom de l'ensemble du Conseil municipal, au nom des Marseillaises et des Marseillais, vous réserver le meilleur accueil possible. Je voulais vous dire en toute sincérité, au-delà des formes protocolaires de la tradition républicaine, combien nous sommes sensibles à votre présence, qui est la preuve, s'il en fallait une, de votre attachement profond pour la ville de Marseille. Ici, depuis les jardins du Pharao, nous pouvons contempler le palimpseste d'une ville multimillénaire. Marseille renoue progressivement avec son histoire, celle d'une ville majeure regardant vers la mer et vers son littoral.

Cette histoire, c'est celle de la rencontre entre une celte au ligure des quartiers nord de la ville et un navigateur phocéen, venu d'Asie mineure. Cette histoire irrigue notre imaginaire et les horizons d'une ville qui s'est construite en balcon sur la mer. Depuis, au fil des siècles, notre ville a développé ses particularités, sa singularité, souvent opposée au centralisme, mais toujours profondément républicaine.

Marseille, c'est aussi une identité puissante et diverse qui s'est enrichie par la sédimentation de strates successives de populations venues ici au gré des fracas de l'histoire, fuyant la misère où la guerre des hommes, des femmes, des enfants ont parcouru les chemins de l'exil pour s'arrêter ici par nécessité, quelquefois par choix. En cela, M. le Président Marseille est à l'image de la France. Quelles que soient nos origines, nos histoires ou la couleur de notre peau, on peut devenir marseillais à partir du moment où on le décide. C'est l'histoire de cette ville comme c'est le sens du projet républicain.

Marseille est cette ville incroyable, où que l'on soit capitaine d'industrie ou instituteur, médecin ou galérien, on peut se forger un destin et réussir sa vie. Marseille, c'est la ville des possibles, celle où les déflagrations de l'histoire donnent la force de vivre, de créer, d'inventer, de construire et de bâtir. Marseille, ce n'est pas seulement l'une des plus belles villes de France, c'est aussi une ville fraternelle. Nous avons fait une force de cette fraternité et nous tenons entre nos mains cette incroyable idée qu'on peut vivre ensemble.

Cette question de l'appartenance au pays et l'identité de la deuxième ville de France pourrait par facilité être caricaturée comme un folklore, comme un particularisme local. Ce regard serait bien pratique, pratique pour masquer une réalité historique d'abandon, d'injustice et de gâchis. Aujourd'hui, il nous faudrait, il nous faut regarder par-delà les poncifs, pour Marseille et pour le pays. Monsieur le Président, la méfiance réciproque entre Marseille et Paris, vous et moi, en héritons. Mais nous n'en sommes pas les héritiers. Marseille a entamé sa transformation pour enfin pouvoir concrétiser des projets.

Mais nous avons aussi besoin que vous réformiez les aberrations d'une gouvernance territoriale illisible et injuste. Monsieur le Président, nous nous tenons aujourd'hui devant un palais impérial. Dans les années 1850, la France a construit à Marseille la rénovation de l'Hôtel Dieu, le Palais de la Bourse ou encore la Cathédrale de la Major. Ce dont nous avons besoin aujourd'hui est peut-être moins grandiloquent, mais sera tout aussi grandiose et tout aussi durable. En août 1792, lors de l'insurrection des Tuileries, les fédérés marseillais entonnaient un chant qui, de bouche à oreille, est devenu, en 1795, la Marseillaise.

Notre hymne national, Marseille et les Marseillais font partie de l'histoire de France. Ils ont participé à la construire, à se battre pour elle. Monsieur le Président, je sais que Marseille a encore beaucoup à donner. Oui, nous pensons que l'État doit faire à nouveau confiance à Marseille et parier sur cette ville incroyable, pas pour moi, pas pour cette majorité, mais pour ceux que nous avons collectivement promis de servir pour les Marseillais et à commencer par les enfants, par les petits.

Aujourd'hui, Marseille est touchée en son cœur par les trafics d'armes, les assassinats, les quartiers abandonnés, ces quartiers qui se referment dans la peur, dans l'économie informelle, une économie aux connexions internationales. Cette situation n'est pas nouvelle, disent certains, peut-être, mais il n'y a pas de fatalité. Pas plus qu'il n'existe de solution miracle ou instantanée. Nous n'aurons pas fini le travail aujourd'hui. Loin de là. Mais il faut répondre à l'urgence.

Et il s'agit d'abord de recoudre une ville fracturée, devenue duale, inégalitaire, de remettre de la justice et du service public par une approche globale et systémique des maux qui gangrènent notre ville, de lutter contre les injustices économiques, culturelles, éducatives, sécuritaires, sportives, sanitaires, sociales et spatiales, d'une ville qui a trop longtemps oublié une partie de ses enfants. Cette ville qu'il nous faut désormais recoudre, rassembler pour la retrouver et pour la développer.

Ça passe par la rénovation urbaine, par les transports dans une ville embouteillée où le dernier projet de métro fut inauguré, à une époque où ni vous ni moi n'étions encore nés, Monsieur le Président. Une ville qui assigne à résidence, faute de mobilité, et qui finit par se scléroser elle-même. Ce projet d'une ville juste et d'une ville tournée vers l'avenir, il passe d'abord par l'école. Ils viennent de le dire, ils viennent de nous le raconter. Ce n'est pas l'actualité qui nous a fait prendre conscience des choses. C'est un sujet que nous portons depuis toujours. Lorsque je suis venu vous voir à l'Élysée, nous avons eu un dialogue sincère, un dialogue direct.

Direct, je vous ai donné mon sentiment sur la ville, son histoire, son état, et en particulier celui de nos écoles, et de la honte que celle-ci représentait pour la République. L'école, c'est une promesse. C'est une promesse émancipatrice qui ouvre un horizon pour vous, pour nos enfants. C'est là qu'on apprend à grandir, à faire société. C'est là qu'on devient une femme, un homme, debout. C'est là qu'on se découvre et qu'on peut se choisir un avenir, le vôtre. L'école, c'est aussi un repère, et on l'a vu, et on l'a vu aujourd'hui, et on l'a vu hier. C'est un repère qui structure la vie des enfants, des familles, du quartier.

Ça doit être une chance pour les 80 000 petites marseillaises et petits marseillais qui, chaque année, en école maternelle ou élémentaire, mettent leur confiance dans le système éducatif public. Mais à Marseille, nos écoles sont sinistrées. Au printemps dernier, nous avons pris un engagement fort pour vous. Faire des écoles, une priorité. Recoudre la ville, miser sur la jeunesse, lutter contre les inégalités, elle est là, aussi, la solution pour relever Marseille. Cet espoir nous inspire. Il nous faut voir loin, et nous cherchons à réaliser ce que certains pensaient impossible. M. le Président de la République, vous portez sur notre ville un regard attentif et ambitieux.

Nous faisons le choix d'écrire une nouvelle page de l'histoire de Marseille. Main dans la main, l'État et la ville, en dehors de tout clivage politique, au-delà de nos différences, de nos histoires, de nos choix, nous sommes portés par l'intérêt général. Nous ne vous attendions pas dans l'idée de recevoir un chèque, mais dans l'espoir de partager une vision, un agenda, de porter ensemble un engagement. Je le dis à nouveau, Marseille est un avenir pour notre pays. Cette ville bouillonne. Les potentiels ne demandent qu'à s'exprimer si l'impulsion politique est au rendez-vous. Et c'est notre ambition. La France pourra compter sur sa grande capitale du Sud.

Marseille a besoin de l'État, pas pour demander l'aumône, mais parce qu'au contraire, nous avons l'incroyable audace de penser, M. le Président, que Marseille est une chance formidable pour la France. Par sa situation géographique, exceptionnelle, par sa jeunesse, son instinct de survie, son esprit de débrouille, par le dynamisme de sa société civile, par son identité singulière, populaire et pionnière, Marseille peut redevenir un moteur, un phare, une terre promise. Marseille n'est pas une extrémité, c'est une porte, un carrefour, un eldorado.

Marseille peut devenir le premier port sur la Méditerranée, le plus grand hub européen de connexion adossé à la plus grande université francophone du monde. Un pôle d'énergie, de liberté, de développement économique, culturel et intellectuel, vers la Méditerranée, le Maghreb, l'Afrique et l'Asie. Pour conclure, puisqu'on m'y invite, et je ne sais pas s'ils vont à Strasbourg, mais qu'on habite, je ne le crois pas, à Strasbourg, à Nice ou à Clermont-Pérand, je suis sûr qu'on a intérêt à ce que la deuxième ville du pays retrouve la place qu'elle n'aurait jamais dû perdre, celle d'une grande capitale euro-méditerranéenne.

Comme Barcelone en Espagne, comme New York aux Etats-Unis, comme Shanghai, Milan ou Saint-Pétersbourg, il est des villes loin des capitales qui portent une part de l'identité, de l'histoire et du dynamisme de leur pays. Cette ville accueille aujourd'hui son président et nous savons que vos annonces seront déterminantes au nom des Marseillaises et des Marseillais. Je tiens simplement à vous remercier d'avoir répondu présent à notre appel. La France peut compter sur sa grande capitale du Sud. Vive la République, vive Marseille et vive la France.

18:12
Invité

Merci, monsieur le maire, pour ce discours, cette ambition et ces mots. Mesdames, messieurs les maires, les ministres, monsieur le préfet de région, mesdames et messieurs les parlementaires, madame la présidente du Conseil départemental, présidente de la métropole ex-Marseille, mesdames et messieurs les élus, et en les évoquant, j'ai aussi pensé pour le président du Conseil régional. Mesdames et messieurs, en vos grades et qualités, chers amis, depuis hier, je suis parmi vous de Bassens à la Timone, du port à vos écoles, parcourant l'énergie, parfois les colères, les ambitions, les désirs de faire et d'avancer de cette ville formidable qu'est Marseille.

Vous avez rappelé son histoire, en tout cas une partie, monsieur le maire, à l'instant, du lieu qui nous abrite et des origines antiques de la capitale phocéenne, cette capitale du Sud. Beaucoup de gens me disent pourquoi maintenant. d'abord parce qu'il n'est jamais trop tard, ensuite parce que, comme toute notre jeunesse, nous avons à rattraper un an et demi où le Covid a beaucoup arrêté les projets, ralentis des ambitions. Et donc l'urgence, aujourd'hui, est d'accélérer beaucoup de choses que nous faisions avancer, mais parfois à un rythme qui était, si je puis dire, celui des affaires courantes ou des affaires normales.

Je crois que nous avons tous fait l'expérience de la vulnérabilité dans cette période et de la nécessité, quand des ambitions devaient être posées, d'en repenser le rythme, la force. C'est maintenant. Et puis, pourquoi Marseille ? Alors, vous avez une réponse, elle est légitime, mais peut-être êtes-vous un peu biaisé, monsieur le maire. Mais de là où je parle, je suis obligé de répondre à toutes les autres villes de notre pays. et j'entends beaucoup d'élus qui disent pourquoi il va là-bas et pourquoi apparemment on va promettre tant et faire tant. Vous avez apporté une partie de la réponse parce que Marseille est la deuxième ville de France.

Marseille est grande comme deux fois et demi Paris, la métropole comme deux fois le grand Londres. Ce sont donc des réalités physiques inédites. Marseille, c'est une ville-monde qui est en effet ce palamceste de migration et d'une France accueillante avec tous les défis que cela suppose et toutes les difficultés. Et c'est une ville qui a accueilli en son cœur et où ce qu'on appelle souvent les quartiers ne sont pas à la périphérie ou loin d'un centre où tout va bien, elles sont dans la ville, en son cœur. Et donc, en effet, elle est perclue de fractures géographiques de ces défis.

Et c'est une ville qui, par sa localisation, parce qu'elle est au cœur de cette Méditerranée qui est à la confluence de tous les défis climatiques, géopolitiques, migratoires, a multiplié et multiplié les opportunités mais aussi les défis. Elle est plus pauvre que beaucoup d'autres grandes villes. Et cette pauvreté s'est concentrée toujours, toujours au même endroit. Et ces endroits se sont enclavés et les habitants y ont été assignés à résidence.

Et au milieu de tout cela, c'est une ville pleine d'énergie où il y a l'excellence universitaire, culturelle, économique, nombre d'entre vous ici représentés et qui vont, en quelque sorte, se libérer de cette bogue, de ces difficultés, de ces fractures. C'est une ville aussi qui, par son histoire, pendant longtemps a tourné le dos à la Méditerranée parce qu'elle était source de contrôle quand elle n'était pas source de danger et donc elle s'est repliée. Puis elle a tourné le dos aux villes qui l'entouraient parce que les équilibres politiques étaient différents, parce qu'il fallait se replier.

Et donc, elle est en quelque sorte fracturée de toutes parts avec une métropole polycentrique et elle est l'héritière de tous ses rêves, de cette ambition qui est encore là, que je sens dans tous les cœurs et dans tous les esprits, mais elle est l'héritière de toutes ces difficultés. Alors oui, j'assume complètement que le devoir de la nation est d'être aux côtés des Marseillaises et des Marseillais parce que décider que ce serait une ville comme les autres, ce serait acter, qu'elle va continuer à vivre au milieu de ces difficultés, les subir et ne pas réussir pour elle-même, pour tout le territoire et pour tout le pays.

C'est acter qu'elle ne pourra pas jouer le rôle qu'elle doit jouer dans cette Méditerranée à laquelle je crois profondément. Et donc, je pense qu'aider aujourd'hui Marseille à réussir, ça n'est d'abord pas lui faire l'aumône, c'est aider à déclencher quelque chose qui est là et c'est bon pour le pays tout entier. Alors, une fois que j'ai dit ça, j'arrive devant vous avec beaucoup d'ambition et beaucoup d'humilité. Beaucoup d'ambition, je vais y venir parce que je pense qu'on peut faire de grandes choses. Beaucoup d'humilité parce que j'ai conscience de venir après beaucoup, beaucoup d'annonces. J'ai eu la chance hier de commencer en échangeant avec les parlementaires et les élus.

C'est ce qui m'a d'ailleurs été dit avec beaucoup de franchise. Des milliards, on en a souvent entendu ici. des premiers ministres, des présidents. Il n'est jamais arrivé. En tout cas, ça n'a pas changé les choses. Et donc, j'en ai tiré la conviction qu'il ne fallait ni faire un chèque, ni faire un plan. Et qu'est-ce que serait un plan proposé depuis Paris qui descendrait, etc. Mais nous devons collectivement réussir ce pari, mais en tirant les leçons de ce qui a échoué.

Ce qui a échoué, c'est sans doute qu'on avait sous-estimé que les difficultés étaient concentrées, celles de la pauvreté, de l'exclusion, à la fois les difficultés pesant sur nos concitoyens et celles et ceux qui arrivent sur notre sol et les territoires. Et donc, la réponse, elle est forcément multiple. Elle ne se fera pas en un jour et il n'y a pas de recette cachée, de formule magique. Ensuite, c'est qu'à tout cela, se sont ajoutés d'autres défis, d'autres fléaux. J'y reviendrai. Celui de la drogue, nous l'avons vu hier, qui parasite la ville et la vie et a bousculé la vie de tant de quartiers. Et c'est parce qu'aussi, nous avions sans doute sous-estimé jusqu'ici, les divisions.

Et je le dis avec beaucoup d'amitié et l'envie de réussir avec vous, mais au fond, l'Etat peut systématiquement arriver en proposant des milliards. Si toujours l'action publique est divisée et les chicaillats locaux bloquent l'avancée, ces milliards n'arrivent jamais sur le sol. Mais ce n'est pas la faute de ceux qui les ont dit avant moi. C'est la faute d'une action collective qui n'arrive pas à s'organiser et se faire. Et je suis frappé de voir qu'il y a tout à la fois une énergie incommensurable, une jeunesse inédite en France et une si grande difficulté à définir ce qu'est l'intérêt général de la ville comme de la métropole. C'est ça, le problème qu'il y a là.

Et ça, ce n'est pas l'Etat qui peut le régler, il peut y aider, y contribuer, déclencher, en poser les conditions, c'est ce que je vais vous proposer, par une ambition et quelques exigences. Mais c'est cela dont nous avons besoin. Et donc, vous l'avez compris, je ne viens pas ici faire des promesses, je viens prendre des engagements en en demandant. Parce que c'est comme ça qu'on s'en sortira ensemble. Parce qu'il n'y a plus de thomaturge, pardon, Monseigneur, dans l'ordre temporel qui est le mien, les choses étant maintenant séparées. Mais il y a tout à la fois une ambition et une exigence qui est fille de cette fraternité.

Parce que la fraternité sans exigence est une fraternité qui ne vaut rien. On peut accueillir. Mais si à la fin, on ne sait pas le faire, c'est le défi qui est neutre. Alors face à cela, ce que je vous propose, c'est de répondre tout à la fois aux urgences et essayer aussi de regarder plus loin. Parce que je pense qu'une des difficultés en essayant de regarder pourquoi on avait échoué jusque-là, c'est qu'on essayait à chaque fois de répondre à ce qui était juste devant. On ne projette pas une ville, un destin, un tempérament, comme le tempérament marseillais si on dit juste qu'on va s'adapter ou régler les choses. Il faut rêver grand.

Et donc je voudrais tout à la fois qu'on essaie ensemble de répondre aux urgences impérieuses et d'inventer, de rêver et de faire ce Marseille en grand et de le faire ensemble. Alors, les urgences, tout d'abord, je n'invente rien. Je vous ai écoutés pendant deux jours, élus, associations, monde économique, les mamans, hier, et les familles. L'urgence, elle est sécuritaire, elle est sociale, elle est sanitaire. L'urgence sécuritaire, on en a beaucoup parlé, certains diraient trop parce que ça n'est pas nouveau mais ça ne doit pas être une habitude. C'est en effet la situation, particulièrement dans les quartiers, et c'est celle de la lutte contre les trafics.

Si je regarde les chiffres, en toute honnêteté, ces dernières années, la délinquance a baissé. Et je veux saluer ici la mobilisation de notre préfet région et de la préfète déléguée ainsi que dans l'ensemble des forces de sécurité qui sont sous votre autorité, madame la préfète, les chiffres sont bons et ils s'améliorent. Mais il y a une criminalité de plus en plus violente qui est largement liée au trafic de drogue. Il n'y a pas de fatalité face à cela.

L'Etat, depuis 4 ans, a mis les moyens avec la création de l'Office anti-stupéfiants, le renfort de policiers, deux compagnies de CRS qui ont permis d'augmenter de 60% le nombre d'interpellations de trafiquants depuis un an quand les procédures pour usage de stupéfiants étaient quant à elles multipliées par 7. Alors oui, évidemment, ça dérange parce qu'on est en train de bouger les choses et on va continuer. Face à ces réseaux organisés, face à des trafiquants qui non seulement rendent la vie difficile mais n'hésitent plus à tuer des innocents de plus en plus jeunes, à intimider, à raqueter, tout ça ne suffit plus.

Et donc, c'est une véritable traque, une politique de harcèlement des trafics qu'il nous faut conduire ici, sur le terrain, au plus près et jusqu'aux têtes de réseaux à l'étranger. Harcèlement policier, d'abord. Nous accélérerons les nouvelles arrivées. 100 policiers sont arrivés en 2021, d'ores et déjà. 200 policiers arriveront en 2022. Parce que cela correspond aux besoins du territoire et à la nécessité de continuer à pilonner, pilonner les quartiers qui, sinon, sont repris trop rapidement par les trafiquants.

Les deux compagnies de CRS supplémentaires présentes depuis mars seront pérennisées parce qu'elles permettent une présence policière en continu, la stabilité sur les axes les plus sensibles dans les quartiers les plus en difficulté. Parce que vivre tranquille est un droit et c'est aussi un droit pour les familles, les femmes et les hommes qui habitent les quartiers les plus en difficulté. Et nous poursuivrons ce travail jusqu'au bout et c'est pour ça aussi que j'ai proposé sur la suggestion du ministre de l'Intérieur à M. le maire que nous financions des caméras de visio-surveillance dans les quartiers nord.

Il y a un réseau dans la ville qui fonctionne très bien, qui a montré son utilité, mais sa carte est en quelque sorte le négatif de la carte des trafics. Vous l'avez parfaitement démontré hier. C'est donc que les caméras sont bien identifiées par les dealers et ceux qui y contribuent et c'est donc qu'il n'y a aucune raison pour ne pas déployer ces caméras dans les quartiers qui en ont le plus besoin et qui sont les plus pauvres. Et donc, nous financerons le déploiement de la fibre et 500 caméras dans les zones qui en ont besoin en plus de cette action.

Et tout ça n'a de sens que si à côté de ce harcèlement policier, il y a le suivi judiciaire et je veux ici remercier l'ensemble de nos magistrats en plus de 11 magistrats récemment arrivés, 3 nouveaux groupes d'enquêteurs de la police judiciaire qui disposeront de tous les moyens techniques nécessaires pour aller interpeller les têtes de réseau là où elles se trouvent jugées en France pour leurs crimes seront confirmées.

Et suite à l'inspection qu'a demandée le garde des Sceaux, des moyens supplémentaires seront confirmés parce que rien ne sert de mettre plus de moyens dans la police si ce n'est pas la même chose du côté de la justice pour qu'elle puisse avancer au même rythme et avec la même exigence, la même efficacité.

En même temps que nous agissons contre les trafics, nous voulons d'une part assurer partout une présence policière rassurante pour les habitants, dissuasive pour les délinquants et nous voulons surtout conduire cette action aussi au niveau européen et international en remontant les têtes de réseau et nous prendrons dans les prochaines semaines avec nos partenaires européens des initiatives de coopération pour démanteler ces réseaux qui sont de plus en plus présents sur notre sol. L'Etat prendra aussi toute sa part en injectant des moyens pour équiper nos policiers.

Plus de 8 millions d'euros pour équiper les policiers de Marseille en moyens numériques d'enquête en nouveaux véhicules, 222 voitures et motos dès l'été 2022. Nous assurons également à nos forces des conditions de travail et de vie à hauteur de leur engagement en construisant ici un nouvel hôtel de police pour 150 millions d'euros et en regroupant les commissariats des 13e et 14e arrondissements avec une politique adaptée aux besoins et un financement là aussi confirmé de 8 millions et demi d'euros.

Vous l'avez compris, face à l'urgence sécuritaire, nous avons décidé d'investir, de poursuivre le bon travail qui est fait et je veux ici saluer toutes nos forces de sécurité et nos magistrats parce que cela ne tiendra que si nous allons au bout de l'effort et nos concitoyens ont cette exigence et nous le demandent. La seconde urgence à laquelle nous nous attaquons est sociale et elle se tient. Elle est sœur de l'urgence sécuritaire et en quelque sorte la sécurité, c'est toujours le symptôme des difficultés sociales qui se sont installées et en quelque sorte qui forment le terreau pour celles et ceux qui veulent exploiter la jeunesse, la misère et développer leur criminalité.

Dans certains quartiers de la ville, le taux de pauvreté atteint des records, 40 voire 50 %. Et à cette pauvreté pécuniaire s'ajoute le non-recours aux aides disponibles, les logements insalubres, l'espace public dégradé, l'éloignement des transports en commun, l'absence de services publics. Et contre tout cela, contre ces pauvretés cumulées en quelque sorte que nous avons ensemble à combattre, nous devons mener, nous l'avons évoqué et hier avec Samia Ghali, une approche globale. Évidemment, la sécurité, mais pas le tout répressif, ça n'aurait pas de sens.

La mobilisation de tous les ministères, de toutes les collectivités, des associations aux côtés des familles qui doivent jouer un rôle essentiel pour les accompagner dans l'éducation et à côté de l'éducation, dans le sport, la culture, le logement. Et nous ne le ferons qu'en multipliant les tisseurs de liens. 20 millions d'euros sont actuellement investis dans le département pour la politique de la ville, dont 17 pour la seule ville de Marseille, pour construire des espaces de rencontres, rénover des équipements culturels et sportifs, recruter ces tisseurs de solidarité.

60 éducateurs ont été embauchés ces derniers mois et je souhaite que 30 éducateurs supplémentaires et 30 médiateurs viennent leur prêter main forte. Nous allons continuer aussi, comme cela a été fait à travers le plan de relance, d'investir aux côtés des associations qui, dans les quartiers, font un travail essentiel en aidant les familles. On l'a vu hier avec la formidable association de Bassens et qui, en quelque sorte, sont les premiers relais de toutes les politiques. La lutte contre l'habitat indigne doit par ailleurs s'intensifier. Chacun a en mémoire ici le souvenir douloureux de ce 5 novembre 2018 où 8 Marseillais ont perdu la vie lors de l'effondrement d'un immeuble rue d'Aubagne.

J'avais alors souligné que l'unanime plus jamais ça devait se traduire en actes et que nous nous étions accordés sur un objectif de réhabilitation. Et là, déjà, une fois encore, l'État a pris ses responsabilités en prenant une politique qui n'est normalement pas la sienne, mais en assumant cet objectif de réhabilitation de 10 000 logements dans les 15 prochaines années. L'ANA a immédiatement apporté son concours et triplé ses crédits. En juillet 2019, une société publique locale était créée. L'enjeu est désormais d'accélérer. Nous avons collectivement été trop lents et j'ai été heureux hier de voir des élus mobilisés et motivés.

Et nous avons besoin d'améliorer, une fois encore, mais on m'en a donné hier, la certitude et l'engagement, la coopération entre la ville et la métropole. Et je veux ici dire que nous allons continuer de simplifier les procédures et qu'en particulier, la simplification des recours avec un seul jugement qui était prévu jusqu'en 2022, mais compte tenu des retards pris qui, en quelque sorte, seraient lettres mortes parce qu'il n'y aura pas de recours à la date qui était initialement prévue puisqu'il n'y aura pas vraiment de projet sorti, et bien que cette date sera prolongée pour que nous continuions de comprimer tous les délais ensemble.

Ilot-Beldemay, Noailles, Hoche, Versailles, requalification du centre-ville, les chantiers doivent s'engager immédiatement et je compte sur la mobilisation de tous les acteurs. Vous avez maintenant désigné un directeur général. Les choses sont construites. Allons-y. Et puis, la troisième urgence est sanitaire. L'épreuve du Covid a montré combien Marseille peut s'appuyer sur une chaîne de femmes et d'hommes compétentes, chercheurs, personnels soignants, marins-pompiers, bénévoles, pompiers, associations. Vous avez tous joué un rôle formidable. Président, amiral, merci beaucoup pour cette mobilisation aux côtés de l'ensemble de la communauté soignante.

J'étais à l'instant avec nos élus à côté de nos soignants à la Timone. Alors, parfois, il y a eu les spécificités marseillaises et des particularismes dans la gestion de la crise, mais il faut toujours écouter ce que je suis venu faire à l'époque avec considération parce qu'il y a eu aussi des choses qui ont été inventées ici. Les tests, je ne l'oublie pas, ont commencé plus fort qu'ailleurs à Marseille. Les eaux usées sont une pratique intéressante qui a été commencée plus tôt qu'ailleurs. Néanmoins, on a aussi moins vacciné parce qu'on a laissé courir quelques fadaises.

Moi, je fais confiance à celles et ceux qui savent, les scientifiques et les médecins, et j'ai d'ailleurs constaté qu'ici, comme partout, les scientifiques et les médecins disent que face à ce virus, il faut mieux se faire vacciner. Et donc, nous allons continuer de nous mobiliser. Et nous avons vu aussi dans ce moment les faiblesses du système de santé marseillais. Si malgré les efforts des ONG et des associations, le virus a progressé plus vite dans les quartiers nord qu'ailleurs, si aujourd'hui, la couverture vaccinale est plus faible dans ces mêmes quartiers, c'est parce que le réseau de soins de proximité est défaillant dans ces territoires. Et ça, nous devons aussi le considérer.

Alors, il ne s'agit pas de dire que rien n'a été fait, aucunement. Il y a des maisons de santé, des centres de santé qui existent, et heureusement. Mais un changement d'échelle est aujourd'hui indispensable pour qu'à nouveau, médecins, personnels soignants investissent ces quartiers. La PHM, évidemment, est un acteur clé pour former, sensibiliser, appuyer l'organisation de l'offre de soins à la Timone. L'Etat est au rendez-vous du soutien dû à cette grande institution. D'une part, parce que nous avons, avec le Ségur, allégé la dette pour 233 millions d'euros.

D'autre part, parce que 169 millions d'euros, la moitié de l'investissement total, sont sur la table pour les réhabilitations de la Timone, de l'Hôpital Nord, et les constructions du nouveau bâtiment du SAMU. Et ceci, à parité, avec l'effort des collectivités territoriales, dont je salue l'engagement ici, ce qui est aussi une spécificité de votre ville, votre métropole, département et région, et ce qui nous conforte dans l'idée de continuer à avancer. J'ai aussi décidé de faire plus encore en mobilisant 50 millions d'euros supplémentaires pour le pôle mère-enfant et en apportant notre soutien à la réalisation d'une maison des femmes.

Je compte sur les responsables de ces projets avec lesquels nous étions il y a quelques instants pour être à la hauteur de cet engagement en annonçant rapidement un calendrier de travaux et en nous y tenant. Plus largement, ce sont tous les acteurs politiques et médicaux qui, collectivités, professionnels libéraux, doivent se mobiliser sous l'égide de l'ARS pour la santé à Marseille et dans tout Marseille.

Et au-delà des efforts pour les hôpitaux, il nous faut continuer de réinstaller des médecins et des soignants en ville dans les quartiers qui, aujourd'hui, sont carencés avec une politique adaptée des aides à l'installation et les mécanismes que le ministre, à vos côtés, déploiera dans les prochains mois. Nous ne pouvons, en effet, laisser plus longtemps des quartiers entiers livrés à eux-mêmes aux maladies chroniques, à la surmortalité. Dans la 2e ville de France, il y a en plein coeur des déserts médicaux.

Voilà les 3 urgences sur lesquelles je souhaitais insister qui, vous le voyez bien, font l'objet d'investissements massifs de l'Etat assumés aux côtés des acteurs du territoire mais parce qu'il nous faut, là, reprendre des positions rapides, regagner parfois le terrain perdu ou consolider ce qui a été fait durant les derniers mois et les derniers années. Mais l'urgence ne suffit pas à relever les défis de Marseille. Il nous faut nous projeter, il nous faut bâtir le Marseille de 2030 maintenant et le faire pour notre jeunesse qui nous a, en quelque sorte, interpellés à travers ses rêves tout à l'heure.

Et il n'y avait rien de fantaisiste, d'ailleurs, dans ce que vous disiez de l'école dont vous rêviez. Rien. C'est l'école à laquelle vous avez droit et c'est l'avenir auquel vous avez droit à Marseille et en France. Et donc, ce que je veux ici, aujourd'hui, avec vous, porter et proposer, c'est une ambition autour de quelques volontés, mais une ambition pour la jeune génération ici, pour qu'elle puisse vivre son destin, d'où qu'elle vienne et qu'elle puisse le faire avec les mêmes chances où qu'elle habite, quel que soit le prénom et le nom, quelles que soient les contraintes de départ. Cette ambition pour la jeunesse, c'est d'abord et avant tout le combat pour l'éducation.

Vous en avez parlé, nous en avons parlé ces derniers jours et nous sommes le jour de rentrer. Si nous ratons l'éducation des enfants, aucune chance de réussir le reste. Aucune chance. C'est le combat que, de mes côtés, le ministre de l'Éducation nationale, de la jeunesse et des sports mène. Et dans cette formule, il y a déjà la nature du combat que nous menons. Ce n'est pas simplement l'école. Le combat que nous avons à mener, c'est l'école et c'est tout ce qu'il y a à côté. La culture, le sport, la vie en dehors du temps scolaire.

Et je le dis parce que c'est sans doute pourquoi le défi de l'école dans les quartiers les plus modestes, les plus en difficulté et en particulier dans les fameux quartiers nord de Marseille est encore plus difficile. Ce n'est pas simplement rénover l'école. On va le faire ensemble et je vais y revenir. Mais c'est acté du fait que quand on est né dans une famille qui est en difficulté, quand on vit dans un quartier qui est en difficulté, quand son frère, son cousin s'est parfois fait tuer dans des règlements de compte, quand on a des mères isolées qui ont leurs enfants à élever ou leurs enfants à élever, la vie ne se résume pas de 9h à 17h, 5 jours par semaine. c'est beaucoup plus compliqué.

Et donc, c'est la réconciliation de l'éducation avec en effet notre combat pour la culture, ce que nous avons poursuivi, intensifié avec l'éducation artistique et culturelle, pour le sport à l'école en dehors et en dehors de l'école. Mais c'est aussi le lien entre l'école et ce qu'on appelle le périscolaire. Et c'est ce combat qu'on doit mener. et il est essentiel. Et c'est le lien aussi entre l'école et les acteurs, parfois du médico-social et parfois les acteurs de santé. J'aperçois Marcel qui est ici présent avec nous, qui sait ô combien, y compris dans ces territoires qui sont les plus difficiles, la pédopsychiatrie est un combat essentiel que nous devons mener.

Alors la réponse pour réussir ce combat éducatif, c'est au fond et c'est l'esprit de l'ambition que je veux vous proposer à chaque fois, faire plus, innover et faire de Marseille un laboratoire et le faire avec des exigences, c'est-à-dire un contrat de confiance où chacun fait sa part. Faire plus, c'est acter qu'à Marseille, nous avons 174 écoles de la ville qui sont considérées dans un état de délabrement tel que l'apprentissage y est devenu impossible. Il n'y a pas d'autre territoire de la République où il y a une telle concentration de difficultés sur le bâti scolaire. Ce n'est pas la compétence de l'Etat et je veux ici être juste.

On ne va pas craindre un précédent, sinon tous les maires de France vont nous dire, moi aussi, le président de l'ANRU qui est avec nous, qui est héroïque maire d'une formidable ville mais qui connaît des grandes difficultés, c'est chez sous bois et il sait aussi que c'est très difficile. Il va me dire, sinon, construisez-moi mes écoles. Et vous comprenez bien, je suis très franc. Si, en quelque sorte, l'Etat se substitue aux collectivités quand ça n'a pas marché, c'est une prime à ceux qui font mal. Il faut rater longtemps pour pouvoir être aidé.

Il y a une chose, on doit à la fois corriger ce qui n'a pas marché, mais en même temps, je n'ai pas le droit de vous laisser perdre du temps parce que ce sont les enfants qui sont là, sinon, qui seront les premières victimes. Si je laisse Marseille se débrouiller tout seul, c'est simple, ces enfants vivront avec des écoles qui ne seront pas rénovées au bon rythme parce que vous avez eu l'honnêteté de me le dire, monsieur le maire, et parce que ce problème, soyons aussi honnêtes, il est bâtimentaire.

La ville n'a pas assez de capacités d'investissement pour aller au bon rythme, mais il est aussi de fonctionnement parce que vous avez un problème avec vos personnels municipaux et vous avez trop de grèves. On l'a vu tout à l'heure à l'école, là aussi, quand des gens nous disent on n'arrive pas à accueillir des enfants à la commune ou les formidables personnels qui étaient là disent on prend la charge de beaucoup d'autres parce qu'il y a tant de pourcentages à l'école qui ne sont jamais là. L'absentéisme, les grèves perlées, c'est un sujet.

Et c'est un sujet dont il faut se parler en toute franchise parce que l'Etat ne vient pas investir pour en quelque sorte que certains viennent prélever leur dîme. Pardon d'être très francs, comme je suis très ambitieux avec vous, je vous le dis. Et donc en même temps qu'on investit, M. le maire, moi j'attends de vous que vous réformiez et je sais que vous en avez l'envie. Et on aura aussi cette exigence dans le suivi parce qu'on ne va pas se substituer à un système qui n'arrive plus à se financer parce qu'il a construit une mécanique qui n'avance plus par des petits arrangements, par des faiblesses, mais la 2e ville de France ne peut pas supporter cette situation.

Je vous le dis en toute franchie. Et ce n'est pas une question d'argent, c'est une question de courage. Alors pour réussir cela, nous allons être à vos côtés. Ce qu'on va faire, d'abord, nous avons commencé à vos côtés, on l'a vu ce matin, à rénover les écoles. Pour une quinzaine d'écoles, les opérations menées par l'Agence nationale de la rénovation urbaine avec aussi ce qu'on a mis dans le plan de relance et les dotations exceptionnelles, permettent de financer une quinzaine d'écoles d'ores et déjà. Et on l'a vu ce matin, l'école que nous avons visitée, elle sera rénovée avec 90% de financement d'Etat. Et donc, ça a déjà commencé.

Et c'est inédit, c'est lié au contexte, c'est la mobilisation de l'enrue, j'y reviendrai, et la relance. On doit aller plus loin, et vous m'avez posé sur la table ces difficultés, maintenant, on doit tout mettre en place. Il y aura des nouvelles opérations de renouvellement urbaine qui permettront d'avoir des financements. On aura des financements, je ne veux pas être ici technique et vous barber, de la dotation dite décile, qui permettront d'abonder, et puis on va devoir abonder un peu plus. Et donc, on en a beaucoup discuté, nous allons créer une société ad hoc dont M. le maire aura la présidence.

Elle sera sous pilotage de l'Etat, on connaît ces formules ici à Marseille, et je veux qu'on puisse la mettre en place d'ici la fin de l'année. Son objet, ce sera la réhabilitation et la reconstruction des écoles identifiées avec la ville comme étant les plus délabrées. Pas à l'identique, mais en veillant à proposer des locaux modulables adaptées aux pratiques aussi sportives, artistiques, aux innovations pédagogiques. Ce n'est pas grave, c'est la pluie qui tombe. Et donc, ce que nous avons, j'ai manifestement dit quelque chose de sérieux, Monseigneur. Sortez vos parapluies, moi, ça ne me dérange pas. C'est supportable à ce stade. Et donc, je vais continuer parce que le sujet est sérieux.

Donnez-moi aussi peut-être un parapluie et je continuerai avec. On va résister parce que ça ne va pas durer très longtemps. Je le disais, donc on va créer cette société dans laquelle on va investir. Et ce que nous allons faire, ne vous laissez pas déconcentrer par ce crachin. Vous devez quand même noter qu'il faut venir à Marseille pour avoir la pluie. C'est une obade. Je vous laisse vous équiper et je vais reprendre. Est-ce que ça dure ou est-ce que ça passe ? Ça va, tout le monde a trouvé Miral, ça va passer ou tout le monde s'équipe ? Quelqu'un qui a des intermédiaires bien placés serait me dire si on est parti pour un temps long ou est-ce que ça va passer rapidement.

Normalement, moi, je trimballe le beau temps. C'est vrai ? Je vais réduire, alors. Jo, les petits, il faudra essuyer, à mon avis, les chaises. Ce que je vous propose, c'est qu'on reprenne. A mon avis, on est bon. Trop de pluie, là ? Je vais faire, si les enfants n'ont pas de parapluie, ils vont faire comme eux. Je disais donc, il y a les bâtiments. On va créer cette société avec un pilotage de l'Etat, la présidence du maire, un financement. Il faut que d'abord, on y voit clair sur le nombre d'écoles qu'on doit mettre dedans parce que dans nos 74 écoles, il y en a qui sont en train d'être prises en charge dans le cadre de nos programmes en rue, des financements déjà décidés.

Mais donc, cette société, on y mettra un financement conséquent et je souhaite qu'on prenne les prochaines semaines pour finaliser à la fois l'organisation et, en quelque sorte, les cotes parts. Mais je le dis très clairement, compte tenu de l'urgence, on y interviendra. On y interviendra en subvention, en avance remboursable. On trouvera les bons mécanismes. Et je demande à M. le préfet et M. le recteur, en lien avec M. le maire, de finaliser cette société, son financement et ce qu'on y met dedans. Et je le dis, il faut porter des projets aussi innovants que ceux qu'on a vus ce matin. Mais à côté de ça, on ne doit pas négliger ce qu'il y a au-delà du bâtiment.

D'abord, la sécurité aux abords de l'école. Et c'est pour ça que dans le plan caméra que je vous propose, je souhaite qu'on y déploie aussi, qu'on privilégie les écoles. J'ai entendu trop de parents d'élèves et d'enseignants me dire qu'ils avaient peur au moment des entrées ou des sorties. Et donc, on doit vraiment assurer une meilleure sécurité collectivement. Ensuite, c'est le fonctionnement. Je l'évoquais tout à l'heure en étant assez direct sur les difficultés. Et puis, c'est de mettre en oeuvre ce qui est ce besoin d'avoir un temps scolaire un peu différent. Et donc, je veux qu'on puisse ici innover. Est-ce que notre école est celle dont on rêve aujourd'hui totalement ?

Notre école, elle est remarquable. L'école ouverte pour laquelle on s'est battus pendant cette crise, c'est une fierté française. L'école de la République qui a permis à beaucoup d'entre vous d'être là où ils sont, c'est une chance. Et c'est ça ce qu'on veut reconquérir et c'est le travail qu'on fait depuis 4 ans en remettant les savoirs fondamentaux, en ayant dédoublé les CPCE1, maintenant les grandes classes de maternelle, en ayant fait les devoirs faits, etc. Mais est-ce que c'est suffisant ? Je ne crois pas. On doit pouvoir aller plus loin. Et dans les quartiers où la situation est la plus difficile, qu'est-ce qu'on doit pouvoir faire ?

En fait, donner plus de liberté en même temps qu'on donne plus de moyens. Il faut qu'on ait des directeurs d'école à qui on permet d'avoir un peu plus d'encadrement. Il faut que ces directeurs d'école, ils puissent choisir l'équipe pédagogique. Je dis plein de gros mots pour beaucoup de gens là, vous en avez conscience. Mais je dis ce que j'ai entendu parce que les parents me disent à tel endroit, les profs ne viennent plus, etc. Ça arrive parce qu'il y a des gens qui sont fatigués de travailler trop longtemps dans des quartiers difficiles. Et c'est vrai. Et donc on doit permettre aussi à nos enseignants d'être relevés parfois quand ils sont dans les quartiers difficiles.

Et on doit surtout permettre aux enseignants de choisir ces quartiers et les projets pédagogiques qui vont avec. Ce n'est pas assez le cas aujourd'hui. Et donc c'est beaucoup plus que les postes à profil. Le problème est beaucoup plus grave. C'est de vraiment permettre de faire un laboratoire de liberté et de moyens.

Un projet pédagogique qui est adapté aux élèves ou quand on a beaucoup d'élèves qui sont allophones, eh bien on doit permettre peut-être d'avoir des aides en plus des enseignants en plus, d'être dotés de moyens, d'adapter les rythmes scolaires pour les enfants, de penser le temps sportif différemment grâce aux infrastructures qu'on veut aussi mettre en place, de penser le temps culturel à côté de l'école différemment et de permettre de le faire.

Et en quelque sorte, d'avoir une équipe qui n'est pas simplement faite d'enseignants, mais de pouvoir d'abord choisir les enseignants qui y sont, être sûrs qu'ils sont pleinement motivés et qu'ils adhèrent au projet, ce qui est, je crois, normal parce que c'est dur, et de pouvoir aussi y associer des acteurs extrascolaires qui partagent l'objectif. Cette école-là, complètement, elle n'existe pas en France, aujourd'hui. Le Grenelle a permis de faire voir cela. On a beaucoup d'exemples dont on parle tout le temps, le modèle finlandais ou autre. Il nous faut aussi tisser ce moment entre l'école primaire et le collège, qui est souvent celui où les enfants décrochent.

Parce que pour des enfants, même si on a fait ce qu'on a fait en CP, CE1, dédoubler les classes, le passage de CM2 à 6e, c'est terrible. C'est très dur. Et donc, il faut qu'on puisse avoir des enseignants qui seront référents, qui vont les accompagner et penser cette période qui va du CM1 à la 5e. Toutes ces innovations, on en rêve. Le système a beaucoup bougé. Nos enseignants font un travail extraordinaire et sont très engagés. Je les en remercie. On doit aussi nous continuer de mieux les rémunérer. C'est la logique qu'a commencée le ministre avec le Grenelle. Si on veut aller plus loin et plus vite, le rythme pour ces quartiers doit être beaucoup plus fort.

Et donc, je veux ici qu'on puisse en quelque sorte innover et mettre en place, à côté de ces investissements dans les bâtiments, une méthode radicalement nouvelle pour l'éducation de nos enfants. Inventer ici l'école du futur. Si on dit, on fait cet investissement extraordinaire, ça ne doit pas simplement être dans les bâtiments, on doit le faire aussi dans les méthodes. Et inventer l'école du futur, il faut le faire dans les endroits qui sont les plus en difficulté. Parce que c'est là où on doit mettre très vite beaucoup plus de moyens et avoir les équipes les plus motivées avec justement une capacité à différencier les choses.

On l'a commencé avec les cités éducatives, madame la ministre, mais c'est ça qu'on va démultiplier. Ce rêve de l'école dont on parle tant et tant depuis tant d'années, on ne peut pas le faire dans toute la France au même rythme en 6 mois. Ce serait faux de vous le dire. Parce que c'est une énorme machine. C'est normal. Mais je veux qu'on puisse le commencer très vite ici. Et donc que ces 50 écoles, on puisse les définir avec les élus, les familles, les parents d'élèves, les associations et évidemment nos enseignants.

Qu'on les définisse là dans les tout prochains mois et qu'on puisse lancer ce projet dans les premières écoles où on pourra donc adapter, repenser les projets d'apprentissage, les rythmes scolaires, les récréations, la durée des cours, les façons d'enseigner et qu'on puisse commencer dès la rentrée 2022-2023 et évaluer ensuite ces résultats. Ici, ils sont concluants, les généraliser. Et on fera cette même innovation dans plusieurs autres quartiers de la République. Au fond, l'idée est simple, donner plus de liberté pour obtenir plus de résultats. Et je suis convaincu que c'est ainsi qu'on y arrivera.

Alors, il n'y a pas que l'école, il y a le passage de l'école au collège et dans ces innovations, on le prendra en compte. Mais les décrocheurs sont aussi nombreux après, dans le temps du collège et du lycée. Et d'ailleurs, on a commencé à innover à Marseille avec les micro-lycées. Il s'agit de classes d'une vingtaine d'élèves intégrées au lycée existant. Il en existe une au lycée d'Hydro qui réunissent ce qu'on appelle souvent des décrocheurs autour d'un objectif qui est de réussir le baccalauréat. Et cela fonctionne.

Depuis trois ans, on a 80% des élèves du micro-lycée de Diderot qui ont, par exemple, obtenu leur diplôme et raccroché le système parce que ce sont de toutes petites classes et qu'on y met vraiment les moyens. Et donc, je souhaite que, dans le même temps, dès la rentrée 2022, on ait dix micro-collèges et dix micro-lycées qui s'installent à Marseille, dans les quartiers les plus en difficulté où on a nos décrocheurs très jeunes et qu'on puisse avoir la réponse éducative qui convient parce que nous avons tous été bouleversés quand un jeune garçon de 14 ans a été abattu.

Évidemment, la réponse est sécuritaire, mais la réponse, elle est aussi éducative et familiale parce que ce qui est insupportable, c'est qu'un jeune garçon de 14 ans se retrouve hors de l'école à faire ce qu'il est incroyable. Et donc, c'est aussi à travers une telle réponse que nous aurons une solution durable pour la sécurité mais surtout pour que nos enfants aient le même droit de s'émanciper et d'apprendre partout.

Le second combat pour la jeunesse, après cette ambition pour l'école et l'éducation, pour lui offrir justement tout ce droit à l'avenir, quelle que soit sa famille, c'est le combat pour l'emploi, c'est le combat pour l'apprentissage, c'est le combat pour l'entrepreneuriat, c'est le combat pour l'émancipation économique. Tous les jeunes que j'ai vus hier comme aujourd'hui, ils ne m'ont pas demandé des aides, ils ne m'ont pas demandé d'argent public, je vous le dis très clairement. Ils m'ont demandé d'être embauché. Souvent, ils avaient même le nom de l'entreprise qu'ils voulaient. Je préviens, on a pris les noms d'ailleurs, donc vous allez recevoir les courriers.

Ils connaissent très bien les entreprises, d'ailleurs marseillaises, et ils m'ont dit qu'elles sont de l'autre côté. Mais ce qui était frappant, ils m'ont tous dit, ils m'ont dit, nous on a le mur et les rails, et de l'autre côté, il y a les entreprises, elles embauchent, mais nous, elles ne nous embauchent pas. Elles n'embauchent pas parce qu'il y a encore, partout en France, malgré tout ce qu'on a fait, des réticences, des réticences quand on vient de tel quartier, quand on porte tel nom, tel prénom, ça existe encore. On a lancé ces opérations de testing, on a lancé ces opérations pour les stages.

Je pense qu'on arrive à conjurer ces préjugés quand on développe de l'apprentissage comme beaucoup d'entre vous ont commencé à le faire parce qu'on connaît à ce moment-là les jeunes, on se familiarise et puis on casse les tabous. C'est essentiel. Et puis, beaucoup d'entrepreneurs me l'ont dit avec honnêteté, il y a de la réticence aussi parce qu'on sait que ce sont des personnes qui auront beaucoup de mal à se déplacer parce que c'est parfois un univers de passer des quartiers nord à l'endroit où se situe l'entreprise, où il y a des opportunités économiques. Évidemment, et j'y reviendrai, donc la réponse, elle est aussi dans la capacité à réaménager la ville et dans le transport.

Mais elle passe par une mobilisation économique. Et là aussi, je vous le dis, il y a tout pour réussir. Ce n'est pas tellement de l'argent public sur cette affaire. C'est une capacité collective à organiser et mobiliser toutes les bonnes volontés pour être sûr que les énergies qu'il y a de tous ces jeunes qui veulent bosser à côté des entreprises qui sont en train d'embaucher et qui ont des manques de main-d'oeuvre, on arrive à ce qu'elles se rendent compte. Et je vous le dis, en toute sincérité. Alors, il faut évidemment les aider à franchir des barrières, celles des préjugés, le permis de conduire, les difficultés et les formations complémentaires pour y arriver.

C'est ça, cette petite passerelle qu'il faut faire. Et donc, ce qu'il nous faut faire, c'est rapprocher ces jeunes des entreprises et soutenir ceux qui font. Beaucoup d'initiatives sont prises ici. L'Olympique de Marseille, qui, plus qu'un club, est décidément en l'âme aussi de la ville, cherche et est prêt à créer des formations adaptées aux besoins du monde économique. Il y a déjà l'Académie, il y a aussi les formations. Dimitri est là à nos côtés, je le salue, et il est aussi très mobilisé aux côtés des jeunes. Mais je salue vraiment le président du club qui veut faire encore plus pour des formations. « Ok, on y va ». Et là, on est prêt à aider.

Le projet « Réalise tes rêves » a ainsi permis déjà de remobiliser des centaines de personnes éloignées de l'emploi et nous l'encouragerons. Et j'appelle toutes les entreprises à rejoindre ces initiatives et à faire en sorte que l'embauche des jeunes, que l'on dit des quartiers, se fasse plus rapidement et qu'on arrive à créer plus directement des emplois dans nos quartiers. On doit ensuite encourager l'entrepreneuriat.

Je l'ai souvent dit, je crois d'ailleurs que des personnalités locales comme Bernard Tapie, pour lesquelles j'ai une pensée en ce moment, parce qu'il se bat avec beaucoup de courage et de dignité contre la maladie, et il a fait beaucoup pour cette ville, des personnalités comme Bernard Tapie ne le renieraient pas. Mais je l'ai souvent dit pour les jeunes des quartiers, pour eux, c'est plus facile de trouver un client que de trouver un emploi. Et c'est vrai.

Et donc, l'entrepreneuriat est une formidable source de mobilité dans les quartiers parce qu'il y a l'esprit de débrouille, parce qu'il y a la volonté de faire et l'énergie et parce que le client, si on apporte un service, si on est prêt et qu'on a cette énergie, il veut le service. C'est pas la question de savoir si vous avez tel CV ou autre. L'énergie est là, au contact. Et donc, il faut qu'on aide aussi à développer l'entrepreneuriat dans nos quartiers. Ça n'est pas faute de projet, encore moins faute d'élan, mais là aussi, c'est de mettre en relation ceux qui sont prêts à le faire et les structures qui existent, les acteurs qui sont là et les financements.

Nous allons donc tout mettre en oeuvre pour inverser cette tendance et développer partout l'entrepreneuriat. Alors, il y a des initiatives qui existent et qui sont portées par la plateforme, l'école des 15, les associations comme les déterminés. Je pourrais également évoquer spécifiquement, dans les quartiers nord, le carburateur, l'épopée, le cloître. Ce que j'ai envie de vous proposer qu'on puisse faire ensemble, c'est deux choses. C'est d'essayer de conjuguer ces énergies et de simplifier l'accès à ces offres pour la formation, l'alternance, l'apprentissage ou l'entreprenariat pour nos jeunes.

Et donc, d'abord, c'est qu'on travaille ensemble et la Banque publique d'investissement sera à vos côtés pour vous y aider et contribuer à un investissement supplémentaire pour créer trois carrefours de l'entreprenariat à Marseille qui seront des grands lieux dédiés où les jeunes qui ont des projets seront gratuitement formés, conseillés, mentorés par des dirigeants d'entreprises, des associations et accompagnés par des services publics. Ensuite, c'est qu'on puisse également tester ici à Marseille le déploiement d'une belle et grande idée qui est le capital jeune créateur.

Concrètement, il s'agit d'offrir à tous les jeunes qui justifieront un projet sérieux un accompagnement et une dotation, plusieurs milliers d'euros, pour leur permettre de se lancer dans l'aventure entrepreneuriale. Beaucoup de jeunes disent j'ai une idée, mais je n'ai pas de réseau, je n'ai pas le financement. Ça sert à ça, le capital jeune créateur. Et là aussi, c'est ce qu'on veut ici lancer comme un projet pilote pour le généraliser. Et puis je veux qu'on arrive à ce que toutes les initiatives qu'il y a sur le territoire d'embauche, de formation des jeunes, de programmes d'alternance, on arrive à les fédérer au fond autour d'un guichet unique qui permettrait d'avoir deux types d'actions.

D'abord, une même plateforme qui permette de rejoindre toutes les initiatives que vous avez avec beaucoup d'énergie mise en place, mais il faut que nos jeunes aient en quelque sorte une adresse unique. Vous voyez, une forme de capacité y accéder de manière très simple pour que tous les élus qui sont là sur le terrain, les associations qui sont à leur côté puissent leur dire écrit ou appelle à ce numéro-là. C'est très bête, ça ne règle pas tout, mais ça simplifie beaucoup de choses. Quand on est dans une misère noire et que c'est très dur, le pire ennemi, c'est la complexité. Et s'il y a quatre initiatives, il y en a déjà trois de trop parce qu'on ne sait pas laquelle choisir.

Et donc il faut qu'on ait en quelque sorte cette même plateforme, ce guichet unique de toutes les initiatives. Et derrière, je souhaite qu'on développe, et on va le faire à vos côtés, on va inventer cette formule, comme on le fait en quelque sorte pour le vaccin, une stratégie du aller vers. On doit aller dans les quartiers. Certaines associations le font formidablement, on l'a vu hier, mais elles le font avec leurs moyens. Elles ne sont pas toujours connectées avec les entreprises et ces initiatives entrepreneuriales. On doit quand même faire le branchement. Si je peux aider à faire ça et vous présenter les uns les autres, je suis prêt à le faire. Mais c'est vrai.

Et donc là-dessus, si on met ce financement en place, on peut démultiplier les initiatives formidables qui ont été lancées. Et donc je souhaite là que d'ici un mois et demi, on mette en place la structure pour essayer non pas du tout de raisonner ou de mettre en coupe réglée tout ce qui a été fait. Moi, j'ai été impressionné par ce que j'ai vu, ce que j'ai découvert, ce qu'on m'a raconté et vraiment ce que les entrepreneurs d'ici font avec beaucoup de courage. C'est des initiatives remarquables et ils le font avec un engagement fort pour la cité et la vie de la cité.

Mais c'est vous aider à réussir plus vite et plus fort avec du financement, de la mobilisation, de la simplification, si je puis dire. On va lancer des grandes opérations de renouvellement. Je sais que le BTP marseillais est prêt à se mobiliser. On y va. Et on va vous aider pour embaucher ici en lien avec les quartiers. Le numérique. Beaucoup d'entreprises du numérique sont là. J'en reconnais des visages amis. Qu'il s'agisse de l'agri-tech, de la biotech, de la clean-tech, du numérique de service, là aussi, on crée des emplois, il y a des opportunités. Allons-y. Mettons-les sur la table.

Et qu'il s'agisse des grandes entreprises, de réseaux, de nettoyage, de transport, là aussi, il y a des emplois parfois peu qualifiés qui sont recherchés. Il y a des jeunes qui sont prêts à les prendre. Et donc, je nous donne jusqu'à mi-octobre pour qu'on définisse, parce que c'est très simple, cette plateforme commune et ces trois carrefours de l'entrepreneuriat. Je pense que si on se dote de ça, qu'on lui donne beaucoup de publicité et que ces noms, comme ces numéros de téléphone, sont connus dans les quartiers, je suis sûr qu'on cassera beaucoup de murs et beaucoup de barrières. Et puis après, on va surtout l'évaluer et le suivre.

Parce que sinon, on a des résultats qui ne correspondent pas aux énergies. Pour les jeunes les plus décrochés, les plus en difficulté, je veux aussi qu'on mobilise des instruments qu'on connaît mais qu'on a insuffisamment développés, le service militaire volontaire.

Ce dispositif, qui sur le modèle de ce qui se fait outre-mer avec le service militaire adapté, qui est une formidable organisation qui, depuis 60 ans, a donné des résultats extraordinaires, accompagne des jeunes qui sont parfois déjà marqués par la vie, qui ont subi parfois le pire dans leur vie intime, familiale ou éducative et leur permettre d'acquérir des compétences techniques, académiques, de transmettre aussi des valeurs républicaines, un savoir-être par un encadrement militaire, par des règles qu'on réapprend.

100 jeunes Marseillais seront accompagnés dès l'automne qui entreront dans un parcours de formation professionnelle auprès de nos militaires des Bouches-du-Rhône, de nos aviateurs, de nos terriens et de nos marins pompiers. Et là aussi, on évaluera le dispositif et je suis prêt à ce qu'on continue de manière régulière à le faire monter en charge parce que c'est un bon dispositif pour les mômes qui sont les plus loin, pas simplement de l'emploi, tout simplement de la vie normale. Et il faut mesurer que ce qu'on va essayer collectivement de faire pour nos enfants et votre génération, c'est déjà trop tard pour des jeunes qui ont 18, 20, 22 ans et qui ont été marqués par le pire.

Mais il n'y a pas de fatalité et on peut les rattraper si on se donne les moyens de cet investissement ensemble parce qu'il n'y a aucune fatalité. Moi, je ne me résous pas à l'idée qu'on est très chômeur, qu'on est très dealer ou autre. On le devient parce qu'il y a eu des injustices de la vie, parce qu'on a été découragé, parce qu'on n'a pas été accompagné comme il le fallait, parce qu'à un moment, on a baissé les bras ou on a cédé à certaines sirènes parce qu'on n'a pas eu les mêmes chances que les autres. Ce que nous n'avons pas le droit de faire, c'est qu'à chaque fois qu'il y a une volonté, on n'ait pas la bonne réponse et le bon accompagnement.

Vous l'avez compris, pour moi, cette deuxième ambition dont on doit se doter, et tout est là pour Marseille, tout, c'est de réussir à ce que cette énergie entrepreneuriale qui est dans la ville partout et qui est impressionnante, elle permette de répondre aux besoins de notre jeunesse. La troisième ambition pour voir grand, penser ce Marseille en grand, c'est la culture. C'est l'identité même de la ville pour toutes celles et ceux qui l'aiment. C'est son histoire, celle de ses écrivains, de ses cinéastes, ses musiciens, celle de ses théâtres, ses cinémas d'art et d'essai, de sa création, celle des séries aujourd'hui, celle de ses peintres, de ses sculpteurs.

Alors, je souhaite qu'on puisse mobiliser d'ici la fin de l'année autour de nos acteurs publics, du FRAC et de plusieurs autres, plusieurs grands projets qu'on puisse ensemble essayer de structurer pour dessiner ensemble ce qu'est cette culture, ce projet de la culture 2030 du Marseille en grand. Mais il y a un projet sur lequel je souhaite ensemble et parce que c'est aussi l'émanation de toutes les énergies qui sont là, parce que c'est le moment, c'est le moment en France et c'est le moment à Marseille, parce que plusieurs sont prêts à relever le défi et ce sont des gens qui ont déjà réussi et qui ont une expérience. C'est celui du cinéma et de l'audiovisuel.

D'une part, parce que nous avons plus de 400 tournages accueillis en 2019, trois fois plus qu'il y a dix ans, des films emblématiques, récemment mis à l'honneur en festival de Cannes et qu'il existe à Marseille un terreau favorable. D'autre part, parce que nous, Français, nous avons porté ce modèle au niveau européen. Ça fait maintenant quatre ans qu'on se bat pour défendre le droit d'auteur, les droits voisins, la possibilité de créer. On a gagné cette bataille au Parlement européen. On est en train de la décliner et surtout, on est en train de faire passer quelque chose d'unique qui est le fait que le modèle français historique est en train de devenir le modèle européen.

Et je salue ici la présence de Françoise qui était au début quinquennat à mes côtés et je reviendrai tout à l'heure parce qu'elle continue à naître par d'autres projets. Mais on est en train de réussir une vraie bataille culturelle. Ce n'est pas la France qui défend son exception culturelle, c'est la France qui est en train de conquérir l'Europe en transmettant ce virus qui est de protéger les auteurs de reconnaître la place de la création. Et donc, par le décret dit SMAD qui est paru le 1er juillet, on va contraindre les plateformes américaines à investir dans la création française et donc offrir des perspectives de développement majeurs qui se chiffrent en centaines de millions d'euros.

Et donc, c'est le moment d'investir dans les industries culturelles et créatives, dans le cinéma et dans l'audiovisuel. Et à Marseille, il y a la capacité de le faire, il y a les talents, il y a les studios, il y a l'envie et il y a des opportunités pour les jeunes. Les acteurs ici ont pour projet de créer et la région que je salue est prête à s'y engager très fortement, un grand projet européen de l'audiovisuel à la dimension de l'arc méditerranéen en agissant d'une part sur la production et les infrastructures d'accueil et de tournage et d'autre part sur la formation au métier du cinéma et de l'audiovisuel.

Ce que nous devons créer ensemble à Marseille, ce que vous devez créer, ce sont ces grands studios de la Méditerranée qui permettront d'avoir l'infrastructure pour les tournages de grands films, de grandes séries. C'est aussi les techniciens pour le faire et les créateurs et donc avoir les écoles qui permettent de les former. C'est d'avoir aussi les pôles de création en matière de numérique, en matière de tout. Très clairement, je vous le dis, parce qu'on en a parlé très longuement ces derniers jours, allons-y.

Nous soutiendrons la modernisation du pôle média de la Belle de Mai, nous ouvrirons aussi un nouveau site pour créer une base logistique pour accueillir les tournages, développer les studios, créer le premier bassin de tournage en mer. Nous implanterons également à Marseille une école ciné-fabrique pour les 18-25 ans, comme cela a été fait avec succès à Lyon de manière impressionnante et j'en salue les auteurs et les acteurs ici. Et dans ce...

cette odyssée en quelque sorte de culture, oui, cher Costa Gavras, l'Etat est prêt à vous accompagner dans votre projet de création d'une antenne marseillaise de la Cinémathèque française pour transmettre, faire vivre ici la mémoire du cinéma et surtout le plaisir du cinéma. Le projet est là, les autorités culturelles et artistiques sont là et on sera à vos côtés. Tout ça fait sens. Tout ça est porté et correspond à ce que les acteurs à Marseille font depuis des années, parfois des décennies.

Vous avez ici des cinéastes formidables comme Robert Guédian, vous avez ici des acteurs formidables, vous avez des cinémas d'art et d'essai qui se battent depuis des années ou des décennies pour maintenir la culture partout et ils le font en lien aussi avec vos théâtres. Ici, nous pouvons créer un des grands pôles français de cette industrie culturelle et créative. Il y aura la région parisienne, il y aura le Nord, Montpellier a aussi des capacités extraordinaires sur le numérique, la production, les studios, mais à Marseille, on doit créer ces grands studios de la Méditerranée, innover, et en même temps créer ces grandes écoles de formation.

Cette ambition, c'est une ambition pour demain, mais elle commence aujourd'hui. Et cette ambition, c'est aussi de la formation et des emplois pour nos jeunes parce que ce sont des métiers qui correspondent à leurs envies, à leurs histoires à raconter.

Je vous le dis très sincèrement, je pense que c'est une chance inouïe parce que c'est un combat culturel et politique parce que partout à travers la Méditerranée, des séries, des films sont en train de se faire parce que la France a la capacité de continuer à porter un grand cinéma et la production de séries et parce que si on laisse aux autres, en particulier aux anglo-saxons, l'exclusivité de la production cinématographique et audiovisuelle, nous perdrons ce combat culturel. Et dans 10 ans, dans 15 ans, ce ne seront plus nos imaginaires, nos histoires qu'ils se raconteront, mais les leurs. et ici, il y a une chance formidable.

Il y a des enfants, des familles qui viennent de partout dans la Méditerranée, des rives européennes, libanaises, marocaines, algériennes, tunisiennes, égyptiennes. Ils ont leurs imaginaires, ils ont leurs histoires, mais ils ont aussi du coup la capacité à les exporter. Et nous avons la capacité en France et surtout depuis Marseille à créer des histoires, des contenus qui vont parler à ces jeunesses de l'Afrique et du bassin méditerranéen. C'est cette ambition que nous devons avoir. Moi, je veux que la jeunesse qui est fille de culture multiple ne se dise pas ma culture est un peu une honte et je dois me faire ma place dans la République. Elle a toute sa place.

Elle est totalement dans la République française, mais elle est une chance pour la République parce qu'elle a en plus son propre imaginaire, son propre destin. Elle conjugue au pluriel. Et donc, nous avons la capacité de porter un cinéma et des séries qui parleront à toute l'Afrique et la Méditerranée. Ce que je vous dis n'est pas un rêve, c'est une conviction. Si on s'en donne les moyens, si on investit, si on forme et si on permet à des jeunes qui vont écrire ces histoires, qui en seront les techniciens, les acteurs, de le faire. C'est la vie de bohème, diront certains. C'est la vie de bohème, c'est vrai, créée. Mais c'est beaucoup d'emplois.

Ce sont des dizaines de milliers d'emplois, ce dont je vous parle. Ne vous trompez pas. Les industries culturelles et créatives, la culture, c'est un pilier de la vie économique de demain. Un pilier. Et nous devons porter cette ambition. Et on peut le faire depuis ici. Aux côtés de cette initiative, je souhaite qu'on puisse donc, d'ici à la fin d'année, construire autour de nos grands acteurs publics et avec la myriade d'acteurs privés et d'initiatives quelques grands projets, mais qui doivent partir du terrain, être ainsi construits comme on vient de le faire pour la cinémathèque, les grands studios et l'école, une réponse qui a du sens. Ce n'est pas à moi de la dictée.

Je suis prêt à porter cette ambition et à vous aider à la démultiplier. Marseille, capitale de la culture européenne, ça ne doit pas durer simplement une année. Ça doit être une ambition pour l'avenir. Et puis enfin, et c'est le quatrième rêve, la quatrième ambition que je veux porter avec vous, Marseille doit être pleinement au coeur de sa vocation européenne, de ce que vous avez rappelé, monsieur le maire. Et donc, pour cela, porter des grands projets européens structurants, réussir à désenclaver sa ville et la rouvrir sur la Méditerranée et porter ce rêve méditerranéen.

Et ces deux gestes vont ensemble, parce que si Marseille a ses fractures, c'est qu'elle s'est repliée sur elle-même et par rapport à la mer. Et donc, c'est d'abord le logement. Mais on ne fera pas de Marseille une capitale méditerranéenne si on ne règle pas le problème de l'aménagement de la ville et des quartiers. Je vous le dis, parce que personne ne nous croira sur le fait qu'on est accueillant si on dit que vous êtes accueillis, mais vous allez dans un truc qui est beaucoup plus loin que prendre la ville. Vous nécessitez de le faire dans nos quartiers. À côté du logement, il y a les transports.

Alors, soit vous me réparez le micro, soit maintenant vous me donnez un micro, parce que sinon, je vais devoir vraiment crier longtemps et ce que Cognacé nous entend. Parce que manifestement, ce n'est pas à Marseille. Allez-y. Est-ce que c'est bon, là ? C'est revenu ? Oui, mais moi, je parle à des gens qui sont là et il faut que les gens m'entendent. Et donc, soit je continue à porter la voix, je ne vais pas le faire, ça ne me dérange pas. Demain, j'en aurai plus. Dites-moi juste si je nourris un espoir ou si je n'en ai aucun.

1:28:37
Locuteur non identifié

Si j'en ai aucun,

1:28:39
Invité

je me battrai, mais je ne sais pas savoir avant.

1:28:46
Locuteur non identifié

Il y a quelqu'un qui me dit ? Il n'y a plus de courant.

1:28:48
Invité

Il n'y a plus de courant ? Alors, on va continuer. Parce qu'en fait, il n'y a plus de courant. On a parlé du logement, mais quand on parle du logement, on doit aussi parler du transport. Nous en avons longuement parlé avec vos élus, avec les forces économiques. Et donc, grand projet d'aménagement est aussi en matière de transport, et nous savons les besoins là-dessus. Les projets, ils sont sur la table. Pourquoi ils ne trouvent pas une réalisation ? Là encore, parce qu'à Marseille, c'est trop compliqué. Je fais plus simple comme vous ferez plus fort.

Parce que, bon, c'est le seul endroit où on a créé une métropole qui passe beaucoup trop de temps à redistribuer, qui a gardé la complexité d'avant et qui, en quelque sorte, du coup, elle aussi a du mal à la portée les projets d'intérêt métropolitain, qui est un problème. Et donc, elle a des coûts de fonctionnement trop importants, elle a une complexité trop importante. Tout ça doit se régler. Ça doit se régler dans la concertation, avec beaucoup de respect pour les maires concernés qui sont ici présents. mais c'est cette situation qui fait que les investissements qui auraient dû se faire, conjugués peut-être à un manque d'investissement passé par ailleurs, ne se sont pas produits.

Bilan des courses, il y a entre 3 et 4 milliards d'investissements sur la table. Alors là aussi, l'Etat doit être présent, sinon tout est bloqué. On ne peut pas avoir la deuxième ville de France qui est aussi embouteillée avec les sujets de pollution qu'il y a derrière, d'accès au travail, d'accès au port, comme à l'aéroport, et tout ce qui s'ensuit. Néanmoins, je vous le dis en toute sincérité, si l'Etat ne fait que financer, je ne joue pas mon rôle. Nous devons financer pour débloquer la situation, mais nous devons financer à la condition qu'on règle les problèmes d'organisation et de gouvernance. Sinon, je mets plus d'essence dans un système qui continue à garder les mêmes freins.

C'est non. Pour y répondre, nous sommes prêts et nous allons continuer à... On a résisté à toutes les difficultés. C'est l'esprit de la discussion. Tous tenir avec beaucoup d'ambition. Et donc, je suis prêt à ce que, dans un premier temps, on puisse avoir ce financement d'un milliard d'euros, dont 250 millions en subventions, qui sera engagé par l'Etat à la fois pour l'accessibilité et des projets très concrets et identifiés, l'automatisation du métro, la création de 4 lignes de tramway et de 5 lignes de bus à haut niveau de service qui répondent à cet objectif. C'est un début.

Je suis même prêt à ce qu'on fasse davantage et qu'on monte la part de contribution de l'Etat sur les projets de transports qui sont structurants pour désenclaver les quartiers nord et permettre de lier le nord au sud. Mais à une condition claire, c'est que cet effort majeur de la nation ne se disperse pas en redistribution inutile, en compensation diverse, en paiement de fonctionnement indus, mais qu'il garantisse des réalisations concrètes utiles aux déplacements de tous. Pour ce faire, la métropole doit faire évoluer sa gouvernance en s'affirmant comme l'opérateur des politiques de transport dans un cadre institutionnel revisité.

C'est une condition indispensable et c'est une condition préalable. Et j'y reviendrai tout à l'heure quand on parle des délais. Je sais, Mme la Présidente, que c'est l'esprit qui est le vôtre. Vous êtes aussi l'héritière, comme vous l'avez dit, M. le maire, pour ce qui est de votre situation. Je pense qu'il faut la changer maintenant. Parce que si on ne la change pas maintenant, tout ce que je vous annonce, ce seront des annonces. Il me dira « Vous ne l'avez pas fait, je n'y serai pas pour grand-chose. » Donc j'aime bien pouvoir rendre compte de ce que je dis. Donc j'aurai la même exigence.

La mise en place d'un RER à la Marseillaise va également s'accélérer puisque le financement du démarrage de la nouvelle signalisation sur l'axe Marseille-Vintimille qui conditionne la réalisation de ce projet est bouclé. 300 millions d'euros, dont 115 millions d'euros de la part de l'Etat, seront ainsi investis et ce, sans attendre la réalisation d'une nouvelle ligne à grande vitesse. J'ai par ailleurs annoncé aux élus locaux que le projet de l'île Nouvelle-Provence-Côte-d'Azur, Marseille-Nice, qui inclut la traversée souterraine de Marseille et le grand et beau projet de réaménagement de la gare Saint-Charles pourrait entrer dans une nouvelle phase.

1,4 milliard d'euros sur les 3,5 milliards d'euros de budget seront bien apportés par l'Etat. J'en prends ici l'engagement. L'ordonnance portant création de l'établissement public de ce grand projet sera mise en chantier dès le mois prochain. Et je veux également vous confirmer que l'Etat assurera les financements en bon ordre et dans les bons temps pour l'extension de l'aéroport et la facilitation de sa dessert et que les dispositions seront prises pour la finalisation d'ici à la fin de l'année 2023, comme il se doit pour les équipements qui étaient prévus pour les Jeux Olympiques.

Mais Marseille, quand on parle d'infrastructure, nous en parlions, cher Rodolphe Saadé, ce matin, c'est aussi et d'abord un port. Et c'est en effet par son port, toujours, que Marseille a vécu ses âges d'or. C'est par son port que Marseille a embrassé et séduit le monde. Monsieur le maire, vous l'avez admirablement rappelé, c'est par son port que Marseille a pu être cette Athènes de la Méditerranée dont parlait Châteaubriand. Le port de Marseille mérite donc des investissements massifs. Il doit être modernisé, mieux relié et pensé lui aussi en grand. Modernisé, nous voulons d'un port vert avec des quais enfin électrifiés. Les financements seront garantis.

Mieux relié, dans le cadre du plan de relance, la gare de fret Miramas sera rénovée et la desserte ferroviaire du môle Gravelot enfin réaménagée. Le lien entre le port et l'Interland européen fera l'objet d'aménagements nouveaux et d'investissements exceptionnels. J'en prends ici l'engagement. Surtout, Marseille doit devenir la tête de pont de l'axe Ronson et à cet égard, la transformation du port maritime en un grand port fluvio-maritime allant de Marseille à Lyon doit se faire. Conservant son siège à Marseille à travers une concertation avec les équipes de Lyon, permettra de lancer une infrastructure intégrée nouvelle.

Et donc, vous l'avez compris, ce que nous voulons faire, c'est à la fois moderniser le port, lancer dès maintenant les indispensables discussions qui permettront d'aller au bout de l'optimisation des espaces entre Fosse et la ville. Et là, des modifications s'imposent, mais elles doivent être discutées et négociées. Moderniser les infrastructures pour répondre à tous les objectifs, mais investir dans le fret ferroviaire et dans la stratégie fluviale. C'est la condition pour rendre le port compétitif et attractif et en même temps, Madame la ministre, réduire les émissions carbone.

C'est cohérent avec la vocation de la ville, c'est cohérent avec sa vocation d'être un pôle économique pour la Méditerranée, c'est cohérent avec aussi l'ambition écologique que les acteurs économiques portent et qui ont donné lieu à des investissements massifs qui pour le LNG et d'autres. L'Etat sera là aux côtés de l'ensemble des collectivités, des entrepreneurs et du port. Le président du directoire du Grand Port est chargé de conduire ce projet et là aussi, toutes les nominations attendues seront parachevées. Le port, d'abord, oui, car Marseille, c'est d'abord et avant tout cette vocation maritime.

Mais ce paysage à nul autre pareil, du parc naturel des Calanques, les îles du Frioul, etc., c'est aussi cela, la vocation méditerranéenne de Marseille. Et si l'UICN a choisi d'organiser à Marseille son congrès mondial, ce qui est notre fierté à tous, si ce congrès mondial de la nature commencera dès demain, ce n'est pas un hasard. C'est parce qu'il y a ici un environnement, une biodiversité absolument exceptionnelle. Nous aurons l'occasion demain avec Mme la ministre de prendre des engagements, de porter des ambitions pour Marseille, pour les différents parcs du bassin, pour la Méditerranée et pour notre nation.

Cette visibilité que ce congrès offre à Marseille ne doit pas être le coup de projecteur d'un jour. Marseille doit bien continuer à porter cette vocation et cette ambition écologique. C'est pour cela que j'ai le plaisir aujourd'hui de vous annoncer le lancement d'un projet nouveau. Ce projet, il n'a pas du tout été pensé à Paris, il n'a pas été du tout conçu dans des bureaux, il est le fruit d'un mariage baroque entre deux rêves fous.

En effet, nous avons décidé de lancer aujourd'hui Odisseo, une ambition qui accompagnera les populations à la transition écologique au travers de la création d'un réseau de lieux de sensibilisation, de recherche, de formation, d'innovation sur les pays bordant la Méditerranée. Ces lieux de vie permettront de fédérer les acteurs de la transition écologique de tout le bassin méditerranéen et impulseront un dialogue permanent entre les sciences et le grand public, entre les innovations technologiques et la préservation de l'environnement, entre le monde artistique et culturel et les acteurs de l'économie.

Et vous voyez combien il est cohérent de l'ambition que nous portions à l'instant pour le cinéma et la création. Un projet international dont je souhaite d'ici 2026 l'ouverture du premier lieu emblématique au coeur de Marseille avec vous, monsieur le maire, et dans un lieu que nous définirons avec le soutien de Renaud Muselier et de Martine Vassal. Ce projet Odisseo doit être un lieu majeur d'éducation et de sensibilisation dédié à la protection de l'environnement méditerranéen. Et il correspond, madame la ministre, madame la secrétaire d'Etat, à ce que vous portez pour notre pays et ce que nous aurons ensemble l'occasion de défendre.

Il sera porté par Françoise Nissen et Cyprien Fonvielle à l'initiative d'un premier projet NID Méditerranée et Ora Ito, porteur du projet Marsa, au travers de la création d'une fondation qui permet, dès cette année, d'engager les initiatives que l'urgence de la situation appelle. Ce projet nécessaire et unique affichera l'engagement de la France à relever le défi de la transition. L'Etat accompagne déjà la mise en place de cette fondation et soutient les missions préalables à l'ouverture de ce premier lieu. Il participera aux côtés des collectivités locales, de tous les partenaires, publics et privés, à sa création, à son financement, à son déploiement.

Et je pense que pour Marseille, cela doit être une insigne fierté de pouvoir ici porter ce qui est un rêve fou. Voilà aussi pourquoi je souhaite que Marseille puisse devenir, comme vous le souhaitez, cher Rodolphe, monsieur le maire, la première capitale européenne de la mer en 2024. Voilà aussi pourquoi je souhaite que Marseille puisse ici abriter le Forum des mondes méditerranéens, monsieur l'ambassadeur, cher Karim Amelal, en février prochain.

À ce moment-là, nous aurons l'occasion de réunir ici toutes les sociétés civiles du bassin méditerranéen et de pouvoir porter les ambitions culturelles, entrepreneuriales, sociales que j'évoquais à l'instant, de le faire ici avec les sociétés civiles de tous ces pays, y compris les pays parfois en guerre, en crise, où les régimes connaissent des transitions difficiles pour continuer à parler pudiquement, mais de le faire ici en les réunissant et en démontrant cette capacité de Marseille à être ce cœur battant, ce foyer d'une ambition européenne.

Et voilà aussi pourquoi je suis si heureux que Marseille puisse accueillir dans 3 ans non seulement le tournoi olympique de football au Vélodrome, mais l'épreuve olympique de voile. En effet, des centaines de millions de téléspectateurs pourront alors découvrir son incomparable beauté et les Marseillaises et Marseillais partager leur fierté. Voilà cette ambition méditerranéenne que je veux que nous portions pour Marseille et ce quatrième rêve.

Et donc, vous l'avez compris, le défi qui est le nôtre, c'est de répondre aux urgences, mais c'est aussi de penser Marseille en grand à travers ces quelques projets fous sur lesquels nous allons investir, mais nous devons tous ensemble faire les efforts nécessaires pour agir, pour changer la vie. Mesdames et messieurs, je vous le disais en introduction, vous avez entendu beaucoup de discours et souvent beaucoup de chèques. Ils ont parfois été faits et mal utilisés. Ils n'ont parfois été pas faits parce qu'il n'y avait pas les conditions requises. Je ne sais pas si nous allons réussir. Je vous le dis très franchement. mais je n'ai pas envie simplement de faire un discours.

C'est pour cela qu'au-delà des mesures que je viens d'évoquer, de la confiance que j'ai dans les forces vives, dans les élus et dans Marseille, je vous le dis très clairement ce soir, j'ai confiance. Je veux que ces promesses deviennent des faits parce que c'est notre devoir. La première exigence doit être d'associer très largement. Ce n'est pas le plan de Paris, cela ne fonctionne jamais. Cela doit être l'ambition des Marseillaises et des Marseillais et c'est pour cela qu'à partir des grands axes que je viens de définir, je souhaite qu'une grande consultation soit lancée auprès de tous pour penser ce Marseille en grand et décliner les opérations concrètes.

Je l'évoquais pour l'entrepreneuriat et l'accompagnement économique, sur tous les axes, nous devons construire une consultation massive et la plus large d'ici à la fin d'année. Ce pilotage du Marseille en grand doit être fait par l'Etat, les collectivités, les entreprises et les associations parce que tout le monde doit avoir le droit de dire et de proposer et ensuite, dans la durée, de suivre, de contrôler et je souhaite aussi que toutes les initiatives concrètes puissent remonter. Associer d'abord. La seconde exigence, c'est d'innover.

Innover sur les projets, c'est ce que je vous ai dit, sur l'école, la création, l'environnement parce que quand la situation est si difficile, il ne faut pas penser que les méthodes qui marchent à peu près ailleurs puissent faire des résultats formidables. Donc on va innover dans la réponse. Mais nous devons aussi innover dans les méthodes, les institutions, la gouvernance. Et donc, sous trois mois, nous devons créer deux outils nouveaux. La société publique d'intérêt national pour les écoles et le groupement d'intérêt public pour les transports, puisque ce sera bien cette forme qui sera retenue pour les projets évoqués tout à l'heure.

Sous trois mois, nous devons recruter les chefs de projets compétents. Sous deux mois, je souhaite aussi, M. le maire, Mme la présidente, et j'associe ici la région aussi, que vous puissiez me faire des propositions sur la gouvernance pour mettre en oeuvre ces projets et tracer très clairement les mécanismes financiers et l'argent. Sous deux mois, parce qu'il nous faut pouvoir avancer vite, parce qu'il y aura peut-être des avancées qui seront souhaitées pleinement partenariales, parce qu'il nous faudra aussi peut-être modifier la loi pour le faire.

Mme la ministre, et je salue l'engagement de la ministre Gourault sur tous ces sujets sans relâche, et un texte de loi reviendra au Parlement au mois de décembre, en tout début décembre, et il nous faut avoir stabilisé les réponses institutionnelles. Mais tout ça n'ira pas sans ces modernisations à un rythme forcé, si je puis m'exprimer ainsi. Parce que si on prend le rythme naturel, ça ne marchera pas. Et donc cette exigence, je vous la demande aussi. La troisième exigence, c'est de s'engager enfin sur un contrat. Le Premier ministre sera chargé de superviser avec tous les ministres concernés la déclinaison de ce plan pour toutes les politiques publiques portées par le gouvernement, et M.

le Préfet de région, en lien avec tous les élus ici concernés, aura à piloter de manière très concrète la mise en oeuvre de ce que je veux appeler un contrat d'ambition. Et je reviendrai. Je reviendrai d'abord aux côtés de nos pompiers à la mi-octobre, et donc je ferai le point à six semaines, parce qu'il y a plusieurs choses que j'ai demandées pour la mi-octobre. Et je reviendrai ensuite en février prochain pour pouvoir rendre compte de ce qui a été fait et de ce qui n'a pas été fait. Et donc associer les citoyens, innover sur la gouvernance, nous engager sur un contrat, si nous remplissons ces trois conditions, alors le temps de Marseille est véritablement venu.

La question ne sera pas de savoir si demain c'est loin, mais plutôt de nous dire ensemble que demain, ça ira, si vous voyez ce que je veux dire. Tout ça suppose collectivement que nous puissions faire un effort sur nous-mêmes, là aussi, exceptionnel. Voilà, mesdames et messieurs, les quelques convictions que je voulais partager, pas de grand plan, une ambition et un contrat. Une méthode nouvelle, une exigence, des rêves fous, mais des détails qu'on vérifiera à chaque étape. Je le dis souvent, les vrais idéalistes sont des gens très besogneux et qui ont le sens du détail. Sinon, les rêves ne restent que dans les discours et les discours perdent de leur scène et les gens n'y croient plus.

Ici, c'est Marseille, une ville qui fait front et face à des difficultés immenses, immenses. Ici, c'est Marseille, une ville qui a une histoire incomparable d'ambition, de drame, d'injustice. Ici, c'est Marseille, une des villes les plus jeunes de France où les difficultés sont au coeur du village. Ici, c'est Marseille et c'est aussi la France parce que si nous ne réussissons pas à Marseille, nous ne pourrons pas faire réussir le pays. Or, la France est une chance et elle doit être une chance pour toutes et tous. Vous avez compris, nous n'avons pas d'autre choix que de réussir. Vive Marseille, vive la République et vive la France. À nous, ensemble. Merci d'une prie.